Lake Bodom, Taneli Mustonen (2016)

Bodom

En 1960, quatre jeunes finlandais sont agressés alors qu’ils campent sur les berges du lac Bodom en Finlande. Un seul survivra. Cette affaire ne sera jamais élucidée. Voilà pour les faits réels.

De nos jours, quatre jeunes gens (deux garçons, deux filles) reviennent sur les lieux du meurtre. Les garçons ont menti pour attirer les filles : ils ont parlé d’une cabane, d’une fête. L’une des filles, Ida-Maria, sort d’une histoire pénible : des photos nues d’elle ont été diffusées au lycée par un garçon qu’elle n’a pas réussi à identifier.

Lake Bodom est un petit film d’horreur finlandais. A défaut d’être très réussi, il est plutôt malin. Le réalisateur nous épargne un enième found footage pour nous embarquer dans un jeu de faux-semblants un peu bancal mais pas totalement foiré. Les retournements de notions scénaristiques de plot et counter-plot sont assez malins (à analyser). Le film bascule dans son mitan et change alors totalement de barycentre. C’est limite, mais ça passe…

Soyons clair : l’ensemble est très finlandais (comme serait sans doute « très français » un film sur l’affaire Grégory). Et une partie de l’intérêt du film nous échappe fort probablement. Il y a beaucoup à redire sur l’interprétation des acteurs, mais bon, on peut toutefois se laisser tenter par ce petit film d’horreur prometteur.

 


La musique adoucit les mœurs ? Pas sûr…

Eye in the sky, Gavin Hood (2015)

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C’est l’histoire d’une opération conjointe des services secrets britanniques, de l’armée américaine et de la police kényane dans un quartier de Nairobi tenu par les islamistes shebabs. Un drone est posté dans le ciel et peut frapper à tout moment une maison dans laquelle des terroristes, dont une anglaise convertie à l’Islam, préparent un attentat à la veste piégée. Des hommes sont sur le terrain. Tout le monde est prêt. Mais un grain de sable grippe la machine : une petite fille vend ses pains à côté de la maison.

Eye in the sky est un drôle de film, avec un casting trois étoiles : Helen Mirren en colonel assoiffé de sang, Alan Rickman en officier militaire pragmatique (disons), Aaron Paul en pilote de drone basé au Nevada (ce qui semble idiot, les Américains ont des bases nettement plus près du Kenya). Ni totalement réussi ni totalement raté, Eye in the sky souffle le chaud et le froid. Le Kenya qui nous est montré est complètement à côté de la plaque, pour ne pas dire bidon, et ce n’est pas la présence d’un ou deux acteurs somaliens qui changent fondamentalement la donne. Nairobi (je connais bien) est une capitale d’altitude (1700 mètres en moyenne), très vallonnée, avec un downtown extrêmement moderne et des quartiers plus ou moins pauvres autour, qui vont de la banlieue résidentielle huppée au bidonville coupe-gorge. Passons. Eye in the sky est parfois trop théâtral, trop mécanique, trop fabriqué. Et enfin, ce film en rappelle deux autres de façon insistante, pour ne pas dire gênante : Point Limite de Sidney Lumet (1964) et Good Kill de Andrew Nicol (2014).

Tout n’est cependant pas à jeter, et le dilemme moral qu’implique la possible mort de cette petite fille qui vend du pain est plutôt bien vu. Qu’est-ce qui inacceptable et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Peut-on prendre le risque de tuer une enfant pour empêcher un attentat dont on ignore quel sera le nombre de victimes ?

Point de détail : si la technologie montrée dans ce film existe vraiment (il est heureusement permis d’en douter, pour encore quelques années), la sphère privée n’existe plus sur Terre, réduite à une illusion de plus.

Lenny, Bob Fosse (1974)

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Il s’appelait Leonard Alfred Schneider. On se souvient de lui sous le nom de Lenny Bruce. A l’écran, il est incarné par un Dustin Hoffman au sommet de son art : comique, tragique, touchant, pathétique, odieux, ordurier, infidèle. Lenny Bruce était un comique de one-man-show, un provocateur, un homme qui a osé tendre un miroir à une Amérique trop hypocrite. Avant de devenir célèbre, il a présenté des numéros de striptease, il a donné des représentations bouche-trou absolument minables, qui ne faisaient rire personne. D’une certaine façon, il est né avec dix ans d’avance. Il a devancé la révolution sexuelle. D’une façon certaine, il est mort au moins six ans trop tôt : il aurait blagué pendant des jours et des jours sur le scandale du Watergate. On l’a arrêté de nombreuses fois, jugé pour « obscénité » et il est mort encore jeune, se trompant de priorité, comme tant d’autres.

