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Lords of chaos m’a rappelé à quel point j’ai écouté et écouté cette chanson à une époque. Je me souviens avoir acheté ce CD et d’autres du même label, à cause de leurs jaquettes sublimes chez un disquaire de Nice spécialisé en gothique et métal.
Ecrivain & scénariste
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Lords of chaos m’a rappelé à quel point j’ai écouté et écouté cette chanson à une époque. Je me souviens avoir acheté ce CD et d’autres du même label, à cause de leurs jaquettes sublimes chez un disquaire de Nice spécialisé en gothique et métal.

« La gauche peut encore gagner en 2022. » Laurent Joffrin

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Lord of Chaos raconte l’amitié, puis la rivalité entre Euronymous (le leader du groupe norvégien Mayhem) et le Suédois Kristian « Varg » Vikernes, éphémère chanteur et bassiste de Mayhem après le suicide du précédent chanteur, Dead (oui, c’est son pseudo). Parallèlement Varg fondera le groupe Burzum. L’action se déroule principalement à Oslo, entre 1984 et 1993. Et ceux qui connaissent l’histoire savent qu’elle a très mal fini (vraiment !) et qu’elle s’est accompagnée d’un grand nombre d’attentats contre des églises, parfois des monuments en bois, extrêmement chargés d’un point de vue historique. C’est donc l’histoire de jeunes incultes (ah ah ah) qui confondent satanisme, paganisme et nazisme, qui brûlent des églises à la gloire d’Odin tout en disant vouer un culte au Diable (et pour certains d’entre eux à Hitler). Ce sont globalement des petits cons déboussolés qui n’arrivent pas à quitter l’adolescence, à laisser derrière eux les prises de risque et autres expérimentations hasardeuses qui accompagnent cet âge difficile.
Même si je ne suis pas un grand fan de Black Metal (De Mysteriis Dom Sathanas, c’est quand même à la limite de l’inécoutable, même bourré), je connaissais un peu cette histoire car on m’avait proposé, alors que je travaillais chez Denoël sur la collection X-Trême, un essai sur le rock sataniste. Pour une fois, Jonas Åkerlund semble avoir trouvé le sujet qui lui convenait ; il n’abandonne pas ses habituelles provocations, mais ici elles s’intègrent plutôt bien au projet, sans le faire capoter. Il filme un suicide en full frontal qui restera dans l’histoire du cinéma comme un des pires suicides jamais filmés (âmes sensibles s’abstenir) et comme d’habitude, il filme quelques fellations et autres parties de jambes en l’air. La routine akerlundienne, rien de plus.
Le film est dur (la scène du suicide est vraiment éprouvante), mais il sait aussi être terriblement drôle, comme dans la scène d’anthologie où des journalistes viennent interviewer Varg qui croit qu’en cachant la moitié de son visage derrière une mèche de cheveux il ne pourra pas être reconnu. Fou-rire assuré.
Les acteurs sont globalement très bons, avec une mention particulière pour Rory Culkin qui interprète Euronymous, Emory Cohen dans le rôle de Varg et Jack Kilmer (fils de…) dans le rôle de Dead, le chanteur tueur de chats. On pourra regretter certains petits détails, comme une production un peu fauchée dans la recréation de l’époque, et des personnages féminins très en retrait, même Ann-Marit (Sky Ferreira), l’ancienne groupie devenue compagne d’Euronymous, peut-être la seule qui arrive à discerner l’humanité (la fragilité) qu’il cache derrière son maquillage macabre, ses poses et son satanisme de pacotille.
Au final, je le conseille, surtout si le sujet vous intéresse.
(J’ai eu beaucoup de mal à trouver le blu-ray à un prix abordable.)
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Tasya Vos (Andrea Riseborough) gagne sa vie en tuant des gens.
