Lake Bodom, Taneli Mustonen (2016)

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En 1960, quatre jeunes finlandais sont agressés alors qu’ils campent sur les berges du lac Bodom en Finlande. Un seul survivra. Cette affaire ne sera jamais élucidée. Voilà pour les faits réels.

De nos jours, quatre jeunes gens (deux garçons, deux filles) reviennent sur les lieux du meurtre. Les garçons ont menti pour attirer les filles : ils ont parlé d’une cabane, d’une fête. L’une des filles, Ida-Maria, sort d’une histoire pénible : des photos nues d’elle ont été diffusées au lycée par un garçon qu’elle n’a pas réussi à identifier.

Lake Bodom est un petit film d’horreur finlandais. A défaut d’être très réussi, il est plutôt malin. Le réalisateur nous épargne un enième found footage pour nous embarquer dans un jeu de faux-semblants un peu bancal mais pas totalement foiré. Les retournements de notions scénaristiques de plot et counter-plot sont assez malins (à analyser). Le film bascule dans son mitan et change alors totalement de barycentre. C’est limite, mais ça passe…

Soyons clair : l’ensemble est très finlandais (comme serait sans doute « très français » un film sur l’affaire Grégory). Et une partie de l’intérêt du film nous échappe fort probablement. Il y a beaucoup à redire sur l’interprétation des acteurs, mais bon, on peut toutefois se laisser tenter par ce petit film d’horreur prometteur.

 


La musique adoucit les mœurs ? Pas sûr…

Broken Trail, Walter Hill (2006)

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Un oncle (Robert Duvall) va remettre à son neveu (Thomas Haden Church) qu’il ne connaît guère une lettre de sa sœur décédée. Elle a déshérité son fils et lui explique pourquoi. Mais l’oncle ne l’entend pas de cette oreille et propose au cow-boy de convoyer des chevaux et de partager les bénéfices 75/25. En route, ils rencontrent une ordure (James Russo, immonde de la première à la dernière seconde) qui convoie cinq jeunes chinoises vierges (enfin… une ne l’est plus, le convoyeur a pris un petit bonus) vers leur lieu de prostitution. Une des chinoises a les pieds bandés. La rencontre ne se passe pas très bien (euphémisme), et les deux cow-boys se retrouvent avec les cinq chinoises sur les bras. Mais que vont-ils pouvoir faire de ses pauvres filles totalement perdues ?

The Broken trail est un téléfilm de trois heures. Clint Eastwood (ou Kevin Costner) aurait pu en faire un film de trois heures avec une image un poil plus léchée, sans changer le casting, qui est juste parfait. Avec, en tête de gondole, un Robert Duvall impérial, qui ne comprend rien aux femmes, et ne s’emmerde pas à essayer de connaître les prénoms de ses cinq protégées. Il les appellera Un, Deux, Trois, Quatre et Cinq. Pourquoi faire compliqué (chinois) quand on peut faire simple (cow boy) ? Greta Scacchi incarne une prostituée vieillissante avec une conviction rare. Et fait communiquer son besoin d’amour (véritable) avec une économie dans le jeu qui force l’admiration. Rusty Schwimmer est bluffante en mère maquerelle à poigne.

Le film est évidemment épouvantable dans son soucis permanent de réalisme. Le sort de ces filles noue le cœur. La conquête de l’Ouest s’est bien souvent faite sur le dos des femmes. Walter Hill ne s’est jamais montré aussi soucieux des minorités ethniques, sans doute porté par un scénario qui n’est pas le sien, signé Alan Geoffrion.

Au final, c’est un très très beau téléfilm, extrêmement dur, qui n’est pas sans évoquer le fabuleux Open Range et le marquant The Homesman.

 

 

Eye in the sky, Gavin Hood (2015)

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C’est l’histoire d’une opération conjointe des services secrets britanniques, de l’armée américaine et de la police kényane dans un quartier de Nairobi tenu par les islamistes shebabs. Un drone est posté dans le ciel et peut frapper à tout moment une maison dans laquelle des terroristes, dont une anglaise convertie à l’Islam, préparent un attentat à la veste piégée. Des hommes sont sur le terrain. Tout le monde est prêt. Mais un grain de sable grippe la machine : une petite fille vend ses pains à côté de la maison.

