Yakuza, Sydney Pollack (1974)


Au lendemain de la Seconde guerre mondiale, pendant l’occupation du Japon par l’armée Américaine, l’homme d’affaires californien George Tanner (Brian Keith) a noué des liens très forts avec la pègre japonaise, et un yakuza en particulier : Tono. Contre une importante somme d’argent, Tanner a promis de livrer des armes à Tono, mais la cargaison n’est jamais arrivée au Japon et, en représailles, le yakuza a kidnappé la fille de Tanner, qui faisait ses études à Tokyo. Pour sortir de ce piège, Tanner recontacte un de ses vieux amis : Harry Kilmer (Robert Mitchum) qui était au Japon avec lui vingt ans plus tôt. Alors Policier militaire, Harry s’est lié avec une japonaise dont il a sauvé la vie, ainsi que la vie de sa fille, Hanako. Eiko possède un petit bar, le Kilmer, à Tokyo. Harry le lui a acheté avec de l’argent qu’il a emprunté à Tanner, après que la jeune femme a refusé de l’épouser. Eiko a un frère, Tanaka Ken (Takakura Ken), le yakuza du titre. Ken a passé la Seconde guerre mondiale dans une grotte des Philippines ; à son retour au Japon, il est devenu yakuza, puis a arrêté pour devenir professeur de kendo à Kyoto. Tanaka Ken a une dette envers Harry Kilmer et selon son code il doit l’honorer, même si cela va lui coûter la vie. Kilmer va se servir de cela pour rentrer en contact avec Tono. Une fois la machine lancée, les deux hommes ne pourront plus l’arrêter. Car le sang appelle le sang.

Sydney Pollack est un de mes réalisateurs préférés. Et Yakuza est de ses meilleurs films. C’est peut-être la coproduction américano-japonaise la plus réussie des années 70. Tout y est extrêmement juste : le scénario limpide alors que les liens entre les personnages sont complexes, plein de non dits, les décors, les scènes de jeu et les nombreuses scènes de combat. Le film culmine dans une tuerie d’une rare violence qui, d’une certaine façon, annonce The Killer Elite de Sam Peckinpah (1975), Black Rain de Ridley Scott et évidemment le diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino.

Le casting est très réussi. Mitchum semble plus fragile qu’à son accoutumé. Takakura Ken (alors immense star au Japon) est impressionnant dans son rôle d’homme qui ne sourit jamais. Richard Jordan (le Duncan Idaho du Dune de David Lynch) est très touchant en jeune américain qui découvre le Japon et ses règles bien précises.

Tout est parfait. Yakuza est un grand film. Je le revois toujours avec un immense plaisir.

Je le possède en DVD ; il n’existe pas de blu-ray français à ma connaissance (alors que la restauration pour le Blu-ray disponible à l’étranger a très bonne réputation).

Sorcerer, William Friedkin (1977)


Quelque part en Amérique du sud, dans une concession américaine, un puits de forage de pétrole prend feu. La dynamite qui se trouve à 300 kilomètres de là, et qui est censée souffler l’incendie, n’a pas été retournée depuis un an. Les bâtons du haut ont séché et de la nitroglycérine très instable s’est accumulée au fond des caisses. La compagnie cherche quatre chauffeurs expérimentés et prêt à tout pour 20 000 pesos. Ils devront transbahuter la nitro à travers la jungle, sur une des pistes les plus dangereuses du monde. Quatre hommes, donc, pour une mission-suicide. Il y a Nilo (Francisco Rabal), le tueur à gages, Serrano (Bruno Cremer), le banquier véreux, Kassem (Amidou) le terroriste recherché par la police israélienne et enfin Scanlon (Roy Scheider), une petite frappe condamnée à mort par la mafia new-yorkaise après un casse qui a mal tourné.

