Sharp objects, série TV d’après le premier roman de Gillian Flynn (2018)

Camille Preaker (Amy Adams) est journaliste. Elle a un lourd passé : elle a perdu sa jeune sœur, a été victime de violences sexuelles, a commencé à se taillader de partout, a été internée, a été témoin du désespoir absolu. De tout ça, elle n’est pas totalement sortie. Elle vit à Kansas City, où elle avance tant bien que mal dans sa carrière, quand son rédacteur en chef lui propose de retourner à Wind Gap, le patelin de son enfance, où deux adolescentes viennent d’être assassinées de façon effroyable.
Retourner à Wind Gap, c’est renouer avec sa mère, Adora (Patricia Clarkson, prodigieuse), et rencontrer sa demi-soeur adolescente, Amma. C’est retourner la boue du passé et patauger dans celle du présent, sans oublier la merde de porc, charmante bestiole qu’Adora élève de façon intensive.

Camille est brisée, Camille est alcoolique. Camille est incapable de se laisser aller dans les bras d’un homme. Mais elle va vite devenir obsédée par son enquête et la recherche de la vérité.

Sharp Objects est une série très réussie, très glauque certes, mais très réussie et qui comporte un lot de scènes à la limite du supportable. C’est une série incroyablement cruelle (toutes les scènes de sexe, ou presque, font mal au cœur tant elles sont sordides), une série qui s’attaque aux femmes sur tous les fronts, leurs rêves, leurs désirs, leurs faiblesses ; jamais un homme n’aurait pu écrire un tel brûlot, surtout de nos jours. Mais comme c’est écrit par une femme, Gillian Flynn, et qu’on sent qu’elle a mis beaucoup d’elle-même dans cette histoire : chapeau bas. Tous les acteurs sont excellents, Amy Adams évidemment, qui prend le risque de s’enlaidir et de se montrer sous un jour peu favorable. Mais aussi tous les enfants et adolescents, ce qui m’a particulièrement frappé, tant le jeu d’acteur des enfants est souvent décevant (Harry Potter, Stranger Things).

Pourtant dénué de rythme véritable, Sharp objects avance comme un bulldozer et écrase tout sur son passge. La fin est particulièrement réussie, trouvé-je.

Carnival Row, série TV (2019)

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Pendant la guerre contre le Pacte, Rycroft Philostrate (Orlando Bloom) a rencontré une Pix, une fée, Vignette Stonemoss (Cara Delevingne et ses sourcils-chenilles), parfois appelée Vini. Ils se sont aimés, la guerre les a séparés. Puis la guerre a pris fin, le Pacte a gagné et le peuple magique doit fuir Tirnanoc pour le Burgue où Philo est policier. Les fées, centaures et autres satyres s’entassent dans le Row (la ruelle). Dans cette cité, les complots sont nombreux, un culte est en train de naître, des meurtres atroces sont commis. Bien évidemment Vini et Philo vont se retrouver pour le meilleur, mais surtout le pire.

Quand on n’attend pas grand chose d’une série télé, il y a des chances d’être agréablement surpris. Carnival Row coche à peu près toutes les cases du Politically Correct devenu de rigueur : il y a une forte proportion d’acteurs de couleur, une actrice métisse (indienne/suisse), Indira Varma vue dans Rome et Game of thrones, un personnage bisexuel (je ne spoile pas), des personnages homosexuels qui ne peuvent l’assumer, de la violence et de l’inceste comme dans Game of thrones, d’ailleurs. Il y a aussi des facilités scénaristiques rageantes, des raccourcis, des personnages qui sont là exactement où il faut quand il le faut ou a contrario sont absents alors qu’ils devraient être présents.

