Conan : La Reine de la côte noire

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Les éditions Glénat se sont récemment lancées dans la publication en bande-dessinée des aventures de Conan, s’adjoignant pour ce faire la collaboration de l’expert mondial en la matière : Patrice Louinet. Deux albums ouvrent la série Conan le cimmérien : La reine de la côte noire (Pierre Alary au dessin, Jean-David Morvan au scénario) et Le Colosse noir (Ronan Toulhoat au dessin, Vincent Brugias au scénario).

Il y a quelques années, au sujet du Shining de Stephen King, mon éditeur chez Glénat m’expliquait à quel point il était difficile de ré-explorer cette immense oeuvre littéraire en BD tant Stanley Kubrick avait associé une dimension visuelle / graphique / esthétique au roman. Comment dessiner Jack Torrance sans qu’il ressemble à Jack Nicholoson, comment dessiner l’Overlook sans se référer au film, etc ?

Il me semble que ce projet Conan le cimmérien souffre un peu du même syndrome. Comment éviter la silhouette de Schwarzenegger, le slip en fourrure, l’épée droite cimérienne à double tranchant et les couvertures de Frazetta ?

Avec une audace indéniable, Pierre Alary et Jean-David Morvan tirent Conan vers la fantasy humoristique à la Soleil, et là, Patrice Louinet risque de s’en étouffer durablement, j’ai davantage pensé à la tétralogie de Novaria/Le roi malgré lui de Lyon Sprague de camp qu’à Conan en lisant cet album. Surtout le début (où j’ai aussi pensé à Lanfeust et Asterix, mais c’est parce que j’ai mauvais esprit).

Si l’histoire est indubitablement de Howard, avec cette espèce de fatalisme particulier qu’on retrouve à la fin de l’album quand Conan revient de la jungle, si les dialogues respectent bien la pensée barbare / conanienne… l’humour, le trait cartoon, le traitement « filles de Soleil » de Bêlit nous éloignent énormément de Robert E. Howard.

Ce ne sont pas quelques scènes de fesses (plutôt positives/récréatives au demeurant) qui vont m’empêcher de laisser cet album en libre-service à la maison. Mais je ne suis pas sûr que mes fils vont comprendre Conan en lisant cette adaptation de La Reine de la côte noire (pourtant une de ses aventures emblématiques… dans laquelle Oliver Stone et John Milius ont puisé une des meilleures scènes du premier film, le seul, le vrai).

Do you want to live forever ?

Archangel, William Gibson [Comics]

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1945, à Berlin, une espionne anglaise Naomi Givens essaye de comprendre ce qui se joue dans la capitale allemande prise dans l’étau des troupes américaines et des troupes russes. Nous sommes à la veille du bombardement d’Hiroshima.

2016, une bonne moitié de la planète est radioactive et le président américain est désormais président à vie.

Un homme du futur (et tout un tas de technologie übercool) est envoyé en 1945 pour empêcher le plus effrayant des complots jamais conçus par l’être humain. Avec l’aide de Naomi Givens arrivera-t-il à réussir sa mission ?

J’étais très curieux de découvrir ce comics scénarisé par William Gibson (et Michael St John Smith), même si je suis loin d’être un fan des romans du neuromancien. Archangel (cinq épisodes réunis en France dans un joli hardcover d’une grosse centaine de pages) m’a semblé mauvais au possible. Le dessin est au mieux sans intérêt, au pire hideux. La physionomie des personnages est assez défaillante ; on a l’impression que « le pilote » change cent fois de tête / traits / visage en autant de planches. La narration est très maladroite : peu de cases (c’est le média comics qui veut ça, mais alors là, il y a vraiment très peu de cases, parfois à des moments-clés). Par conséquent les actions sont difficiles à comprendre, les pages difficiles à suivre. Et l’ensemble souffre d’une absence quasi totale de contextualisation. On est dans l’action, ça parle, ça tire, ça court, mais pour le reste, les identités, les motivations des personnages restent souvent obscures, floues. Seule la major Guadalupe Torres échappe quelque peu au carnage. Le « petit nègre » de Yermakov est très vite fatigant. Tout va donc très vite et cette histoire aux nombreux trous scénaristique (pourquoi la fusillade / carnage dans le bordel ?) semble presque toujours recouverte par l’ombre aussi ironique que pesante du Terminator de James Cameron.

La dernière page tournée, je me suis demandé à qui s’adresse ce « truc ». Comme le dessin est vraiment pas top, la narration à la ramasse et les idées loin d’être novatrices, je me demande qui va mettre vingt balles pour lire et relire ça. Je n’ai évidemment pas la réponse à cette question…

 

12e forum international de la bande-dessinée de Tétouan

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Tétouan by night. Une ville entière qui respire au rythme du match Real Madrid / Bayern de Munich. Des cafés remplis d’hommes (aucune femme) les yeux rivés sur l’écran de télévision. Dans la médina, odeurs de savon noir, d’épices, de cannelle, de café torréfié, de viande, de tannerie. Il fait 13°. Il pleuvote. On imagine les mêmes odeurs, déjà à la limite du supportable, amplifiées par la chaleur de l’été nord-africain. La ville grimpe à la montagne comme les favelas de Medellín. Les maisons andalouses ont un charme certain, avec leurs magnifiques portes. Envie de pâtisserie, de dattes. Pour boire du vin, il faut aller dans les restaurants espagnols (conseil d’un autochtone), visiblement les seuls habilités à vendre de l’alcool. Presque tout le monde s’adresse à moi en espagnol. Il faut dire que les nombreux touristes (certains emmitouflés comme aux sport d’hiver) sont quasiment tous de cette nationalité. Il est 22h15 heure locale ; la ville commence à s’apaiser un peu. L’hôtel est tellement bien insonorisé que j’ai l’impression que les murs sont en papier toilette.