Upgrade, Leigh Whannell (2018)

upgrade

 

Futur proche.

Grey Trace répare des vieilles voitures. Un jour, il propose à sa femme de ramener une de ses voitures à son propriétaire. La surprise est totale pour Asha : elle se retrouve en face d’Eron Keen, inventeur génial qui travaille comme elle dans le domaine des implants intelligents/connectés. Sur le chemin du retour, la voiture connectée d’Asha est déroutée dans un quartier mal famée où le couple a un terrible accident. La jeune femme est assassinée devant les yeux de son mari. Lui est laissé tétraplégique par une blessure à la nuque.

Quelques jours après l’agression, Eron Keen propose à Grey une opération qui n’a jamais été tentée, une opération totalement illégale, mais qui pourrait lui rendre ses bras et ses jambes. Bien décidé à retrouver les assassins de sa femme, Grey accepte. Eron lui greffe alors une puce intelligente dans la nuque.

L’heure de la vengeance a sonné.

Upgrade est une série B australienne, dans tout ce qu’une série B peut avoir de plus noble : sincérité, maladresses scénaristiques, fautes de goûts, refus des standards scénaristiques hollywoodiens, envie de donner du plaisir brut aux spectateurs. J’ai beaucoup aimé ce petit film, même si, me semble-t-il, il était totalement inutile de faire du méchant un clone d’Adolf Hitler, même si l’inévitable twist n’en est pas un, tant on a compris dès le début de quoi il était question et où le film allait nous mener. Il y a une vraie belle faille scénaristique qui s’ouvre sur la fin. Elle était facile à combler ; le scénariste et réalisateur Leigh Whannell n’a pas jugé nécessaire de le faire. Son ambition semble ailleurs : produire une science-fiction éloignée des standards hollywoodiens, très nostalgique trouvé-je de la science-fiction fauchée des années soixante-dix. Upgrade est très chouette. Malgré tous ses défauts, vous pouvez lui donner une chance.

C’est arrivé entre midi et trois heures, Frank D. Gilroy (1976)

C_est_arrive_entre_midi_et_trois_heures

//

Un gangster, Graham Dorsey (Charles Bronson), fait un rêve prémonitoire juste avant l’attaque d’une banque. A la première occasion, il fausse compagnie aux autres membres de son gang. Cette première occasion est… une veuve, Amanda Starbuck (Jill Ireland, Mme Bronson à la vie), qui possède une incroyable maison au beau milieu du désert. Entre midi et trois heures, donc, ils vont faire l’amour trois fois, danser, s’habiller comme pour un gala, se baigner dans une crique paradisiaque et dévorer un poulet grillé (cuisson : 75 minutes, pour ceux qui l’ignoreraient). Quelle santé !

C’est arrivé entre midi et trois heures de Frank D. Gilroy (réalisateur et auteur du roman) est tout autant un western que John McCabe de Robert Altman, c’est dire à quel point ce n’en est pas un. Charles Bronson joue un gangster ordinaire, un peu pleutre, qui va être complètement dépassé par ce qui lui arrive : une histoire d’amour. Pour le moins à contre-emploi (il a tourné Un justicier dans la ville deux ans plus tôt), Charles Bronson casse son image de macho indestructible et fait des merveilles. Jill Ireland (qui joue avec lui, ici, pour la treizième fois) n’est pas en reste.

Si le film s’apparente à une comédie, il est étonnamment amer.

C’est fort probablement le premier western où il est ouvertement question de problèmes d’érection (en tout cas, je n’en vois pas d’autre).

//

 

The Darkness, Greg McLean (2016)

the darkness poster

//

Deux couples vont camper dans le Canyon de Chelly, sur les anciennes terres des Anasazis. L’un des enfants, Michael Taylor (qui est par ailleurs autiste) tombe dans une crevasse et récupère cinq pierres magiques, libérant des forces qui n’avaient pas arpenté la terre depuis plusieurs siècles : celle du loup, du serpent, du bison, du coyote et du corbeau.

Il y a tout les bons ingrédients dans The Darkness : les mythes Amérindiens, le mystère qui entoure la fin de la civilisation anasazi (ou du moins la désertion de leurs cités), un couple (Kevin Bacon et Radha Mitchell) qui ont des problèmes de couple : la parentalité, l’infidélité du mari, la perte de désir, l’anorexie de l’aînée, l’autisme du cadet. Il y a tout et, paradoxalement, Greg Mclean n’en fait pas grand chose. Il copie (involontairement, supposera-t-on) tout un pan du Poltergeist de Tobe Hooper.

The Darkness ronronne, il devient vite ennuyeux et ce qu’il y a de plus intéressant tourne autour des relations entre les personnages : relations de travail, relations de couple, etc (on notera d’ailleurs un beau portrait de mari complètement odieux). Toute la dimension surnaturelle (et spirituelle) du film est bâclée par le réalisateur, les contradictions s’accumulent pour laisser place au sensationnel. Et malgré de très bonnes scènes et deux trois trouvailles graphiques assez bluffante, la mayonnaise ne prend jamais. Les Anasazis (et leurs croyances) méritaient mieux.