Mais bon, c’est surtout un chouette divertissement, entre fantasy urbaine et steampunk, auquel il ne faut pas trop demander et qui réinvente des choses vues chez Jane Austen, des contes de fées (La Belle et la Bête) ou plus simplement l’affaire Jack L’Eventreur (The Row est évidemment une métaphore de l’Est End de 1888). Les efforts en matière de représentation des minorités ethniques fonctionnent mieux que dans The Witcher où c’était à peu près tout le temps d’un ridicule consommé. Il est de bon ton de se moquer des talents d’acteur d’Orlando Bloom, mais là il est plutôt pas mal et en fin de compte plutôt sobre et dans le ton. Petite anecdote rigolote : les deux fils de Richard Harris jouent dans la série : l’excellent Jared (qui incarnera bientôt Hari Seldon) et son frère plus jeune, Jamie (né Tudor St John Harris) qui incarne le détestable Sergeant Dombey.

Ce n’est certainement pas la série du siècle, mais vous devriez passer un bon moment.

Tales from the loop – série TV d’après l’œuvre de Simon Stålenhag

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A Mercer, Ohio (comté qui existe vraiment, c’est rigolo ; et il y a bien un grand lac et il y a bien des îles sur ce lac), est installé The Loop, un laboratoire de recherches qui contient un secret enterré sous terre. Un jour, la petite Loretta rentre chez elle et sa maison a disparu, sa mère qui travaille au Loop a visiblement volé quelque chose là-bas qui a créé une catastrophe.

Je connaissais le travail de Simon Stålenhag tout simplement parce que j’avais passé ses livres à Albin Michel Jeunesse. Et j’étais assez impatient de regarder la série qui a une esthétique SF des années soixante-dix très réussie, à mon sens. Arrivé au bout du huitième épisode, mes sentiments sont mitigés et même parfois contradictoires. C’est beau, et c’est triste – aucun doute là-dessus. C’est (parfois très) fabriqué et parfois très bien vu sur le plan psychologique. La musique est à tomber par terre, je suis immédiatement tombé amoureux de la bande-son originale en parfait accord avec le travail sur l’image. Pour le reste, les scénarios sont souvent inaboutis ou parsemés d’incohérences / approximations assez brutales. Certaines pistes sont abandonnées en cours de route, certaines résolutions sont au mieux ridicules. La forme précède beaucoup le fond et l’emporte bien souvent.

Après c’est chouette à regarder, ça change, l’approche de la science-fiction y est profondément originale (étonnamment, je trouve qu’il y a beaucoup de points communs avec les anthologies Black Mirror). Il faut juste ne pas trop réfléchir à ce qui nous est montré. Et puis il y a le plaisir de retrouver Jonathan Pryce et sa voix si caractéristique en VO. D’ailleurs, globalement, les acteurs sont très bons.

Tales from the loop ou les mélancolies d’un futur qui a passé sa date d’expiration depuis longtemps…

Les Meurtres du Valhalla, série TV Netflix

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Un homme est tué de plusieurs coups de couteau sur le port de Reikjavik, puis ses yeux sont crevés. Peu de temps après un second homme est tué chez lui de la même manière : un riche entrepreneur qui ne semble pas avoir de liens avec la première victime qui, elle, était plutôt du genre dealer pathétique. Kata est mise sur l’affaire et un policier, Arnar, est demandé en renforts d’Oslo. L’Islande n’a jamais connu de crimes pareils, à tel point qu’elle n’a pas de médecin légiste à temps plein. Quand le lien est enfin fait entre les deux victimes, grâce à la vieille photo d’une maison d’accueil pour garçons, cette affaire peut désormais rester dans l’histoire islandaise comme celle des meurtres du Valhalla.

Tout était rassemblé dans cette série pour que je la déteste : une sordide affaire de pédophilie et de maltraitance dans une maison d’accueil, des policiers antipathiques, une construction scénaristique très fabriquée avec un cliffanger de rigueur à chaque fin d’épisode et pas mal de manipulations scénaristiques pour repousser le plus loin possible la résolution de l’affaire.

Et en même temps, je me suis laissé attraper comme un bleu, comme un perdreau de l’année, par les paysages (somptueux), les problèmes personnels des uns et des autres, par Kata, qui une fois sur deux prend quand même la pire décision possible (et se demande, par ailleurs, pourquoi c’est pas elle la cheffe de service). Les personnages sont humains et épais, à défaut d’être attachants, ils sont durs comme le pays qui les a vu naître. Quant aux crimes anciens, ils continuent à avoir des répercussions tangibles et fortes.

