Man on high heels – Jang Jin (2014)

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Seoul.
De nos jours.
Ji-wook (Cha Seung-won) est un flic aux méthodes particulièrement violentes et douteuses. Couvert de cicatrices, les os rafistolés avec des plaques métalliques, il est surnommé « l’homme qui valait trois milliards » par ses collègues. Ji-wook, grand pour un Coréen, fin, tout en muscles, privilégie les couteaux aux armes à feu et quand il intervient quelque part… le sang gicle à flots. Mais Ji-wook a aussi un secret : il prend des hormones (son collègue croit à tort qu’il se drogue à l’héroïne) et s’apprête à changer de sexe.
Ayant pourtant démissionné pour vivre sa transformation dans le calme, Ji-wook va être rattrapé par sa dernière affaire.

Après une heure de film en faux rythme, un peu lancinante mais toujours intéressante, toutes les pièces de l’échiquier sont en place et la deuxième partie (qui s’ouvre avec un des pires meurtres de l’histoire du cinéma – autant être prévenu) atteint des sommets dans la tension, l’émotion, le tragique, le comique, l’horreur frontale.
C’est alors les montagnes russes, quasiment un enchaînement de « morceaux de bravoure » sans répit.

Si Man on high heels n’est pas exempt de petits défauts (des problèmes de raccord dans les scènes d’action notamment) on prend ce film dans la gueule jusqu’aux ultimes scènes, apparemment très douces, mais d’une ambiguïté indéniable.

Je l’avais déjà vu une fois, je l’ai revu cette semaine avec plaisir.

Bohemian Rhapsody, Bryan Singer (2018)

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J’ai toujours eu du mal à comprendre Queen, ce groupe capable du meilleur (« Bohemian Rhapsody », « The show must go on ») comme du pire (« I want to break free »), sans même parler des dérives disco improbables (cela dit The doors, aussi, s’y sont risqués). Donc du rock de stade, parfois opéra, souvent pompier, parfois populaire, des paroles bien trouvées ou complètement bullshit (« We are the champions »). Autant j’arrive sans mal à écouter une chanson de temps en temps sur youtube, autant aucun album ne trouve vraiment grâce à mes yeux (à part peut-être Innuendo qui traîne quelque part sous la poussière et les coccinelles mortes – il est peut-être temps de faire un peu de rangement dans les CD).

Étonnamment le film de Bryan Singer Bohemian Rhapsody donne quelques pistes de compréhension. Même s’il n’échappe pas à certains raccourcis / passages obligés du biopic hollywoodien, il faut reconnaître qu’il touche sa cible sur le plan de l’émotion (notamment dans la scène où Freddie Mercury, qui se sait malade du sida, présente son ami Tim Hutton à ses parents) et du spectacle, l’impressionnante reconstitution de Live Aid / Wembley.

J’ai lu une critique qui disait que la plus grande faiblesse du film avait été d’avoir voulu faire un film « familial » ; alors certes le côté extravagant, décadent de Freddie Mercury est minimisé, mais de là à parler de film familial, il ne faut pas pousser. Même si on ne verra évidemment rien de la New Orleans party.

Bohemian Rhapsody est une bonne surprise, certains bloqueront sans doute sur la denture factice dont est affublé Rami Malek, mais dans la seconde partie du film, le côté prothèse dentaire semble moins proéminent et l’acteur incarne sans mal l’icone gay « cuir et moustache » qu’était devenu Freddie Mercury au crépuscule de sa vie. Je n’ai pas pu m’empêcher de regretter Sacha Baron Cohen ; il aurait sans doute fait un très bon Freddie Mercury. Dans un univers parallèle, c’est lui qui marche vers le succès et la mort devant la foule de Wembley.

