Dark, saison 1 (Netflix)

Widen. Allemagne de l’ouest.

En 1953, deux enfants morts sont retrouvés sur le site de la future centrale nucléaire de Widen. Leurs yeux sont terriblement brûlés, leur oreille interne est détruite.

1986, un enfant disparaît : Mads Nielsen.

2019, Mikkel Nielsen, le fils d’Ulrich Nielsen (frère de Mads) disparaît. Le père, qui est aussi policier, n’est pas prêt de lâcher l’affaire.

Il va vite se rendre compte que tous les 33 ans le malheur frappe à Widen.

Dark a la particularité d’être une série allemande qui rivalise sans mal avec les séries américaines du même genre, même si on sent que le budget est légèrement en retrait. un budget sans doute raisonnable qui n’empêche pas de belles créations comme la machine de l’horloger et des effets spéciaux (plus ou moins réussis), notamment dans le dernier épisode de la saison 1.

Si l’ensemble m’a semblé plein de défauts – il y a des paradoxes temporels que je n’arrive pas m’expliquer à la fin de la saison 1 (sauf à invoquer des mondes parallèles) ; les liens familiaux m’ont semblé parfois un peu durs à suivre entre les trois époques ; certaines réactions des personnages sont incompréhensibles et faute d’éclaircissement ressemblent plus à du tripatouillage scénaristique qu’autre chose -, je me suis néanmoins laissé prendre au jeu. Et je ne tarderai pas trop à visionner la saison 2, en ayant toutefois peur d’être déçu.

Il n’est peut-être pas judicieux de regarder cette série peu de temps après Tales of the loop ou même Watchmen avec qui, étrangement, elle partage pas mal de choses. A dire vrai, c’est sans doute ce qui m’a le plus gêné : on dirait du Damon Lindelof. Une sous-intrigue est à peine bouclée que trois autres, souvent incongrues, viennent de poper ça et là comme une génération spontanée de bruit généré pour masquer la progression hésitante du signal global. On connaît la méthode, on a vu The Leftovers et Lost ; on sait donc comme ça finit, dans un long cri de rage (nettement moins agréable qu’une chanson de Nena).

Par conséquent, on ne peut s’empêcher de penser que la saison 2 est – sur le plan scénaristique – à haut risque (il y a tellement d’énigmes à boucler (en 1953, en 1986, en 2019 et en ???? – je ne spoile pas) qu’il faudrait sans doute dresser un document excel exhaustif pour tenter de s’y retrouver -je suis sûr que quelqu’un l’a fait quelque part).

The Boys, Eric Kripke (Amazon)

Alors qu’il se trouve dans la rue à discuter avec sa petite amie, Hughie Campbell (Jack Quaid) est témoin de l’explosion d’icelle. Recouvert de sang et de débris humains, il met un certain temps à réaliser qu’elle a été heurtée de plein fouet par l’homme le plus rapide du monde, le super-héros A-train (Jessie T. Usher). A-train fait partie des Sept, avec The Deep (l’homme-poisson en VF, alors qu’il était super drôle de le nommer Le Profond), Princesse Maeve, l’énigmatique Black Noir, Translucide, Homelander et la nouvelle recrue Starlight (Stella en VF). Suite à ce décès, Hughie fait la rencontre d’un agent du FBI William Butcher (Karl Urban) qui étrangement possède un fort accent anglais. Hughie va vite comprendre que Butcher est en guerre contre les super-héros et notamment contre le plus puissant d’entre eux, Homelander (Anthony Starr, tour à tour hilarant et terrifiant, ce qui n’est pas le moindre des tours de force de cette série).

J’AI ADORÉ.

(Et j’ai presque envie d’en rester là au niveau des commentaires, tant la découverte de la série et de ses audaces fait partie du plaisir.)

