Tatouage / Irezumi (1966)

tatouage

Une jeune femme, Otsuya, issue d’une famille aisée de marchands, tombe amoureuse de l’apprenti de son père, Shinsuke, et l’embarque dans une fugue. Les deux amants se réfugient chez un ami de la famille à qui ils demandent d’intercéder en leur faveur pour un mariage. Mais l’ami de la famille, Gonji, se révèle être un escroc de la pire espèce. Il escroque les parents d’Otsuya, vend la jeune femme à un proxénète qui la drogue et la confie à un tatoueur. Puis ordonne enfin qu’on tue Shinsuke.

Tatouée d’une immense araignée dans le dos, animal fabuleux car à visage humain, la jeune femme change de nom et se transforme en geisha à succès. Et si elle « croque les hommes », c’est pour mieux nourrir ses projets de vengeance.

Tatouage / Irezumi est un classique du cinéma érotique japonais. De nos jours, il n’a plus grand chose d’érotique : aucun poil pubien n’est visible comme l’imposait la législation de l’époque, on ne voit que le haut des fesses de l’actrice (Ayako Wakao) et son dos tatoué. Par contre, l’histoire ne rechigne pas sur les violences faites aux femmes : ligotages, tentatives de viol, fessée à coups de bambou et autres pratiques pervertico-sadiques dont raffolent bien des Japonais (et que personnellement je trouve assez lamentables comme « ressorts érotiques », mais bon chacun ses goûts).

En fait, ce qui surprend le plus dans Tatouage c’est son côté comique, les meurtres sont interminables et ressemblent à des enfilades de maladresses slapstick (à un moment un personnage se fait sabrer par un samourai ; dans la vraie vie, il aurait pu difficilement partir en courant, ou même en boitillant, à la rigueur, en rampant sur quelques mètres…). Les dialogues sont à l’avenant : les personnages principaux passent leur temps à hurler qu’ils vont mettre fin à leur jour (mais allez-y ! bon sang) et puis il y a ce magnifique « Coucher n’est pas tromper » qui surclasse le « sucer n’est pas tromper » d’un célèbre comique français. La séance de déballage de la geisha/marchandise est aussi à hurler de rire. Le temps qu’elle arrive enfin à se foutre à poils, vous avez le temps de faire le thé et de cuire des cookies caramel/beurre salé. Encore si l’effeuillage était coquin, mais même pas, elle se démène avec toutes ses couches de vêtements et autres ceintures comme si elle était prisonnière de l’ensemble.

Le film possède un certain parfum fantastique, grâce au tatouage monstrueux, auxquels certains personnages prêtent une vie propre (on peut aussi penser que la jeune femme souffre de schizophrénie).

En fait, ce qui m’a le plus déçu c’est que le film se construit au tout début sur une histoire d’amour passionnée (tout découle de cette passion), mais le manque d’alchimie du couple Otsuya / Shinsuke est flagrant et ils ont beau passer leur jours et leurs nuits au lit (à un moment, leur hôte leur conseille de « prendre l’air » pour leur santé), ça ne marche pas vraiment.

Tatouage est un colosse aux pieds d’argile qui s’est lentement effrité sous mes yeux. Ce qui ne lui retire pas pour autant toutes ses qualités, esthétiques notamment. Comiques aussi (mais pas sûr que ça soit fait exprès).

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A ne pas confondre avec l’Irezumi de Yôichi Takabayashi (1982), titré La femme tatouée en français et qui raconte une toute autre histoire. Et qui est de loin bien meilleur.

