Man on high heels – Jang Jin (2014)

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Seoul.
De nos jours.
Ji-wook (Cha Seung-won) est un flic aux méthodes particulièrement violentes et douteuses. Couvert de cicatrices, les os rafistolés avec des plaques métalliques, il est surnommé « l’homme qui valait trois milliards » par ses collègues. Ji-wook, grand pour un Coréen, fin, tout en muscles, privilégie les couteaux aux armes à feu et quand il intervient quelque part… le sang gicle à flots. Mais Ji-wook a aussi un secret : il prend des hormones (son collègue croit à tort qu’il se drogue à l’héroïne) et s’apprête à changer de sexe.
Ayant pourtant démissionné pour vivre sa transformation dans le calme, Ji-wook va être rattrapé par sa dernière affaire.

Après une heure de film en faux rythme, un peu lancinante mais toujours intéressante, toutes les pièces de l’échiquier sont en place et la deuxième partie (qui s’ouvre avec un des pires meurtres de l’histoire du cinéma – autant être prévenu) atteint des sommets dans la tension, l’émotion, le tragique, le comique, l’horreur frontale.
C’est alors les montagnes russes, quasiment un enchaînement de « morceaux de bravoure » sans répit.

Si Man on high heels n’est pas exempt de petits défauts (des problèmes de raccord dans les scènes d’action notamment) on prend ce film dans la gueule jusqu’aux ultimes scènes, apparemment très douces, mais d’une ambiguïté indéniable.

Je l’avais déjà vu une fois, je l’ai revu cette semaine avec plaisir.

Starve, B. Wood, D. Zezelj, D. Stewart

starve

Le chef Gavin Cruikshank fut une star de l’émission de télé-réalité Starve. Après son coming out, sa séparation avec sa femme, il s’est exilé en Asie du sud-est. Mais son contrat l’oblige à revenir à New York, sinon il perdra tout ; l’occasion pour lui de tisser des liens avec sa fille de dix-sept ans, Angie, dont il ne s’est jamais vraiment occupé. Ensemble, ils vont participer à la nouvelle saison de Starve où tous les coups sont permis, y compris les coups de batte de baseball.

Difficile pour moi de passer à côté d’un album de Danijel Zezelj, dessinateur de BD né en Croatie, mais installé depuis longtemps (milieu des années 90, je crois) à New York. J’ai découvert Zezelj un jour, par hasard, dans une librairie de BD avec son album Tomsk-7, chez Mosquito, qui se trouvait en pile, parmi les coups de cœur du libraire. Et je suis immédiatement tombé sous le charme de son dessin (il y a malheureusement souvent beaucoup à redire des scénarios qu’il illustre ou signe).

Sur le plan du dessin, Starve ne fait pas partie des œuvres les plus marquantes de Zezelj, même si certaines pages sont magnifiques, mais si le soucis du détail sur certaines cases urbaines est bluffant. Ça reste du comics, probablement produit rapidement. Mais ça reste aussi du Zezelj ; on y retrouve sa capacité constante à réinventer la ville sur le plan graphique. Pour tout dire, j’ai beaucoup de mal avec la mise en couleurs de Dave Stewart, maronnasse et triste, qui écrase un tantinet le trait du Croate. Par contre, c’est plutôt intéressant sur le plan du scénario, la BD (en dix épisodes) ne va pas du tout là où on l’attend, et même si certaines péripéties sont difficiles à digérer (comme l’épisode du thon rouge), il y a plein de trouvailles très chouettes, comme l’installation de Cruikshank dans le désert culinaire de Brooklyn. Brian Wood nous dépeint un futur presque indifférenciable de notre présent, tout est dans ce « presque » : il a poussé les curseurs un petit cran au-dessus : pollution, inégalité, bouleversements climatiques. L’aéroport JFK est sous trente centimètres d’eau.

A mon avis, Starve n’est pas la BD avec laquelle il est souhaitable de découvrir l’art de Zezelj (j’aime beaucoup Industriel, oeuvre radicale qui a la particularité de ne contenir aucune bulle, aucun texte), mais ça reste une bande-dessinée d’anticipation sociale plutôt étonnante, avec de véritables points forts, mais aussi d’indéniables points faibles. Par moments, on pense à J.G. Ballard ou Jonathan Lethem.