Life, Origine inconnue – Daniel Espinosa (2017)

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Un équipage international dans l’ISS s’apprête à récupérer une sonde martienne dont la course a été déviée après avoir heurté des débris. Les prélèvements de cette sonde contiennent une forme de vie que l’équipe scientifique va essayer de ranimer puis cultiver. Evidemment (sinon, il n’y aurait pas de film), tout va foirer dans les grandes largeurs (ou, au contraire, réussir au-delà de toutes espérances).

Evidemment quand on trouve le blu-ray neuf d’un film de SF inconnu (jamais entendu parler de ce truc jusqu’à ce que je l’achète !) dans un bac d’occasion au prix d’un cappuccino dans un Bar-PMU parisien, il y a probablement un soucis quelque part.

Ça commence très fort : Deadpool Ryan Reynolds joue au Baseball (façon mec accroupi qui a le gant qui le fait bien) avec une sonde martienne en approche rapide. Donc il capture l’objet venant « à très grande vitesse » (je me répète, au cas où vous n’auriez pas compris la première fois) avec un bras robotique qu’il contrôle depuis l’espace, tout en prenant bien soin de se mettre sur la trajectoire de l’objet dangereux. Quel suspens ! Ah ah ah. Ça continue aussi fort, avec des gens qui font des trucs de ouf en micro-gravité (quand le réalisateur y pense, parce qu’il n’y pense pas toujours, notamment dans la scène du repas). Donc s’il y a du danger ou s’il va y avoir du sang, il y a de la micro-gravité dans l’ISS, dans le cas contraire, ben, ça dépend du budget effets spéciaux.

ATTENTION A PARTIR DE CE POINT DE NON-RETOUR JE SPOILE A MORT. PARDON POUR LES FAMILLES ET TOUSSA.

(D’aileurs, j’ai jamais compris qui était Toussa… mais c’est un autre problème).

Bon, ils ont récupéré la capsule et les échantillons top moumoute qu’elle contient. Dans le sable martien bien rouge, façon Roland-Garros, ben tu vois, hiberne une cellule extra-terrestre. C’est comme une cellule terrienne, joli comme tout, avec des longs cils de biche. Alors on réchauffe le truc, on bidouille l’oxygène et le dioxyde de carbone. Et miracle sur l’ISS : la cellule se met à bouger, elle remue des cils comme Paola au Bois de Boulogne, c’est presque aussi beau que cette scène incroyable d’émotion où les lumières s’allument dans le vaisseau spatial d’Independance Day parqué quelque part dans le vingt-troisième sous-sol de la zone 51, c’est dire la charge émotionnelle du machin. Le caleçon direct à la machine à laver. Puis la cellule (quelle cochonne !), elle se divise et se divise et le produit de cette partouze en laboratoire orbital finit par ressembler à un Pokémon eau. C’est mignon un Pokémon. Puis quand c’est bleu, c’est forcément inoffensif, il faut plutôt se méfier des trucs marrons, noirs, ou vert dégueulis. T’as déjà vu un requin bleu ? Un xenomorphe bleu ? Un predator bleu ? Un steak bleu ? Donc pas de problème, jouons à gilli-gilli avec la chose bleue.

AH MERDE !

Donc le scientifique en fauteuil roulant (un black sympathique qui a les jambes en gressin – ceci n’est pas un commentaire raciste) s’engage dans une partie de bras de fer avec notre martien bleu et là… le film part en sucette, mais un truc… c’est simple, le coup du Baseball orbital, c’était de la roupi de sans-sonnet (un truc indien pour faire taire les accordéonistes dans le métro). Voilà que Ryan Reynolds prend un lance-flammes (dans l’ISS ! bien sûr qu’ils ont des lance-flammes dans l’ISS, c’te question !) et commence à poursuivre la créature qui… J’en dis pas plus, mais c’est énorme. Jusqu’au bout. Jusqu’à la scène finale, terrifiante.

Alors, étrangement les acteurs jouent bien, les personnages sont attachants. Il y a même un personnage assez étonnant joué par Jake Gyllenhaal. Olga Dykhovichnaya est très touchante en cosmonaute russe, etc. On aimerait la voir plus souvent (à poil, aussi, mais ça n’a pas grand rapport avec ses talents de comédienne).

Life, origine inconnue c’est le navet de comices interplanétaires. C’est trans-galactique, voire davantage. A consommer sans modération. Je me suis régalé.

 

Leatherface, A. Bustillo & J. Maury (2017)

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Plusieurs fous s’évadent d’un hôpital psychiatrique, non sans avoir pris en otage une infirmière humaniste. Ils sont bientôt traqués par un policier que la douleur et le besoin pathologique de vengeance ont rendu absolument incontrôlable. Parmi l’un des évadés se trouve celui qui sera appelé à devenir Leatherface.

