Once upon a time in… Hollywood

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Rick Dalton (Leonardo Di Caprio) est un acteur sur la pente descendante, il a été le héros d’une série télé western du type Au nom de la loi et contrairement à Steve McQueen (dont il ne cesse de croiser la route, d’une façon ou d’une autre) il n’est jamais devenu une star hollywoodienne. Il n’arrête pas d’incarner les méchants d’un soir et se noie dans l’alcool. Rick est ami avec sa doublure Jeff (Brad Pitt) qu’il emploie aussi comme homme à tout faire et chauffeur (Rick ne peut plus conduire après un énième accident en état d’ivresse). Un jour Sharon Tate et son mari Roman Polanski viennent s’installer dans la maison d’à côté. On est en 1969. A une époque charnière. Le monde va changer. Hollywood va changer et il n’y aura pas de retour en arrière.

Once upon a time in… Hollywood est un film étrange qui progresse de bal(l)ade en voiture dans Los Angeles nocturne en dialogues ciselés, qui s’arrête le temps de deux morceaux de bravoure (la scène avec Bruce Lee, la scène avec la famille Manson et le pneu crevé). Et puis survient le final, explosif, audacieux, paroxystique et tellement jouissif. 2H30 de bla bla et de crissements de pneus pour en arriver là. Trop long ? Oui et non, car chaque scène a son rôle, non pas dans ce qu’elle dit de la carrière de Rick Dalton, mais ce qu’elle dit d’Hollywood en 1969.

Leonardo Di Caprio est bluffant. On n’en attendait pas moins et on n’est jamais déçu. Brad Pitt est méconnaissable, non pas qu’il soit grimé, mais il navigue dans un registre qui lui est inhabituel. C’est plein de clins d’œil, de références, c’est pétillant comme ces trucs chimiques atroces qu’on se mettait sous la langue, enfants, jusqu’à en avoir les larmes aux yeux.

J’ai bien aimé, ça m’a réconcilié avec Tarantino dont je n’avais pas tellement aimé les derniers films, boursoufflés par une certaine prétention, alourdis par une auto-complaisance certaine.

 

 

Le Crocodile de la mort, Tobe Hooper (1976)

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Le Crocodile de la mort / Eaten Alive de Tobe Hoper s’ouvre sur une scène d’anthologie. Un client de bordel « I’m Buck… and I’m rarin’ to fuck. » (incarné par Robert Englund, quelques années avant qu’il ne devienne Freddy Krueger) essaye de sodomiser une prostituée (Marilyn Burns, déjà vue dans Massacre à la tronçonneuse). La fille, une débutante visiblement pas faite pour le métier (on la comprend), n’est pas du tout d’accord. S’ensuit une altercation de boudoir qui se termine par la mise à la rue de la fille ; Buck lui n’est pas perdant puisque la patronne lui offre deux filles pour le consoler (l’histoire ne dit pas s’il finit par en sodomiser une, les deux, ou aucune). La gouvernante noire du bordel donne un peu d’argent à la fille remerciée et lui conseille de passer la nuit au Starlight Hotel de Judd (c’est sans doute ce qu’on appelle un « licenciement sec » ou « à sec »). Le Starlight Hotel. Tout un poème : un établissement de dernière catégorie, un bouton plein de pus accroché aux lèvres du bayou qui ferait passer le Bates Motel pour un cinq étoiles… et derrière lequel barbote, cerise sur le gâteau, un crocodile africain « immortel ». De sa visite au Starlight Hotel, la fille ne sortira pas vivante. Entre passer deux jours le cul sur un sac de petits pois congelés et… ce qui finit par lui arriver, elle n’a probablement pas fait le bon choix.

Quelques jours/semaines plus tard débarquent son père (Mel Ferrer) et sa sœur Libby, juste après une famille dysfonctionnelle avec fifille et petit chien, puis arrive au milieu des festivités le célèbre Buck avec sa conquête de la soirée. Le chien – yeah ! – sera la première victime d’une nuit particulièrement faste du point de vue du croco (dont on finit par se demander comment il peut encore avoir faim).

Le Crocodile de la mort / Eaten Alive de Tobe Hooper, tourné deux ans après Massacre à la tronçonneuse, et une fois de plus inspiré par un fait divers texan (ça a l’air bien le Texas), est atroce de bout en bout. William Finley (le phantom du Paradise) est en roue libre total (faut le voir pour le croire), la photo est dégueulasse et poisseuse, l’ambiance « tournée en studio un soir de cuite à la tequila low cost » est unanimement sordide et si on rit quand le toutou à sa mémère passe à la casserole africaine, le reste du temps on se partage entre ennui et consternation.