The Boys est l’adaptation d’un comics de Garth Ennis et Darick Robertson que je n’ai jamais réussi à lire tant le dessin me rebutait. C’est une sorte de travail de démolition des super-héros comparable à celui que fut Watchmen (le comics d’Alan Moore) en son temps. Dans The Boys on retrouve le monde d’aujourd’hui : réseaux sociaux, marketing à outrance, hypocrisie et cynisme politiques, novlangue de communication, etc, plus des super-héros. Alors que la série est volontairement trash (du sang et du cul à presque tous les étages), elle est aussi étonnamment profonde avec des personnages complexes, des scènes extrêmement fortes sur le plan moral, comme le discours de Stella/Starlight ou la scène de la prise d’otages dans l’avion.

Les acteurs sont globalement au top, notamment Karl Urban et Anthony Starr. Ceux qui ont les rôles les plus ingrats sont pas mal non plus comme The Deep (Chace Crawford). Évidemment comme il y a plein de personnages, on est très vite tenté d’avoir ses préférés ; celui de Princesse Maeve, souvent « dessiné en creux », est attachant.

La série est très plaisante, avec d’improbables moments de montagnes russes où l’on passe de l’hilarité à l’inquiétude, sans transition d’une scène à l’autre. Arrivé au dernier épisode qui est particulièrement réussi, on n’a qu’une envie : enfiler sa cape, ses gants et foncer tête la première dans la saison 2.

(Il y a quelque chose de profondément ironique à ce que ce soit « le grand méchant » Amazon qui produise et diffuse cette série.)

The Head, Alex & David Pastor (2020)

🐧

Antarctique, de nos jours.

Une équipe scientifique dirigée par Arthur Wilde (John Lynch) est sur le point de mettre au point une bactérie qui dissout le C02 133 fois plus vite que la photosynthèse. Cette découverte pourrait sauver des millions de vies. A la fin de l’été austral, la base Polaris VI se vide de la plupart de ses occupants et ne reste alors qu’une dizaine de personnes : Arthur, évidemment ; Anicka et Aki (ses assistants) ; Erik le commandant ; Maggie, la trop jeune toubib, dont c’est la première mission en antarctique. Et tout le personnel qui fait tourner les communications, la cantine, les engins, les machines nécessaires à la survie.

Trois semaines avant la fin de l’hivernage, un SOS est envoyé. Sept personnes sont mortes, assassinées, deux ont survécu, une a disparu.

The Head est une série plutôt prenante : j’ai avalé ses six épisodes en trois soirées, sans forcer. On s’amuse bien à chercher les petits clins d’œil à The Thing (mais là c’est plus un clin d’œil, mais un hommage filé en permanence), à The Shining et à Alien, m’a-t-il semblé, pour une scène bien précise. The Head est aussi un colosse aux pieds d’argile. Une fois que le rideau tombe, que toutes les explications arrivent (dans l’épisode 6), l’édifice a beaucoup de mal à tenir debout, d’autant plus qu’il a branlé à de nombreuses reprises. Ce qui m’a le plus gêné (et c’est sans doute trop subjectif pour être réellement signifiant), c’est l’incapacité récurrente (mais pas constante) de l’équipe de tournage à faire croire que cette histoire se passe en Antarctique. On ne ressent pas le froid, on n’est assez peu mis au courant des dangers qu’il représente, il y a toute une dimension matérielle / équipements qui peine à convaincre, foule de détails qui tuent la suspension d’incrédulité. Paradoxalement la scène où l’on ressent le plus le froid qui accable les personnages est une scène d’intérieur. La suspension d’incrédulité est beaucoup mise à l’épreuve, notamment via tout ce qui concerne la tragédie Polaris V (je ne spoile pas). Et puis, il y a une impossibilité factuelle ou disons managériale (je ne spoile pas) qui empêche purement et simplement l’histoire d’être crédible.

Malgré cela, il est tout à fait possible de se laisser emporter par le long tour de magie que représente The Head et de profiter de la ballade au pays des manchots.