Lenny est un film de Bob Fosse (Cabaret, All that’s jazz) tourné en noir et blanc. Le montagne non linéaire, qui saute sans cesse d’une époque à une autre mais pour toujours se rapprocher davantage de la chute de Lenny Bruce, est un modèle du genre. L’interprétation est fabuleuse, on pense à Dustin Hoffman, mais on oublie la « déesse goy » Valerie Perrine, prix d’interprétation féminine à Cannes en 1975.

 Lenny est un grand film. Aussi touchant qu’intelligent. Il semble annoncer deux films de Milos Forman : Man on the moon (1999), Larry Flint (1996).

On peut l’acheter en coffret Blu-ray (chez Wild Side), l’objet contient un ouvrage fort instructif de Samuel Blumenfeld : Seul en scène.

Premier Contact, Denis Villeneuve (2016)

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Dans un futur proche, douze immenses vaisseaux aliens se matérialisent sur terre. Dont un au beau milieu du Montana. Le Colonel Weber (Forest Whitaker) engage la spécialiste du langage Louise Banks (Amy Adams) et le physicien Ian Donnelly (Jeremy Renner) pour dialoguer avec les extraterrestres et surtout savoir « pourquoi sont-ils venus ? ».

Voilà un Blu-Ray que j’ai pré-commandé et que je ne regarde qu’un an plus tard ou presque.  Sans doute parce que j’ai un rapport trop personnel non pas avec ce film mais avec le texte dont il est la libre adaptation. Je m’explique.

En avril 2006, alors que je dirigeais la collection Lunes d’encre aux éditions Denoël, j’ai publié le premier recueil (un second est à venir) d’un jeune prodige de la science-fiction américaine : Ted Chiang. L’homme qui écrit en moyenne moins d’une nouvelle par an (une quinzaine de nouvelles recensées depuis 1990). Ce recueil contient une des meilleures histoires de SF jamais écrites « L’Histoire de ta vie », où une linguiste raconte à sa fille unique son expérience de premier contact avec une race extraterrestre qui ne conçoit ni le langage ni le temps de la même façon que nous, Humains. Ce texte de Ted Chiang est un chef d’oeuvre d’intelligence, mais aussi de sensibilité, brillant et sur le fond et sur la forme.

Si on arrive à faire abstraction du texte qui en est à sa source, Premier contact est sans doute un bon film de SF, bien interprété, avec de bons effets spéciaux, atypique dans une production majoritairement boum-boum tac-attaque-attaque. Mais voilà, il m’a été impossible, de bout en bout, d’oublier la novella de Ted Chiang. J’ai détesté ce qu’ils ont enlevé (le personnage joué par Jeremy Renner est vidé de toute sa dimension spéculative ou presque), je n’ai pas aimé ce qu’ils ont rajouté (l’inévitable grammaire cinématographique du thriller – tous les films de science-fiction sont condamnés, par Hollywood, à devenir des thrillers).

Si vous n’avez pas lu le texte, lisez-le plutôt que de regarder le film.

Si vous avez vu le film et que vous l’avez aimé, surtout procurez-vous le texte, même si vous connaissez la fin. De toute façon, la fin est un concept trop humain.

 

Spartan, David Mamet (2004)

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Scott, appelons-le Scott (Val Kilmer au sommet de son art), est un (ancien?) Marine. Il entraîne des soldats et résout des problèmes épineux. Si on lui confie une mission, il ira jusqu’au bout, quelles que soient les méthodes nécessaires ou les pertes humaines potentielles.