Il faut croire que Quentin Tarantino a beaucoup aimé, puisqu’il fait dire à Michael Bowen dans Kill Bill vol. 1 la fameuse tirade « I’m Buck.. and I’m here to fuck. »

New World, Park Hoon-jung (2013)

NewWorld

Ja-sung (Lee Jung-Jae) est un policier infiltré. Il travaille pour le chef de section Kang (Choi Min-Sik). Il a infiltré Goldmoon, une entreprise florissante derrière laquelle se cache la plus grande organisation criminelle de Corée : immobilier, jeux clandestins, prostitution, drogue. Le président de Goldmoon, Seok, relaxé à la suite d’un immense procès, trouve la mort dans un accident de voiture pour le moins suspect. Une guerre de succession va opposer le chien fou Chung Sung (Hwang Jung-Min), d’origine chinoise, à Joong-gu, Coréen pur jus, mieux placé. La police a son champion, car le chef Kang veut influencer sur le vote. Pour ça, Ja-sung est son meilleur atout. Sauf que Ja-sung commence à oublier qu’il est policier, d’autant plus facilement que sa femme est enceinte.

New World fait partie de ce que le cinéma coréen a proposé de mieux ces dernières années, c’est l’équivalent kimchi des Affranchis de Martin Scorsese. Ce n’est pas un film « facile » : la première heure peut paraître aride, voire lancinante. Mais une fois que le réalisateur a posé tous ses pièces sur l’échiquier, une fois que la machine est lancée, le drame devient inéluctable et se promet d’être pyrotechnique.

New World est d’une violence hallucinante, outrée, filmé avec une adresse chorégraphique qui laisse pantois et rappelle le John Woo d’Une balle dans la tête. New World est aussi un film extrêmement profond sur la loyauté, l’amitié, la morale et l’ambition. Hwang Jung-Min est inoubliable dans le rôle de Chung Sung ; aussi répugnant que séduisant, il rappelle un peu Jack Nicholson au sommet de son art.

 

Trick’r Treat, Michael Dougherty (2007)

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Halloween.

Dans une petite ville américaine, la fête va battre son plein. Des enfants cherchent des bonbons. Un homme veut montrer à son fils comment on sculpte un sale visage (sur une citrouille ? pas sûr). Des filles ont débarqué en ville, elles cherchent des hommes, des vrais ; pour l’une d’entre elles, un peu nerveuse, ce sera la première fois. Des enfants ont décidé de se rendre sur le lieu d’une terrible tragédie. Un vieil homme (Brian Cox), lié à la sus-dite tragédie, ignore que son heure est venue. Toutes ces histoires se mêlent, se superposent, divergent, racontent une soirée d’Halloween que vous n’oublierez jamais.

Dans une ambiance qui rappelle le Creepshow de George A. Romero (indisponble en blu-ray et franchement ça frise le scandale !), Trick’r treat de Michael Dougherty est un petit film d’horreur plein de vrais morceaux de comédie et plein de vrais grumeaux de sale esprit (qu’on croyait presque mort, Eli Roth mis à part). Sans parler des clins d’œil – très réussis – à certains classiques, comme le Halloween de John Carpenter.

Le film est un modèle de construction scénaristique, une diabolique mécanisme d’horlogerie qui vous incitera à le revoir pour identifier les « aiguillages » où se croisent puis divergent les différentes petites histoires qui le composent.

J’ai été agréablement surpris ; pour peu qu’on aime les films d’horreur on passe un super moment.

 

Cabal, Clive Barker (Director’s cut, 2011)

Nightbreed

Aaron Boone (Craig Sheffer, un peu falot) fait d’étranges rêves où il voit Midian et les monstres qui peuplent la cité cimetière.

« Tout est vrai.

Dieu est un astronaute.

Midian est l’endroit où vont les monstres. »

Aaron a un rapport particulier avec son psychothérapeute le Dr Decker (David Cronenberg, dans un de ses rares rôles devant la caméra). Alors que des familles sont massacrées, que des bébés sont égorgés par un homme au visage couvert d’un masque des plus flippant, le Dr Decker dénonce Boone à la police. Ce pauvre Boone, convaincu d’être le coupable, bourré d’hallucinogènes à son insu, trouve la mort en quittant Midian pour la première fois de sa vie. Mais tout est inversé dans ce monde-là, Aaron ne vient pas de mourir, déchiqueté par les balles des forces de l’ordre, il vient de naître et il lui appartient désormais de retrouver les siens, de retourner à Midian.

