The Night Manager, David Farr (2016)

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Jonathan Pine (Tom Hiddleston), ancien soldat anglais ayant servi deux fois en Irak, s’est reconverti comme directeur de nuit d’un hôtel cinq étoiles au Caire. Au moment où survient le printemps arabe, il fait tout pour protéger une cliente, Sophie Alekan, qui n’est autre que la maîtresse de Freddie Hamid, un playboy au bras long impliqué dans divers trafics. Cette jeune femme a en sa possession des papiers qui mettent en cause Richard « Dick » Roper (Hugh Laurie) un homme d’affaires spécialisé dans le matériel agricole et très impliqué dans l’humanitaire au proche-Orient. Jonathan passe les documents à l’ambassade anglaise et ceux-ci migrent jusqu’à Angela Burr (Olivia Colman), une directrice d’agence de lutte contre le trafic d’armes, qui s’est jurée de faire tomber Roper. L’histoire finir mal : Sophie est assassinée et Jonathan change de vie. Il devient directeur de nuit dans un hôtel de luxe suisse. Quand sa route croise à nouveau celle de Richard Roper, il se promet de faire tomber cet homme et accepte le pacte (de sang) que lui propose Angela Burr.

Tiré d’un roman de John Le Carré (que je n’ai pas lu), The Night Manager est une excellente mini-série anglaise (6 épisodes d’une heure). Tout est réussi : le casting, les décors, le suspense distillé avec parcimonie et tact. Étrangement, l’asperge Elizabeth Debicki (1m90) joue exactement le même rôle que dans Tenet, à une différence près que je ne spolierai pas ici (d’ailleurs je n’ai pas aimé Tenet, je suis devenu allergique au cinéma plein d’esbroufe à la con de Christopher Nolan). On pourrait peut-être reprocher l’aspect irrésistible de Jonathan Pine à qui aucune femme résiste et mieux encore ce sont elles qui viennent, langue pendante, le chercher pour le meilleur et souvent le pire. Hugh Laurie, homme d’affaires, trafiquant, père et amant, est impressionnant (il y a quelque chose de félin dans sa vilénie) ; pour une fois qu’un « méchant » n’en fait pas des tonnes. Derrière sa façade de série d’espionnage, The Night Manager creuse avec subtilité d’autres sujets : la fidélité (en amour, en affaires), le sens de la vie, la solitude, etc.

J’ai beaucoup apprécié le soin apporté aux seconds rôles. La palme revenant sans doute à Tom Hollander qui joue Lance Corkoran, le tueur professionnel (homosexuel) à la solde de Richard Roper, que lentement mais sûrement Jonathan Pine va évincer.

Très bon.

Je conseille.

Lovecraft Country, une série TV de Misha Green

🐙

Depuis la parution en français d’Un requin sous la lune (Sewer, Gas & Electric, 2001), je suis d’un peu trop loin, à mon goût, la carrière de l’écrivain américain Matt Ruff. Quand est sorti son roman Lovecraft country, je me suis trop tardivement renseigné pour l’avoir en lecture et éventuellement en acquérir les droits (Matt Ruff est représenté par un agent avec qui je n’ai jamais travaillé, ça n’aide pas) : il était déjà vendu aux Presses de la cité. Bon, ça ne m’a pas empêché de le lire et de l’apprécier, même si ce n’est pas un roman parfait, mais paraîtrait-il, il n’en existe pas.

Et voilà qu’un projet de série a débarqué ; j’avoue que j’étais curieux de voir ce qu’ils pouvaient faire du roman, ce qu’ils allaient en garder (Lovecraft Country c’est plein jusqu’à la gueule et ça déborde même un peu de partout), ce qu’ils allaient laisser de côté.

Mais reprenons par le début de l’histoire : Atticus « Tic » Freeman apprend la disparition de son père et se rend chez son oncle George pour en savoir plus. George et son épouse Hyppolita (non créditée, comme le veut l’époque) publient un guide de voyage à destination des gens de couleurs qui veulent se déplacer en Amérique en toute sécurité. Et donc après quelques péripéties, Tic, George et la jeune Leti partent à la recherche de Montrose Freeman, qui se trouverait dans un improbable patelin de Nouvelle Angleterre, Ardhan (et non Arkham, comme Atticus, grand lecteur de Lovecraft, l’a cru de prime abord). Là, ils vont se trouver en guerre contre une vieille famille de sorciers blancs à qui une servante (enceinte du maître des lieux) a volé le plus important des trésors : Le Livre des noms.