A défaut d’être originale, cette série (d’une terrible et réaliste noirceur) est prenante. Elle réserve quelques moments d’une rare intensité, notamment quand à la fin on re-déroule toute la vie de certains personnages dont on ne comprenait pas bien pourquoi ils étaient tellement cabossés.

Légion, série Télé de Noah Hawley

David Haller souffre de schizophrénie et ne peut pas affronter le monde extérieur. Il vit donc dans un hôpital psychiatrique où il rencontre Syd Barrett (ah ah ah) qui ne supporte pas qu’on la touche. David Haller ne souffre pas de schizophrénie ; il est en fait un des plus puissants mutants qui soit. David Haller a un parasite dans la tête, le roi des ombres, qui lui pourrit la vie depuis sa plus tendre enfance. David Haller est poursuivi par la Division 3. Où se trouve l’illusion, ou sa trouve la réalité ?

Dans le registre série télé de super-héros, Legion est résolument à part. Psychédélique, hyper inventive au niveau de la réalisation, Légion est une expérience visuelle intense, assez rare. On ne peut pas dire que ce soit lisse, c’est même dans son genre délirant complètement jusqu’auboutiste, avec de vrais morceaux de comédie dedans, mais aussi des passages plus perturbants (le mélange rappelle un peu Utopia, mais la réalisation lorgne surtout du côté du David Fincher de Fight Club). Légion est aussi une sacrée brochette de personnages, bien campés, attachants, même dans le camp des « méchants » (ce qui ne veut pas dire grand chose dans le cadre de la série, ce qu’on ne saura que trop saluer). Comme souvent dans les séries modernes, le choix des chansons est bluffant. Série enthousiasmante qui ose tout ? Sans doute. Mais, car il y a un mais…

A cause de ses flash-backs incessant, de sa construction complètement explosée, de ses scènes chausses-trappes, Legion m’a exténué, lessivé ; j’ai repoussé autant que possible le visionnage de chaque épisode. Difficile d’en voir plus d’un par jour tant le côté pyrotechnique de l’ensemble est poussé à son comble. Évidemment quand arrive enfin le morceau de Pink Floyd (qu’on attend depuis le début) dans le dernier épisode, on sautille de joie.

Il faut sans doute se réjouir que de tels OVNIs télévisuels existent.

Chernobyl, série TV de Craig Mazin

Le 26 avril 1986, une explosion survient dans le réacteur IV de la centrale de Tchernobyl (dans une URSS dont les heures sont désormais comptées).

Commence alors une course contre la montre, une course contre la mort pour éviter que cette catastrophe épouvantable ne fasse encore plus de victimes.

Un scientifique est envoyé sur les lieux, Valery Legasov, un homme qui a le tort de faire passer la vérité avant la politique, conscient que seule la vérité pourra sauver ce qui peut encore l’être. Un haut-cadre du parti l’accompagne / le surveille, Boris Shcherbina. Les deux hommes vont d’abord s’affronter, avant de prendre le temps de se comprendre, un temps qui n’est pas vraiment à leur disposition.

Après une série de films qui n’ont pas su me passionner (The Age of Shadows, Illang, La Brigade des loups, The Color out of Space), regarder Chernobyl m’a fait un bien fou, même si la série est terriblement déprimante. Quel plaisir de retrouver Jared Harris et Emily Watson dans de forts bons rôles (je suis plus réservé sur la prestation de Stellan Skarsgård, dont on retient avant tout le maquillage raté). Quel plaisir de voir une série qui met la science au centre de la problématique, des nombreuses problématiques. Chernobyl est une réussite indéniable. La reconstitution est impressionnante, les acteurs sont globalement excellents et quelques scènes sont inoubliables, comme celle du recrutement des mineurs ou celle du procès, dans le dernier épisode. C’est une série brutale, éprouvante, qui ose des ellipses totalement démentes.

En un mot : formidable.