Sorcerer (Le convoi de la peur en VF) est une nouvelle adaptation du roman de George Arnaud Le Salaire de la peur, adapté une première fois en 1953 par Henri-Georges Clouzot (à qui Friedkin a dédicacé sa version). Souvent considéré comme le chef d’œuvre de Friedkin (ce dont on peut raisonnablement douter), c’est un film déroutant quand on le voit la première fois. En effet, le réalisateur présente chacun de ses personnages dans un prologue plus ou moins long, quelques minutes à peine pour Francisco Rabal, beaucoup plus pour les autres. Par conséquent, le début du film, peut sembler décousu. Et sa réelle dramaturgie ne s’installe que vers la quarantième minutes. A partir de là, le long métrage n’a de cesse de monter en puissance. Des scènes incroyables, comme celle de la traversée du pont de cordes (trois mois ! de tournage pour cette seule scène), s’enchaînent jusqu’au final d’une incroyable noirceur. Étonnamment la musique de Tangerine Dream s’inscrit très naturellement dans le projet cinématographique de Friedkin.

C’est un monde d’une immense laideur qui nous décrit où tout est pourri, corrompu, en décomposition, où la rouille, la moisissure, la sueur et la boue règnent en maître. Dans ce monde-là, des hommes se dressent pour tenter de s’en sortir ou mourir en beauté. On ne sait pas trop, la motivation de chacun reste ambigüe et la rédemption n’est pas forcément la réponse à leur quête personnelle.

Un film d’une rare puissance que je conseille sans réserve.

Traqué, William Friedkin (2003)


Aaron Hallam (Benicio Del Toro, assez étonnant) a réussi une mission incroyablement dangereuse durant la guerre des Balkans, éliminant un gradé coupable d’épuration ethnique. Puis il en a foiré une autre. Quelques années plus tard, Aaron tue des chasseurs dans les forêts de l’état de Washington, puis de l’Oregon, signant ses crimes en coupant ses victimes en quatre morceaux, comme on le ferait d’un cerf. La police fait alors appel à un traqueur professionnel, L.T. Bonham (Tommy Lee Jones, égal à lui-même, c’est à dire très bon) un instructeur militaire qui a pris sa retraite pour s’occuper de la faune sauvage de la Colombie Britannique. Une traque commence, entre l’élève (Aaron) et celui qui fut son maître de guerre avant les Balkans, et peut-être même d’une certaine façon, son père. Le duel se réglera au couteau : l’acier forgé contre la pierre taillée. Autre symbole.

William Friedkin commence son film avec une citation de la bible modernisée et américanisée par Bob Dylan.

God said to Abraham, « Kill me a son. » Abe says, « Man, you must be puttin’ me on. » God say, « no »; Abe say, « what? » God say, « You can do what you want, Abe, but the next time you see me comin’, you better run. » Abe says, « Where do you want this killin’ done? » God says, « Out on Highway 61. »

D’une certaine façon tout le film, ou du moins sa charge symbolique, est annoncé par ce paragraphe. Dans le film, on voit avant tout homme déchu qui veut à la fois mourir et vivre, et qui ne sait plus s’arrêter de tuer. Aaron, est donc traqué par son père spirituel qui, lui, n’a jamais tué et ne veut surtout pas commencer. Souvent un animal qui a goûté le sang humain doit être abattu. Le plus dur ce n’est pas de tuer mais bien d’arrêter de tuer.

Traqué est un thriller métaphysique, si Dieu y est rigoureusement absent en tant que personnage, la mort y est omniprésente. En envoyant ses fils tuer à l’étranger, le pays sacrifie leur âme et se contente de récompenser les héros d’une dérisoire étoile d’argent. Aaron (qui souffre d’une forme de syndrome de stress post-traumatique) et L.T. ne trouvent leur bonheur que dans leur rapport à la nature, aux animaux. Les hommes sont fous, contrairement à la nature sauvage qui est la chose la plus rationnelle qui soit. Comme si l’invention de Dieu avait affaibli l’homme qui trouve alors de la force dans le meurtre, la traque, la violence. Ou dans le refus de ce qui pourrait le conduire au meurtre (comme c’est le cas chez L.T.). D’une certaine façon Aaron et L.T. sont les deux face de la même pièce, l’un est juste tombé du mauvais côté et rien ne dit que l’autre sera éternellement sauvé (dans le sens biblique du terme).