Arrivé à la fin du deuxième épisode, je me suis dit : « ça va pas le faire ». Ça va trop vite, le jeu littéraire autour de l’œuvre de Lovecraft et de son racisme est sacrifié à l’aune d’un rythme télévisuel un brin effréné et pour tout dire fatigant. On pourrait presque faire une saison de 8 épisodes avec tout ce que contiennent les deux premiers. Par la suite, ça ne s’arrange guère, ça n’empire pas non plus. Il y a des choses formidables sur le racisme systémique, la société américaine, l’hypersexualisation de la femme noire, ici incarnée par l’actrice nigériane Wunmi Mosaku, aux formes plus que généreuses, etc. Et puis des choses moins fortes, une violence parfois gratuite, des scènes de sexe assez répugnantes qui n’apportent pas grand chose à l’ensemble (cette marque de fabrique HBO est en train de devenir un tic risible). Il y a une ou deux divergences avec le roman qui m’ont fait hurler, car à mon sens elles trahissent le propos, malin, très malin, de Matt Ruff – auteur blanc qui ose écrire sur les Noirs, leur culture, leurs blessures et le fameux massacre de Tulsa (déjà mis en scène dans la série Watchmen).

C’est too much, parfois épileptique, parfois raté, parfois formidable ; ils ont voulu mettre tout ce qu’il y avait dans le roman et n’ont globalement pas su choisir. Certains critiques ont regretté que la série parlait trop de problèmes raciaux ; j’ai évidemment le sentiment inverse, elle n’en parle trop ni pas assez, elle en parle bien… c’est le dosage des éléments fantastiques, trop frontaux, trop brutaux dès le début qui, à mon sens, pose problème.

Dommage.


The Mandalorian (saison 1 & 2) – série TV

(Petit résumé pour les huit personnes qui reviennent d’un agréable séjour de quatre ans en Corée du nord 👇)

Orphelin élevé par les chasseurs de primes mandaloriens, le Mandalorien suit le Credo, la Voie : jamais il n’enlève son casque en présence d’autres êtres vivants (c’est un des ressorts de la série). Chasseur de prime hors du commun, il se fait payer quand c’est possible en Beskar, ce métal que même un sabre laser ne peut entamer et qui appartiendrait historiquement aux Mandaloriens. Un jour, on lui propose de ramener vivant une cible (il n’en connaît que l’âge : 50 ans). Le Client (Werner Herzog – excellent choix qui rappelle que l’Empire a toujours été une métaphore pataude du IIIe Reich) est prêt à lui payer une fortune en beskar. Mando (on ne connaîtra son vrai nom que dans l’épisode 8 de la première saison), accepte, participe à un carnage en règle et récupère un bébé qui partage une forte ressemblance avec un certain chevalier jedi philosophe qui professa (professera ?) un jour que jamais personne ne devient grand par la guerre.

Colis remis, payé, Mando se fait fondre une armure très jolie qui brille comme une Ferrari toute neuve. Et là, c’est le drame : d’un seul coup, il s’aperçoit que sous son indestructible et viril thorax cache un petit cœur capable de saigner et que cet organe maladroit est en train de l’aiguiller sur une autre voie, celle des remords et de l’acte juste. Bébé va se trouver un nouveau papa. This is the way !

Bon, honnêtement, depuis que c’était sorti, ça me tentait pas vraiment (une série Star Wars produite par les peine à jouir coincés du cul de Disney, beurk puissance 8 ; une des pires cultures d’entreprise de la planète, comme l’a récemment prouvé les nombreuses affaires de liberté d’expression et autre qui ont entourés leurs récents exploits). Bon, Disney c’est le vrai empire du mal, ça c’est dit, ça c’est fait, n’y revenons plus.