Eye in the sky est un drôle de film, avec un casting trois étoiles : Helen Mirren en colonel assoiffé de sang, Alan Rickman en officier militaire pragmatique (disons), Aaron Paul en pilote de drone basé au Nevada (ce qui semble idiot, les Américains ont des bases nettement plus près du Kenya). Ni totalement réussi ni totalement raté, Eye in the sky souffle le chaud et le froid. Le Kenya qui nous est montré est complètement à côté de la plaque, pour ne pas dire bidon, et ce n’est pas la présence d’un ou deux acteurs somaliens qui changent fondamentalement la donne. Nairobi (je connais bien) est une capitale d’altitude (1700 mètres en moyenne), très vallonnée, avec un downtown extrêmement moderne et des quartiers plus ou moins pauvres autour, qui vont de la banlieue résidentielle huppée au bidonville coupe-gorge. Passons. Eye in the sky est parfois trop théâtral, trop mécanique, trop fabriqué. Et enfin, ce film en rappelle deux autres de façon insistante, pour ne pas dire gênante : Point Limite de Sidney Lumet (1964) et Good Kill de Andrew Nicol (2014).

Tout n’est cependant pas à jeter, et le dilemme moral qu’implique la possible mort de cette petite fille qui vend du pain est plutôt bien vu. Qu’est-ce qui inacceptable et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Peut-on prendre le risque de tuer une enfant pour empêcher un attentat dont on ignore quel sera le nombre de victimes ?

Point de détail : si la technologie montrée dans ce film existe vraiment (il est heureusement permis d’en douter, pour encore quelques années), la sphère privée n’existe plus sur Terre, réduite à une illusion de plus.

Lenny, Bob Fosse (1974)

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Il s’appelait Leonard Alfred Schneider. On se souvient de lui sous le nom de Lenny Bruce. A l’écran, il est incarné par un Dustin Hoffman au sommet de son art : comique, tragique, touchant, pathétique, odieux, ordurier, infidèle. Lenny Bruce était un comique de one-man-show, un provocateur, un homme qui a osé tendre un miroir à une Amérique trop hypocrite. Avant de devenir célèbre, il a présenté des numéros de striptease, il a donné des représentations bouche-trou absolument minables, qui ne faisaient rire personne. D’une certaine façon, il est né avec dix ans d’avance. Il a devancé la révolution sexuelle. D’une façon certaine, il est mort au moins six ans trop tôt : il aurait blagué pendant des jours et des jours sur le scandale du Watergate. On l’a arrêté de nombreuses fois, jugé pour « obscénité » et il est mort encore jeune, se trompant de priorité, comme tant d’autres.

Lenny est un film de Bob Fosse (Cabaret, All that’s jazz) tourné en noir et blanc. Le montagne non linéaire, qui saute sans cesse d’une époque à une autre mais pour toujours se rapprocher davantage de la chute de Lenny Bruce, est un modèle du genre. L’interprétation est fabuleuse, on pense à Dustin Hoffman, mais on oublie la « déesse goy » Valerie Perrine, prix d’interprétation féminine à Cannes en 1975.

 Lenny est un grand film. Aussi touchant qu’intelligent. Il semble annoncer deux films de Milos Forman : Man on the moon (1999), Larry Flint (1996).

On peut l’acheter en coffret Blu-ray (chez Wild Side), l’objet contient un ouvrage fort instructif de Samuel Blumenfeld : Seul en scène.

Premier Contact, Denis Villeneuve (2016)

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Dans un futur proche, douze immenses vaisseaux aliens se matérialisent sur terre. Dont un au beau milieu du Montana. Le Colonel Weber (Forest Whitaker) engage la spécialiste du langage Louise Banks (Amy Adams) et le physicien Ian Donnelly (Jeremy Renner) pour dialoguer avec les extraterrestres et surtout savoir « pourquoi sont-ils venus ? ».

