Trick’r Treat, Michael Dougherty (2007)

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Halloween.

Dans une petite ville américaine, la fête va battre son plein. Des enfants cherchent des bonbons. Un homme veut montrer à son fils comment on sculpte un sale visage (sur une citrouille ? pas sûr). Des filles ont débarqué en ville, elles cherchent des hommes, des vrais ; pour l’une d’entre elles, un peu nerveuse, ce sera la première fois. Des enfants ont décidé de se rendre sur le lieu d’une terrible tragédie. Un vieil homme (Brian Cox), lié à la sus-dite tragédie, ignore que son heure est venue. Toutes ces histoires se mêlent, se superposent, divergent, racontent une soirée d’Halloween que vous n’oublierez jamais.

Dans une ambiance qui rappelle le Creepshow de George A. Romero (indisponble en blu-ray et franchement ça frise le scandale !), Trick’r treat de Michael Dougherty est un petit film d’horreur plein de vrais morceaux de comédie et plein de vrais grumeaux de sale esprit (qu’on croyait presque mort, Eli Roth mis à part). Sans parler des clins d’œil – très réussis – à certains classiques, comme le Halloween de John Carpenter.

Le film est un modèle de construction scénaristique, une diabolique mécanisme d’horlogerie qui vous incitera à le revoir pour identifier les « aiguillages » où se croisent puis divergent les différentes petites histoires qui le composent.

J’ai été agréablement surpris ; pour peu qu’on aime les films d’horreur on passe un super moment.

 

Cabal, Clive Barker (Director’s cut, 2011)

Nightbreed

Aaron Boone (Craig Sheffer, un peu falot) fait d’étranges rêves où il voit Midian et les monstres qui peuplent la cité cimetière.

« Tout est vrai.

Dieu est un astronaute.

Midian est l’endroit où vont les monstres. »

Aaron a un rapport particulier avec son psychothérapeute le Dr Decker (David Cronenberg, dans un de ses rares rôles devant la caméra). Alors que des familles sont massacrées, que des bébés sont égorgés par un homme au visage couvert d’un masque des plus flippant, le Dr Decker dénonce Boone à la police. Ce pauvre Boone, convaincu d’être le coupable, bourré d’hallucinogènes à son insu, trouve la mort en quittant Midian pour la première fois de sa vie. Mais tout est inversé dans ce monde-là, Aaron ne vient pas de mourir, déchiqueté par les balles des forces de l’ordre, il vient de naître et il lui appartient désormais de retrouver les siens, de retourner à Midian.

Cabal est un film maudit. Massacré par les producteurs, il aura fallu attendre 2011 pour voir le direcor’s cut de deux heures (celui en ma possession), il existe aussi un Cabal cut de 145 minutes qui inclue beaucoup de morceaux du film sauvés in extremis. Cabal ne sera jamais le film qu’il aurait dû être. Les producteurs ont refusé de comprendre que l’œuvre n’était pas un vulgaire slasher, mais une déclaration d’amour aux monstres, aux freaks, aux marginaux et aux queers, aux films de la Hammer, aussi. Le budget estimé à 11 millions de dollars n’était pas à la hauteur des visions grandioses de Barker, des nombreux maquillages nécessaires. Les décors sont en carton pâte, les effets spéciaux parfois dignes d’un figurant japonais en costume de lézard écrasant une maquette grossière de Tokyo. Mais ce film, porté par la sublime musique de Danny Elfman, est d’une telle sincérité qu’on lui pardonne beaucoup, voire tout, comme ce moment hilarant ou un cascadeur en feu renverse une partie du décor. Ou l’arrivée des « Berserkers » qui rappelle plus X-Or que la Hammer.

Je conseille à tous les amateurs de film d’horreur.

NB : Je n’ai trouvé qu’une seule édition blu-ray du director’s cut dans le commerce, c’est une édition espagnole toutes zones (sans sous-titres français) intitulée Razas de noche. Les sous-titres anglais sont suffisamment bien fichus pour que le film passe tout seul.

NB2 : Cliquez ici pour tout savoir sur les différentes versions du film.

 

 

Butterfly kiss, Michael Winterbottom (1995)

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Eunice (Amanda Plummer, hallucinante au départ, mais vite épuisante) cherche Judith, car Judith aime Eunice. Eunice entre dans des stations services et parle à la caissière, lui demande si elle connaît une certaine chanson qui parle d’amour, mais n’est pas une chanson d’amour (et pour cause, c’est une chanson sur le football). Un jour ça tourne mal et Eunice tue la pauvre vendeuse qui n’avait rien fait pour mériter ça. Peu après, Eunice fait la rencontre de Miriam (Saskia Reeves, très bien, plus subtile), une caissière de station service un peu limitée sur le plan intellectuel et sourde quand elle ne porte pas son appareil. Les deux femmes prennent la route, vers la violence, le partage des épreuves, la mort et, peut-être, l’ultime preuve d’amour.

Disclaimer : spoilers ahead.