A beautiful day – Lynne Ramsay (2017)

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Joe (Joaquin Phoenix) est un tueur. Son arme de prédilection est le marteau. Joe s’occupe de sa mère atteinte d’Alzheimer ou une saloperie du même genre. Joe n’est pas un bon fils. Il tente de se suicider, souvent, mais n’y arrive pas, pas vraiment. Joe est gras, Joe est moche. D’une certaine façon, il a quitté l’humanité. Et puis un jour, un sénateur lui demande de sauver sa gamine victime d’un réseau de pédophiles. Non : nuance. Un jour un sénateur lui demande de faire souffrir les gens qui ont prostitué sa gamine. Joe n’a pas grand chose à perdre, mais il fait face à des gens condamnés à gagner, ou à disparaître à jamais. Aucune demi-mesure ne sera possible. A ce jeu-là, il n’existe aucune règle.

Il y a des films qui sont hypnotisants tellement ils sont bien filmés, avec un sens aiguisé du rythme, du cadrage, de la mise en scène. Si maîtrisés sur le plan formel que vous les regardez sans vraiment réellement comprendre ce que vous regardez et, de temps en temps, vous sursautez, vous avez pris une image en pleine gueule, une scène vous a écrasé le cerveau comme si vous aviez été heurté par un 38 tonnes, une simple phrase vous a scotché à votre canapé.

Pour tout dire, j’ai vu ce film une première fois il y a un mois environ, il m’a laissé épuisé. J’ai trouvé que si on enlevait Joaquin Phoenix plus rien ne tenait, que l’histoire était idiote, qu’il y avait des problèmes dans le scénario, des faiblesses de construction, etc. Et, en même temps, putain, j’ai ressenti à peu près la même chose que la première fois que j’ai vu Only God forgives qui occupe une place de choix dans mon panthéon personnel. J’ai revu hier le film, et j’ai été bluffé, de nouveau, différemment : je connaissais l’histoire, chacun de ses points faibles, chacun de ses point forts et malgré cela BLAM ! une série d’uppercuts dans la gueule.

D’habitude les films ancrés dans une recherche formelle primaire ont tendance à me fatiguer. Là non. D’une histoire simple (et qui, à mon humble avis, ne résiste à aucune analyse sérieuse – donc c’est un conte de fées, datant de l’époque où les contes de fées était d’une cruauté suffocante) Lynne Ramsay tire un film d’une brutalité bluffante. Je n’aime pas le cinéma de Gaspard Noé (je ne l’ai jamais compris), je pense qu’on pourrait facilement comparer ce A beautiful day au cinéma de Gaspard Noé, mais Ramsay me semble plus fine et abat un atout que Gaspard Noé n’a jamais eu : un Joaquin Phoenix stratosphérique. Stupéfiant de la première à la dernière minute.

C’est l’histoire d’un ogre qui va sauver le petit chaperon rouge des grands méchants loups. Va-t-il réussir, échouer ? Et si l’enjeu n’était pas là ? Ne l’avait jamais été ?

Aquarius – saisons 1&2

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Aquarius est une série américaine qui a connu deux saisons de treize épisodes. Elle raconte la vie de plusieurs personnages entre 1967 et 1969, dont le célèbre Charles Manson. Elle raconte surtout la vie mouvementée de Samson Benedictus Hodiak (David Duchovny), flic du département des homicides d’Hollywood, divorcé, alcoolique et aux méthodes parfois douteuses. Flic sur le fil, à qui une ancienne amie demande de lui ramener sa fille de seize ans, Emma, tombée sous la coupe d’un minable chanteur sans succès : Charles Manson.

La série brasse à peu près tous les thèmes de la fin des sixties : les hippies, les communautés, les black panthers, les étudiants gauchistes, les couples mixtes (blanc/noir), l’homosexualité (avant le coming out), les violences policières, les industries de la musique et du cinéma, l’émancipation féminine, la drogue, la guerre du Viêt-Nam, les mensonges d’état sur ladite guerre et les opérations noires (black ops) au Laos et au Cambodge. C’est à mon avis son principal défaut ; peu de choses sont approfondies. Autre point agaçant, voire très agaçant, ce n’est pas une série historique, mais bien une série policière basée sur un cadre historique. Quand on visionne la seconde saison on sent une certaine urgence à boucler la boucle, ce qui rend le projet complètement bancal (la série mène alors plusieurs enquêtes de front, gâche ses meilleures cartouches et se termine de façon extrêmement frustrante). Duchovny est très plaisant, peut-être un peu trop propre et tombeur (de ses dames) pour un mec qui boit du bourbon au goulot matin, midi et soir. Gethin Anthony qui incarne Charles Manson n’est pas toujours pleinement convaincant, mais sait être saisissant par moments. Les filles sont plutôt jolies à regarder. Gaius Charles est stupéfiant dans le rôle du Black Panther Bunchy Carter. Le contenu est résolument adulte, avec fellations, gerbes de sang et parties de jambes en l’air.