Par contre, si vous aimez réfléchir aux tenants et aboutissant de l’ensemble et décortiquer les détails, vous risquez de hurler (de douleur) à plusieurs reprises.

Mise à mort du cerf sacré – Yorgos Lanthimos (2017)

Un chirurgien qui n’a pas bu une goutte d’alcool depuis trois ans (Colin Farrell, impressionnant) présente un jeune homme, Martin (Barry Keoghan, glaçant) à sa famille. Au début on ne comprend pas le lien qui les unit et ce qu’on imagine de prime abord est très éloigné de la vérité. Puis, peu à peu, les mensonges se diluent et tout s’éclaire. Le père du jeune homme est mort sur la table d’opération du chirurgien. Et justice n’a pas été rendue. Alors Martin va exiger l’impensable et va montrer qu’il a le pouvoir (surnaturel) d’arriver à ses fins.

Mise à mort du cerf sacré est un film impressionnant. Techniquement d’abord. La prise de vue, le cadrage, la façon de filmer Cincinnati, les décors ; sur le plan esthétique tout est très réussi. Il y a un sens du décalage très fort, notamment dans les dialogues très bons (« un chirurgien ne tue jamais un patient, c’est toujours de la faute de l’anesthésiste » ; « un anesthésiste ne tue jamais un patient, c’est toujours de la faute du chirurgien »). Les acteurs et actrices sont souvent à contre-emploi et ma foi il y a de quoi rester sur le cul.

Néanmoins le film souffre à mon sens de deux tares : aussi décalé soit-il (ou justement à cause de ce décalage qui ferait office d’anti-camouflage), il en rappelle beaucoup d’autres comme La Grande menace de Jack Gold (le titre VO est tellement meilleur : The Medusa touch), Funny games de Michael Haneke, We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay et Théorème de Pier Paolo Pasolini. Il y a quelque chose de très hitchockien dans la structure qui m’a fait parfois penser à un hommage trop forcé. Mais surtout, c’est très long. Deux heures pour raconter une histoire, simplissime, qui tenait sans problème en une heure et vingt minutes, ça devient très vite lancinant et pénible. Ce manque de rythme allié à toute cette démonstration technique « regardez comme je filme bien, comme j’ai le sens du cadrage et des dialogues décalés » transforme l’objet en exercice de style un peu vain, il lui retire un côté réaliste qui pouvait augmenter son impact émotionnel. Mise à mort du cerf sacré est perturbant, évidemment, on n’en attendait pas moins de Lanthimos, mais il est éprouvant aussi, par manque de rythme, dans sa dilution volontaire de l’information. Pour Sergio Leone, le cinéma allait trop vite et il fallait le ralentir ; Lanthimos a tiré trop fort sur le frein.

Mise à mort du cerf sacré est un film d’horreur très cérébral qui joue sur une notion particulièrement douloureuse : l’inéluctabilité (le mot préféré des dyslexiques). Il aurait pu être nettement plus percutant.

Un homme nommé cheval, Elliot Silverstein (1970)

(Cheval face à Yellow Hand)

Etats-Unis.
1825.
Un riche héritier anglais, John Morgan (Richard Harris), chasse sur les terres sauvages à l’ouest de Saint-Louis. Pendant qu’il se lave dans une rivière, son campement est attaqué par des Sioux. Nu comme un ver, il est fait prisonnier par le chef Yellow Hand qui l’appelle Cheval tant il est laid à ses yeux. Peu à peu, John trouve sa place dans le village indien et finit par demander en mariage la sœur du chef, Running Dear.