Butterfly kiss m’a profondément ennuyé. Le film ne dure que 84 minutes et j’ai bien cru qu’il durait trois heures et quarante-deux minutes. Eunice est folle, elle porte des chaînes en signe de pénitence. Miriam est un peu concon ; on s’intéresse à elle alors forcément c’est de l’amour. Aucun de ces deux personnages ne m’a touché (concon à la plage, la folle fait son show, concon dans la cabine du routier, la folle fait son show, concon à la fête foraine, vous voyez le principe) ; je me suis davantage amusé à observer les contorsions de caméra que Michael Winterbottom s’impose pour ne pas filmer le trou de balle d’une Amanda Plummer qui donne de sa personne… pour le moins. C’est moins ridicule que les mouvements de caméra de Boxing Helena destinés à ne pas filmer le pénis d’un Bill Paxton qu’on suppose, donc, en grande forme.

Butterfly kiss est un road trip sanglant plein de symboles chrétiens (ha ha, la magnifique scène finale !) et de sexe sordide. Vaguement arty, franchement crapoteux, terriblement creux. Pour finir sur une note positive, on notera que les Cranberries hantent avec talent la bande-son de ce looooong-métrage.

 

Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express

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Sherlock Holmes a de sérieux problèmes de cocaïne. Il suit et harcèle un professeur de mathématiques du nom de Moriarty dont le seul fait d’arme semble être la rédaction d’un traité sur les astéroïdes. Désemparé, le docteur Watson demande de l’aide à Mycroft Holmes. Ensemble, ils décident de mettre Holmes sur une piste qui le mènera à Vienne. Holmes croit être proche de coincer Moriarty en flagrant délit d’association de malfaiteurs, il va se retrouver aux bons soins du docteur Freud.

Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express de Herbert Ross (on est en droit de préférer le titre original The seven per cent solution) est un chouette film tiré du roman de Nicholas Meyer. Pour tout dire, je trouve le film supérieur au roman (dont on ne se souviendra guère pour ses qualités stylistiques). Nicol Williamson qui restera à jamais dans les mémoires pour avoir incarné le Merlin de John Boorman relève le gant. Robert Duvall incarne un Watson convaincant, et pourtant c’est plutôt du contre-emploi. Alan Arkin est très bien dans le rôle du Dr Freud. Alors évidemment on peut se gausser de cette Vienne où absolument tout le monde parle anglais, on peut trouver le racisme anti-turc du film assez pataud, et en même temps c’est tellement délicieux à voir : le duel sur fond d’antisémitisme, la scène des chevaux qui nous ramène au Hitchock de La Mort aux trousses, l’inénarrable poursuite finale.

Je conseille.

Spinning man, Simon Kaijser (2018)

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Evan Birch, un professeur de philosophie un peu trop populaire auprès de ses étudiants (Guy Pearce) est soupçonné d’être impliqué dans la disparition d’une jeune femme qu’il a peut-être connue, côtoyée. Il nie, il ne souvient pas vraiment de ce qu’il faisait ce jour-là, il devait aller chercher sa fille quelque part. Un policier (Pierce Brosnan) s’accroche à cette piste de façon qui peut sembler au départ exagérée. Et le professeur réagit mal : il refuse de laisser sa voiture être fouillé, il ne sait plus comment se comporter avec ses enfants, ses collègues, sa femme et une jeune étudiante (Alexandra Shipp, magnifique) avec qui, semble-t-il, il s’est passé quelque chose le semestre précédent. Quand le policier découvre des cheveux de la jeune disparue dans la voiture d’Evan (qu’il a faite saisir), puis que la famille Birch a déménagé cinq ans plus tôt à cause d’une liaison étudiante-professeur, combien de temps encore la vérité va-t-elle pouvoir rester cachée ?

Le film commence (assez) mal : Guy Pearce arrive au commissariat et demande au policier en charge de l’affaire de disparition s’il lui est déjà arrivé d’avoir des problèmes de mémoire. Cet easter egg qui renvoie au très bon film de Christopher Nolan Memento embarque sur une fausse piste en termes de tonalité générale, car au final Spinning man est un film priestien (de l’auteur anglais Christopher Priest) sur la mémoire, la validité des témoignages, etc. Le film s’appuie sur trois acteurs Guy Pearce (qu’on a connu meilleur, à mon sens), Pierce Brosnan (très bon) et Minnie Driver (extrêmement convaincante en femme trahie). C’est un film plutôt fin et subtil, rempli de philosophie, c’est assez rare pour être signalé. C’est aussi un film inconfortable ; ce qu’il dit sur le désir masculin, la tentation de la jeunesse, la monotonie du mariage, ces mariages qui ne tiennent que parce qu’il y a des enfants, est d’une terrible acuité.

La fin est particulièrement intéressante.

Le scénario est l’adaptation d’un roman de George Harrar, L’homme-toupie publié en 2006 à la Série Noire.

Genocidal organ, Project Itoh

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Genocidal organ qu’il faudrait sans doute traduire en français par La grammaire du génocide est le premier roman de Project Itoh, il a été publié en 2007 par Hayakawa (l’auteur avait 23 ans), puis édité aux USA en 2012, sous une traduction d’Edwin Hawkes.