 

Les prédateurs, Tony Scott (1983)

lesprédateurs

//

Miriam (Catherine Deneuve) et John (David Bowie) s’aiment depuis longtemps, très longtemps. Ce sont des vampires. Et c’est Miriam qui a fait de John le vampire qu’il est. Il sont unis par l’amour, la musique (lui au violoncelle, elle au piano) et le meurtre. Car il faut bien nourrir leur appétit pour le sang humain.
Un jour, John se met subitement à vieillir. Comme il ne comprend pas ce qui lui arrive, il s’adresse à une spécialiste du vieillissement, Sarah Roberts (Susan Sarandon). Mais Sarah ne s’intéresse pas à lui, et quand elle commence à comprendre qu’il y a peut-être quelque chose à creuser dans le cas de John, il est trop tard. En tous cas pour John…

Les Prédateurs, tiré du roman de Whitley « je me suis fait kidnapper et sodomiser par les extraterrestres » Strieber est le premier long métrage de Tony Scott, juste avant Top Gun, qu’il réalisera en 1986. C’est un film qui accumule les défauts, notamment des scènes érotiques inspirées de David Hamilton, assez clipesques, qui tangentent le ridicule (ou y sombrent carrément, question de goût). Néanmoins, ça reste un assez chouette film de vampires, au dénouement assez surprenant. Si Catherine Deneuve requiert à des doubles pour toutes les scènes érotiques, il n’en est rien de Susan Sarandon qui, comme on dit dans ces cas-là, donne de sa personne.

Un classique qui s’ouvre sur Bela Lugosi’s Dead de Bauhaus que, malheureusement, Tony Scott finit par saccager (pour en effet de mise en scène / montage tout sauf convaincant).

NB : Pour la première fois de sa carrière, Tony Scott utilisait The Flower duet (Lakmé) de Léo Delibes. Il réutilisera ce morceau dans True Romance, durant le face à face de légende (sur les Siciliens) qui oppose Dennis Hopper à Christopher Walken.

Polar, Jonas Åkerlund (2018)

Polar-NEtflix

//

Duncan Vizla est un tueur professionnel. Du genre à être payé un million de dollars par contrat. Il travaille pour Damoclès, une entreprise criminelle qui lui doit pas loin de huit millions de dollars de pension. Pour Duncan, l’heure de la retraite a sonné. Il a cinquante ans et chez Damoclès on part à la retraite à cinquante ans. C’est comme ça et la CGT n’a pas son mot à dire, pas plus que le MEDEF. Alors qu’il ne lui reste plus que quinze jours à tirer avant sa retraite effective, on lui demande de régler un dernier problème de cent trente kilos, viagra non compris : un tueur mexicain du nom de Pedro, qui a eu le bon goût de se planquer en Biélorussie. Avec l’aide d’une pute locale et de son gamin de huit ans environ, Duncan honore son contrat et s’aperçoit alors qu’il a été piégé.

Jonas Åkerlund est un réalisateur capable du pire et du encore plus pire que pire. C’est pas donné à tout le monde. Sa marque de fabrique : le mauvais goût totalement assumé. Du genre à filmer Johnny Knoxville avec une érection de vingt-trois centimètres, des filles réduites à leur popotin savamment écarté par la ficelle d’un string fluo ou à leur poitrine généreuse en pleine acrobatie aérienne. Outres les culs bombés et les nichons parfum quarante mégatonnes, il aime filmer le sang qui remonte dans l’aiguille juste avant un fix, les plaies ouvertes, les giclures de sang, les gens au crâne éclaté ou à l’œil arraché à la cuillère à pamplemousse. Généralement il filme ça – über-cool – comme un clip de gangsta rap faisant l’éloge du corps féminin ou une vidéo de Ramnstein sur l’éducation des petites filles. Blood, brains and boobs. On est très loin de Peter Greenaway ou de Stanley Kubrick. Même en étudiant sa filmo à la loupe ou à l’endoscope, il est vraiment très difficile de trouver un bon film. Jonas aime le poisseux, le visqueux et le répugnant ; ce qui peut vite devenir épuisant dans le cadre d’un long-métrage.

Mais bon, Jonas n’est pas infaillible, nul ne l’est à part mon maître à penser Laurent Wauquiez, et donner le rôle de Duncan Vizla à Mads Mikkelsen semble être, pour le moins, la meilleure idée de sa carrière (celle d’Åkerlund, pas celle de Wauquiez). Au programme : Duncan tue, Duncan bois, Duncan va aux putes, Duncan morfle, Duncan baise, Duncan loue un film, Duncan fait une bonne action, Duncan essaye de devenir humain, Duncan se fait trahir, Duncan morfle comme jamais, Duncan tue tout le monde. En résumé, Mads nous fait toute la palette, la totale. Avec le super bonus. La cerise sur le gâteau. Le cocktail au litchi en entrée et la gnôle avec la Viêt à poil fond du godet en digestif. Il y a plein de morts qui clignotent façon guirlande de bordel. C’est joli comme une ligne de coke sur le cul d’une black.