Zero Zero Zero, série TV d’après Roberto Saviano

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Une famille américaine d’armateurs de La Nouvelle Orléans s’est spécialisée dans la livraison d’énormes quantités de cocaïne à travers le monde. La série commence quand un vieux parrain italien, qui vit plus ou moins comme un berger de Calabre, commande des centaines de kilos de cocaïne aux frères Leyra de Monterrey. On va suivre cette cargaison cachée dans des boîtes de piments à travers l’océan Atlantique, le continent africain et la Méditerranée. On va suivre de destin des Lynwood (Gabriel Byrne, Dan DeHaan et surtout Andrea Riseborough, l’héritière), les armateurs. On va aussi suivre la montée en puissance de Manuel Contreras (Harold Torres, hallucinant d’intensité), membre des forces spéciales, à Monterrey.

Bon le parcours d’un kilo de coke ou de quelques dizaines de kilos ou de quelques centaines de kilos, la taille ne change pas grand chose, ce n’est pas très original en soi. Il y a eu Traffic de Soderbergh, il y a pile vingt ans et, plus proche de nous, le méconnu mais tout à fait recommandable Running with the devil de Jason Cabell. Au début de la série, donc les deux trois premier épisodes, je trouvais que tout ça était très cliché. Mais au fur et à mesure que l’histoire avançait, elle devenait de plus en plus surprenante, non pas dans sa trame principale, extrêmement prévisible, mais plutôt dans ses détails, ses décors, ses personnages qui se révèlent tous plus complexes que ce qu’on croyait au départ. A part peut-être le petit-fils du parrain italien, que j’ai trouvé fade de bout en bout.

La série bascule dans quelque chose d’exceptionnel au cinquième épisode (on le sent venir avant). La maîtrise des prises de vue nocturnes rappelle celle de Michael Mann dans Collateral. La qualité du montage, de la mise en scène sont éblouissants. Le trois derniers épisodes sont particulièrement réussis. La série peut aussi s’enorgueillir du jeu de ses acteurs, notamment Andrea Riseborough qui est formidable de bout en bout et Harold Torres, hallucinant dans ses contradictions, qui incarne à lui tout seul la folie et la démesure des cartels de drogue mexicains.

Il ne faut pas se laisser décourager par le premier épisode, il faut un peu insister, déchirer la peau du lait pour regarder ce qui se cache en dessous.

Le résultat final est aussi brutal que convaincant.

Waco, série TV – Drew & John Erick Dowdle (2018)

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On a tous vu ces images : un immense bâtiment qui brûle au milieu des plaines du Texas. Après plus de cinquante jours de siège, la secte des Davidiens, la secte de David Koresh part en fumée, une tragédie qui a fait des dizaines de morts, dont dix-sept enfants. En fait tous ceux qui étaient présents sur les lieux au moment de l’assaut du FBI.

Il était inévitable que les Américains tournent une série sur cet épisode peu glorieux de leur histoire récente.

La première chose qui frappe ici c’est le casting, impeccable. Taylor Kitsch qui incarne un David Koresh à la fois horrible et capable d’une puissante bienveillance. Michael Shannon dans le rôle du négociateur du FBI, humain, trop humain. Rory Culkin qui incarne David Thibodeau, un des survivants de la tragédie. Shea Wigham, toujours aussi impressionnant, qui joue le rôle du chef tacticien du HRT (hostage rescue team), un homme ambitieux, mais aussi sans doute un peu trop avide d’action.

La seconde chose qui frappe c’est le contenu politique de la série. Législation sur les armes, législation sur le mariage au Texas (à partir de 14 ans), défiance envers l’état fédéral, liberté de culte. Pour un européen, le tissu politique de la série est proprement hallucinant. Gary Noesner, incarné par Michael Shannon, est un exemple assez parfait de liberal bienveillant, on l’imagine bien voter démocrate et discuter des vertus de l’Obamacare avec ses amis qui votent républicain. Il est la voix de la raison, la médiane, entre les fanatiques religieux, les libertariens amoureux de leurs fusils d’assaut et les partisans d’un FBI armé de tanks, qui en impose à tous les voyous du pays. Personne n’est épargné par la série, ni les modérés, ni les libertaires, ni les fanatiques religieux. Et en même temps, personne n’est montré sous un jour unique, totalement négatif, même pas David Koresh.