En plus Star Wars c’est parmi les plus beaux souvenirs de mon enfance. Je suis né en 1971, donc j’avais l’âge parfait pour découvrir cet univers-là, à cette époque-là. Quel garçon de onze ans né fin des années 60 début des années 70 n’a pas rêvé d’affronter Dark Vador avec un sabre laser, de piloter un X-wing, le Faucon Millénium ou de faire sauter son collège l’Étoile de la Mort ? Donc oui, j’ai adoré les trois premiers Star Wars, je n’ai pas aimé les trois suivants et les trois derniers m’ont consterné/ennuyé, même si probablement tout n’est pas à jeter dedans. Il y a un truc pourri au royaume des Jedis, c’est que tout ça : IV, V, VI puis I, II et III et enfin VII, VIII et IX n’est pas cohérent, ne tient pas la route, ne s’articule pas bien, sur à peu près tous les plans (le scénario, l’esthétique, les relations entre les personnages, l’histoire de la République). Une des questions que je me posais en regardant The Mandalorian, c’est « à quel moment ça se passe ? » Notez bien que j’aurais pu regarder sur internet, mais 1/ j’avais la flemme et 2/ c’est pas écologique. La saison 2 y répond précisément et comme de juste, ça ne matche pas vraiment avec le reste, mais à dire vrai peu importe. Jon Favreau, le showrunner, a pour moi l’immense qualité d’avoir fait bouffer a Disney une série ambiguë, moralement douteuse, délicieusement répugnante (l’épisode des œufs, photo ci-dessous, là, franchement fallait oser, chapeau Jojo !). Ça flingue dans tous les sens, il y a de belles ordures, des idées assez fortes, des seconds rôles sympas comme Timothy Olyphant. Il y a même une meuf avec des gros bras et un gros cul (Gina Carano ; visiblement, elle a aussi un petit cerveau, on ne peut pas être doué dans tous les domaines). Et les frontières entre le bien et le mal sont loin d’être aussi marquées que dans les films des secondes et troisième trilogies (par ordre de tournage).

Donc j’avais pas trop envie de voir The Mandalorian, mais après un arrêt-maladie d’une semaine, la fatigue inhérente à toute intervention chirurgicale (même bénigne), j’avais tellement de travail, de dossiers à boucler, d’urgences à colmater que le soir, un ou deux épisodes de 30 à 40 minutes, c’était absolument parfait. Et j’ai donc tenté le coup, en me disant « au pire, j’arrête et j’attaque Lovecraft County » et, voilà… parfois, j’ai retrouvé le plaisir de l’enfant qui fait djouou djouou avec un bâton et qui s’imagine sabre à la main en train d’affronter des hordes de fonctionnaires de l’éducation nationale soldats impériaux.

The Mandalorian est loin d’être parfait, mais globalement ça fait passer un chouette moment, bien plus que les derniers films de la franchise…

The Little Drummer Girl, Park Chan-Wook (2018)

The Little Drummer Girl – Charlie (FLORENCE PUGH) – (C) THe Little Drummer Girl Distribution Limited. – Photographer: Jonathan Olley.

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(La vie est étrange, publier Gnomon de Nick Harkaway, fils de l’écrivain John Le Carré, m’a donné très fortement envie de me replonger dans les adaptations audiovisuelles des romans de ce dernier.)

Repérée par le Mossad parce qu’elle a assisté à un rencontre d’étudiants avec un jeune Palestinien, Charlie (Florence Pugh, assez peu attachante et grassouillette, ce qui paradoxalement lui confère un certain charme) est une jeune actrice anglaise aux sympathies gauchistes assez évidentes, mais l’époque veut ça et le besoin de s’intégrer n’est peut-être pas à négliger. C’est aussi une formidable menteuse qui s’est construit une vie, une histoire de famille en totale rupture avec la réalité. Alors que sa troupe est invitée en Grèce par un mystérieux mécène pour participer à un gala, elle se lie avec un homme mystérieux qui va se révéler être un ancien soldat de Tsahal et ancien agent du Mossad : Gadi Becker (Alexander Skarsgård, impressionnant). Le patron de Gadi, Martin Kurtz (Michael Shannon, comme vous ne l’avez jamais vu) a prévu de recruter Charlie pour lui faire infiltrer la cellule terroriste de Salim, ce jeune Palestinien qu’elle a rencontré des années auparavant.