J’avais bien aimé Traqué la première fois que je l’ai vu, même si certains détails m’avaient alors fait tiquer (notamment la forme exagérée et über-sexuelle d’une entaille de couteau de lancer dans une branche d’arbre). En fait, en le revoyant, j’ai l’impression d’être complètement passé à côté la première fois. Il y a dans ce face à face entre un jeune qui n’accepte pas le monde que lui ont offert ses pères et un « vieux » qui ne reconnaît plus le monde de son enfance, quelque chose d’universel, de puissant, d’océanique peut-être. La violence est un genre cinématographique, elle peut être une religion pour certains. Paradoxalement, ce film m’a fait penser au Vieux qui lisait des romans d’amour de Luis Sepulveda, il y a quelque chose de commun sur le caractère sacré de la nature, y compris dans ce qu’elle a de plus brutal.

Trois ans après le scandale de L’Enfer du devoir, et les accusations de racisme dont il fut la cible, Friedkin livrait non pas un film apaisé, mais au contraire une œuvre puissante, profonde, qui marque par ses élans philosophiques, sa dimension biblique et son incroyable maîtrise formelle, notamment dans les scènes de forêt et de chasse.

Comme il se doit, le film se clôt sur The man comes around interprété par un Jonny Cash au crépuscule de sa vie.

And I heard, as it were, the noise of thunder
One of the four beasts saying,
‘Come and see.’ and I saw, and behold a white horse »

A voir.

La course à la mort de l’an 2000 | Paul Bartel | 1975

Ô la belle affiche !

Trigger warnings : svastika, personnages nazis, nichons naturels (beaucoup), foufoune vintage, crâne écrasé, humour noir, véhicules ridicules (ça rime et ils s’arriment parfois), etc.


Bon on est en l’an 2000, vu depuis les années 1975.

Le président a son palais d’été à Pékin et une course à la mort traverse les États-Unis, c’est un peu la purge avant le film du même nom, puisque pour marquer des points c’est simple faut écraser des gens. Les bébés et les vieux rapportent le plus. Cinq équipages sont en compétition : une cow-boy, une nazie, un loser (vu chez Boorman dans le rôle de Lancelot), Joe Viterbo (Sylvester Stallone en roue libre, c’est le cas de le dire) et Frankenstein (David Carradine), qui a gagné déjà la course deux fois, a perdu un bras, une jambe, un œil, puis l’autre dans la série d’accidents qui ont ponctué sa carrière de pilote. Alors ces cinq là s’élancent de Manhattan pour rejoindre la Californie en deux étapes (calculez la vitesse des bolides, vous avez quatre heures). Et tous les coups sont permis.

Summum du mauvais goût, comédie noire pleine de trouvailles, objet filmique hésitant sans cesse entre le nanar (sans d), la série B hilarante et le navet de compétition, La Course à la mort de l’an 2000 reste un must, un exemple parfait de ce que peut être du cinéma d’exploitation subversif (rappelez-vous 1975 – nichons = exploitation). A priori c’est un film idiot, mal fait, mal joué, mal tourné, mais quand on gratte un peu le plastique bon marché on se rend compte aussi que c’est un film malin qui utilise les armes de la contre-culture pour condamner cette soif du spectacle à tout prix. Un parallèle est fait entre la rébellion mise en scène et Spartacus, plutôt intéressant. Un film décadent qui se moque de la décadence des USA dans les seventies ? Un film complètement amoral qui finit par jouer le jeu de la morale ? Peut-être. En tout cas, c’est rigolo, et à condition d’avoir l’humour adapté (ce qui ne sera pas donné à tout le monde) on s’amuse beaucoup.