La première fois que j’ai vu ce film (librement adapté d’une nouvelle de Dorothy M. Johnson), j’étais enfant. Il m’avait fait forte impression. Il y a évidemment les vingt première minutes où Richard Harris, entièrement nu, est roué de coups, traîné derrière un cheval, attaché à un poteau, surveillé par les chiens de garde du village indien et une vieille femme au caractère bien trempée (Judith Anderson !) En 1970, c’était révolutionnaire de montrer tel destin à l’écran : un homme blanc réduit en esclavage par des Indiens. Et puis, arrive la scène dont tout le monde a entendu parler au moins une fois dans sa vie : la Danse du soleil. Richard Harris est incisé au niveau de la poitrine avant d’être suspendu au centre de la tente des esprits. Cette scène a éclipsé la seconde partie du film, tragique, particulièrement cruelle, qui rappelle Soldat Bleu de Ralph Nelson, sorti la même année.

Le temps a passé et je m’aperçois qu’Un homme nommé cheval a aujourd’hui tendance à m’agacer : des acteurs étrangers (un acteur fidjien pour Yellow Hand, une actrice grecque pour Running Deer) jouent les Indiens ; certaines scènes sonnent faux, notamment quand il est question de pigments. La scène de suspension est un peu trop christique / hollywoodienne pour être honnête, etc. Cela dit, il faut avoir une certaine indulgence, et se souvenir qu’en 1970 faire un film de ce genre était une révolution, et que les producteurs avaient fait de vraies recherches sur les Sioux et La Danse du soleil, un effort assez rare. John Ford avait ouvert la voie en 1964 avec son chef d’œuvre : Les Cheyennes. Entretemps les connaissances anthropologiques ont progressé et on en sait plus aujourd’hui sur ces sujets qu’il y a cinquante ans. Les habitudes hollywoodiennes aussi ont changé.

Malgré une vraie volonté de filmer la nature, le passage des saisons, la migration des oies, volonté qui évoque parfois le cinéma de Terrence Malick, Elliot Silverstein échoue en partie à montrer la place qu’occupe l’homme dans cette nature sauvage, contrairement au Sydney Pollack de Jeremiah Johnson, un film nettement plus profond, proche parfois de l’abstraction, tourné à peine deux ans plus tard et qui marquera une autre révolution à Hollywood. Comparé à Jeremiah Johnson, Un homme nommé cheval reste très/trop démonstratif et souffre d’approximations techniques (les plans de coupe, sur les zoziaux et les cascades en dégel s’intègrent mal dans le flot du film).

Malgré toutes ces réserves, Un homme nommé cheval reste un film tout à fait regardable, surprenant de cruauté et de brutalité (il existe plusieurs montages, plus ou moins censurés).

Love, Death & Robots

(Il y a des moments dans la vie où regarder un film c’est compliqué, démarrer une série (Watchmen) c’est compliqué, etc. Alors Love, Death & Robots offre la chouette opportunité de regarder chaque soir deux ou trois histoires complètes avant d’aller au lit).

C’est une anthologie de 18 courts métrages de science-fiction. Comme le veut la loi de Rod Serling (ne cherchez pas, je viens de l’inventer), tout n’est évidemment pas du même niveau.

1/ Sonnie’s edge. Des combats de robots géants, une rivalité, un secret. D’après une nouvelle de Peter F. Hamilton. Sympa, brutal, avec un twist assez mémorable.

2/ Three robots. Le parcours de trois robots après l’extinction de l’humanité. D’après une nouvelle de John Scalzi qui plagie (volontairement ou involontairement) la nouvelle d’Howard Waldrop « Heirs of the perisphere ». Cela dit, c’est excellent.

3/ The Witness. Une histoire à la Philip K. Dick qui m’a laissé complètement de marbre.

4/ Suits. Des extraterrestre belliqueux, des exosquelettes, un retournement de paradigme. Moais. Bof.

5/ Sucker of souls. Sans intérêt.

6/ When the yogurt took over. Bon je l’ai vu, c’est sûr, mais je n’en ai aucun souvenir. Ça doit être un chef d’œuvre. Je vois que ça…

7/ Beyond the Aquila Rift, d’après Alastair Reynolds. Comme j’avais lu la nouvelle, forcément, ça perd en impact, reste que c’est de loin un des meilleurs épisodes.

