Replicas, Jeffrey Nachmanoff (2018)

Replicas

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[Attention critique avec spoilers.]

 

William Foster (Keanu Reeves) travaille dans un immense laboratoire d’Arecibo, à Puerto Rico, où il essaye de télécharger la mémoire de soldats morts dans un robot humanoïde. L’expérience ne donne pas les résultats escomptés ; si Johnny Mnemonic William maîtrise bien la première partie du processus (charger la mémoire humaine d’un mort sur un support informatique – bravo quand on sait à quelle vitesse se dégrade de façon irréversible la matière cérébrale immédiatement après le décès), il n’arrive pas à downloader cette mémoire dans le robot. Il y a toujours une forme de rejet. Là (quand le film commence) c’est le robot qui entreprend de s’arracher le visage dans un accès de désespoir. William est très proche de réussir, il le sent au fond de son petit cœur mouillé de larmes de frustration, mais bon pour le moment, ça veut pas.

Un soir alors qu’il part en famille (avec sa femme et leurs trois enfants) faire du bateau, leur voiture sort de route et, grosse catastrophe, il est le seul survivant. Que croyez-vous qu’il fait : au lieu d’appeler la police, les secours ou à la rigueur Superman (pour faire tourner la Terre dans l’autre sens), il appelle son collègue de bureau, Ed (Thomas Middleditch), et ensemble ils commencent à sauvegarder la mémoire de chacun des décédés. Puis, comme il y a urgence à faire quelque chose d’intelligent, ils volent trois cuves pour développer des clones (dont on nous dit que chacune d’elles coûte 1,7 million de dollars), puis ils décident logiquement de développer trois clones : la maman et deux des trois enfants. Il faudra tirer au sort et pas de bol c’est la benjamine, Zoé, qui perd. (Quitte à ne pas ressusciter un des enfants, j’aurais choisi un des deux adolescents, mais c’est sans doute mon expérience qui parle).

Bon, à ce moment-là (quand ils volent plusieurs millions de dollars de matériel médical et l’installent dans le sous-sol du pavillon de location) le spectateur décroche (je pense que si je partais avec un des immense photocopieurs du bureau, quelqu’un finirait par s’en apercevoir) et pourtant ce n’est que le tout début du film. Le meilleur reste à venir.

Une fois les cuves installées, et qu’on nous explique que ce processus-là de clonage humain n’a jamais marché auparavant (mais eux ils sont trop balèzes, ils vont y arriver), Ed demande à William s’il a un groupe électrogène, histoire d’avoir une source de courant en cas de coupure supérieure à 7 secondes et, là, William qui est garagiste à Cincinatti en plus de père de famille, neurochirurgien et informaticien de génie à Puerto Rico entreprend de voler les batteries de voiture de tout le quartier. Le film qui était mongoloïdocyberpunk devient 12voltspunk, un nouveau genre.

Le spectateur ayant déjà décroché, il ne lui reste plus qu’à glisser lentement dans le tunnel stroboscopique et plutôt coloscopique, d’ailleurs, de la quatrième dimension : il comprend avec joie plus qu’effarement que ce film relève non seulement du portnawak total, mais qu’en plus les scénaristes ne vont même pas produire l’effort de faire semblant. C’est un peu comme si un magicien coupait une femme en deux avec une scie et alors qu’elle hurle d’arrêter, que ça pisse le sang de partout, il s’arrête de scier pour se griller une cigarette et dire : « ne vous inquiétez pas, ça fait partie du show ».

Passé le coup des batteries, Replicas continue sur la même lancée (en mieux, ou en pire, ça dépend du point de vue) : les trois clones arrivent à maturation au bout de 17 jours (oui, c’est un peu plus long qu’une pizza au micro-ondes). Et quand je dis à maturation : la maman arrive donc à l’âge de quarante-cinq ans environ, la fille est une ado, le garçon est un ado un peu plus jeune que sa sœur, tout le monde a les cheveux à la bonne longueur, etc. (c’est là qu’on voit que nos deux scientifiques sont complètement à côté de la plaque, dans notre monde on gagnerait beaucoup plus d’argent avec un procédé qui permettrait d’avoir une chevelure parfaite en 17 jours qu’avec ces histoires sordides et hasardeuses de téléchargement de mémoire). Et là, voyant sa femme toute nue sortir de sa cuve, prête à l’emploi, bingo !, éclair de génie, papa William a un doute : comment il va expliquer à Maman la tragique disparition de Zoé. Comme il est le maître de la mémoire, William décide d’effacer la gamine, dans les souvenirs de ses trois cobayes avant réimplantation, puis dans la maison, où il retire le lit superposé, les dessins, les photos… Pendant ce temps-là, le monde extérieur ne s’inquiète guère de la disparition de la mère et de ses trois enfants. Un petit mail à l’école, un autre au boulot, et le problème est réglé. Une prof zélée passe cogner à la porte (le zèle professoral à ce point-là, c’est louche), mais une excuse bidon la renvoie à sa classe.

Bon c’est pas tout ça, comme William a récupéré les trois quarts de sa famille, il faut un élément de tension dramatique. Un méchant, quoi. C’est qui le méchant de l’histoire ? C’est un film de science-fiction, il y a forcément un méchant, non ? Donc l’ordure de service (minimum) c’est le patron de William, l’infâme Jones qui va finir par expliquer à William que si on essaye de télécharger la mémoire de soldats morts dans des robots c’est peut-être parce qu’on est financé par… des militaires. Et là, William tombe des nues, comment serait-ce possible, je ne travaille pas pour Toy’s r Us, Unilever ou le bien de l’humanité ?

Bon, sur la fin, ça manque un peu d’explosion et de fusillades, problèmes de budget, ils avaient tout foutu dans le salaire de Keanu Reeves, mais rassurez-vous toute cette histoire de fous finit plutôt bien.

Au final, Replicas ressemble à une nouvelle de Greg Egan adaptée par un des scénaristes des Simpsons un lendemain de cuite au guacamole fermenté.

Incontournable.

 

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