J’ai bien aimé. Ouais, vraiment. C’est un peu comme Sabotage de David Ayer : on sent que c’est foncièrement, irrémédiablement mauvais et en même temps c’est plutôt cool, ça glisse tout seul comme une bonne bière ambrée bien glacée.

Si vos enfants ont plus de dix-sept ans, n’hésitez pas à le regarder en famille, ils vont apprendre des trucs ; ça les changera de Squeezie et de La Casa de papel.

Solitaire / Eaux troubles, Greg McLean (2007)

solitaire700wide

//

Un journaliste spécialiste en voyages (Michael Vartan, impeccable) se rend dans les territoires du nord de l’Australie pour faire une croisière d’observation des crocodiles. Son voyage se passe plutôt mal, on a perdu ses bagages, il y a la chaleur, les mouches et les autochtones ne sont pas forcément accueillants. Mais bon, courage, on va y arriver, il monte avec d’autres touristes à bord de la Suzanne, pilotée par la charmante Kate Ryan (Radha Mitchell, elle aussi impeccable). Évidemment, tout tourne à la catastrophe quand un crocodile de taille exceptionnelle, aux exigences territoriales marquées, endommage le bateau.

On doit la réalisation de Solitaire à Greg McLean,  le réalisateur plutôt doué de Wolf Creek 1&2, Jungle, The Darkness… J’ai beaucoup aimé le premier Wolf Creek et surtout Jungle.

Solitaire est une série B de luxe, avec des paysages magnifiques, des personnages un peu caricaturaux, une ou deux facilités scénaristiques, comme quand Sam Worthington accroche la corde à un arbre mort, alors qu’il y a plein d’arbres tout à fait en bonne santé à proximité. Et en même temps, c’est vraiment un film prenant avec plein de rebondissements et une scène de tension, incroyable, sur la fin. Les effets spéciaux sont exceptionnels. A aucun moment on n’a l’impression que le crocodile est en images de synthèse ou en caoutchouc pourri.

Si vous voulez une petite série B d’horreur, un tantinet poisseuse, ce film est parfait.

 

 

Incident au Loch Ness, Zak Penn (2003)

Incident_au_Loch_Ness

//

Werner Herzog, le légendaire réalisateur d’Aguirre, la colère de dieu, Fitzcarraldo et tant d’autres chefs d’œuvre du 7e art, s’apprête à tourner son nouveau film en Écosse : un documentaire sur le monstre du Loch Ness. Il ne cherche pas tant le monstre, mais plutôt à filmer son impact sur la population locale, les touristes, les cryptozoologistes obsessionnels & co (ce qui donne lieu à de vraies réflexions philosophiques sur l’importance et le rôle des mythes / créatures mythiques). Herzog, qui produit d’habitude ses films, s’est pour l’occasion associé au producteur & scénariste Zak Penn, connu à Hollywood pour ses scénarios de films d’action ou de super-héros (Last action hero, X-Men 2, Ready Player One, etc). Un super preneur de son et un super-top directeur de la photographie sont engagés et embarquent pour Inverness. Dans le même temps, Werner Herzog est suivi par une équipe de documentaire qui prépare un film sur sa carrière. Il y a donc un documentaire en tournage sur le tournage du documentaire. Donc des gens en train de filmer la réalité de gens en train de filmer les impacts concrets d’un mythe.

Tout le monde suit ?

Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.

Ce documentaire qui résout de façon définitive le mystère du Loch Ness est excellent de bout en bout. C’est grosso modo le vrai et cruel film documentaire d’un documentaire trafiqué par un producteur dont la culture générale semble s’arrêter au A de Avengers et ignore les vingt-cinq autres lettres de l’alphabet. La scène où la spécialiste sonar, Kitana Baker, plonge dans le Loch Ness glacé en micro-bikini Stars&stripes est presque le moment le plus normale du film. Il faut dire qu’elle a des flotteurs naturels 95D tout à fait indiqués pour l’exercice (et d’autres, à bien y réfléchir). On voit bien que la sécurité a primé sur le reste au moment de son embauche. C’est rassurant.

Franchement tout est délectable dans ce spectacle : la sidération d’Herzog, les problèmes techniques, les réflexions philosophiques, la présence de Jeff Goldblum au casting (dans son propre rôle, comme tout le monde), mais il est vrai que Jeff est un spécialiste mondial en matière de dinosaures. Quant au dernier tiers du film, il est d’anthologie.

Ce documentaire, qui peut se voir comme une intelligente comédie est aussi une réflexion très réussie sur le mensonge et la réalité, sur ce qui différencie une fiction d’un documentaire. Parfois, la réalité est plus belle que la fiction. Parfois non…

Même si vous ne connaissez pas bien l’œuvre incandescente de Werner Herzog, n’hésitez pas.

bikinigirl

(Faut quand même être sûre de son épilation…)