Dans ce roman, un attentat nucléaire « artisanal » a lieu à Sarajevo et un chercheur en linguistique y perd sa femme et sa fille, au moment où lui-même fait des galipettes avec une très mignonne étudiante tchèque. Cette éradication de sa famille, couplée à sa culpabilité, rend fou John Paul et le pousse au bout de ses recherches sur les liens entre langage et génocide. Dans le même temps, les sociétés occidentales, déjà bien échaudées par le 11 septembre, mettent en place un système de contrôle continu des populations par vidéosurveillance et un contrôle rétinien en flux tendu (ce qui évoque le vaste programme chinois de reconnaissance faciale qui n’appartient plus au domaine de la science-fiction). Le terrorisme (islamiste, surtout) se déplace alors dans des pays plus fragiles comme l’Inde, le Pakistan, la Géorgie (c’est la théorie de la « moindre résistance »). Quand on assiste à une flambée de génocides locaux, le gouvernement américain y voit la main (ou plutôt la voix de John Paul). Un duo d’agents est alors envoyé en République tchèque pour traquer John Paul en utilisant sa dernière conquête féminine connue : la professeure de tchèque Lucia.

Genocidal organ n’est pas un roman totalement réussi, on peut rire ici et là de certaines descriptions que l’auteur fait des occidentaux (les Américains surtout), de l’Europe, etc. Par contre, il est totalement fascinant au niveau des idées : hypothèse de Sapir-Whorf, futur du soldat (drogues utilisées pour le rendre totalement imperméable à l’hésitation), futur de l’armement militaire et j’en passe. Toute la partie sur la société de surveillance rappelle le récent Gnomon de Nick Harkaway,  écrit dix ans plus tard (mais Gnomon est très au-dessus, du moins sur le plan littéraire). Certains concepts, certains gadgets sont très eganiens (de l’auteur australien Greg Egan). Les scènes de combats sont hallucinantes de brutalité, genre « John Rambo au Myanmar et à la mitrailleuse lourde ».

Genocidal organ existe en film d’animation (pour adultes), là aussi c’est une demi-réussite : le début est brouillon (l’absence d’une voix off, ou d’une contextualisation succincte se fait cruellement sentir), rebutant, mais les scènes de massacre, de fusillades et de génocide sont rendues avec une brutalité suffocante. Et les idées demeurent malgré une certaine simplification inévitable.

A une époque, Park Chan-wook (old Boy) voulait réaliser une adaptation de Genocidal Organ ; on frémit rien qu’à l’idée de ce qu’il nous y aurait montré.

 

22 miles, Peter Berg (2018)

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Quand la diplomatie est mise en échec, quand l’armée ne peut pas proposer de solution acceptable, entre en jeu Overwatch : deux équipes, une sur le terrain, une à distance, la seconde utilisant tous les réseaux inimaginables et des drones.

James Silva (Mark Wahlberg qui joue un connard insupportable avec un talent digne de l’oscar… ou alors c’est naturel) dirige l’équipe de terrain.

Bishop (John Malkovich, plutôt plus sobre que d’habitude) dirige l’équipe à distance.

Dans un pays d’Asie du sud-est (fortement inspiré de l’Indonésie), un policier du nom de Li Noor (Iko Uwais, vu dans The Raid) détient l’emplacement de disques de césium volés dans un disque dur verrouillé par un programme capable d’autodestruction. Il est prêt à donner le code d’accès contre une exfiltration et un passeport américain. James Silva et son équipe entrent alors en jeu.

22 miles séparent l’ambassade américaine de la piste où va se poser, dix minutes pas plus, le ticket de sortie de Li Noor vers les USA. Une armada de tueurs à moto va tout faire pour empêcher cette mission.

Peter Berg est un des réalisateurs les plus doués de sa génération (j’assume), c’est aussi un réalisateur aux choix parfois douteux, souvent calamiteux (Battleship, sérieux ?). Avec 22 miles, il s’offre deux morceaux de bravoure dignes du Michael Mann de la célèbre fusillade de Heat : la scène d’ouverture (pré-générique) et la mission « 22 miles ». Si le scénario ne tient pas totalement la route (les scènes dans l’avion russe sont manipulatrices au possible et envoient vers une fausse piste « déloyale »), la réalisation vous scotche de bout en bout. C’est brutal, c’est sale, c’est malin, il y a un personnage féminin atypique, totalement broyé par la vie qu’elle s’est choisie. Au début je trouvais cette partie du film assez misogyne et puis on comprend où la scénariste Lea Carpenter veut en venir, et là : chapeau !

C’est pas le film de l’année, ce n’est même pas un « bon film » (la manipulation scénaristique serait insupportable si le film avait des ambitions plus politiques, ce qui aurait pu être carrément le cas), mais tout ceci précisé 22 miles essaye de retrouver l’esprit des Trois jours du condor de Sydney Pollack et propose en même temps du spectacle, de l’adrénaline et quelques petits trucs en plus.

J’ai beaucoup aimé (comme j’ai beaucoup aimé 13 hours de Michael Bay) ; à mon avis c’est très au-dessus de The raid ou de The expendables en jouant un peu sur les mêmes codes.