Auteur : Thomas Day
Catherine Ringer (1957-2026)
Kingdom in the sky | Nick Cave and the bad seeds à Hanging Rock
Bye bye Colombia

Je viens de passer quinze jours en Colombie et j’ai des sentiments mitigés pour le pays, même si dans leur immense majorité les Colombiens sont adorables et accueillants.
- La première chose qui m’a frappé, ce sont les prix (il faut dire que le peso colombien est très haut depuis les élections qui ont vu gagner le candidat d’extrême-droite). Oubliez l’Amérique Latine bon marché, ça s’applique sans doute à plein de pays, mais pas à la Colombie. Par exemple, si vous voulez manger sainement (c’est très vite compliqué, surtout dans les petites villes), un plat dans un restaurant vous coûtera trente euros (taxes et services compris, non affichés), les doses sont gargantuesques, et à plusieurs reprises j’ai dû à regret renoncer à finir.
- Tout ou presque se fait par avion, sinon apprêtez-vous à passer dix heures dans un bus pour relier deux villes distantes de 200 kilomètres. Et la Colombie c’est grand, très grand. J’ai payé 300 euros mon aller-retour Medellin-Nuqui (sur la côte pacifique) et un peu plus mon aller-retour Medellin-Tolu sur la mer Caraïbe.
- Je ne dirais pas que la Colombie est une destination familiale à cause des prix, après si vous êtes riches, ça se tente. Il y a plein de trucs à faire en famille. Notamment en lien avec la nature.
- Ce que j’ai préféré : Nuqui sans hésitation. Petite ville de 9000 habitants que l’on peut rejoindre uniquement par avion depuis Medellin (167 kilomètres, 45 minutes de vol, attention ça tabasse pas mal au moment de passer les Andes). On peut y surfer quand il y a des vagues, visiter la jungle, la mangrove en kayak de mer, aller à la rencontre des Indiens qui vivent dans la forêt, profiter des sources chaudes, observer les baleines à bosse, aller voir le centre de protection des tortues, pêcher, etc. Beaucoup de possibilités pour une petite ville bien particulière, car peuplée à 80% de descendants d’esclaves noirs. A mon avis, les deux meilleurs restaurant sont Playa Africana et La Pola (pas de carte, mais la patronne vous dit ce qu’elle a aujourd’hui quand vous arrivez – les prix sont particulièrement modestes pour la Colombie, sauf les gambas, mais je crois que c’est partout pareil sur la planète). Il y a environ 100 touristes qui arrivent par jour, donc la pression touristique est encore très faible, même si des hôtels se construisent ou s’agrandissent partout. L’hôtel Arena Azul est au calme, en dehors de la ville proprement dite, douze minutes à pied depuis l’aéroport. Bertha la patronne peut vous organiser n’importe quelle sortie. Comptez 100 euros par personne (je vous ai dit que c’était cher), la nourriture n’est jamais incluse. Mais Bertha peut vous préparer un panier pique-nique pour 18000 pesos par personne. Il n’y a pas de distributeurs de billets et tout se paye en liquide, donc prévoyez à l’avance (pour ne pas finir comme ces français que j’ai rencontrés et qui ont dû faire un virement à leur hôtel pour récupérer un peu de cash, moyennant 10% de frais plus ceux du virement. Il faut dire que comme moi, ils ont été pris de court par les prix).
- Ce que j’ai aimé mais moins, c’est Cartagena, sur la côté Caraibes. Là, les prix sont déments, les arnaques courantes, il faut faire un peu attention à tout, tout le temps. C’est une ville pour riches, tout coûte une fortune, à commencer par les hôtels. Après, la vieille ville (100 balles pour une chambre sans fenêtre, qui dit mieux ?) a un charme fou – on se croirait à Cuba (notez bien que je n’y suis jamais allé). Voir le coucher de soleil depuis les remparts (sur fond de techno latina, vous n’y échapperez pas), c’est quand même sympa. Voire plus. Il y a des curiosités, comme ces bus colorés, enguirlandés, qui circulent la nuit et dans lesquels les gens dansent et boivent. Je ne compte pas les fois où on m’a proposé de la cocaïne ou une fille.
- Ce que je n’ai vraiment pas aimé : Medellin, et ses mendiants, ses drogués (sous basuco, souvent agressifs), ses prostituées junkies qui gueulent et vous agressent à moitié quand vous leur dites que vous n’êtes intéressé. Ces zones rouges (comme « el Bronx » où il est formellement déconseillé d’aller, de jour comme de nuit – si vous avez un doute demandez à votre hôtel, mais souvent les locaux vous ferons faire demi-tour, ou la police, placée stratégiquement à l’entrée des zones tenues par les gangs). La musique jusqu’à 3h30 du matin, presque tous les soir, si forte que les vitres de votre chambre d’hôtel vibrent (boules quiès en vente dans toutes les pharmacies – autre méthode dormir dans un étage élevé – j’ai choisi le 21e/24 au moment de la réservation). Pour ma dernière nuit, j’ai pris un hôtel non loin de l’aéroport international à trente kilomètres de la ville elle-même, nettement plus calme. La saleté à Medellin, c’est immonde partout, même dans les parcs, peuplés de mendiants et de trafiquants. Emmerdes assurées. La plaza Bottero avec ses magnifiques statues sent la pisse, la chiasse et le vomi, selon les endroits, et les types de squatters présents. Le soir on peut faire un tour à Provenza le quartier de la jeunesse dorée de Medellin, c’est sûr, il y a presque autant de policiers que de touristes. Mais surtout beaucoup de Colombiens venus picoler ou fumer le narguilé. La musique est à chier, tout est très cher, mais c’est la seule partie de Medellin, ou presque, où on peut boire un pot le soir sans risquer sa vie.
- Ce qu’il faut emporter : des désinfectants intestinaux, si vous décidez de manger local, des répulsifs pour les moustiques, surtout à Nuqui (pas de moustiquaire dans les hôtels). Un t-shirt manches longues pour la jungle, au moins un pantalon léger. Des électrolytes pour la déshydratation. J’ai essayé (la déshydratation) lors d’un trek en pleine jungle, c’est moyen, surtout avec ma pathologie cardiaque. Un traitement anti-paludéen, si vous souhaitez explorer la partie amazonienne du pays.
J’ai essayé la Colombie. Si j’y retourne un jour, ce sera dans sa partie amazonienne à Léticia, malheureusement très compliquée d’accès pour moi qui ne peut pas atterrir dans un aéroport aussi élevé que celui de Bogotá (les rares vols pour Léticia partent de Bogotá). En même temps, je n’en fais vraiment pas une priorité. La planète est vaste et il y a encore plein d’endroits où je ne suis jamais allé.
Songs : Ohia
Conseillé par l’autrice Elodie Denis, je découvre Songs : Ohia, et là c’est le drame… J’adore.
Merci, Elodie.
L’Âge des tempêtes – Grand Prix de l’Imaginaire 2026