Au final une série ni vraiment historique ni vraiment policière qui n’arrive pas à transcender ses contraintes de départ. L’ensemble serait vraiment plaisant à regarder s’il n’avait pas traité de « l’affaire Charles Manson », affaire sordide s’il en est qui ne cadre pas bien avec une série policière de divertissement.

Starve, B. Wood, D. Zezelj, D. Stewart

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Le chef Gavin Cruikshank fut une star de l’émission de télé-réalité Starve. Après son coming out, sa séparation avec sa femme, il s’est exilé en Asie du sud-est. Mais son contrat l’oblige à revenir à New York, sinon il perdra tout ; l’occasion pour lui de tisser des liens avec sa fille de dix-sept ans, Angie, dont il ne s’est jamais vraiment occupé. Ensemble, ils vont participer à la nouvelle saison de Starve où tous les coups sont permis, y compris les coups de batte de baseball.

Difficile pour moi de passer à côté d’un album de Danijel Zezelj, dessinateur de BD né en Croatie, mais installé depuis longtemps (milieu des années 90, je crois) à New York. J’ai découvert Zezelj un jour, par hasard, dans une librairie de BD avec son album Tomsk-7, chez Mosquito, qui se trouvait en pile, parmi les coups de cœur du libraire. Et je suis immédiatement tombé sous le charme de son dessin (il y a malheureusement souvent beaucoup à redire des scénarios qu’il illustre ou signe).

Sur le plan du dessin, Starve ne fait pas partie des œuvres les plus marquantes de Zezelj, même si certaines pages sont magnifiques, mais si le soucis du détail sur certaines cases urbaines est bluffant. Ça reste du comics, probablement produit rapidement. Mais ça reste aussi du Zezelj ; on y retrouve sa capacité constante à réinventer la ville sur le plan graphique. Pour tout dire, j’ai beaucoup de mal avec la mise en couleurs de Dave Stewart, maronnasse et triste, qui écrase un tantinet le trait du Croate. Par contre, c’est plutôt intéressant sur le plan du scénario, la BD (en dix épisodes) ne va pas du tout là où on l’attend, et même si certaines péripéties sont difficiles à digérer (comme l’épisode du thon rouge), il y a plein de trouvailles très chouettes, comme l’installation de Cruikshank dans le désert culinaire de Brooklyn. Brian Wood nous dépeint un futur presque indifférenciable de notre présent, tout est dans ce « presque » : il a poussé les curseurs un petit cran au-dessus : pollution, inégalité, bouleversements climatiques. L’aéroport JFK est sous trente centimètres d’eau.

A mon avis, Starve n’est pas la BD avec laquelle il est souhaitable de découvrir l’art de Zezelj (j’aime beaucoup Industriel, oeuvre radicale qui a la particularité de ne contenir aucune bulle, aucun texte), mais ça reste une bande-dessinée d’anticipation sociale plutôt étonnante, avec de véritables points forts, mais aussi d’indéniables points faibles. Par moments, on pense à J.G. Ballard ou Jonathan Lethem.

 

Grave / Denaeus – Richard Corben (Delirium)

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Après ma lecture du lovecraftien Ratgod, je continue mon exploration de l’oeuvre trop macho (?)  de Richard Corben avec ce gros volume publié par Delirium. Au sommaire des contes du cimetière (Grave) (ambiance Contes de la crypte) et une histoire « grecque » plus longue : Denaeus.