8/ Good Hunting, d’après Ken Liu. Ben, je suis bien embêté. C’est une des meilleures du lot, assurément, mais le format de 16 minutes m’a semblé peu adapté pour cette histoire qui a une ampleur proche de celle de Princesse Mononoke.

9/ The Dump. Une des deux histoires inspirées de nouvelles de Joe Lansdale. J’ai adoré. Très peu d’ambition, mais un humour tordu qui fait plaisir à voir.

10/ Shape-shifters, une des deux histoires inspirées de nouvelles de Marko Kloos. Bon, c’est pas sa faute, mais Marko Kloos c’est un peu tout ce que je déteste en science-fiction condensé en un seul auteur. Détesté.

11/ Helping Hand. Frappée par un débris, une femme perdue dans l’espace s’éloigne de sa base inéluctablement. Il lui reste qu’une solution pour s’en tirer… Pour un lecteur de SF, celle-là ne surprend pas. C’est pas mauvais, mais ça manque cruellement d’originalité et d’ambition.

12/ Fish Night, seconde histoire inspirée de Joe Lansdale. Simple, une fois de plus, mais très chouette.

13/ Lucky 13. Marko Kloos is back. Je suis allé au bout (parce que c’est court). Aucun intérêt.

14/ Zima Blue, d’après une nouvelle d’Alastair Reynolds. J’avais beaucoup aimé la nouvelle, je pense que le court-métrage n’a pas marché sur moi précisément pour cette raison.

15/ Blind Spot. Boum boum. Tac-à-tac-attaque. Mauvais comme tout.

16/ Ice age. Un jeune couple découvre un mammouth dans un glaçon, puis un monde miniature dans le frigo de leur nouvel appartement. D’après une nouvelle de Michael Swanwick. Excellent. Assurément sur le podium.

17/ Alternate histories. Une histoire d’histoires divergentes à base de morts d’Adolf Hitler. Bon, c’est sans doute bien, mais les histoires avec Hitler, ça me fatigue.

18/ The Secret War. Une histoire d’Hellboy sans Hellboy. Ou une réécriture des 300 spartiates en Sibérie. This is Siberia ! Comment faire de l’épique en 16 minutes, non sans glisser en loucedé une critique de l’ère Poutine/l’ère Staline assez succulente.

Hardcore, Paul Schrader (1979)

Jake VanDorn, un entrepreneur de Grand Rapids, Michigan (George C. Scott), voit sa vie bouleversée quand sa fille disparaît lors d’un voyage « religieux » en Californie. C’est un homme pieu, un homme qui vote sans doute républicain, un homme qui a une solide idée de ce qui est bien et de ce qui est mal. Il engage un détective privé (Peter Boyle, fabuleux) et celui-ci, après des mois d’enquête vient lui montrer un court film 8mm. « Oh my god, that’s my daughter ». Un de ces nouveaux films X qui changent sans cesse de titre, qui autrefois se vendaient sous le manteau et maintenant se trouvent en bacs dans les sex-shops de Los Angeles. Pour retrouver sa fille, Jake va plonger dans le monde de la pornographie californienne, rencontrer un producteur qui lui explique avoir gagné des millions de dollars avec son dernier film, etc.

Quand la plupart des gens regardent 8mm, ils ne se doutent probablement pas que le film de Joel Schumacher doit beaucoup à celui de Paul Schrader. Grâce à son mélange de simplicité (un père cherche sa fille dans l’industrie pornographique de la fin des années 70) et de complexité (le bien, le mal, la tentation, la religion, les limites à ne pas franchir), Hardcore atteint très vite un statut de classique que 8mm (plus frontal, moins fin, en un mot plus pop) n’aura jamais.

Hardcore est un film puissant, qui marque durablement. L’interprétation impeccable de George C. Scott y est pour beaucoup. Jake est probablement un « connard », un loser (largué par sa femme), mais c’est avant tout un père, et ça il ne peut pas se permettre de le perdre. Par petites touches, sans jamais forcer le trait, Hardcore dit beaucoup du calvaire de toutes ces jeunes femmes qui ont rêvé d’Hollywood et n’en verront que les trottoirs, les live nude shows et les hôtels borgnes.