Les actrices et les acteurs jouent, c’est leur métier, ils répètent leur rôle, ils se fondent dans leur personnage jusqu’à ce que les limites qui séparent la fiction et la réalité se brouillent, voire disparaissent. Mais quand vous infiltrez une cellule terroriste, le jeu devient instantanément dangereux et la moindre erreur peut vous être fatale.

Charlie survivra-t-elle aux manipulations de Martin Kurtz et de son bras armé, Gadi Becker ?

J’ai beaucoup aimé cette mini-série de Park Chan-Wook. Je trouve qu’il réussit la gageure de faire à la fois du Park Chan-Wook (c’est fin, subtile, vertigineux et pervers à souhait) et à la fois du John Le Carré (oubliez tout manichéisme, il n’y a pas d’un côté les méchants terroristes palestiniens et de l’autre les gentils agents du Mossad, il n’y a pas d’un côté de méchants sionistes assoiffés de sang et de l’autre de romantiques soldats de la liberté palestiniens ; c’est une guerre, elle a beau se jouer dans l’ombre, sa première victime restera l’innocence des uns et des autres).

La petite fille au tambour avait déjà été adapté en film, une fois, par l’excellent George Roy Hill. Je suis sûr de l’avoir vu, mais je n’en ai aucun souvenir. En brisant le cadre d’une « simple » fiction de 2h00, Park Chan-Wook se permet de prendre son temps et de déployer ses personnages avec talent. Il livre une mini-série d’une grande intensité qui cumule sans doute dans l’épisode qui se déroule presque entièrement au Liban. Il joue aussi avec le format télévisuel, se permettant de remettre en cause certains de ses codes. Il n’y a qu’à voir son choix de cliffhangers, osé : souvent juste une rencontre et non une situation de danger ou une révélation qui balayerait tout.

Je conseille.

PS : (Et je viens de m’acheter le coffret The Night Manager et Un homme très recherché pour rester dans l’ambiance.)

Mr Robot – série télé (4 saisons)

Elliot Alderson travaille comme ingénieur informatique (en open space) chez Allsafe, où travaille aussi son amie d’enfance Angela Moss. Elliot est ingénieur le jour, cyberjusticier la nuit et drogué à peu près à temps complet. Comme tous les drogués, il se ment. Comme tous les malades mentaux, il ne peut pas guérir (et/ou composer avec son trouble psychique) tant qu’il n’a pas compris qu’elle est la nature de sa maladie. Elliot le Hacker a un ennemi juré, c’est Evil Corp (dont le logo rappelle le E de la marque Dell… qui a dû apprécier). Chez Evil corp, il va trouver un antagoniste à sa mesure : Tyrell Wellick. Et puis il y a cet inconnu (Christian Slater) qu’Elliot croise sans arrêt et qui porte sur ses épaules une drôle de veste démodée et sur laquelle a été cousu un écusson Mr Robot très années 80. Et si Mr Robot était en mesure de mettre Evil Corp à genoux ?

J’ai dû lutter plus d’un mois pour finir les quatre saisons de Mr Robot, rarement plus d’un épisode par jour. Je me suis entêté, car j’avais acheté le coffret blu-ray et que je voulais sans doute inconsciemment « optimiser » mon investissement. Arrivé au bout, je ne sais pas trop quoi en penser. Mes sentiments sont pour le moins contradictoires. J’ai aimé Rami Malek dans le rôle d’Elliot (il fait très bien l’halluciné aux yeux globuleux). Christian Slater m’a semblé convaincant, mais parfois aussi nonchalant/jm’enfoutiste. J’ai aimé, que dis-je adoré, Grace Gummer dans le rôle de l’agente du FBI Dominique DiPierro. J’ai détesté certains effets scénaristiques, certaines révélations bidon qui ne sont là que pour faire partir la série dans une nouvelle direction aussi improbable qu’inattendue. J’ai aimé le réalisme de certaines manipulations informatiques, l’utilisation de certains logiciels de notre monde, etc. Je me suis régalé à traquer les clins d’œil et autres easter eggs : Matrix bien sûr (Anderson/Alderson), Blade Runner (Tyrell), Johnny Mnemonic, 1984, Fight Club, Donnie Darko, Strange days, V pour vendetta, Star « je suis ton père » Wars et j’en passe. Il y en a un peu partout.

