Three billboards outside Ebbing, Missouri

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Une femme (Frances McDormand, plus mieux que d’habitude, trouvé-je, alors qu’elle est d’habitude excellente), Mildred Hayes de son nom complet, loue trois panneaux à la sortie de la ville et y faire inscrire 1/ Violée pendant qu’elle agonisait 2/ Et toujours aucune arrestation ? 3/ Comment est-ce possible, chef Willoughby ? Le shérif se meurt d’un cancer du pancréas, ce qui ne facilite pas son enquête. Et son adjoint Dixon est aussi abruti que raciste, ce qui non plus n’est pas commode. De son côté, Mildred se fait draguer par le nain du patelin, assiste excédée à l’idylle de son ex avec une jolie idiote de 19 ans. Et son fils aîné ne comprend pas pourquoi les panneaux, pourquoi accabler le shérif, pourquoi ne pas faire son deuil ? Il y a des choses qu’une mère ne peut accepter, notamment son intolérable sentiment de culpabilité.

J’ai beaucoup aimé ce film, même si je lui trouve un énorme défaut : Sam Rockwell dans le rôle de Dixon en fait des tonnes, des kilotonnes et probablement quelques mégatonnes. Tous les curseurs sont dans le rouge, et je dirais même que quelques ampoules ont pété dans un flash d’hydrogène sulfuré : il est odieux, immonde, raciste, alcoolique, con comme un boulon, et incapable d’accepter sa potentielle propre bonté qu’il considère sans doute comme de la faiblesse.

Martin McDonagh et moi, ça n’a jamais été une grande histoire d’amour. J’ai trouvé son Bons baisers de Bruges sympa sans plus, quand bon nombre de mes petite camarades avaient atteint l’orgasme lors du visionnage. 7 psychopathes était plutôt crétin et plutôt raté. Peut-être parce que la bêtise humaine est son fonds de commerce (et que je ne m’y retrouve pas en tant que spectateur), je ne suis jamais pleinement satisfait par ses films. Mais dans celui-là, il y a Woody Harrelson dans un de ses meilleurs rôles, Woody Harrelson qui fait tout le contraire de Stockwell, avance vers la mort avec force, laissant derrière lui un puissant sillage de subtilité et d’humanité.

Frances McDormand et Woody Harrelson valent vraiment la peine de supporter un Sam Rockwell qu’on a connu plus convaincant.

Talk Radio, Oliver Stone (1988)

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Barry Champlain (Eric Bogosian, magistral) anime une émission de radio nocturne, au Texas. Juif, provocateur et trop malin pour son propre bien, il est la cible d’une véritable campagne de haine. Barry pourrait être un de ces nombreux animateurs démagogues qui disent tout haut ce que les abrutis (assez malins pour la fermer) pensent tout bas, qui brossent l’auditeur dans le sens du poil, mais non, il préfère renvoyer l’Amérique à ses contradictions les plus flagrantes. Mais quand on joue avec le feu, on prend le risque de se brûler…

Talk Radio est un des films les moins connus d’Oliver Stone et pourtant c’est un sacré bon film, moins grandiloquent que la plupart des autres œuvres du réalisateur, mais pas moins ambitieux. On y retrouve cette Amérique éduquée qui a honte de ses bouseux microcéphales, de ses racistes, de ses grenouilles de bénitier à l’esprit étroit et autre antisémites. Si le film est bon, on reconnaîtra tout de même qu’il rappelle fortement Lenny de Bob Fosse ; Barry Champlain (né Gold) entretenant trop de points communs avec Lenny Bruce pour que cela passe totalement inaperçu.

Les seconds rôles sont très bons, et (le sous-estimé) Michael Wincott en clone de Steve Tyler est totalement hallucinant (vidéo ci-dessous). John C. McIngley cet acteur qu’on connaît tous sans jamais être capable de retenir son nom, est aussi très bien.

Je conseille.

Cinéma / TV… a quickie

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Bien occupé par mon vrai travail (tu ne m’avais pas préparé à ça, vieux coq espagnol !), si je trouve encore le temps de regarder des films et des séries TV, je ne trouve plus du tout la demi-heure que nécessite une recension à peu près honorable de mes visionnages.

Jungle, Greg McLean (2017)

Avec Harry Potter. Un film de jungle, en Amérique du sud, une histoire vraie. Je n’ai évidemment pas pu résister à la tentation. Le scénario tient sur une page « notes » d’un Lonely Planet, à condition d’écrire gros. Les acteurs sont bons. Pas un grand film, mais une sorte de film honnête, aux ambitions limitées et bien cernées, que j’ai bien apprécié. Ça n’a pas la puissance de Lost city of Z.

 

Homicide, David Mamet (1991)

Le meurtre d’une vieille juive dans un petit magasin. Le destin de deux flics (Joe Mantegna et William H. Macy). Je ré-explore le cinéma de David Mamet avec un vrai plaisir. Semblants, faux-semblants, trahisons, quiproquos. Ce n’est peut-être pas le meilleur film de Mamet, mais je le trouve très bon.