Voilà un Blu-Ray que j’ai pré-commandé et que je ne regarde qu’un an plus tard ou presque.  Sans doute parce que j’ai un rapport trop personnel non pas avec ce film mais avec le texte dont il est la libre adaptation. Je m’explique.

En avril 2006, alors que je dirigeais la collection Lunes d’encre aux éditions Denoël, j’ai publié le premier recueil (un second est à venir) d’un jeune prodige de la science-fiction américaine : Ted Chiang. L’homme qui écrit en moyenne moins d’une nouvelle par an (une quinzaine de nouvelles recensées depuis 1990). Ce recueil contient une des meilleures histoires de SF jamais écrites « L’Histoire de ta vie », où une linguiste raconte à sa fille unique son expérience de premier contact avec une race extraterrestre qui ne conçoit ni le langage ni le temps de la même façon que nous, Humains. Ce texte de Ted Chiang est un chef d’oeuvre d’intelligence, mais aussi de sensibilité, brillant et sur le fond et sur la forme.

Si on arrive à faire abstraction du texte qui en est à sa source, Premier contact est sans doute un bon film de SF, bien interprété, avec de bons effets spéciaux, atypique dans une production majoritairement boum-boum tac-attaque-attaque. Mais voilà, il m’a été impossible, de bout en bout, d’oublier la novella de Ted Chiang. J’ai détesté ce qu’ils ont enlevé (le personnage joué par Jeremy Renner est vidé de toute sa dimension spéculative ou presque), je n’ai pas aimé ce qu’ils ont rajouté (l’inévitable grammaire cinématographique du thriller – tous les films de science-fiction sont condamnés, par Hollywood, à devenir des thrillers).

Si vous n’avez pas lu le texte, lisez-le plutôt que de regarder le film.

Si vous avez vu le film et que vous l’avez aimé, surtout procurez-vous le texte, même si vous connaissez la fin. De toute façon, la fin est un concept trop humain.

 

Bad Blood, Jonathan Maberry / Tyler Crook

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J’ai découvert l’illustrateur Tyler Crook avec la très bonne (bien qu’inégale) série southern gothic Harrow County publiée par Glénat Comics. Un peu en manque, j’ai hésité entre BPRD, la série spin off de Hellboy dont Crook a dessiné plusieurs arcs (mais je suis loin d’avoir déjà tout Hellboy), et ce stand-alone, Bad Blood en cinq épisodes. J’avoue que la présence de Jonathan Maberry au scénario n’était pas pour me rassurer. Pour avoir lu quelques uns de ses thrillers en VO, je sais qu’il officie plutôt dans la grosse série B qui tache – pas forcément ce qu’il y a de plus raccord avec le dessin très typé de Crook.

Bad Blood raconte le destin tragique de deux personnages : Trick Croft qui souffre d’un cancer du sang et Lolly, strip-teaseuse junkie longtemps abusée par son père qui rêve d’être transformée en vampire par un vampire. Après avoir involontairement empoisonné un seigneur aux dents longues via sa chimio, Trick découvre le monde de ténèbres qui l’attend derrière de grands rideaux de velours rouge.

Bon le scénario n’est pas très fin (il n’est pas non plus mauvais), la fin est expédiée et l’ensemble laisse un certain goût de déception. Il y avait matière à faire un ou deux épisodes de plus, au moins un autour du personnage de Jonas Vale. Maberry ne fait pas grand chose de nouveau avec ses vampires (il survole leur histoire plus vieille que l’humanité) et son « twist de la mort qui tue » est tellement attendu qu’il ne surprend guère (et pour tout arranger, il ne tient pas vraiment la route). La narration de Tyler Crook n’est pas exempte de défauts, certains enchaînements de cases sont mal fichus. Rien de dramatique, mais ça accroche parfois un peu, comme une mauvaise traduction.

L’ensemble reste sympa, mais sans plus.