Rarement dans l’histoire du cinéma une figure aura été aussi traumatisante que celle de Leatherface, le tueur cannibale armé d’une tronçonneuse qui apparut pour la première fois en 1974 dans le classique de Tobe Hooper Massacre à la tronçonneuse. Dans un de ces moments d’irrespect total qui n’a de cesse de me fasciner, Hollywood a décidé d’en faire une préquelle, sobrement intitulé Leatherface… et le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas fameux. Bien au contraire, c’est absolument calamiteux. Un carnage.

On pourra toujours arguer que le titre est bien, ça c’est sûr, que l’infirmière joue plutôt bien, oui pourquoi pas (en tout cas, elle est plutôt jolie à regarder au début du film)… mais alors le scénario (quel scénario ?) qui mise tout sur une sorte de cluedo idiot  » Mais qui va devenir Leatherface ? » Serait-ce le doux Sam Strike ? L’enrobé Sam Coleman ? L’enragé Stephen Dorff ? Sans doute un peu hors d’âge, comme certains calvas… Qui ? MAIS ON S’EN FOUT, en fait !!! C’est chiant, c’est gore pour rien, c’est nul et irrespectueux. Ça met en rogne pour pas cher. En fait c’est aussi nul que les scènes du remake d’Halloween où Rob Zombie essaye de filmer l’adolescence de Michael Myers.

Affligeant.

Mais comme « à quelque chose malheur est bon », Leartherface m’a fait penser à un film aussi étrange que marquant : The Butcher Boy de Neil Jordan. On fuira le premier pour essayer de voir le second dans de bonnes conditions.

 

Winchester, the Spierig brothers (2018)

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Californie, 1906. Un psychologue alcoolo et camé au laudanum, le Dr Eric Price (Jason Clarke, dans son plus mauvais rôle ?) est engagé par la compagnie Winchester pour déterminer si Sarah Winchester (Helen Mirren, dans son plus mauvais rôle ?) qui possède 51% des parts de la compagnie est saine de corps et d’esprit. En effet, Sarah s’est installée à San José, avec sa nièce – veuve – et son petit-neveu, où elle fait construire jour et nuit une maison labyrinthique, dont les plans lui serait dictés par les victimes de la fameuse carabine à répétition. Pour le Dr Price, aucun doute, l’affaire est conclue d’avance, la vieille est bonne pour l’asile.

Mais si…

Ah ah ah. Un film d’horreur qui fait dormir. Tout, absolument tout, est prévisible de la première à la dernière minute, donc ennuyeux. Les frères Spierig et leur scénariste essayent de nous refaire le coup de Sixième sens de Shyamalan, en le décalant un tantinet, mais c’est gros, gros. Les acteurs principaux cachetonnent atrocement, les acteurs secondaires sont plus convaincants (perdus pour perdus, ils se sont peut-être dit qu’ils pourraient être remarqués au milieu de ce naufrage ?). On retrouve avec plaisir Bruce Spence de Mad Max 2 et Angus Sampson de la seconde saison de Fargo.

Si la maison Winchester vous intéresse, jetez plutôt un coup d’œil à Dans l’antre de la pénitence.

 

Downrange, Ryûhei Kitamura (2017)

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Ils sont jeunes, ils sont beaux (enfin pas tous). Trois garçons, trois filles (pas mal de possibilités). Ils font du covoiturage.

Au milieu de nulle part, là où il n’y a évidemment pas de réseau, un pneu éclate, le véhicule sort à moitié de la route.

Alors que deux des garçons changent la roue, une balle tombe sur la chaussé (on peut raisonnablement se poser des questions quant à son absence de déformation, mais c’est sans doute le scénariste grincheux qui parle, pas le spectateur). Juste après, un des garçons s’écroule, touché en pleine tête, sans doute aligné par un tireur embusqué. Puis une des filles s’étale, un œil crevé, mais toujours vivante. Tout le monde se met à gueuler (enfin ceux qui peuvent encore).

Que vont pouvoir faire les quatre survivants face à ce redoutable sniper ?

Depuis Versus, Ryûhei Kitamura s’est spécialisé dans les films certes jouissifs (et encore, c’est de l’orgasme discount), mais plus cons que cons. Downrange ne restera pas dans les annales comme son film de la maturité, loin de là. C’est bête, c’est méchant, c’est grand-guignol ; rien n’est plausible. Ça pisse le sang, ça gerbe, ça pisse tout court. D’une certaine façon, rien ne nous est épargnée. Les acteurs jouent comme des tricycles et les actrices comme des brouettes.