Film vu en Blu-Ray, réédité récemment en Midnight Collection (une collection que j’aime visiblement bien, j’en ai déjà acheté pas mal, cependant il faut être honnête les titres proposés sont souvent à réserver à des pervers dans mon genre.)

The Endless, Justin Benson & Aaron Moorhead


Deux frères, Aaron et Justin (comme les réalisateurs) ont échappé a une secte qui d’après eux fonçait droit vers le suicide collectif. Isolés, sans proches, ils ont dû mal à joindre les deux bouts et font des petits boulots de nettoyage. Jusqu’au jour où ils reçoivent une cassette vidéo de la part d’Anna, une femme de la communauté pour laquelle Aaron a le béguin. Aaron veut y retourner pour dire bonjour, juste dire bonjour, Justin y est opposé. Aaron insiste (il se sent tellement mal, alors que dans la secte, qu’il ne considère d’ailleurs pas comme une secte, il se sentait tellement mieux). Et il ne croit pas à cette histoire de suicide collectif. D’ailleurs personnage n’a jamais parlé du moindre suicide dans cette communauté comme il y en a tant d’autres en Californie du nord. Justin finit par céder. Ils retournent dans le camp où tout le monde est légèrement allumé, où leur vision de l’amour libre est peut-être un peu tordue, mais bon la bouffe est bio, la bière est bonne et globalement on vous demande juste un coup de main de temps en temps pour rester. Très vite Aaron veut rester (surtout qu’il est sur le point d’emballer Anna), Justin veut partir. Le gourou, ou ce qui en fait office (on dirait un informaticien qui se remet de son burnout chez Tesla), lui dit alors « tu fais ce que tu veux, mais la vérité est au fond du lac à l’aplomb de la bouée ». Ce que Justin va découvrir en plongeant dans le lac est tout simplement impossible. Quant à la vérité il leur faudra attendre la nuit de la troisième lune pour la saisir dans son entièreté ; d’ailleurs cette fameuse nuit approche : la deuxième est déjà visible dans le ciel.

The Endless c’est le pari d’un film lovecraftien (cité en exergue) a petit budget et quasiment sans effets spéciaux, c’est aussi le pari d’une fausse piste qui dure à peu près la moitié du film, avant que le changement de paradigme soit total. On peut lui trouver plein de défauts, il est un peu longuet, il y a des petits trucs qui accrochent sur le plan scénaristique, mais je l’ai vraiment beaucoup aimé. Je l’ai trouvé original, malin et traversé par une humanité qui fait plaisir à voir, surtout dans le cadre d’une fiction « lovecraftienne » ou disons en hommage à Lovecraft.

Justin Benson & Aaron Moorhead sont vraiment des réalisateurs à suivre, car après avoir vu The Endless, je me suis acheté Synchronic en blu-ray et je l’ai trouvé aussi plein de petits défauts, mais quand même très chouette.

Rollerball, Norman Jewison (1975)


Futur inaccessible (il n’aura jamais lieu).

Les guerres appartiennent au passé. Les maladies appartiennent au passé. Même les guerres corporatistes appartiennent au passé. Divisé en corporations qui ont remplacé les tribus et les pays, le monde vibre à l’unisson devant un jeu du cirque moderne, le Rollerball. Une piste circulaire, deux équipes, trois motos et une dizaines de joueurs en patins à roulettes par équipe, un point de marque et une balle en acier qui est tirée dans un rail le long de la piste circulaire à 200km/h, juste ce qu’il faut pour vous arracher le bras ou faire exploser une moto.

Jonathan E. de Houston, de la corporation Énergie, est le maître incontesté du Rollerball, il forme une équipe d’enfer avec Moonpie. La corporation Énergie fournit tout à Jonathan : un ranch où il se sent très bien, de jolies partenaires sexuelles dont il s’ennuie assez vite, des drogues. Et puis à la veille de la demi-finale contre Tokyo on lui demande de prendre sa retraite au cours d’une émission diffusée en mondiovision. Mais Jonathan adore le Rollerball et il n’est pas enclin à s’arrêter, surtout pas avant d’arriver en finale. La corporation essaye tout pour y parvenir et, de guerre lasse, change les règles du Rollerball espérant que Jonathan reste sur le carreau… comme tant d’autres.