Et… Et… on arrive au gros problème de la série, à mon sens, mais un problème tout à fait subjectif : c’est qu’elle sacrifie très vite sa dimension politique passionnante (une série américaine qui parle d’anarchie, de redistribution des richesses, de surveillance globale, c’est quand même pas commun) pour la remplacer par tout un tas de considérations psychologiques, psychothérapeutiques qui débordent de traumatismes enfantins, de dédoublements de la personnalité et j’en passe. J’ai trouvé cette partie aussi lourdingue qu’irréaliste, et qui se contredisait sans cesse pour tout arranger (et qui contredit aussi ce qu’on sait des gens à personnalités multiples). C’est fabriqué ; j’ai eu l’impression qu’il n’y avait aucune empathie là-dessous, aucune sincérité, que c’était juste du substrat à rebondissements. Des trucs schizos-rigolos qui permettent aux scénaristes papotant autour de la machine à café d’avoir des « idées de dingue ».

Donc voilà, c’est une série intéressante, avec des choses formidables dedans, mais qui – à mon avis – ne remplit pas ses promesses et entourloupe bien trop souvent ses spectateurs.

Suspect N°1 – série télé

Suite au décès d’un enquêteur, l’inspectrice de police Jane Tennison arrache de haute lutte la direction d’une enquête de meurtre sur une jeune femme. Elle a un suspect, George Marlow, elle le soupçonne d’être un tueur en série, mais encore lui faut-il trouver des preuves. Non seulement la tâche est difficile (le suspect n’a pas laissé grand chose au hasard), il a même un alibi, mais les collègues de Jane (des hommes principalement) ne sont pas toujours d’une grande aide. Certains voient sa rigueur et son professionnalisme d’un bien mauvais œil.

Prime suspect est une série britannique qui a connu sept saisons (entre 1991 et 2006) durant lesquelles on suit le parcours professionnel de Jane Tennison (Helen Mirren), de sa première grande enquête (George Marlow) jusqu’à sa dernière enquête avant la retraite. Jane est une ambitieuse femme flic (ce qui lui sera souvent reproché). La série est particulièrement dure ; on y croise des féminicides bien évidemment, mais aussi des crimes pédophiles, des meurtres liés au trafic de drogue ou d’autres à la guerre en Serbie. On est parfois estomaqué par la tournure tragique que prennent les événements. Certaines scènes sont à la limite du supportable, notamment une scène d’autopsie filmée en full frontal (dans la saison 6). Plus léger : on s’amusera à reconnaître Mark Strong, David Thewlis, Peter Capaldi et Ralph Fiennes dans de petits rôles ou des rôles secondaires.

Le plus remarquable là-dedans, outre l’interprétation incandescente d’Helen Mirren, ce sont les ellipses et les non-dits (tout ce qu’on peut lire entre les lignes). Si Jane Tennison réussit sa carrière contre vent et marées, elle rate à peu près tout le reste : ses relations avec ses proches, ses aventures romantiques ou sexuelles. Plus crainte que respectée, refusant la dimension « politique » du métier de commissaire de police, forme de compromission qu’elle trouve inacceptable, elle passe souvent pour quelqu’un d’ingérable car trop rigide, voire dangereux ; ce qui ne serait sans doute pas le cas si elle était du sexe opposée. Si le féminisme de la série est évident, ses réflexions sur le racisme, la ghettoïsation et la xénophobie ne manquent pas non plus d’intérêt.

Si un homme sacrifie volontiers sa vie familiale sur l’autel de sa carrière, ce choix semble interdit à Jane Tennison. Pour avancer sur le plan professionnel, elle doit tout perdre sur le plan personnel ; d’une certaine façon sa hiérarchie, l’institution policière (et la société pour le dire autrement) ne lui laisse aucune choix. Année après année, elle doit abandonner des choses pour continuer à progresser. C’est déjà très dur, mais pour tout arranger son ambition est régulièrement vécue comme indécente par ses pairs, pour ne pas dire injustifiée. Quant à la relation quasi maternelle que Jane va développer dans la dernière saison, elle ne fera qu’un peu plus lui rappeler à quel point sa vie personnelle n’est pas satisfaisante.