 

Braquages, David Mamet (2001)

J’a acheté tout Mamet en DVD, donc je pioche. Et ce Braquages, je ne l’avais jamais vu. C’est un Mamet mineur avec un casting plaisant : Gene Hackman, Rebecca Pidgeon, Danny de Vito, Sam Rockwell, Delroy Lindo. Comme souvent chez Mamet, le scénario est bourré de petites erreurs/approximations qui semblent volontaires et nous (dé-)montrent que le cinéma est un art de la prestidigitation / l’illusion. Braquages n’atteint pas en la matière le brio de Spartan filmé trois ans plus tard. Avec ses personnages complexes, Braquages dit toutefois des choses intéressantes sur la vieillesse, sur la retraite, sur l’avant-mort.

 

True Detective saison 1, Nic Pizzolatto (2014)

La première fois que j’ai vu la série, j’ai été terriblement déçu. D’une certaine façon, on me promettait une sorte de thriller lovecraftien / Carcosa / Le Roi en jaune et ce n’était pas ça, au final. Bon j’étais clairement entré dans une pizzeria pour commander des sushis, ça arrive. L’erreur est humaine.

La deuxième vision (je connaissais la fin, l’identité du tueur) a été plus intéressante. J’ai pu me concentrer sur d’autres trucs (loin de ma prime déception). Notamment le jeu de Matthew McConaughey qui en fait des tonnes, le pire étant la scène dans la bagnole où d’une voix mortifère il nous explique la vie, la mort et l’univers. Donc, là, Matthew, je dois t’avouer que j’ai bêtement rigolé. Mis à part ça, il y a quelques scènes qui m’ont scotché, et notamment l’intégralité du dernier épisode que je trouve d’une puissance et d’une tension assez rarement atteintes à la télévision.

 

La Isla minima, Alberto Rodriguez (2014)

La Isla Minima c’est True Detective dans le sud de l’Espagne. J’avais déjà vu le film, je l’ai revu juste après avoir fini True Detective pour comparer les deux œuvres. Je n’ai pas été déçu, c’est toujours aussi bien, même à la seconde vision. Broyés par des forces qui nous dépassent, nous ne restons que des hommes.

 

Utu – Redux, Geoff Murphy (1984)

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Nouvelle-Zélande, 1870. Te Wheke, un éclaireur des troupes coloniales, se rebelle après le massacre de son village par des soldats anglais. Il lève une troupe de Maoris et commence une guerre sans merci contre les colons. Cette guerre fait vite une victime anglaise, Emily Williamson. Son mari sombre alors dans une profonde folie de vengeance. Quelle vengeance gagnera, celle de Te Wheke ou celle de Williamson ?

Utu est selon Quentin Tarantino, dont on connaît la mesure proverbiale, « Le meilleur film néo-zélandais de tous les temps » ; on n’ira sans doute pas jusque là, mais c’est un film étonnant. Une sorte de western qui reprend bien des codes du genre nord-américain, le pionnier, les populations indigènes révoltées, la cavalerie, la petite ville perdue qui se résume peu ou prou à son hôtel-bordel. C’est le ton du film qui surprend le plus. Utu alterne horreurs (meurtres d’enfants en scène d’ouverture) et scènes de comédie (ce qui m’a rappelé Little Big Man d’Arthur Penn, 1970, et Soldat Bleu de Ralph Nelson, 1970 aussi). La première fusillade est presque slapstick, jusqu’à la mort d’Emily Williamson qui nous rappelle violemment que tout ça n’est pas un jeu.

Le scénario est étonnant : il monte en puissance et les dix dernières minutes sont exceptionnelles en terme de sens sur la violence, la vengeance, l’amour, la folie, le devoir, etc. C’est aussi un scénario plein d’improbable, d’incongru, d’absurde. Très étonnant. Avec une histoire d’amour qui défie un peu toutes les lois romanesques. Bien vu !

Geoff Murphy n’est pas un très bon réalisateur, le manque de moyens est régulièrement flagrant et les auteurs font parfois ce qu’ils peuvent. Reste néanmoins une curiosité, plutôt agréable, au final amer beaucoup plus convaincant que le reste.

A découvrir !

Annihilation

Annihilation-Review

[Entre deux mises en fabrication pour Albin Michel Imaginaire, j’ai enfin trouvé le temps de regarder un film.]

Cinq femmes, dont une biologiste (Natalie Portman, plutôt convaincante en ancienne femme soldat) et une psychologue (Jennifer Jason Leigh, qui a pris un sacré coup de vieux), partent explorer la zone X, quelque part au sud des USA. La zone X est dangereuse, personne n’en revient vivant, ou alors comme par magie et transformé. C’est précisément ce qui est arrivé au mari de la biologiste.