 

Banlung et ses environs / A.K.A le Ratanakiri

Banlung est la « capitale » du Ratanakiri. Cette province, la plus au nord-est du Cambodge, au nord du Mondolkiri (et ses fameux éléphants), partage une frontière avec le Laos et une autre avec le Viêt-Nam. La ville de Banlung en elle-même a très peu d’intérêt et se révèle très peu conçue pour les touristes : quelques hôtels confortables et a prix raisonnable (comptez 15 à 20 euros pour l’équivalent d’un trois étoiles en France, avec une chambre sensiblement plus grande), quelques restos avec de la « mauvaise » cuisine occidentale (quiconque n’a jamais essayé de manger une pizza au Cambodge ignore ce qu’est l’horreur absolue), aucun magasin « touristique ». J’ai dû aller au Yeak Laom Lake pour trouver les chemises traditionnelles que m’a commandées mon fils cadet (essayage sur un enfant de la taille en dessous, pas trouvé d’enfant d’1m31 sur place).

 

yeakLaomLake

Donc Banlung, ça n’a pas grand intérêt, c’est assez moche, en dehors du quartier du lac où se trouvent certains des meilleurs hôtels et restaurants de la ville (c’est là que j’ai pris mes quartiers dans une « luxueuse » pension de famille dont je suis sensiblement le seul client depuis mon arrivée – l’électricité marche quand elle veut, pareil pour le wi-fi, et c’est pareil dans toute la ville). Une des particularités de Banlung c’est d’avoir un aéroport à l’abandon en plein centre-ville, c’est à dire une sorte d’immense terrain vague (de la taille d’un aéroport de province), juste à côté du marché central (un truc absolument impensable dans un pays d’Europe).

 

Yeak Laom Lake (aussi appelé Crater Lake)

Ce petit lac circulaire se trouve à 6 km du centre-ville de Banlung, je les ai faits à pied, mais la route n’est pas agréable (on longe la route 78 vers le Viêt-nam sur 4 bons kilomètres avant de bifurquer à droite au niveau de la « statue des éthnies » ; le carrefour s’appelle comme ça. Et visiblement il n’y a pas de route alternative.

Dans un magasin (donc un cube de béton vide dans lequel sont entreposés quelques marchandises en vrac), j’ai pu voir des « ruches artisanales », de simples seaux en plastique dans lesquels ont été placés des essaims. Les 500 ml de miel sont facturés 10 dollars, inutile de marchander, le prix est le même partout.

Ce qui m’a fasciné dans cette histoire c’est que je me suis baladé au milieu des ruches, guidé par la vendeuse de miel, et donc au milieu des abeilles sans qu’aucune vienne me piquer. Les enfants jouaient à côté, les chiens prenaient le soleil à côté. Et ça grouillait d’abeilles. Faut croire que l’abeille cambodgienne est zen ou que Maya est sa série télé préférée.

 

Il y avait de la brume sur le lac

Lac au petit matin (8h00). L’endroit, d’origine volcanique est considéré comme sacré, il faut être particulièrement respectueux.
Jusqu’à l’arrivée des bus de touristes (vers 11h00), c’est l’endroit le plus zen au monde. Après ? Il est temps de fuir, surtout quand on commence à entendre parler les gens en français qui se plaignent des lits trop durs, de la nourriture trop épicée ou « de cette putain de chaleur intolérable ».

gamine au bord du lac

Gamine du coin qui va passer son temps à plonger dans le lac depuis les arbres. Personnellement, j’ai fait trempette, mais on se fait picoter/dévorer par de minuscules crevettes d’eau douce particulièrement sous-alimentées.

monkey

Non ce n’est pas un singe en t-shirt dans l’arbre…

saut1

Saut2

Oui, vous ne rêvez pas, elles « visent » entre les deux bouts de bois. Elles étaient trois à jouer ce jeu-là. La plus petite avait huit ans (et parlait un anglais tout à fait correct), mais elle a refusé que je la prenne en photo : dans son ethnie, on pense qu’on meurt / tombe malade quelques jours après avoir été pris en photo. C’est une croyance assez répandue dans le Ratanakiri et des villages entiers refusent les touristes car ils prennent des photos sans permission, donc sans respecter les croyances locales.
Je suis resté une bonne heure avec elles, la plus lourde devait faire 20 kilos (toute mouillée), je me suis dit au pire si elle se pète une jambe sur un des bouts de bois, je pourrais la porter jusqu’au poste de secours. Mais en fait, en discutant avec elles, j’ai compris qu’elles faisaient ça tous les jours, pour leur plaisir, avant ou après l’école. Il y a aussi des cordes à nœuds, plus loin où elle ont fait Tarzan.

