Ghost House, Rich Ragsdale (2017)

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Un couple se rend en vacances en Thaïlande. Julie (Scout Taylor-Compton) se passionne pour les ghost houses, ces petites maisons destinées aux esprits, dans lesquelles les bouddhistes déposent des offrandes. Emmenée par deux Anglais dans la « campagne » où l’on trouve des ghost houses encore plus intéressantes que celles de la capitale, Julie revient malade. Elle est possédée par un watabe, un esprit en colère.

Un film fantastique situé en Thaïlande… difficile de résister.

Ghost house est un J-horror qui serait extrêmement classique s’il avait été situé dans la campagne japonaise ou à Tokyo. Tourné à Bangkok et dans la campagne thaïlandaise (je n’ai pas réussi à trouver la liste des lieux de tournage, dommage), le film sort presque du lot. Mais il est insuffisamment thaï/couleur locale pour convaincre totalement. On reste un peu à la surface de ce bouddhisme animiste où coexistent moines et chamanes. Niveau ambiance thaïlandaise, Only god forgives est très au-dessus, surtout dans sa description vénéneuse de la nuit. Les scènes de rivière et de lac, vers la fin du film, avec l’immense pont en bambou et le temple isolé sur sa rive, sont très chouettes d’un point de vue esthétique. Les scènes fantastiques sont par contre très classiques, assez peu subtiles, et pour tout dire un peu ridicules. Le fantôme qui marche bizarrement, se déplace comme un cafard sur les murs et plafonds, la jeune japonaise aux longs cheveux noirs, l’enfant mort aux yeux blancs que seule Julie voit, car en contact avec le monde des esprits tourmentés. On connaît ça par cœur, depuis presque vingt ans maintenant. Et sur ce plan Ghost house ne fait que recycler ce qu’on a vu et revu. Allant jusqu’à se conclure par la fin la plus cliché qui soit. Comme il se doit.

 

On l’appelle Jeeg Robot, Gabriele Mainetti (2015)

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Enzo est un voleur minable qui passe son temps dans un appartement encore plus minable à regarder des pornos et s’enfiler des yahourts (ou l’inverse). Un jour, poursuivi par la police, il se laisse glisser dans le Tibre et passe au travers d’un fût de déchets radioactifs. A la suite de quoi, il développe une force surhumaine (dont il se sert de façon absolument consternante… pour commencer). Appelé en renfort sur un « coup » (ambiance laxatifs, passoire et couteau de boucher), la récupération de boulettes de drogue tourne mal : un passeur africain meurt d’overdose et l’autre provoque un carnage. Enzo l’ignore, mais il a mis la main dans un engrenage qui va l’obliger à protéger Alessia, la fille (adulte) de son voisin, traumatisée, qui passe ses jours et ses nuits devant un dessin animé japonais : Jeeg Robot.

On l’appelle Jeeg Robot est le croisement improbable de Toxic Avenger (du label Troma) et de Gommorha avec un soupçon de Chica Vampiro, incarné par le personnage de petit caïd grotesque nommé Zingaro (Luca Marinelli).

Le film joue volontiers la carte de la provocation et de l’outrance, pourquoi pas, sauf qu’à un moment le scénariste dérape et [SPOILER] remet Enzo dans le droit chemin de la relation sexuelle non consentie (ou si vous préférez du viol sans violence physique). Pour le coup, ça m’a semblé aussi malsain qu’indéfendable. Tout s’explique : un personnage qui passe son temps loin des autres à regarder des pornos, une jeune fille visiblement abusée pendant l’enfance qui espère que la prochaine fois Jeeg Robot pourra la sauver, mais on est quand même en droit de s’étrangler. [/SPOILER] Si on ajoute Luca Marinelli qui essaye de poser de nouveaux jalons dans le surjeu en matière de voyou hystérique, le bilan n’est pas très positif.

Sordide, de mauvais goût, malsain au possible, On l’appelle Jeeg Robot sous couvert de film de super-héros différent s’inscrit en fait dans une grande tradition italienne de films provocateurs, on pense à Affreux, sales et méchants d’Ettore Scola, certains films de Marco Ferreri. C’est un film qui, au final, se vautre dans les plus bas instincts de l’homme et ne propose guère d’élégie.

Si vous voulez un bain de boue, vous allez être servis.