A la fin, Jane aura tout réussi et tout raté. Tout gagné et tout perdu.

C’est ce paradoxe et ses incroyables fulgurances de cruauté qui rendent cette série si impressionnante (malgré une première saison, deux épisodes d’une heure et quarante minutes, certes bien interprétée mais assez mal filmé, avec une image régulièrement passable, qui manque de définition).

PS : série regardée en coffret 15 DVD.

Dark, saison 1 (Netflix)

Widen. Allemagne de l’ouest.

En 1953, deux enfants morts sont retrouvés sur le site de la future centrale nucléaire de Widen. Leurs yeux sont terriblement brûlés, leur oreille interne est détruite.

1986, un enfant disparaît : Mads Nielsen.

2019, Mikkel Nielsen, le fils d’Ulrich Nielsen (frère de Mads) disparaît. Le père, qui est aussi policier, n’est pas prêt de lâcher l’affaire.

Il va vite se rendre compte que tous les 33 ans le malheur frappe à Widen.

Dark a la particularité d’être une série allemande qui rivalise sans mal avec les séries américaines du même genre, même si on sent que le budget est légèrement en retrait. un budget sans doute raisonnable qui n’empêche pas de belles créations comme la machine de l’horloger et des effets spéciaux (plus ou moins réussis), notamment dans le dernier épisode de la saison 1.

Si l’ensemble m’a semblé plein de défauts – il y a des paradoxes temporels que je n’arrive pas m’expliquer à la fin de la saison 1 (sauf à invoquer des mondes parallèles) ; les liens familiaux m’ont semblé parfois un peu durs à suivre entre les trois époques ; certaines réactions des personnages sont incompréhensibles et faute d’éclaircissement ressemblent plus à du tripatouillage scénaristique qu’autre chose -, je me suis néanmoins laissé prendre au jeu. Et je ne tarderai pas trop à visionner la saison 2, en ayant toutefois peur d’être déçu.

Il n’est peut-être pas judicieux de regarder cette série peu de temps après Tales of the loop ou même Watchmen avec qui, étrangement, elle partage pas mal de choses. A dire vrai, c’est sans doute ce qui m’a le plus gêné : on dirait du Damon Lindelof. Une sous-intrigue est à peine bouclée que trois autres, souvent incongrues, viennent de poper ça et là comme une génération spontanée de bruit généré pour masquer la progression hésitante du signal global. On connaît la méthode, on a vu The Leftovers et Lost ; on sait donc comme ça finit, dans un long cri de rage (nettement moins agréable qu’une chanson de Nena).

Par conséquent, on ne peut s’empêcher de penser que la saison 2 est – sur le plan scénaristique – à haut risque (il y a tellement d’énigmes à boucler (en 1953, en 1986, en 2019 et en ???? – je ne spoile pas) qu’il faudrait sans doute dresser un document excel exhaustif pour tenter de s’y retrouver -je suis sûr que quelqu’un l’a fait quelque part).

The Boys, Eric Kripke (Amazon)

Alors qu’il se trouve dans la rue à discuter avec sa petite amie, Hughie Campbell (Jack Quaid) est témoin de l’explosion d’icelle. Recouvert de sang et de débris humains, il met un certain temps à réaliser qu’elle a été heurtée de plein fouet par l’homme le plus rapide du monde, le super-héros A-train (Jessie T. Usher). A-train fait partie des Sept, avec The Deep (l’homme-poisson en VF, alors qu’il était super drôle de le nommer Le Profond), Princesse Maeve, l’énigmatique Black Noir, Translucide, Homelander et la nouvelle recrue Starlight (Stella en VF). Suite à ce décès, Hughie fait la rencontre d’un agent du FBI William Butcher (Karl Urban) qui étrangement possède un fort accent anglais. Hughie va vite comprendre que Butcher est en guerre contre les super-héros et notamment contre le plus puissant d’entre eux, Homelander (Anthony Starr, tour à tour hilarant et terrifiant, ce qui n’est pas le moindre des tours de force de cette série).