Un film globalement sans intérêt aucun, mais regardable entre potes, avec des bières fraîches et des parts de pizza brûlantes.

L’affiche est bien.

Let us prey, Brian O’Malley (2014)

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Dans une petite ville d’Ecosse, une femme policier (Pollyanna McIntosh, vue dans The Woman) prend son service pour la première fois et assiste à un accident de la route. Un jeune con, auto-surnommé Caesar, a renversé avec sa voiture un homme d’âge mûr (Liam Cunningham, surtout connu pour son rôle dans la saga Game of thrones). La victime a disparu, comme par enchantement, mais il y a du sang sur le phare de la voiture. L’officier Rachel Heggie conduit donc le jeune Caesar au poste où elle fait la connaissance de ses collègues : l’inquiétant sergent MacReady et les officiers Mundie (Hanna Stanbridge, en roue libre dans un rôle d’über-pétasse filipino-écossaise) et Warnock (« putain, même avant d’avoir des enfants, [ma femme] Joan n’avait pas la chatte aussi serrée »). Ambiance. Surtout que la Rachel rookie est un tantinet psycho-rigide (faut dire qu’elle s’est faite séquestrée et largement violée durant son enfance, ça aide pas). Caesar est mis en cellule, en face d’un homme arrêté pour violences conjugales. Puis la victime (sans ses corbeaux, qui attendent non loin) se présente au poste de police et l’enfer peut maintenant se déchaîner sur cette petite ville écossaise isolée.

Les premières images où Liam Cunningham s’extrait d’une tempête sur les côtes écossaises, sortant de vagues démesurées, gravissant des falaises, le tout suivi par une horde de corbeaux, ces premières images laissent augurer du meilleur et rappellent une des plus belles scènes du Byzantium de Neal Jordan. C’est beau, c’est sombre, c’est inquiétant et ça laisse planer le doux parfum d’une réelle ambition. Une demi-heure plus tard, vous vous trouvez assis devant un navet grand-guignol et vous ne savez plus si vous devez rire ou pleurer face à tel gâchis. Tombant dans le piège de la surenchère (enfant au crâne découpé à la scie, personnage rehaussé de barbelés jouant au Texas Ranger psychochristique armé d’un très gros fusil à pompe) Let us prey sombre définitivement dans le grotesque. Alors qu’il aurait pu au contraire devenir un huis-clos polanskien tout à fait subtil et convaincant. Si, la langue déformant la joue plus souvent qu’à son tour, Hanna Stanbridge arrive sans trop se forcer à incarner une fliquette dépravée ultime rêve érotique de tout prisonnier masochiste, ambiance menottes et matraque, le reste du casting est plus à la peine, la palme revenant à Niall Creig Fulton qui incarne un médecin généraliste auquel on ne croit jamais. Douglass Russell, dans le rôle du sergent, est presque aussi mauvais.

Un film à voir entre amis, avec des pizzas brûlantes des bières glacées et beaucoup de temps à perdre.

 

PS : J’avais oublié le sous-titreur (oui oui, j’ai acheté ce truc en DVD, pas cher, c’est à dire trop cher en l’occurrence) qui n’a rien compris aux références bibliques du film et ne sait visiblement pas à quoi se réfère « a pale horse ».

 

The Monster, Bryan Bertino (2016)

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Une mère indigne (alcoolique, qui fume en permanence, couche avec des pov’types violents) emmène en voiture sa fille Lizzy chez son père, dont elle est séparée. Elle en est sûre, sa fille ne reviendra pas. C’est une sorte de voyage d’adieu. Sur la route, elles percutent un loup et accidentent leur voiture. Mais leur portable fonctionne (ce qui est souvent rare dans un film d’horreur contemporain) et elles appellent les secours qui arrivent sous la forme d’une dépanneuse. Une ambulance est aussi en chemin. Seul problème, ce n’est pas l’accident qui a tué le loup, c’est une bête sauvage. Une bête jusque là inconnue (croisement improbable entre un ursidé, un loup-garou qui a abusé de crème dépilatoire et un poisson carnivore très méchant – pour les dents).

Il y a en gros trois façons de réussir un film de monstre : créer un monstre fascinant, mettre en scène des antagonistes / victimes attachantes, mélanger les deux, ce qui est sans doute la voie royale. On se souvient plus volontiers de Freddy Krueger que des ados qu’il décime, pareil pour Jason. On se souvient bien du Predator, mais aussi de Schwarzy et de ses potes mercenaires. Des figures fortes de monstres ou d’humains opposés à icelui.