Rapidement, on est en droit de s’interroger sur ce que nous montre la série tant cette histoire de fois a l’air plus compliquée que : d’un côté « une bande de chrétiens frappadingues armés jusqu’au dents mené par un gourou pédophile » et de l’autre « le gentil FBI a fait tout ce qu’il a pu, mais bon y’a eu un pépin ». C’est passionnant de voir l’accumulation d’erreurs, de part et d’autre, qui a mené à la tragédie. Waco est une série à thèse. On y assiste à une remise en question de la version officielle et cette remise en question est si brutale, si hargneuse, qu’elle n’est pas désagréable à regarder, mais proprement dérangeante. Et toute la cogitation engendrée n’en est que plus salutaire. On est très proche de la théorie du complot, mais sans y être. Attention terrain miné. L’ensemble m’a rappelé le grand cinéma politique de Sydney Lumet (Serpico, Une après-midi de chien), celui de John Schlesinger (Le Jeu du faucon), d’Alan J. Pakula (Les Hommes du président).

Certains reprocheront sans doute aux réalisateurs d’être trop bienveillants avec la secte, mais justement c’est peut-être davantage en nous-même qu’en ce qu’on nous montre que repose le nœud de notre embarras : car on nous montre des gens qui aiment leurs enfants, qui ont des croyances différentes des nôtres, qui sont menés par un prédateur sexuel qui est en fait plus un père polygame qu’un pédophile, on nous montre des croyants soudés qui entassent 200 000 dollars de fusils d’assaut, masques à gaz, et jouent du rock pour faire la fête. Tout ça est trop contrasté, pas assez cohérent pour être acceptable, l’ennemi n’a pas un visage détestable, plein et entier.

Si l’état du Texas n’acceptait pas les mariages à partir de 14 ans et si les États-Unis n’étaient pas aussi dingues de flingues, peut-être que tout ça ne serait jamais arrivé, peut-être. D’ailleurs le motif des femmes mariées / enceintes trop tôt est récurrent dans la série : la mère de Koresh, la mère de Thibodeau, les deux premières épouses de Koresh.

Très critiquée aux USA (on ne peut pas parler de série patriotique), Waco met mal à l’aise de façon durable. Cette série est extrêmement bien écrite, notamment au niveau des personnages. Ils sont malmenés, complexes, souvent lâches. Ils sont à notre image.

Mr Mercedes, saison 2

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(Impossible de parler de cette deuxième saison sans spoilier la fin de la première saison. Vous voilà donc prévenus.)

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Dans le dernier épisode de la saison précédente, Holly Gibney fracassele crâne d’un Brady Hartsfield, a.k.a Mr Mercedes à l’aide d’une statue de bouledogue. L’immonde psychopathe fou d’ordinateurs était sur le point de faire sauter une bombe planquée dans un fauteuil roulant, au beau milieu d’un gala d’arts. Le geste de la jeune femme a permis de sauver des dizaines, des centaines de vies peut-être. Pendant ce temps, Bill Hodges n’était vraiment pas loin, mais faisait un joli accident cardiaque, ce qui ne l’a pas rendu des plus utiles. Ironie du sort, il se retrouve dans le même hôpital que sa proie préférée. Suspendu entre la vie et la mort, Brady Hartsfield ne peut plus nuire à personne. Vraiment ?