 

for rent

Hut for rent. Bord du lac. J’ai fui les touristes dès leur arrivée pour faire le tour du lac (heureusement à l’ombre la plupart du temps, car la chaleur  ce jour-là était écrasante).

arche

Bord du lac, suite. La promenade est très agréable. Croisé personne, les Cambodgiens ne sont pas marcheurs ; pareil pour les touristes de ce matin-là.

 

Cha Ong

La chute d’eau de Cha Ong se trouve à 12 km de Banlung, au bout d’une piste épouvantable. A la fin de la saison des pluies, c’est à dire maintenant (fin novembre), la piste n’est praticable qu’en moto. Et encore, il vaut mieux avoir une moto à vitesses.

cha ong 1

Cha Ong

graffiti Cha Ong

Graffitis à Cha Ong, derrière la chute d’eau.

Graffitis2

Graffitis (gros plan).

Cha Ong 2

Cha Ong (vue en haut des marches)

Cha Ong4

Cha Ong (bas)

Rivière Cha Ong

Rivière a proximité de Cha Ong

Pas de pont

Problème : le pont a été emporté.

Passage à gué

Solution : on passe à gué.

 

Katieng

Katieng est une chute d’eau qui se trouve à 16km de Banlung. J’avais trouvé la route jusqu’à Cha Ong pour le moins difficile. Celle pour Katieng, inondée par les orages de la veille, s’est révélée absolument infernale ; j’ai même hésité à faire demi-tour, me croyant à un moment perdu, mais non. Même les gens du coin se plantaient dans la boue, avec femmes et enfants, plus leurs habituelles possessions enveloppées dans de fin sacs en plastique.

Piste pour Katieng

La piste (je vous promets qu’on ne se rend pas compte de son état réel sur la photo). C’est très précisément là que j’ai failli faire demi-tour. Après c’était pire, ça descendait, et même en première sur la moto, j’arrêtai pas de « partir du cul ».

Pont près de Katien

J’inspecte le pont avant de passer dessus en moto. Vu qu’il y a comme un trou…

Katieng vue d'en haut ne pas glisser

Ka Tieng, vue de dessus, ne pas glisser. Sinon game over.

escaliers Katieng

Escaliers pour Katieng : il manque des marches, le bois est trempé de boue, des clous rouillés dépassent. Je descends jusqu’à la chute d’eau en prenant tout mon temps.

Katieng vue d'en bas

Katieng vu d’en bas – on peut se baigner dans la piscine de boue.

Rivière près de Katieng

Rivière près de Katieng.

 

Ka Chang

La chute d’eau « familiale » de Ka Chang se trouve à 12 Km de Banlung, au bout d’une route carrossable de bonne facture presque tout du long (un seul segment très court en gravier). Les environ de la chute sont très aménagés. C’est le site naturel qui a le moins de charme des trois, mais c’est celui le plus adapté pour un pique-nique.

huttes pour pique-nique Ka Chang

Aire de pique-nique – j’y étais à 12h30. Personne.

escaliers Ka Chang

Escaliers pour les chutes de Ka Chang.

pont suspendu Ka Chang1

Pont suspendu.

Pont suspendu Ka Chang 2

A mi-chemin.
Pas de photo des chutes, c’est bétonné et plein de détritus. J’ai essayé de trouvé un angle pour tricher, mais bon, pas moyen de faire une photo acceptable.