Pour tout dire, il m’aura fallu quelques jours pour venir à bout de l’album. Si les contes sont souvent bluffants d’un point de vue graphique, ils se révèlent vite assez répétitifs (mieux vaut picorer). Quant à Denaeus que j’ai lu en dernier, c’est (faute d’une meilleure définition) une espèce de salade mythologique grecque qui, une fois de plus, impressionne au niveau du graphisme, mais peine à convaincre au niveau du scénario, un tantinet en roue libre. D’ailleurs, la narration pêche un peu ça et là.

L’objet-livre est très réussi, mais certains choix de traduction m’ont laissé au mieux perplexe. Grave Denaeus n’est pas et de loin ce que Richard Corben a produit de meilleur, mais ses fans retrouveront son style inimitable, la puissance indéniable de son dessin. Ce volume me pousse d’ailleurs à acquérir d’autres titres de Corben. Pour ma part, son Grand Prix d’Angoulême est tout à fait mérité. Quant au côté « macho », il me semble toujours compliqué de déconnecter un acte créatif de l’époque qui l’a vu naître, c-à-dire par exemple juger le racisme de Lovecraft avec nos yeux du XXIe siècle connecté / mondialisé.

Les gros seins de Richard Corben (et ses giclures de sang / cervelle et autres tripailles) me vont très bien.

Pour finir, je laisserai le dernier mot à Moebius :

Richard « Mozart » Corben, s’est posé au milieu de nous comme un pic extraterrestre. Il trône depuis longtemps sur le champ mouvant et bariolé de la BD planétaire, comme la statue du commandeur, monolithe étrange, sublime visiteur, énigme solitaire.

GraveCorben

Section 99, S. Craig Zahler (2017)

Section99

Bradley Thomas (Vince Vaughn) est garagiste, genre moitié montagne de barbaque moitié boxeur raté, il a l’énervade facile (comme Ségolène, mon modèle en tout, j’invente si je veux). Pas commode le musclor, du genre à vous arracher le larynx pour un mot déplacé. Suite à un licenciement économique, Bradley (et surtout ne l’appelez pas Brad) s’associe avec Gil, un trafiquant de drogue. Les affaires vont bien, le pognon coule à flots, madame (Jennifer Carpenter) est enceinte. Mais Gil s’associe avec un Mexicain que Bradley ne sent pas, mais pas du tout. Lors d’une livraison, tout part en sucette et Bradley (qui a la faiblesse d’avoir des principes) commet l’irréparable : il protège les policiers sur lesquels ouvrent le feu ses associés mexicains. Arrêté, il en prend pour 7 ans. Sa descente aux enfers peut commencer.

(Étrangement ce petit résumé correspond peu ou prou à la première moitié du film, c’est dire si le rythme est ample.)

Putain de bordel de merde ! Et encore je reste poli. Putain, mais c’est quoi ce truc ? J’ai vu ce que j’ai vu ou il faut que je change d’eau pétillante et de lunettes ?

S. Craig Zahler m’avait bluffé avec Bone Tomahawk, il remet ça avec Section 99, un film qui glisse du réalisme tatillon, limite critique sociale à la Ken Loach (si si), au film carcéral horrifique presque mythologique. Ou tout semble à côté de la réalité, pas surréaliste mais anti-réaliste (je me comprends, c’est l’essentiel). La dernière demi-heure (le film dure deux heures et douze minutes) est une hallu totale. Je n’ai jamais vu ça de ma vie… et pourtant des films j’en ai vu un bon paquet. C’est d’une brutalité pas du tout XXIe siècle qui rappelle le Scarface de De Palma « et maintenant : la jambe », les pires délires glauques d’un Lars Von Trier en grande forme, les outrages que David Cronenberg aimait bien faire subir à la chair à une époque désormais révolue. Welcome to the new flesh. On peut aussi y voir du Gaspard Noé, tendance Irréversible. Les acteurs sont incroyables, Vince Vaughn bien entendu, physique (on dirait même que l’adjectif a été inventé pour lui), mais Don Johnson n’est pas en reste, ni Udo Kier qui pour une fois ne cabotine pas (trop) et reste tendu comme un string sur le derche d’une ♥♥black brésilienne♥♥.

J’ai ♥adoré♥, mais le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne plaira pas à tout le monde.

Âmes sensibles s’abstenir.

Sinon, je vous ai dit que c’était un peu violent ?