En fait, c’est un petit peu plus compliqué que ça : allongée dans un fauteuil connectée (qui recueille forcément ses urines et ses fèces, même si ce n’est pas montré), nourrie via un tuyau inséré dans la narine, Tasya Vos prend possession du corps de quelqu’un (via une puce insérée au sommet du crâne de l’hôte) pendant deux ou trois jours, le temps de planifier et réaliser un meurtre. L’expérience est complexe (il faut agir comme la personne qu’on possède afin de s’approcher au plus près de la cible), il faut un « narratif » (un scénario, donc, qui aidera l’enquête à se boucler au plus vite). Cette forme de possession est aussi dangereuse : on peut après un certains laps de temps ramener avec soi des sentiments, des souvenirs qui étaient ceux de ses hôtes.
L’expérience doit obligatoirement finir par le suicide de l’hôte, et pour la première fois, Tasya échoue sur ce point précis, elle n’arrive pas à se tirer une balle dans la bouche et laisse donc la police faire le boulot à sa place.
Et alors qu’elle voudrait faire une pause (on la comprend), Girder (Jennifer Jason Leigh) lui propose une nouvelle mission : tuer un patron du Big Data : John Parse (Sean Bean).
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J’ai vu Possessor deux fois, à quelques jours d’intervalle. La première chose qui vient à l’esprit c’est le côté complètement excessif du film : meurtre au couteau filmé en gros plan, impacts de balle filmé de même, hémorragie artérielle, dents brisées à coups de tisonnier, énucléation, sexe masculin en érection (deux fois), femme nue filmée cuisses écartées full frontal juste avant la pénétration… Ce point pourrait être agaçant (il en agacera beaucoup, tant il peut sembler gratuit à première vue), mais disons que c’est plutôt une clé et donc j’y reviendrai plus loin.
La seconde chose qui vient à l’esprit, c’est le « syndrome Looper ». Dans Looper la mafia utilisait le voyage dans le temps pour se débarrasser de ses cadavres, alors qu’une baignoire d’acide marche à peu près aussi bien. Dans Possessor, on kidnappe quelqu’un, on lui introduit une puce dans le cerveau en perçant le cuir chevelu et la boîte crânienne, puis on le contrôle à distance pendant deux ou trois jours pour commettre un meurtre. Que c’est compliqué… alors qu’il est sans doute plus facile, moins couteux de « fabriquer » un accident.
Donc on en revient au premier point, ce n’est pas cette méthode de meurtre le sujet du film, mais bien ce qu’on montre et ce qu’on ne montre pas (dans le sens : « réfléchissez à ce que vous postez sur les réseaux sociaux »). Et donc par voie de conséquence ce qu’on observe et ce qu’on observe pas. Ce qui est exploitable et ce qui ne l’est pas. John Parse gagne sa vie en espionnant les gens : comment ils décorent leurs maisons, comment ils font l’amour, avec qui, avec quoi (sextoys), etc. Le réalisateur / scénariste aurait pu choisir un magnat de l’industrie pharmaceutique, non il a choisi quelqu’un qui gagne sa vie en espionnant les gens. Ce n’est pas gratuit, c’est le cœur du film. Possessor est un film qui parle de cette intimité qu’on choisit d’abandonner et de celle qu’on nous vole sciemment. Il y est évidemment question de progrès technologique et du recul de la sphère privée, de surveillance anonyme et de surveillance ciblée facilitée, de prise de contrôle à distance de la caméra de vos ordinateurs portables. Et c’est bien pour ça que Brandon Cronenberg filme un couple en train de faire l’amour, mais un couple de quidams et non des acteurs de X, les corps sont un brin lâches, un brin fatigué, monsieur ne va pas à la salle de sport autant qu’il faudrait, madame ne sait pas résister à une viennoiserie avec son café.
Vous et moi, observés. Rabaissés au rôle de source de donnés. Dépossédés d’une grande partie de notre intimité et sans doute de nos plus beaux secrets.
Il y a quelque chose d’assez marrant à remarquer dans ce film, ce sont tous les liens qu’il entretient avec certains films de David Cronenberg, le père du réalisateur pour ceux qui l’ignoreraient, notamment ses films de début de carrière : Scanners, Videodrome, mais aussi eXistenZ dans lequel jouait déjà Jennifer Jason Leigh. Disons que c’est une couche de plaisir en plus, la cerise sur le gâteau, et comme le voyeurisme / la complaisance, ce n’est pas gratuit, car ça apporte bien quelque chose au film.