Depuis quelques années, j’écris des nouvelles sur le changement climatique, nouvelles que je souhaite réunir dans un recueil qui portera le titre L’Âge des tempêtes. Une de ces nouvelles vient de recevoir le Grand Prix de l’Imaginaire. Voici, verbatim, le discours que j’ai tenu lors de la remise du prix à Montpellier, le 23 mai 2026.
Bonsoir,
J’ai préparé un petit truc, je vous rassure ça ne fait pas cinq pages.
D’abord je voudrais remercier les membres du jury pour ce prix qui récompense un texte qui est loin d’avoir fait l’unanimité.
Remercier mon éditeur, Olivier Girard, et toute l’équipe du Bélial’ qui me soutiennent depuis trente ans maintenant. Putain, trente ans.
Quand j’observe le monde dans lequel je vis et, plus important, dans lequel mes enfants vivent.
Le recul du vivant, la montée du populisme, la hausse des féminicides en France, la méfiance envers la science et le principe de la vaccination, le recul des droits des personnes LGBT ou immigrées, les menaces sur la liberté de la presse, l’empilement des renoncements écologiques, la montée de la haine et de la division, l’effondrement de la compassion, les problèmes de santé mentale de notre jeunesse, quand je vois ce monde en pleine perdition, je me dis que la littérature n’a jamais été aussi nécessaire. Et que les littératures de l’imaginaire qui sont les littératures du progrès n’ont jamais été aussi vitales.
Franz Kafka, qui était un homme très poli, a écrit : « On ne devrait lire que les livres qui nous piquent et nous mordent. Si le livre que nous lisons ne nous réveille pas d’un coup de poing sur le crâne, à quoi bon le lire ? »
Je vais être moins poli que ce cher Franz, et ce soir je voudrais vous prendre à témoin, et dire ceci aux autrices et aux auteurs présents dans cette salle… et aux absents qui ont toujours tort :
« Si vous n’écrivez pas pour nous mettre un coup de poing dans le cerveau ou un coup de pied dans les couilles, abstenez-vous, privilégiez plutôt une activité sans risque, tel que le macramé. »
Merci, je vous souhaite à toutes et à tous de passer une très bonne soirée.
On ne le surnomme pas le Boss pour rien
Avec Tom Morello en guest star.
Un dernier pour la route :
https://www.youtube.com/watch?v=T_G4LblL9LM
There must be a place