Une jeune femme très surveillée (Kristen Bell) a disparu (on apprend assez tard dans le film qu’il s’agit de la fille du Président, mais bon comme les spectateurs sont des imbéciles et qu’il est très important de les traiter comme tels, c’est écrit sur la jaquette du DVD). La mission est évidemment confiée à Scott, qui découvre que la jeune femme fréquentait un bar où des sugar daddys se rendent à la pêche à la minette contre évidemment de belles liasses de dollars. Non seulement, la fille du président a disparu, mais un scandale international est sur les rails. Scott survivra-t-il à cette mission ? A-t-il conscience de la véritable nature de sa mission ?

Quand une cité voisine de Sparte demandait de l’aide à la cité guerrière, Léonidas avait l’habitude de n’envoyer q’un homme.

David Mamet (né en 1947) est surtout connu pour ses scénarios, comme celui des Incorruptibles de Brian de Palma. Mais Mamet est un réalisateur-manipulateur de génie, il aime les faux-semblants et les fausses pistes, les jeux de miroir et fumée. Il l’a prouvé avec trois films, tous recommandables : Homicide, La Prisonnière espagnole, Spartan.

Spartan appartient à cette catégorie de film (formidable) où moins on en sait avant de commencer à regarder, mieux c’est. Tout comme la jaquette du DVD, j’ai déjà été trop bavard. Fort logiquement, j’arrête donc cette recension ici.

Vous savez ce qu’il vous reste à faire…

 

Wolfen, Michael Wadleigh (1981)

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Il y a des films que vous regardez à l’adolescence et qui vous marquent durablement. Pour ma part, ce fut, entre autres, Rollerball de Norman Jewison (1975), vu à la télé (peut-être, je ne me souviens plus trop, dans le cadre des Dossiers de l’écran) ; La Chair et le sang de Paul Verhoeven, vu au cinéma avec ma mère en 85 (j’ai le souvenir qu’elle avait été littéralement estomaquée par la profusion de scènes de sexe et de violence dans le film, comme pour L’année du dragon, même année que nous avions vu en famille avec mon « petit » frère) ; Wolfen, vu à la télé, puis loué en cassette vidéo. Tous ces films se rattachent à des trucs qui passionnent l’adulte que je suis devenu : la violence pour Rollerball, eros&thanatos pour La Chair et le sang, la provocation aussi, et les Amérindiens et l’écologie pour Wolfen.

A priori, Wolfen est un bête « film de monstres », Le pacte des loups à New York (il y a même une scène de Karaté / Kung Fu avec Gregory Hines ;-). Mais rapidement le film à suspens, le film d’horreur classique (via la première scène près du vieux moulin hollandais, la scène dans un quartier du Bronx en pleine démolition) laisse la place à un film extrêmement politique et disons-le aussi « à message écologique ». Wolfen rejoint en cela Nomads de John McTiernan, un film certes imparfait, mais qui vaut largement plus que sa modeste réputation.

Par certains côtés, Wolfen a mal vieilli (c’est marrant, aussi, de voir des gens fumer le cigare au bureau), le procédé d’effets spéciaux censé nous montrer le monde comme les loups le voient a été nettement amélioré depuis, notamment pour le premier Predator (1987 – McTiernan encore). Et aujourd’hui avec le numérique, on fait à peu près ce qu’on veut si le budget suit. Cela dit, Wolfen reste impressionnant, les scènes d’investigation dans les ruines du Bronx sont à peine croyables, on dirait que ça été tournée dans une grande ville allemande ravagée par un bombardement de la Seconde guerre mondiale.

Le casting est très convancaint : Albert Finney en flic sur le fil (de l’alcoolisme), Diane Verona en psychologue (vue plus tard dans Heat),  Gregory Hines en légiste, Tom Noonan en vétérinaire New Age halluciné. Edward James Olmos en Indien lycanthrope (ou pas).

Wolfen n’est sans doute pas un grand film, mais son message politique / métaphorique n’a jamais été aussi pertinent : dans les villes humaines et inhumaines, les loups prospéreront.

 

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Si j’en crois ce site le blu-ray américain est toutes zones et contient des sous-titres anglais. Pour ma part, j’ai un vieux DVD américain qui passe parfaitement sur mon nouveau lecteur dézoné Samsung (« nouveau », car mon fils cadet a cassé le précédent alors qu’il était tout petit et j’ai mis cinq ou six ans à en racheter un autre, ce qui me permet de ressortir tous mes DVD zone 1 comme Bury my heart at wounded knee).