Brandon Cronenberg fait du Cronenberg. Il a eu beaucoup de mal à financer et tourner Possessor. C’est une fois de plus regrettable, il y a plus d’idées, plus de force, plus de méchanceté et de questions légitimes dans Possessor que dans les dix derniers blockbuster à deux cents millions de dollars filmés par Hollywood. Évidemment le film n’est pas parfait, mais il confirme les promesses d’Antiviral. A mon sens, Brandon Cronenberg a tout pour devenir le meilleur réalisateur de films d’horreur de sa génération.

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Découvert grâce au blog du Dragon Galactique (que je remercie chaudement), la trilogie Banner Saga est un RPG tactique tour par tour qui se passe dans une Scandinavie de fantasy avec des géants, des magniens (magiciens) et des dieux.
C’est très chouette, très prenant.
Ce n’est pas sans défaut, l’interface est assez peu intuitive et une erreur de placement peut vous coûter une bataille.
Ceci dit, la plupart de ces défauts sont rectifiés dans le 2.
Si l’histoire est assez classique, les mécanismes du jeu font qu’on s’intéresse et on s’attache à beaucoup de personnages très différents, dont une jeune archère, mais aussi un géant qui a perdu un bras à la guerre et un lancier à la psychologie pour le moins particulière. C’est pas forcément le personnage sur lequel on mise au départ, mais il devient assez vite (disons à partir du niveau 4) très puissant pour percer les armure ennemies (en pierre) et achever les blessés.
Les graphismes, très dessins animés et même parfois un peu manga sur certains détails, sont magnifiques.
Je regrette des traductions un peu bâclées (« la fille avec des couettes » traduit « la fille avec la queue de cochon », ça pique un peu).
Il y a des idées très chouettes : si les combats s’éternisent, vos héros fatigués ne font quasiment plus de dégâts et n’ont quasiment plus de volonté.
Là, je suis au milieu du 2 qui est à mon sens plus réussi que le premier sur le plan technique, plus agréable à jouer, mais un peu moins poignant (pour le moment).
On trouve la trilogie en neuf à 30 euros port compris ; vue la durée de jeu, c’est vraiment une bonne affaire, surtout que l’histoire n’est pas linéaire et donc peut être rejouée (un peu) différemment.

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A la mort de leur père, Elias (Mads Mikkelsen, comme vous ne l’avez jamais vu) et Gabriel (David Dencik, bluffant) découvrent que leur père défunt n’était pas leur père biologique et que celui-ci, Evelio Thanatos (ah ah ah), habite sur une île du sud du Danemark peuplée par 42 personnes. Ils s’y rendent et découvrent un sanatorium quasi à l’abandon, peuplé de poulets et autres animaux domestiques dont un taureau de compétition. Leurs trois demi-frères habitent là : Josef, Gregor et Franz, tous plus frappés les uns que les autres. La première rencontre ne se passe pas bien : Gabriel est roué de coups (peu après, il passera sous une voiture) et puis chacun commence à apprivoiser l’autre. Pendant que Gabriel (qui a très bien supporté de se faire rouler dessus, chapeau) enquête sur les secrets peu reluisants de son père biologique.
Je me suis fait avoir…
Hier le 30 janvier, c’était le dernier jour pour le regarder en replay sur Arte et je me suis dit banco, ça a l’air rigolo, décalé (j’avais vu Les Bouchers verts du même réalisateur). Et en fait c’est certes rigolo (si on aime l’humour à base de scatologie, masturbation, zoophilie, gérontophilie, troubles psychiques, blague sur les handicapés, maltraitance infantile…), mais c’est surtout terriblement dérangeant, glauque et pour tout dire un brin éprouvant. Car Men and chicken n’est pas (mais alors pas du tout) une comédie colorée à la Wes Anderson, comme pourrait le laisser croire sa jaquette de DVD, c’est un film de science-fiction (oui oui) ultra-sordide, une sorte de collision frontale entre Freaks et L’Île du docteur Moreau mis en scène par les frères Coen, période O’Brother ou les Monty Python, quand ils faisaient preuve de méchanceté gratuite. Il y a de nombreux morceaux de bravoure dans le film, dont une hallucinante visite à la maison de retraite où quatre des cinq frères sont à la recherche de « filles », une denrée rare sur l’île d’Ork.