Au départ, Annihilation d’Alex Garland (dont j’avais beaucoup aimé le Ex Machina – un des rares exemples de bonne SF pour adulte de ces dernières années) est un roman de Jeff VanderMeer que j’avais critiqué ici. Premier volume de la trilogie du Rempart Sud (j’ai lu le deuxième, mais n’ai jamais eu envie de lire le troisième). Cette trilogie a été un véritable phénomène éditorial ; pour ma part, j’y ai vu une espèce de Stalker floridien peu convaincant. Mais bon, peu importe, les livres ont été traduits dans des dizaines de langue et sont devenus un film.

La première chose qui frappe c’est qu’Annihilation est très librement adapté de la trilogie de VanderMeer. Le principe de base du roman (chaque personnage était appelé par son rôle : la biologiste, la psychologue, etc), ce principe n’a pas été retenu. Si certaines explications sont données sur le roman entre ce qui se passe entre la biologiste et son mari revenu de la zone X, elles manquent dans le film. A contrario certaines explications sur ce qui s’est passée dans le phare et la cavité sous le phare ont été ajoutées dans le film. Pourquoi pas, mais ça donne un film qui semble toujours à côté de ce qu’il veut raconter, qui n’a pas su choisir et possède des aspects de survival et des aspects de SF intelligente. Par ailleurs, j’ai été très déçu par les effets spéciaux qui sont très bons pour les scènes d’horreur (viscères exposées, visage arraché) et plutôt mauvais et moches pour les décors et les ambiances.

Annihilation est lent et plutôt ennuyeux. Il aurait pu être fascinant, si Alex Garland avait fait le choix de l’abstraction plutôt que celui de la démonstration prismatique.

 

Tattoo, Robert Schwentke (2002)

Tattoo

Une femme blessée court dans la nuit, poursuivie, est heurtée par un bus qui s’écrase ensuite sur un autre véhicule et le tout prend feu. Le médico-légal détermine assez vite que la femme a été partiellement écorchée avant son accident fatal. Il lui manquait un magnifique tatouage japonais mis en vente sur un salon privé d’internet. Deux flics commencent leur enquête : une jeune recrue et un vétéran brisé par la mort de sa femme et le départ de sa fille. Le vétéran « tient » la recrue qui en bon teufeur prend volontiers des substances illicites pour s’éclater.

Tattoo est le premier long-métrage de Robert Schwentke, réalisateur ultra-doué IMHO, qui s’est perdu à Hollywood, tournant à la chaîne des films de commande plus ou moins réussis, à l’exception notable d’Hors du temps, adaptation très réussie du best-seller The Time traveler’s wife. Donc Tattoo est le premier film, entre thriller et horreur, façon Seven, d’un réalisateur doué. Et comme de juste c’est assez inégal. Le scénario n’est pas très convaincant : on ne croit ni aux procédures policières décrites, ni au déroulé de l’enquête (la coïncidence qui permet de résoudre l’enquête a quelque chose de grotesque), ni au duo de flics. Ça fait beaucoup, sans doute trop, et pourtant le film résiste à ça, il a un côté « plongée dans un monde aussi inconnu que glauque » assez fascinant, la réalisation est suffisamment tendue pour qu’on ne se pose pas trop de question sur les trous du scénario. Le cinéma est un art assimilable à la prestidigitation, Schwentke, dès ses débuts, l’a bien compris. Il remplit les trous de son scénario avec de la tension et des images fortes : éros / thanatos. Du côté d’Eros, Nadeshda Brennicke est plutôt convaincante en patronne de galerie d’art tatouée comme un yakusa.

Inégal car plein de défauts, pour adultes consentants, mais somme toute plaisant.

Noroi, Koji Shiraishi (2005)

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L’écrivain Masafumi Kobayashi est spécialisé en phénomènes paranormaux, il participe à des émissions de télévision et a sa propre émission, pour laquelle il filme en permanence ses enquêtes. Un jour, alors qu’il interviewe une famille qui entend des pleurs de bébés provenant de la maison voisine, maison où vivent une femme dérangée et son fils de dix ans environ, mais aucun nourrisson, il approche pour la première fois d’une vieille légende de montagne, qui va le mettre sur la piste du démon folklorique Kagutaba. Cette même enquête va aussi le rapprocher d’une petite fille, Kana Yano, qui possède d’impressionnants pouvoirs de clairvoyance et d’une actrice « hypersensible » qui a été terrifiée par quelque chose en forêt, prêt d’un temple. C’est près de Nagano, dans un village de montagne où tout le monde possède un chien que repose le secret de Kagutaba, enfoui sous les tonnes d’eau d’un lac de barrage artificiel.

Noroi est un drôle de film, une sorte de Blair Witch Project nippon. Si la réalisation found footage n’a pas grand chose d’original, et ne surprendra personne, le film a l’étrange qualité (et défaut) de partir dans tous les sens, de suivre mille pistes hétérogènes qui nous ramènent toujours au même endroit, ce village, un rituel pour faire la paix avec un démon. Le jeu des acteurs est de qualité très variable et le film de presque deux heures est trop long, pourtant il a un petit quelque chose de différent qui lui donne une véritable identité.

Malgré ses indéniables défauts, j’ai vraiment bien aimé. Notamment parce que ça montre un Japon très différent de l’habituel décor hyperurbain de Tokyo.