Tous les endroits pour écrire ne se valent pas, en tout cas en ce qui me concerne.
Un peu par hasard, je me suis retrouvé au Riverside Homestay de Pak Nam. On peut y aller en moto, mais c’est une galère absolue (aucun chauffeur de taxi ne savaient où ça se trouvait au terminal de bus, j’ai dû montrer le truc sur google maps)… alors qu’en bateau, il suffit de prendre un moto-taxi pour le marché de Pak Nam et traverser la rivière en bateau (10 bahts de jour, 20 bahts de nuit), les longtails tournent jour et nuit.
C’est une guesthouse à l’ancienne. Le patron passe ses journées à s’occuper des plantes et à discuter avec ses amis. La patronne fait des pâtisseries en grandes quantités. A marée haute, une partie de la guesthouse sur pilotis est inondée. J’ai dû changer de chambre. C’était rigolo.
Y’a pas d’eau chaude dans la douche ; l’hiver est une notion toute à fait relative dans le sud de la Thaïlande, mais bon, quand même, de bon matin, ça pique un peu, comme on dit.
Je partage l’endroit avec une Thaïe qui voyage seule et passe ses journées à pianoter sur son téléphone et à faire des selfies (elle doit être influenceuse plantes vertes, je ne vois que ça).
Et plusieurs chats, très amicaux

(Vue de l’intérieur)

(Vue de la guesthouse.)

(Banana cake, gentiment offert par la propriétaire – il était délicieux.)

(Travaux à prévoir.)
Coucher de soleil sur le Myanmar

Home Sweet home (2025-2026)

(En vadrouille pour avancer sur divers projets d’écriture, tant en BD qu’en littérature.)
Image 1 : bateau dans le port de Ranong (Thaïlande). Le scooter a droite c’est le « mien ». 130km/h, l’air de rien. Après en Thaïlande ça sert strictement à rien (d’autant plus que tout le monde roule beaucoup plus vite que moi).

Image 2 : à l’horizon : le point le plus méridional du Myanmar continental.
Juste à côté du Mulpipurpose Port Ranong (la faute n’est pas de moi, mais bien lisible sur le panneau à l’entrée), se trouve comme une belle verrue rose bonbon accrochée au visage d’un lépreux, le Sea Swan, un étrange mélange de complexe hôtelier (avec piscine et plage) et de meringue à la fraise. Les desserts du café ont des couleurs si vives qu’on les croit en plastique. Bien que fréquenté par une clientèle jeune et aisée (beaucoup de voitures de sport sur le parking gardé), étrangement l’établissement affiche des tarifs tout à fait raisonnables. 85 bahts (2,29€) pour une grande boisson de 50 cl, 100 bahts environ pour une part de tarte. Les croissants rose culotte exposés en vitrine, au-dessus des tartes aux fraises radioactives, m’ont laissé rêveur ; je n’ai pas poussé le vice à en goûter un. Depuis mon voyage au Japon je suis arrivé à la conclusion que manger un croissant en Thaïlande c’est un peu comme manger des sushis en France…
Contrairement à l’usage en Thaïlande, le grand restaurant à côté refuse que vous asseyez juste pour boire un verre en profitant du paysage. Il n’y avait que 200 places environ de libre.