Et vous n’oublierez jamais l’apparition de la cigogne.
A une époque où il convient de peser tous ces mots pour ne pas heurter telle ou telle catégorie de la population, Anders Tomas Jensen vous regarde droit dans les yeux et vous dit : « le Politically Correct, vous savez où vous pouvez vous le mettre ? Utilisez les deux mains, ça rentrera mieux. »
Je conseille, avec l’avertissement de circonstance : « personnes sensibles s’abstenir ».
La bande-annonce en VOSTFR :

Elliot Alderson travaille comme ingénieur informatique (en open space) chez Allsafe, où travaille aussi son amie d’enfance Angela Moss. Elliot est ingénieur le jour, cyberjusticier la nuit et drogué à peu près à temps complet. Comme tous les drogués, il se ment. Comme tous les malades mentaux, il ne peut pas guérir (et/ou composer avec son trouble psychique) tant qu’il n’a pas compris qu’elle est la nature de sa maladie. Elliot le Hacker a un ennemi juré, c’est Evil Corp (dont le logo rappelle le E de la marque Dell… qui a dû apprécier). Chez Evil corp, il va trouver un antagoniste à sa mesure : Tyrell Wellick. Et puis il y a cet inconnu (Christian Slater) qu’Elliot croise sans arrêt et qui porte sur ses épaules une drôle de veste démodée et sur laquelle a été cousu un écusson Mr Robot très années 80. Et si Mr Robot était en mesure de mettre Evil Corp à genoux ?
J’ai dû lutter plus d’un mois pour finir les quatre saisons de Mr Robot, rarement plus d’un épisode par jour. Je me suis entêté, car j’avais acheté le coffret blu-ray et que je voulais sans doute inconsciemment « optimiser » mon investissement. Arrivé au bout, je ne sais pas trop quoi en penser. Mes sentiments sont pour le moins contradictoires. J’ai aimé Rami Malek dans le rôle d’Elliot (il fait très bien l’halluciné aux yeux globuleux). Christian Slater m’a semblé convaincant, mais parfois aussi nonchalant/jm’enfoutiste. J’ai aimé, que dis-je adoré, Grace Gummer dans le rôle de l’agente du FBI Dominique DiPierro. J’ai détesté certains effets scénaristiques, certaines révélations bidon qui ne sont là que pour faire partir la série dans une nouvelle direction aussi improbable qu’inattendue. J’ai aimé le réalisme de certaines manipulations informatiques, l’utilisation de certains logiciels de notre monde, etc. Je me suis régalé à traquer les clins d’œil et autres easter eggs : Matrix bien sûr (Anderson/Alderson), Blade Runner (Tyrell), Johnny Mnemonic, 1984, Fight Club, Donnie Darko, Strange days, V pour vendetta, Star « je suis ton père » Wars et j’en passe. Il y en a un peu partout.
Et… Et… on arrive au gros problème de la série, à mon sens, mais un problème tout à fait subjectif : c’est qu’elle sacrifie très vite sa dimension politique passionnante (une série américaine qui parle d’anarchie, de redistribution des richesses, de surveillance globale, c’est quand même pas commun) pour la remplacer par tout un tas de considérations psychologiques, psychothérapeutiques qui débordent de traumatismes enfantins, de dédoublements de la personnalité et j’en passe. J’ai trouvé cette partie aussi lourdingue qu’irréaliste, et qui se contredisait sans cesse pour tout arranger (et qui contredit aussi ce qu’on sait des gens à personnalités multiples). C’est fabriqué ; j’ai eu l’impression qu’il n’y avait aucune empathie là-dessous, aucune sincérité, que c’était juste du substrat à rebondissements. Des trucs schizos-rigolos qui permettent aux scénaristes papotant autour de la machine à café d’avoir des « idées de dingue ».
Donc voilà, c’est une série intéressante, avec des choses formidables dedans, mais qui – à mon avis – ne remplit pas ses promesses et entourloupe bien trop souvent ses spectateurs.