1973 (dans notre passé cristallisé) : Les journaux français titrent  » Tout va être plus cher : la totalité de notre économie est touchée par la hausse du pétrole », c’est le premier choc pétrolier et, pour certains, certains seulement, il met fin à l’illusion d’une énergie illimitée et bon marché. D’une certaine façon, Rollerball a été accouché par ce premier choc pétrolier. Nous est montré une société de castes où les grands problèmes de 1973 (le pétrole cher, la guerre froide et ses menaces nucléaires) ont été réglés définitivement. Il y a d’un côté les travailleurs qui jouissent du confort moderne et de leur divertissement préféré, extrêmement brutal (quand le film commence le record de morts durant une seule partie est de neuf), et de l’autre les cadres qui ont non seulement un confort plus grand encore, mais les plus belles femmes, les plus belles maisons, mais aussi tiennent le monde (dans un poing) grâce au Rollerball dont ils raffolent bien évidemment.

Le film qui est excellent de bout en bout (mais évidemment très daté sur le plan esthétique) est porté par James Caan (qui nous a quittés mercredi 6 juillet 2022). Jonathan E. est un personnage pas très malin, obtus et volontiers brutal, pas forcement un brelan de qualités qu’on associe d’habitude au héros américain. C’est néanmoins un personnage attachant, car il refuse de se faire broyer par le système, car le spectateur n’est pas dupe : Jonathan E. est un prisonnier, voire un esclave puisque rien ne semble lui appartenir alors que lui appartient à une puissante corporation. C’est évidemment un Spartacus des temps futurs, à la différence qu’il ne ne va pas mener une révolte, mais juste dire « non » à titre individuel.

Après Squid Game la violence dans Rollerball semble presque anodine, pourtant je me souviens de l’impact qu’elle avait eu en France quand le film est passé pour la première fois à la télévision ; le lendemain, on ne parlait que de ça à mon école. Le monde se divisait alors en deux catégories : ceux avaient pu le voir et ceux qui n’avaient pas pu le voir. Ce n’est pas la violence du spectacle qui distingue Rollerball des autres films du même genre, mais bien le personnage de Jonathan E., à qui le confort ne suffit pas, mais qui va jouer sa rébellion dans les règles de ses oppresseurs, jusqu’au bout. Philosophiquement, il tient davantage du personnage de samouraï sur la voie du Bushido que du palimpseste de cow-boy texan.

Rollerball fait réfléchir et montre à quel point une société où les inégalités progressent (comme la nôtre) est une bombe à retardement. On peut décorréler lutte contre le réchauffement climatique et lutte contre les inégalités, la preuve nos hommes politiques font ça toute l’année (et pas seulement en France), et pourtant ces deux problèmes ne m’ont jamais semblé aussi liés.

‘Freedom is obedience, obedience is work, work is life’

Cette citation est tirée du très mauvais film australien Les Traqués de l’an 2000, Turkey shoot, 1982 qui n’aurait sans doute jamais vu le jour sans Rollerball. Comme d’habitude, préférez l’original (plus subtil) à la copie.

The Black Phone, Scott Derrickson (2021)

Dring Dring

1978

Nord de Denver, Colorado.

Quatre enfants ont disparu. On a surnommé le coupable l’Attrapeur, mais personne ne sait qui il est, comment il opère, ce qu’il advient des enfants. Évidemment tout le monde craint le pire.