 

 

 

 

Snowden – Oliver Stone

snowden

Edward Snowden, jeune américain fou d’ordinateurs, patriote volontiers conservateur, cherche à intégrer le renseignement américain après s’être salement fracturé la jambe chez les Rangers. Là, très vite, il monte les échelons, jusqu’à découvrir que la NSA espionne des millions d’Américains. La suite on la connaît, Snowden rend public ce fait en fournissant à divers médias des tonnes d’informations qu’ils s’engagent à caviarder mais qui prouvent bien qu’il dit la vérité. De Hong Kong, il essaye de rejoindre l’Amérique Latine, mais est cloué au sol à Moscou, où il obtient le statut de réfugié. Ironie suprême, le champion de la transparence en matière de renseignement se voit protégé par Vladimir Poutine, le champion du renseignement boueux.

Malgré que l’histoire soit connue, malgré une durée assez conséquente, plus de deux heures, le film d’Oliver Stone se regarde avec grand intérêt de bout en bout. Snowden est loin d’être un gauchiste idéaliste perdu à la NSA, mais l’influence de sa petite amie et son indignation vont sculpter sa prise de conscience politique. Là où le film est très malin, c’est que Oliver Stone nous montre bien que l’indignation principale de Snowden vient du fait qu’on espionne des Américains innocents. Il est conscient que les outils informatiques qu’il conçoit ne servent pas uniquement à lutter contre le terrorisme, mais ça ne l’empêche pas de rempiler, par contre la ligne rouge c’est la surveillance dans la sphère privée d’Américains qui n’ont aucun lien avec le terrorisme.

Autre ironie de l’histoire, Snowden est en quelque sorte le remake du classique de John Schlesinger Le jeu du faucon. L’époque a changé, les outils ont changé, et ce qu’ils permettent n’est rien moins que vertigineux.

Il serait sans doute intéressant de comparer les deux films.

Si je dois trouver un défaut à Snowden, je dirais que c’est un film assez « mou », la réalisation d’Oliver Stone n’a jamais été aussi nonchalante, m’a-t-il semblé. Il se concentre sur le fond, tant mieux, mais la forme n’est pas très intéressante, à une ou deux scènes près. Le film repose sur l’interprétation de Joseph Gordon-Levitt et de tout un tas de seconds rôles plus impressionnants les uns que les autres (dont Rhys Ifans, à contre-emploi, totalement hallucinant – à aucun moment, je ne l’ai reconnu). Oliver Stone est joueur, ce dont on se doutait depuis longtemps, et Snowden entretient des liens avec plusieurs de ses films précédentes : JFK, Platoon, W, World Trade Center... etc. Il continue d’explorer avec son prisme gauchi la géopolitique américaine depuis l’assassinat de JFK et réussit à donner une certaine cohérence à l’ensemble.

Très intéressant ; plutôt réussi.

Les derniers jours, David & Àlex Pastor

lesderniersjours

De nombreuses personnes sont enfermées dans un immeuble de Barcelone. Pourquoi ne peuvent-elles pas sortir ? On on sait pas, mais elles… elles ne le savent que trop bien, même si elles n’en parlent pas volontiers. Car s’il y a bien une chose dont il est difficile de parler, c’est de la fin du monde (tel que nous le connaissons).

Parmi ces personnes, Marc veut retrouver sa fiancée. Le seul moyen d’y parvenir : affronter la jungle du métro, puis emprunter les égouts. Une aventure dangereuse qu’il ne pourra mener qu’avec l’aide d’Enrique, un désagréable consultant RH spécialisé en dégraissage, surnommé Terminator.

J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce film. Pour tout dire, je l’ai arrêté une fois au bout de vingt minutes, avant de finalement lui redonner sa chance. En fait, il est de mieux en mieux plus on progresse dans l’intrigue,  jusqu’au final que j’ai beaucoup aimé, qui m’a beaucoup touché (je n’en dis rien pour ne rien spoilier).

Il y a des maladresses, mais je trouve que le propos du film, assez ambitieux, l’air de rien, dépasse lesdites maladresses.

A découvrir.