Suite au décès d’un enquêteur, l’inspectrice de police Jane Tennison arrache de haute lutte la direction d’une enquête de meurtre sur une jeune femme. Elle a un suspect, George Marlow, elle le soupçonne d’être un tueur en série, mais encore lui faut-il trouver des preuves. Non seulement la tâche est difficile (le suspect n’a pas laissé grand chose au hasard), il a même un alibi, mais les collègues de Jane (des hommes principalement) ne sont pas toujours d’une grande aide. Certains voient sa rigueur et son professionnalisme d’un bien mauvais œil.
Prime suspect est une série britannique qui a connu sept saisons (entre 1991 et 2006) durant lesquelles on suit le parcours professionnel de Jane Tennison (Helen Mirren), de sa première grande enquête (George Marlow) jusqu’à sa dernière enquête avant la retraite. Jane est une ambitieuse femme flic (ce qui lui sera souvent reproché). La série est particulièrement dure ; on y croise des féminicides bien évidemment, mais aussi des crimes pédophiles, des meurtres liés au trafic de drogue ou d’autres à la guerre en Serbie. On est parfois estomaqué par la tournure tragique que prennent les événements. Certaines scènes sont à la limite du supportable, notamment une scène d’autopsie filmée en full frontal (dans la saison 6). Plus léger : on s’amusera à reconnaître Mark Strong, David Thewlis, Peter Capaldi et Ralph Fiennes dans de petits rôles ou des rôles secondaires.
Le plus remarquable là-dedans, outre l’interprétation incandescente d’Helen Mirren, ce sont les ellipses et les non-dits (tout ce qu’on peut lire entre les lignes). Si Jane Tennison réussit sa carrière contre vent et marées, elle rate à peu près tout le reste : ses relations avec ses proches, ses aventures romantiques ou sexuelles. Plus crainte que respectée, refusant la dimension « politique » du métier de commissaire de police, forme de compromission qu’elle trouve inacceptable, elle passe souvent pour quelqu’un d’ingérable car trop rigide, voire dangereux ; ce qui ne serait sans doute pas le cas si elle était du sexe opposée. Si le féminisme de la série est évident, ses réflexions sur le racisme, la ghettoïsation et la xénophobie ne manquent pas non plus d’intérêt.
Si un homme sacrifie volontiers sa vie familiale sur l’autel de sa carrière, ce choix semble interdit à Jane Tennison. Pour avancer sur le plan professionnel, elle doit tout perdre sur le plan personnel ; d’une certaine façon sa hiérarchie, l’institution policière (et la société pour le dire autrement) ne lui laisse aucune choix. Année après année, elle doit abandonner des choses pour continuer à progresser. C’est déjà très dur, mais pour tout arranger son ambition est régulièrement vécue comme indécente par ses pairs, pour ne pas dire injustifiée. Quant à la relation quasi maternelle que Jane va développer dans la dernière saison, elle ne fera qu’un peu plus lui rappeler à quel point sa vie personnelle n’est pas satisfaisante.
A la fin, Jane aura tout réussi et tout raté. Tout gagné et tout perdu.
C’est ce paradoxe et ses incroyables fulgurances de cruauté qui rendent cette série si impressionnante (malgré une première saison, deux épisodes d’une heure et quarante minutes, certes bien interprétée mais assez mal filmé, avec une image régulièrement passable, qui manque de définition).
PS : série regardée en coffret 15 DVD.

Dans une banlieue londonienne grisâtre, qui semble en perpétuelle construction, de très jeunes filles sont violées.
L’inspecteur Johnson est un des nombreux policiers qui mènent l’enquête.
Un soir, un suspect en état d’ébriété, couvert de boue et de sang, est amené au poste.
Johnson en est certain : cet homme est le coupable.
Toutes les pièces sont en place pour que l’interrogatoire tourne mal.