Finney, jeune lycéen, vit avec son père violent et alcoolique et sa sœur cadette, Gwen, qui fait des rêves prémonitoires. Finney connaît deux des adolescents qui ont disparu. Un jour, après les cours, il aide un magicien maladroit à ramasser ses courses tombées au sol. Pour le remercier l’inconnu lui propose de lui faire un tour de magie… Un peu plus tard, Finney se réveille dans un sous-sol insonorisé. Le voilà prisonnier de l’Attrapeur. Au mur, près du lit, se trouve un téléphone noir dont le fil a été coupé.

 » Putain il m’a grave fait flipper ce film « . Telle a été la conclusion ô combien sincère de mon fils de quatorze ans (bientôt quinze) qui est allé voir le film avec moi. Je confirme : il a sursauté cinq fois et même crié une fois. Je ne dirai pas que le film m’a fait grave flipper, mais dans le genre je l’ai trouvé très au-dessus du lot. La reconstitution des années 70 est convaincante, la mise en scène est très réussie, notamment les flash-backs et les rêves prémonitoires de Gwen. Ethan Hawke est impressionnant, mais on peut en dire autant de Jeremy Davies qui joue le père de Finney et Gwen (et ressemblera toujours à Charles Manson, quel que soit le film dans lequel il joue).

Si je devais pointer du doigt un défaut, et au final je pense que ce n’en est pas un : de la première minute à la dernière, on se croit dans un roman de Stephen King, alors que la nouvelle « Le Téléphone noire » est l’œuvre de son fils, Joe Hill. C’est tellement kingien qu’on frôle la caricature à un deux ou deux moments.

Le réalisateur, me semble-t-il, a voulu retrouver l’essence de films des années 70 devenus des classiques : Halloween, évidemment, mais aussi Massacre à la tronçonneuse. D’une certaine façon, il y est parvenu Et ce n’est pas la moindre de ses réussites.

Lamb, Valdimar Jóhannsson (2021)

Regardez attentivement cette affiche et trouvez le détail incongru qui lui donne toute sa force, un indice : ce n’est pas la mocheté du pull de Noomi Rapace.

Maria et Ingvar possèdent une ferme en Islande, dans un coin paumé où ils élèvent des moutons (les paysages sont jolis, mais ça ressemble quand même à une vie de merde). Ils n’ont pas d’enfants et semblent s’être éloignés l’un de l’autre, comme si la routine, le travail avaient remplacé le désir, la joie. Maria passe son temps un bras enfoncé dans le vagin des brebis pour les aider à mettre bas. C’est un sale boulot, mais il faut bien que quelqu’un le fasse. Un jour elle délivre une brebis qui met bas une étrange créature hybride, une chimère. Maria en tombe immédiatement amoureuse et décide de l’appeler Ada et de l’élever comme sa fille.

Ce film m’a fait un drôle d’impression. Pour commencer on notera que même avec beaucoup d’indulgence c’est longuet, qu’il ne se passe pas grand chose, que les rares actions viennent plutôt au bout d’une bonne heure. Amputé de vingt minutes, le film aurait sans doute gagné en force. Ensuite, c’est joyeusement malsain et je comprends qu’on puisse être profondément troublé, voire perturbé, par le spectacle que nous propose Valdimar Jóhannsson. Et puis il y a cette fin, que j’ai trouvée grotesque comme certaines fins des premiers films de David Cronenberg. Grotesque peut-être pas dans le sens « totalement foiré », mais dans le sens « non, mais vous avez fumé quoi les gars ? »

Enfin, puisqu’il faut quand même prodiguer quelques remarques sexistes dans une époque où c’est devenu presque plus grave que de conduire un car scolaire bourré, je confesse mon amour presque inconditionnel pour Noomi Rapace. Qu’est-ce qu’elle est belle ! assise sur son tracteur ; quand elle enfonce son avant-bras droit dans le vagin dilaté d’une brebis ; quand elle étend son linge en portant un pull informe qu’on a sauvagement envie de lui enlever. Elle est étonnamment inquiétante, les tétons gonflés de désir (c’est fou les progrès accomplis en matière d’effets spéciaux ces dernières années), quand elle fait l’amour avec son mari, autre scène qui, juste à cause du contexte global, provoque un malaise certain. Pourtant on ne peut pas trouver plus légitime : un couple marié de longue date qui fait l’amour avec passion.