L’Orphelinat, J.A. Bayona (2007)

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Laura et son mari médecin rachètent l’orphelinat où a grandi la première pour en faire un centre d’accueil pour trisomiques, un établissement de taille modeste, cinq ou six « lits ». Le couple a adopté un petit garçon, Simon, qui souffre du SIDA. Dans l’orphelinat en devenir, Simon se fait de nouveaux amis imaginaires, notamment Tomas qui se promène avec un sac sur la tête. Ce qui n’est pas forcément du goût de Laura. Pendant la fête de bienvenue, destinée aux nouveaux pensionnaires, Simon disparaît.

Voir L’orphelinat quelques semaines après A monster calls, du même réalisateur, n’est pas forcément une bonne idée, tant le second surclasse le premier. Les thèmes se rejoignent : la maladie, les amis imaginaires, les douleurs de l’enfance, l’injustice et le deuil. Ce qui emporte définitivement le morceau dans A monster calls – le travail esthétique – a plus tôt tendance à amoindrir l’impact de L’orphelinat. Le lieu éponyme n’est pas aussi « fort » que l’école de L’échine du diable, la fête avec les masques rappelle trop celle de The Wicker man mais dans un contexte pour le compte très décalé.

Le film ne fait qu’une heure et quarante-cinq minutes, mais je l’ai trouvé terriblement longuet, souffrant d’une progression dramatique boiteuse.

Ce n’est pas mauvais pour autant ; on dirait juste le brouillon de A monster calls, autrement plus convaincant.

Don’t kill it – Mike Mendez (2016)

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Triples meurtres en série à Chickory Creek (trois fois trois égale neuf). Quand un assassin est tué par un citoyen, celui-ci se met aussitôt à tout massacrer autour de lui. Autant dire que les autorités locales sont dépassées et que le FBI ne comprend rien. Heureusement pour Chickory Creek, le tueur de démons Jebediah Woodley (Dolph Lundgren, buriné, tout en auto-dérision) est dans les parages.

Il est difficile d’expliquer pourquoi certains navets se révèlent, au visionnage, absolument réjouissants. Don’t Kill it et son gore pour rire (un peu moins « stade anal » que celui de Ash Vs Evil Dead toutefois) fait évidemment partie de cette catégorie. Dolph Lundgren incarne une sorte de frère Winchester (l’excellente série TV Supernatural) en solo. Rassurez-vous : tout le monde joue mal, l’histoire est conne comme une chaussette esseulée coincée dans un filtre de sèche-linge. C’est mauvais de bout en bout, mais délicieusement mauvais.

Je conseille (mais seulement aux grands pervers dans mon genre).

Le pacte du mal, Oskar Santos (2010)

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Diego Sanz (Eduardo Noriega, très convaincant à contre-emploi) est un docteur distant, tête à claques, mais doué. Il travaille avec des patients en phase terminale, amputés, souffrant de sclérose en plaques qui, tous, ont besoin qu’on les soulage de leur douleur. Un jour, dans le parking de l’hôpital, il est agressé par un homme bouleversé parce que sa maîtresse est en état de mort cérébrale, mais aussi enceinte de sept mois. L’homme tire au pistolet sur Diego avant de se suicider. Quand les médecins et les infirmières arrivent pour prendre en charge leur collègue, Diego est certes inconscient, couvert de sang, mais personne n’arrive à trouver l’orifice d’entrée de la balle.

Le pacte du mal est un film espagnol construit autour de deux idées fantastiques a priori complémentaires qui, à mon humble avis, sont assez mal mariées dans le cas présent. La bonne idée c’est que Diego le distant se retrouve soudain avec le pouvoir de guérir certains de ses patients et que ce pouvoir le rapproche des gens. La mauvaise idée est le contrepoids posé sur l’autre plateau de la balance, celle de la condition humaine. Ce qui est gagné d’un côté est perdu de l’autre. On peut aussi y voir une métaphore du bénéfice/risque des interventions chirurgicales, poussée à son paroxysme.

On voit alors deux films se dérouler en parallèle : le premier sur la médecine hospitalière, le serment d’Hippocrate, le lien médecin-patient que j’ai trouvé formidable. Un second, plus fantastique, plus classique dans sa « malédiction » (et ses mécanismes) que j’ai trouvé banal et, pour tout dire, assez mal mené. La métaphore devient vite éléphantesque, alors qu’elle aurait gagné à ne pas être souligné. La fin (et ses pudeurs de gazelle) est particulièrement décevante.