The Offence de Sidney Lumet est un film d’une rare noirceur. On y retrouve d’ailleurs des points communs avec Serpico, tourné par le même réalisateur la même année. Même si les deux films parlent de policiers, ils sont profondément différents. The Offence est aride, parfois proche de l’abstraction et en même temps quasi-documentaire. Serpico est plus romanesque, avec une grammaire cinématographique plus hollywoodienne (tout en étant très réaliste dans le vocabulaire des uns et des autres, policiers, criminels et prostitués, si réaliste que le film fit scandale).
The Offence met en scène un flic au bout du rouleau, Sean Connery, à contre-emploi, formidable, qui ose interpréter un être à la limite de l’abject, indéfendable à bien des niveaux. Mais Lumet ne se contente pas de filmer un policier coupable d’une bavure, il montre tous les rouages du drame et, surtout, ses racines profondes. Il va au-delà des simples apparences. Ce qu’il cherche, ce sont les circonstances (atténuantes ou pas).
Le plus glaçant, sans doute, c’est de se rendre que de son point de vue, l’inspecteur Johnson fait son métier de la seule façon envisageable : avec détermination. Broyé par les crimes auxquels il a été confronté, il ne trouve que dans la colère, l’amertume et l’alcool le moyen d’avancer.
Méconnue, The Offence est une œuvre séminale ; on voit planer son ombre sur de nombreux films postérieurs, Garde à vue de Claude Miller, bien évidemment, mais aussi Heat de Michael Mann, je pense à la fameuse scène de ménage où Diane Venora demande à son époux, interprété par Al Pacino, de partager avec elle son métier de policier.

Le 31 octobre 2020, l’acteur écossais Sean Connery nous quittait. Il a occupé une place importante dans mon enfance, avec les premiers James Bond, puis à l’adolescence avec des films comme Highlander (« Tu ne m’avais pas préparé à ça, vieux coq espagnol »), Le Nom de la rose, Indiana Jones et la dernière croisade, Les Incorruptibles, Pas de printemps pour Marnie. Adulte, je l’ai découvert émerveillé dans ce qui est peut-être son plus beau film : L’Homme qui voulut être roi de John Huston. Et plus tard dans ce qui est à mon sens son meilleur rôle dramatique, celui du detective sergeant Johnson dans The Offence de Sidney Lumet.
Outland, je l’avais vu très tôt (sans doute un soir à la télévision), et j’avais été marqué par les scènes où les corps soumis à une décompression violente explosent dans leur scaphandre. Maintenant on sait que ça ne marche pas comme ça : dans le vide spatial la mort vous frappe en 15 secondes, mais pas de cette manière.
Outland raconte l’histoire du marshall (traduit prévôt en VF) O’Neill qui accepte un poste de direction de la sécurité sur la station minière de Io. There is a new sheriff in town. L’administrateur Mark B. Sheppard (Peter Boyle, excellent) lui demande de ne pas faire de vagues. Il y a de la violence à Io, des bagarres. Il y a des putes, aussi, pour que les ouvriers ne deviennent pas dingues, et de l’alcool bien évidemment. Et de la drogue, forcément. Sans doute vexé d’être considéré comme un policier médiocre qui ne mérité pas davantage que ce poste pourri, O’Neill refuse de se la couler douce et commence une enquête sur une série de morts suspectes. Ce ne sont pas des meurtres, plutôt des suicides incompréhensibles.
Outland a mal vieilli, même si on peut lui reconnaître un travail considérable sur les décors d’intérieur ; les effets spéciaux (souvent ratés) ne rivalisent pas avec ceux de La Guerre des étoiles ou d’Alien pourtant sortis quelques années plus tôt. C’est un western dans une station minière en banlieue de Jupiter, et c’est sans doute sa principale faiblesse : être un remake (non crédité) du Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann (1952). Il lui emprunte d’ailleurs sa plus célèbre réplique (vers la fin, je ne la spolierai donc pas). D’un point de science-fictif, le film ne contient aucune idée, ne propose aucun concept. La réalisation est médiocre, le rythme global d’un autre âge (mais pas forcément désagréable). Reste donc un western spatial, plaisant, dominé de la tête et des épaules par un Sean Connery très juste, bien encadré par quelques seconds rôles convaincants, notamment le docteur Lazarus, incarné par Frances Sternhagen.