(Film visionné en blu-ray. Edition Power House, toutes zones, avec sous-titres anglais pour sourds et malentendants. L’image, restaurée d’après le négatif original, est assez décevante, fourmille et manque de contraste. Le son est en mono d’origine. On est évidemment très loin des standards de production actuels. Mais bon c’est du cinéma, pas du spectacle 😉 )

Ghost of Tsushima (Jeu vidéo)

Japon. 1274.

Les Mongoles, ces ignobles et infâmes buveurs de lait de jument fermenté, ont envahi ma belle île de Tsushima et, après notre défaite sur la plage de Komoda, ont emprisonné mon oncle Shimura. Enfant, j’ai appris la voie du sabre, j’ai appris à honorer mes ennemis, mais ayant tout perdu à Komoda, j’ai décidé de changer de voie : je crache sur les Mongoles. Je les tuerai au sabre, bien sûr, mais aussi au wakizashi, par derrière, comme un vil assassin, avec mes flèches explosives et mes fléchettes empoisonnées. La mort tombera du ciel, des toits, sous forme de flèches lourdes ou de bombes à la poudre noire. Je les brûlerai et j’achèverai même les fuyards. Je n’aurai aucune pitié et on finira par me surnommer le Fantôme.

Cela dit, même si tuer du Mongole par brochettes de trente est chouette, surtout quand il fait 40° dehors, il faut aussi savoir se relaxer. Le matin j’aime bien pister le renard sous le soleil levant. A midi, juste avant mes sushis, je compose en haiku sur le plaisir d’égorger un ennemi déjà à terre. En fin de journée, je gravis une montagne, j’écoute un musicien, ou je suis un oiseau doré vers un trésor ancien et oublié. En ville, je ne peux pas m’empêcher de me promener sur les toits, de voler des provisions et de grimper au sommet des pagodes avec mon grappin (forgé par le frère de mon acolyte Yuna). Et puis il y a les bains revigorants, sous les érables rouges avec la guerre comme horizon (parfois une patrouille passe de loin en loin alors que je me décrasse les doigts de pied).

Et quand vient la nuit, je redeviens le Fantôme.

(Ghost of Tsushima est un jeu vidéo développé par Sucker Punch et édité par Sony. Ce n’est ni un jeu vidéo historique, on nage dans le n’importe quoi niveau armures, sabres, etc, ni un jeu de fantasy – pas de magie, un peu de réalisme magique sous forme d’animaux qui vous guident de temps à autre. L’ensemble est super chouette et il y a même un mode Akira Kurosawa qui permet de jouer en N&B. Seul reproche, c’est extrêmement sérieux et il n’y aucun moyen de culbuter une paysanne consentante ou la trappeuse qui vient de vous griller un écureuil. Géralt de Riv’ qui s’est forgé d’autres habitudes, serait très déçu de son séjour à Tsushima.

Ghost of Tsushima est aussi le seul jeu vidéo à ma connaissance qui rend un hommage (involontaire ?) à La Ballade de Narayama de Shoei Imamura.)

Bless me ultima, Carl Franklin (2012)

1944. Nouveau-Mexique.

Une famille de fermiers accueille chez elle Ultima (Miriam Colon, vue en maman de Tony Montana dans le Scarface de De Palma). Ultima se dit guérisseuse. Certains villageois la traitent de sorcière et en ont peur, jusqu’à ce qu’ils aient besoin de son savoir. Elle vient dans ce foyer pour y mourir, une idée qui inquiète et fascine le plus jeune enfant de la famille, Antonio. Bientôt, entre la vieille guérisseuse et l’enfant une relation très forte se noue.

