The Villainess, Buyng-gil Jung (2017)

Villainess

Une femme (mais on ne le saura pas tout de suite, la scène est filmée en vue subjective) entre dans un immeuble et commence à tuer tout le monde. Au pistolet, avec des armes blanches. Après avoir laissé des dizaines (!) de morts derrière elle (et environ 7000 litres de sang de gangster), la police la capture.

Plutôt que d’être condamnée à mort, elle est réinsérée dans un programme gouvernemental qui va faire d’elle l’arme ultime (une intéressante vision capitaliste de la justice où la vigilante ultra-douée devient un investissement à protéger/faire fructifier). Premier petit problème : la jeune femme est enceinte. Second problème : aveuglée par son désir de vengeance, elle s’est peut-être trompée de cible (ou a été manipulée) et n’a pas éliminé le gang qui était vraiment à l’origine de la mort de son père.

The Villainess est un film aussi prometteur qu’idiot ; c’est comme ça, on n’y peut pas grand chose. La première scène totalement what the fuck est un mix de la fameuse scène du marteau de Old Boy (souvent copiée, rarement égalée) et du concept-film Hardcore Henry. Bon, passons. Toute la partie entrainement pour devenir la super agente de la mort qui tue est pompée sur Nikita de Luc Besson, jusqu’à la scène du mariage qui rappelle la scène à Venise (c’est quand même un chouia problématique, non ?). D’ailleurs Nikita et Old Boy ne sont pas les seules références embarrassantes ; comme si ça ne suffisait pas, les scénaristes (ils sont deux) se sont lourdement inspirés du diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino.

On sait depuis les années 80 / The Expendables qu’un film d’action con comme un boulon peut être aussi honteusement plaisant ; The Villainess n’y arrive pas, car le spectacle qui nous proposé est terriblement sérieux, plombant. Quant à la parenthèse enchantée de son mitan, elle ressemble davantage à un ventre mou qu’au calme avant la tempête. Le réalisateur ne fait preuve de presque aucun humour, presque aucun second degré, aucune distance autre que le WTF des scènes d’action. Et certaines mises à mort, montrées frontalement, tangentent l’insupportable… comme souvent dans le cinéma d’action coréen.

Ce n’est vraiment pas très bon, mais si l’idée de voir un duel au katana sur des motos lancées à 200 km/h dans les rue de Séoul vous fait saliver, ok, tentez le coup. Vous vous ennuierez probablement moins que devant une de ces affligeantes comédies françaises qui pullulent comme les orties à l’entrée de l’été.

Broken Trail, Walter Hill (2006)

brokentrail

Un oncle (Robert Duvall) va remettre à son neveu (Thomas Haden Church) qu’il ne connaît guère une lettre de sa sœur décédée. Elle a déshérité son fils et lui explique pourquoi. Mais l’oncle ne l’entend pas de cette oreille et propose au cow-boy de convoyer des chevaux et de partager les bénéfices 75/25. En route, ils rencontrent une ordure (James Russo, immonde de la première à la dernière seconde) qui convoie cinq jeunes chinoises vierges (enfin… une ne l’est plus, le convoyeur a pris un petit bonus) vers leur lieu de prostitution. Une des chinoises a les pieds bandés. La rencontre ne se passe pas très bien (euphémisme), et les deux cow-boys se retrouvent avec les cinq chinoises sur les bras. Mais que vont-ils pouvoir faire de ses pauvres filles totalement perdues ?

The Broken trail est un téléfilm de trois heures. Clint Eastwood (ou Kevin Costner) aurait pu en faire un film de trois heures avec une image un poil plus léchée, sans changer le casting, qui est juste parfait. Avec, en tête de gondole, un Robert Duvall impérial, qui ne comprend rien aux femmes, et ne s’emmerde pas à essayer de connaître les prénoms de ses cinq protégées. Il les appellera Un, Deux, Trois, Quatre et Cinq. Pourquoi faire compliqué (chinois) quand on peut faire simple (cow boy) ? Greta Scacchi incarne une prostituée vieillissante avec une conviction rare. Et fait communiquer son besoin d’amour (véritable) avec une économie dans le jeu qui force l’admiration. Rusty Schwimmer est bluffante en mère maquerelle à poigne.

Le film est évidemment épouvantable dans son soucis permanent de réalisme. Le sort de ces filles noue le cœur. La conquête de l’Ouest s’est bien souvent faite sur le dos des femmes. Walter Hill ne s’est jamais montré aussi soucieux des minorités ethniques, sans doute porté par un scénario qui n’est pas le sien, signé Alan Geoffrion.

Au final, c’est un très très beau téléfilm, extrêmement dur, qui n’est pas sans évoquer le fabuleux Open Range et le marquant The Homesman.