The Monster est davantage un film raté qu’un navet (même si ça sent souvent le navet). Il y a un vrai propos (sur ce que les enfants attendent de leurs parents), propos ambitieux et donc souvent absent des navets. Mais le monstre du titre n’est pas fascinant (il est montré trop tôt / trop exposé / franchement ridicule côté maquillage/effets spéciaux). Quant à Kathy, la mère (interprétée par Zoe Kazan), elle est d’une idiotie insondable. Dès qu’il y a une décision débile à prendre, vous pouvez être à peu près sûr qu’elle va la prendre, non sans expliquer à sa fille que c’est évidemment « la seule chose à faire ». Son personnage pourrait être intéressant (une mère débile et indigne, pourquoi pas), mais il souffre aussi des idioties du scénario. Quant à Lizzy, la fille, son évolution psychologique est tellement improbable qu’on n’y croit pas (il est normal d’avoir envie de pouffer au moment où elle achève sa métamorphose psychologique). La bête attaque toujours au moment le plus opportun (d’un point de vue scénaristique), puis délaisse sa proie, on ne sait pas trop pourquoi, puis ré-attaque. Des fois, elle peut faire un truc, des fois elle ne le peut pas. Sans trop spoiler, la dernière partie, l’affrontement, atteint des sommets de débilité/maladresse scénaristique. L’auteur a écrit un scénario avant de créer un monstre, il a écrit une mécanique avant d’édicter les lois monstrueuses qui doivent faire tourner cette mécanique. C’est limpide dans la « scène de l’ambulance » qui est d’une bêtise absolue.

Un autre point m’a gêné, alors qu’il serait plutôt « positif », The Monster est un hommage (volontaire / involontaire ? / par percolation) à l’oeuvre de Stephen King. Tout un passage du film rappelle une scène emblématique de Cujo. Avec son chien en peluche qui chante, Lizzy, la fille, est un personnage kingien, presque jusqu’à la caricature.

The Monster est trop mal écrit pour susciter l’indulgence du fan de film d’horreur qui en mangent treize à la douzaine. Mais Bryan Bertino a un certain savoir faire en matière de suspense, de tension. Le placement de ses flash-backs, leur tonalité, montrent qu’il a aussi un vrai sens du montage.

Ce n’est pas forcément un mauvais réalisateur, mais c’est un piètre scénariste qui avait besoin d’un meilleur département pour les effets spéciaux. En évacuant toute la possible mythologie de son monstre, il a créé un moteur narratif assez vain, une bête qui attaque quand ça lui chante, trop mécanique/simpliste pour marquer longuement les esprits. On se souvent de Michael Myers, le tueur d’Halloween, parce que le Dr Loomis (Donald Pleasence) nous raconte son histoire, lui offre bien malgré lui une dimension mythologique.

Pandémie, Kim Sung-su (2013)

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Un container plein de cadavres arrive en Corée. Un seul des immigrés clandestins a survécu. Il réussit à s’enfuir dès que le conteneur est ouvert. Les passeurs exposés à une souche mutée de la grippe aviaire (qui ressemble ici plutôt à Ebola – passons) partent à la poursuite du survivant et contaminent la population coréenne.

Dans le même temps, le destin d’un beau secouriste très viril se trouve intimement mêlé à celui d’une doctoresse tête-à-claques et de sa fille du même tonneau.

Kim Sung-Su est le réalisateur de La Princesse du désert (2001), un film d’action coréen vaguement historique mais proprement hallucinant, qui fut à l’époque le film le plus coûteux de l’histoire du cinéma coréen et rencontra un succès modéré, ce qui participa à plonger le réalisateur aux oubliettes quelques années (il n’a rien tourné entre 2003 et 2013).

Dès que j’ai fait le rapprochement, je me suis rué sur Pandémie en espérant que ce serait du même niveau d’intensité que La Princesse du désert. Force est de constater que Pandémie est un navet avec des petits relents nationalistes assez nauséabonds et un scénario qui ne tient pas la route quinze secondes avec des coïncidences grosses comme des hippopotames. Le film est plein de scènes WTF, de moments grotesques (la description des décisions politiques/électoralistes, l’ingérence américaine, et j’en passe). Bon ça se laisse regarder, mais ce ne sont pas les visions qui évoquent les pires heures de l’histoire humaine (je n’en dis pas davantage) qui sauvent le spectacle – bien au contraire. Le réalisateur ne sait pas trop ce qu’il raconte, et son mélange de comédie et d’horreur sanitaire est particulièrement maladroit.

Bon, il est amplement temps de revoir la version longue (la seule qui compte !) de La Princesse du désert. Et je garde un souvenir ému de Virus (1980) de Kinji Fukasaku, vu plusieurs fois à la télé ; je me demande si le film tient encore la route aujourd’hui.