Une sorcière, un enfant et un hibou, tout de suite on pense à Harry Potter, difficile d’y échapper, mais rien à voir. Carl Franklin filme autre chose : les chicanos pendant la Seconde guerre mondiale, il filme la violence des superstitions, le pouvoir de l’Église, la magie toujours vive d’un monde ancien qui pourtant se meurt. Bless me, ultima n’est pas un film familial, il commence avec la mort violente d’un soldat démobilisé et se poursuit avec d’autres morts violentes. Revenus de la guerre, les frères d’Antonio dépensent leur argent au bordel et tout cela est tout à fait clair pour Antonio, enfant surdoué, curieux et philosophe à sa manière (son questionnement sur Dieu, la vie, la mort est permanent).

En adaptant le best-seller de Rudolfo Anaya, Carl Franklin propose un film à la fois très dur et très doux, beau mais déconcertant, car complètement déconnecté de ce que propose d’habitude Hollywood. D’une certaine façon, malgré ses paysages arides typiques, Bless me, Ultima est très « européen » et évoque Le Temps des gitans d’Emir Kusturica, c’est cependant moins fort car moins ambitieux. Le film navigue entre fantastique et réalisme magique, entre deux mondes : l’avant-Guerre et l’après-Guerre, entre religion et sorcellerie. Cet empilement de thèmes (sans doute présents dans le roman que je n’ai pas lu) lui nuit un peu, mais bon, ça reste quand même un film à voir, le dernier en date de Carl Franklin qui, depuis 2012, réalise des épisodes de série télé (Mindhunters, The Leftovers, Chance…)

Ce qu’on peut regretter, car c’est un réalisateur qui a fait de sacrés bons films : Le Diable en robe bleue et Un faux mouvement, par exemple.

Sharp objects, série TV d’après le premier roman de Gillian Flynn (2018)

Camille Preaker (Amy Adams) est journaliste. Elle a un lourd passé : elle a perdu sa jeune sœur, a été victime de violences sexuelles, a commencé à se taillader de partout, a été internée, a été témoin du désespoir absolu. De tout ça, elle n’est pas totalement sortie. Elle vit à Kansas City, où elle avance tant bien que mal dans sa carrière, quand son rédacteur en chef lui propose de retourner à Wind Gap, le patelin de son enfance, où deux adolescentes viennent d’être assassinées de façon effroyable.
Retourner à Wind Gap, c’est renouer avec sa mère, Adora (Patricia Clarkson, prodigieuse), et rencontrer sa demi-soeur adolescente, Amma. C’est retourner la boue du passé et patauger dans celle du présent, sans oublier la merde de porc, charmante bestiole qu’Adora élève de façon intensive.

Camille est brisée, Camille est alcoolique. Camille est incapable de se laisser aller dans les bras d’un homme. Mais elle va vite devenir obsédée par son enquête et la recherche de la vérité.

Sharp Objects est une série très réussie, très glauque certes, mais très réussie et qui comporte un lot de scènes à la limite du supportable. C’est une série incroyablement cruelle (toutes les scènes de sexe, ou presque, font mal au cœur tant elles sont sordides), une série qui s’attaque aux femmes sur tous les fronts, leurs rêves, leurs désirs, leurs faiblesses ; jamais un homme n’aurait pu écrire un tel brûlot, surtout de nos jours. Mais comme c’est écrit par une femme, Gillian Flynn, et qu’on sent qu’elle a mis beaucoup d’elle-même dans cette histoire : chapeau bas. Tous les acteurs sont excellents, Amy Adams évidemment, qui prend le risque de s’enlaidir et de se montrer sous un jour peu favorable. Mais aussi tous les enfants et adolescents, ce qui m’a particulièrement frappé, tant le jeu d’acteur des enfants est souvent décevant (Harry Potter, Stranger Things).

Pourtant dénué de rythme véritable, Sharp objects avance comme un bulldozer et écrase tout sur son passge. La fin est particulièrement réussie, trouvé-je.