Donc Lamb est un film fantastique qui sort du lot, on peut sans doute le conseiller à ceux qui apprécient les films les plus malsains de David Cronenberg ou qui ont aimé le Antichrist de Lars Von Trier (que je n’ai pas critiqué sur ce blog, tiens je devrais penser à le faire…).

La Dixième victime, Elio Pietri (1965)

Futur proche.

Pour empêcher les guerres, un jeu est mis en place par le ministère de la chasse. Ce jeu en légalisant la violence la retire du reste de la société.

Caroline Meredith (Ursula Andress) gagne sa vie en étant tantôt un chasseur tantôt une victime. Le chasseur sait tous de sa victime, ce qui lui donne un avantage considérable, mais la victime sait qu’elle est chassée. Après dix victoires, le participant empoche un million de dollars. Devenue chasseur, Caroline se met sur la piste de sa victime, un italien, Marcello Poletti (Marcello Mastrioanni). Pour gagner le plus d’argent possible, elle s’associe à un importateur de thé et lui promet qu’elle tuera Marcello devant les caméras, non loin du Colisée, mais pas dedans, c’est trop en ruine, c’est trop vieux.

La Dixième victime est l’adaptation de la nouvelle de Robert Sheckley « La Septième victime » (première publication en 1953), au sommaire du recueil que vient d’éditer les éditions Argyll, Le Temps des retrouvailles. Le film est d’un ridicule achevé. Ursula Andress fait sa première victime avec ses nichons revolver ou son soutien-gorge pistolet, on ne sait pas très bien. Marcello Mastrioanni est teint en blond peroxydée, ce qui ne lui va pas du tout, un peu comme si Eminem adoptait une tignasse noire, aile de corbeau. Vous pouvez imaginer sans mal le choc esthétique. Ajoutez à ça des meubles en plastique, des téléphones en plastique, des décors ridicules (mais souvent en plastique), des scènes absurdes, un scénario d’une grande paresse. L’ensemble tient vraiment de la torture. En tout cas, sur le plan visuel, c’est très pénible ; ça évoque une compression en 92 minutes du pire de la SF des années soixante (à côté, Silent Running a plutôt bien vieilli c’est dire). Étonnamment, j’y ai vu une source d’inspiration évidente du très bon Rollerball de Norman Jewison (1975).

Verdict : totalement dispensable, lisez plutôt le recueil de Robert Sheckley chez Argyll.

The Guilty, Gustav Möller (2018)

°

Asger Holm, un policier de terrain, est affecté au 112 (l’équivalent danois du 911) en attendant une audience cruciale qui doit décider de la suite de sa carrière dans la police danoise. Toute la nuit, il prend des appels sans intérêt, jusqu’à ce qu’il tombe sur une femme qui semble parler à sa fille. Il comprend alors que cette femme, Iben, a été kidnappée et fait semblant d’appeler sa fille pour que la police puisse tracer son appel. Commence alors une nuit d’extrême tension, à la recherche de la camionnette blanche du ravisseur qui roule vers le Nord.

1h09. The Guilty ne dure qu’une heure et neuf minutes. Et pourtant, malgré ce format inhabituel ou grâce à lui, Gustav Möller fait des étincelles. Son film, entièrement vécu depuis le PC téléphonique de la police danoise, est d’une tension extrême, presque insupportable. Et quand toutes les pièces du puzzle se mettent en place, vous recevez un uppercut à l’estomac qui vous laisse le souffle coupé.

Les Américains en ont fait un remake avec Jake Gyllenhaal, dirigé par le talentueux Antoine Fuqua.

Je ne l’ai pas vu… et j’aurais tendance à vous conseiller de commencer par l’original.