Cabal est un film maudit. Massacré par les producteurs, il aura fallu attendre 2011 pour voir le direcor’s cut de deux heures (celui en ma possession), il existe aussi un Cabal cut de 145 minutes qui inclue beaucoup de morceaux du film sauvés in extremis. Cabal ne sera jamais le film qu’il aurait dû être. Les producteurs ont refusé de comprendre que l’œuvre n’était pas un vulgaire slasher, mais une déclaration d’amour aux monstres, aux freaks, aux marginaux et aux queers, aux films de la Hammer, aussi. Le budget estimé à 11 millions de dollars n’était pas à la hauteur des visions grandioses de Barker, des nombreux maquillages nécessaires. Les décors sont en carton pâte, les effets spéciaux parfois dignes d’un figurant japonais en costume de lézard écrasant une maquette grossière de Tokyo. Mais ce film, porté par la sublime musique de Danny Elfman, est d’une telle sincérité qu’on lui pardonne beaucoup, voire tout, comme ce moment hilarant ou un cascadeur en feu renverse une partie du décor. Ou l’arrivée des « Berserkers » qui rappelle plus X-Or que la Hammer.

Je conseille à tous les amateurs de film d’horreur.

NB : Je n’ai trouvé qu’une seule édition blu-ray du director’s cut dans le commerce, c’est une édition espagnole toutes zones (sans sous-titres français) intitulée Razas de noche. Les sous-titres anglais sont suffisamment bien fichus pour que le film passe tout seul.

NB2 : Cliquez ici pour tout savoir sur les différentes versions du film.

 

 

Butterfly kiss, Michael Winterbottom (1995)

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Eunice (Amanda Plummer, hallucinante au départ, mais vite épuisante) cherche Judith, car Judith aime Eunice. Eunice entre dans des stations services et parle à la caissière, lui demande si elle connaît une certaine chanson qui parle d’amour, mais n’est pas une chanson d’amour (et pour cause, c’est une chanson sur le football). Un jour ça tourne mal et Eunice tue la pauvre vendeuse qui n’avait rien fait pour mériter ça. Peu après, Eunice fait la rencontre de Miriam (Saskia Reeves, très bien, plus subtile), une caissière de station service un peu limitée sur le plan intellectuel et sourde quand elle ne porte pas son appareil. Les deux femmes prennent la route, vers la violence, le partage des épreuves, la mort et, peut-être, l’ultime preuve d’amour.

Disclaimer : spoilers ahead.

Butterfly kiss m’a profondément ennuyé. Le film ne dure que 84 minutes et j’ai bien cru qu’il durait trois heures et quarante-deux minutes. Eunice est folle, elle porte des chaînes en signe de pénitence. Miriam est un peu concon ; on s’intéresse à elle alors forcément c’est de l’amour. Aucun de ces deux personnages ne m’a touché (concon à la plage, la folle fait son show, concon dans la cabine du routier, la folle fait son show, concon à la fête foraine, vous voyez le principe) ; je me suis davantage amusé à observer les contorsions de caméra que Michael Winterbottom s’impose pour ne pas filmer le trou de balle d’une Amanda Plummer qui donne de sa personne… pour le moins. C’est moins ridicule que les mouvements de caméra de Boxing Helena destinés à ne pas filmer le pénis d’un Bill Paxton qu’on suppose, donc, en grande forme.

Butterfly kiss est un road trip sanglant plein de symboles chrétiens (ha ha, la magnifique scène finale !) et de sexe sordide. Vaguement arty, franchement crapoteux, terriblement creux. Pour finir sur une note positive, on notera que les Cranberries hantent avec talent la bande-son de ce looooong-métrage.

 

Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express

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Sherlock Holmes a de sérieux problèmes de cocaïne. Il suit et harcèle un professeur de mathématiques du nom de Moriarty dont le seul fait d’arme semble être la rédaction d’un traité sur les astéroïdes. Désemparé, le docteur Watson demande de l’aide à Mycroft Holmes. Ensemble, ils décident de mettre Holmes sur une piste qui le mènera à Vienne. Holmes croit être proche de coincer Moriarty en flagrant délit d’association de malfaiteurs, il va se retrouver aux bons soins du docteur Freud.

Sherlock Holmes attaque l’Orient-Express de Herbert Ross (on est en droit de préférer le titre original The seven per cent solution) est un chouette film tiré du roman de Nicholas Meyer. Pour tout dire, je trouve le film supérieur au roman (dont on ne se souviendra guère pour ses qualités stylistiques). Nicol Williamson qui restera à jamais dans les mémoires pour avoir incarné le Merlin de John Boorman relève le gant. Robert Duvall incarne un Watson convaincant, et pourtant c’est plutôt du contre-emploi. Alan Arkin est très bien dans le rôle du Dr Freud. Alors évidemment on peut se gausser de cette Vienne où absolument tout le monde parle anglais, on peut trouver le racisme anti-turc du film assez pataud, et en même temps c’est tellement délicieux à voir : le duel sur fond d’antisémitisme, la scène des chevaux qui nous ramène au Hitchock de La Mort aux trousses, l’inénarrable poursuite finale.

Je conseille.