J’AI ADORÉ.

(Et j’ai presque envie d’en rester là au niveau des commentaires, tant la découverte de la série et de ses audaces fait partie du plaisir.)

The Boys est l’adaptation d’un comics de Garth Ennis et Darick Robertson que je n’ai jamais réussi à lire tant le dessin me rebutait. C’est une sorte de travail de démolition des super-héros comparable à celui que fut Watchmen (le comics d’Alan Moore) en son temps. Dans The Boys on retrouve le monde d’aujourd’hui : réseaux sociaux, marketing à outrance, hypocrisie et cynisme politiques, novlangue de communication, etc, plus des super-héros. Alors que la série est volontairement trash (du sang et du cul à presque tous les étages), elle est aussi étonnamment profonde avec des personnages complexes, des scènes extrêmement fortes sur le plan moral, comme le discours de Stella/Starlight ou la scène de la prise d’otages dans l’avion.

Les acteurs sont globalement au top, notamment Karl Urban et Anthony Starr. Ceux qui ont les rôles les plus ingrats sont pas mal non plus comme The Deep (Chace Crawford). Évidemment comme il y a plein de personnages, on est très vite tenté d’avoir ses préférés ; celui de Princesse Maeve, souvent « dessiné en creux », est attachant.

La série est très plaisante, avec d’improbables moments de montagnes russes où l’on passe de l’hilarité à l’inquiétude, sans transition d’une scène à l’autre. Arrivé au dernier épisode qui est particulièrement réussi, on n’a qu’une envie : enfiler sa cape, ses gants et foncer tête la première dans la saison 2.

(Il y a quelque chose de profondément ironique à ce que ce soit « le grand méchant » Amazon qui produise et diffuse cette série.)

The Head, Alex & David Pastor (2020)

🐧

Antarctique, de nos jours.

Une équipe scientifique dirigée par Arthur Wilde (John Lynch) est sur le point de mettre au point une bactérie qui dissout le C02 133 fois plus vite que la photosynthèse. Cette découverte pourrait sauver des millions de vies. A la fin de l’été austral, la base Polaris VI se vide de la plupart de ses occupants et ne reste alors qu’une dizaine de personnes : Arthur, évidemment ; Anicka et Aki (ses assistants) ; Erik le commandant ; Maggie, la trop jeune toubib, dont c’est la première mission en antarctique. Et tout le personnel qui fait tourner les communications, la cantine, les engins, les machines nécessaires à la survie.

Trois semaines avant la fin de l’hivernage, un SOS est envoyé. Sept personnes sont mortes, assassinées, deux ont survécu, une a disparu.

The Head est une série plutôt prenante : j’ai avalé ses six épisodes en trois soirées, sans forcer. On s’amuse bien à chercher les petits clins d’œil à The Thing (mais là c’est plus un clin d’œil, mais un hommage filé en permanence), à The Shining et à Alien, m’a-t-il semblé, pour une scène bien précise. The Head est aussi un colosse aux pieds d’argile. Une fois que le rideau tombe, que toutes les explications arrivent (dans l’épisode 6), l’édifice a beaucoup de mal à tenir debout, d’autant plus qu’il a branlé à de nombreuses reprises. Ce qui m’a le plus gêné (et c’est sans doute trop subjectif pour être réellement signifiant), c’est l’incapacité récurrente (mais pas constante) de l’équipe de tournage à faire croire que cette histoire se passe en Antarctique. On ne ressent pas le froid, on n’est assez peu mis au courant des dangers qu’il représente, il y a toute une dimension matérielle / équipements qui peine à convaincre, foule de détails qui tuent la suspension d’incrédulité. Paradoxalement la scène où l’on ressent le plus le froid qui accable les personnages est une scène d’intérieur. La suspension d’incrédulité est beaucoup mise à l’épreuve, notamment via tout ce qui concerne la tragédie Polaris V (je ne spoile pas). Et puis, il y a une impossibilité factuelle ou disons managériale (je ne spoile pas) qui empêche purement et simplement l’histoire d’être crédible.