La saison 2 de Mr Mercedes diffère assez peu de la première. Le rythme est toujours mou, mais les personnages sont attachants. Surtout Holly Gibney. Ce qui sauve tout ou presque. Là où il y a une différence fondamentale, c’est que la série, qui était purement policière, bascule dans la science-fiction (ou le fantastique « médical ») et pas forcément la meilleure SF qui soit. On y observe les agissements révoltants (?) d’un couple de Frankenstein modernes incarné par Jack Huston (très bon en mari manipulé) et Tessa Ferrer. Cora Babineau est une épouse venimeuse à  souhait, arriviste sans foi ni loi, de la pire espèce ; elle provoque immédiatement un fort et irréversible sentiment de détestation. Si cette partie de l’intrigue est intéressante sur le plan moral (peut-être pas passionnante, mais intéressante), elle ne tient pas la route sur le plan narratif et il faut suspendre très haut son incrédulité pour avaler la couleuvre. D’ailleurs des trucs qui ne tiennent pas la route dans cette deuxième saison, il y en a à la pelle, treize à la douzaine, dont un procureur au manque de professionnalisme assez sidérant.

Outre les personnages auxquels on s’est attaché, on peut ajouter au crédit de cette seconde saison quelques scènes assez formidables, fruits de scénaristes un brin kamikaze qui n’ont pas eu froid aux yeux, ni au reste. La plus bluffante est sans doute celle du baiser – je n’en dis pas plus. Si Brendan Gleeson est évidemment très bien, il se fait littéralement voler la vedette par Justine Lupe (qui incarne Holly Gibney) et Breeda Wool, incroyable d’intensité, qui incarne l’ancienne meilleure amie de Brady Hartsfield.

Loin d’être la série de l’année, pleine de défauts, Mr Mercedes se laisse regarder avec plaisir. D’ailleurs, même si je vais faire une pause, je ne pense pas pouvoir résister aux sirènes de la troisième saison.

 

Mr Mercedes, première saison

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Au volant d’une puissante Mercedes volée, un homme affublé d’un masque de clown fauche des dizaines de personnes qui faisaient la queue pour trouver du boulot. Parmi ses seize victimes se trouvent une mère et son bébé.

Cette affaire va obnubiler un flic, Bill Hodges (Brendan Gleeson). Une fois à la retraite, nargué et harcelé par le tueur à la Mercedes, Bill va se remettre en chasse. Ce que le vieux flic alcoolique ignore c’est que sa proie se trouve beaucoup plus proche de lui qu’il n’a jamais osé l’imaginer.

Un peu orphelin d’avoir quitté Holly Gibney dans la série The Outsider, je me suis jeté sur Mr Mercedes dès que j’ai su qu’elle y avait un rôle (et quel rôle !) Le soucis, sans en être un, c’est que la Holly Gibney de Mr Mercedes est clairement très différente de celle de The Outsider.

Mr Mercedes est une série qui rappelle The Fall dans sa construction. Dès le premier épisode on sait qui est le tueur à la Mercedes. Et donc il n’y a aucun suspens à attendre de cette partie de l’intrigue. La force de la série (mais qui implique aussi sa principale faiblesse, à mon sens) c’est l’étude psychologique de Bill Hodges, du jeune tueur, des proches de Hodges, d’Holly Gibney. C’est, sur ce plan-là, fouillé, extrêmement réussi, mais au prix d’un rythme de tortue terrestre (coïncidence ? Bill possède une tortue comme animal de compagnie). Dix épisodes, c’est long, et il faut parfois un peu s’accrocher, tant l’intrigue progresse peu dans certains segments.

Là où la série surprend le plus, c’est par sa violence psychologique, rien ne nous est épargné : inceste, masturbation, alcoolisme, folie, cruauté, torture psychologique, déchéance, désespoir. Certains passages sont à la limite du supportable. Ce ne sont pas forcément les plus sanglants et ils impliquent bien souvent la mère du tueur, interprétée par une Kelly Lynch impressionnante.

Autre surprise, le choix des chansons et des morceaux de musique. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend Season of the witch de Donovan, Pet Sematary des Ramones  ou Human Fly des Cramps dans une série télé. Sans oublier les Pixies. La série est d’ailleurs pleine de clins d’œil, à Fight Club, à d’autres œuvres de Stephen King (qui apparait brièvement dans l’épisode 6).

Deux autres saisons ont été tournées ; à la fois je crains le pire (j’ai bien été douché par la seconde saison de Preacher) et en même temps, j’ai assez envie de retrouver Holly Gibney.