Malgré cela, il est tout à fait possible de se laisser emporter par le long tour de magie que représente The Head et de profiter de la ballade au pays des manchots.

Par contre, si vous aimez réfléchir aux tenants et aboutissant de l’ensemble et décortiquer les détails, vous risquez de hurler (de douleur) à plusieurs reprises.

Love, Death & Robots

(Il y a des moments dans la vie où regarder un film c’est compliqué, démarrer une série (Watchmen) c’est compliqué, etc. Alors Love, Death & Robots offre la chouette opportunité de regarder chaque soir deux ou trois histoires complètes avant d’aller au lit).

C’est une anthologie de 18 courts métrages de science-fiction. Comme le veut la loi de Rod Serling (ne cherchez pas, je viens de l’inventer), tout n’est évidemment pas du même niveau.

1/ Sonnie’s edge. Des combats de robots géants, une rivalité, un secret. D’après une nouvelle de Peter F. Hamilton. Sympa, brutal, avec un twist assez mémorable.

2/ Three robots. Le parcours de trois robots après l’extinction de l’humanité. D’après une nouvelle de John Scalzi qui plagie (volontairement ou involontairement) la nouvelle d’Howard Waldrop « Heirs of the perisphere ». Cela dit, c’est excellent.

3/ The Witness. Une histoire à la Philip K. Dick qui m’a laissé complètement de marbre.

4/ Suits. Des extraterrestre belliqueux, des exosquelettes, un retournement de paradigme. Moais. Bof.

5/ Sucker of souls. Sans intérêt.

6/ When the yogurt took over. Bon je l’ai vu, c’est sûr, mais je n’en ai aucun souvenir. Ça doit être un chef d’œuvre. Je vois que ça…

7/ Beyond the Aquila Rift, d’après Alastair Reynolds. Comme j’avais lu la nouvelle, forcément, ça perd en impact, reste que c’est de loin un des meilleurs épisodes.

8/ Good Hunting, d’après Ken Liu. Ben, je suis bien embêté. C’est une des meilleures du lot, assurément, mais le format de 16 minutes m’a semblé peu adapté pour cette histoire qui a une ampleur proche de celle de Princesse Mononoke.

9/ The Dump. Une des deux histoires inspirées de nouvelles de Joe Lansdale. J’ai adoré. Très peu d’ambition, mais un humour tordu qui fait plaisir à voir.

10/ Shape-shifters, une des deux histoires inspirées de nouvelles de Marko Kloos. Bon, c’est pas sa faute, mais Marko Kloos c’est un peu tout ce que je déteste en science-fiction condensé en un seul auteur. Détesté.

11/ Helping Hand. Frappée par un débris, une femme perdue dans l’espace s’éloigne de sa base inéluctablement. Il lui reste qu’une solution pour s’en tirer… Pour un lecteur de SF, celle-là ne surprend pas. C’est pas mauvais, mais ça manque cruellement d’originalité et d’ambition.

12/ Fish Night, seconde histoire inspirée de Joe Lansdale. Simple, une fois de plus, mais très chouette.

13/ Lucky 13. Marko Kloos is back. Je suis allé au bout (parce que c’est court). Aucun intérêt.

14/ Zima Blue, d’après une nouvelle d’Alastair Reynolds. J’avais beaucoup aimé la nouvelle, je pense que le court-métrage n’a pas marché sur moi précisément pour cette raison.

15/ Blind Spot. Boum boum. Tac-à-tac-attaque. Mauvais comme tout.

16/ Ice age. Un jeune couple découvre un mammouth dans un glaçon, puis un monde miniature dans le frigo de leur nouvel appartement. D’après une nouvelle de Michael Swanwick. Excellent. Assurément sur le podium.

17/ Alternate histories. Une histoire d’histoires divergentes à base de morts d’Adolf Hitler. Bon, c’est sans doute bien, mais les histoires avec Hitler, ça me fatigue.

18/ The Secret War. Une histoire d’Hellboy sans Hellboy. Ou une réécriture des 300 spartiates en Sibérie. This is Siberia ! Comment faire de l’épique en 16 minutes, non sans glisser en loucedé une critique de l’ère Poutine/l’ère Staline assez succulente.