Robot & Frank, Jake Schreier (2012)

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Ancien voleur de bijoux, Frank a des problèmes de mémoire. Il cherche son restaurant préféré et entre dans le magasin de savons et figurines qui l’a remplacé. Là il vole une babiole et se fait repérer, car ce n’est pas la première fois qu’il agit de la sorte. Frank ne fait pas vraiment le ménage et vit dans une petite maison à l’écart de la ville. Il flirte avec la bibliothécaire chaque fois qu’il va chercher un livre qu’il n’a pas lu déjà deux fois. Un jour le fils de Frank débarque avec un robot pour l’aider. Le vieil homme grommelle qu’il n’a pas besoin de ce truc, puis s’habitue à la présence de la machine, jusqu’au jour où il se rend compte que ce robot peut l’aider à autre chose que faire la vaisselle. Frank va alors se lancer dans ce qui risque bien d’être sa dernière aventure.

Robot & Frank est un film de science-fiction à petit budget servi par un casting quatre étoiles : Frank Langella, Susan Sarandon dans le rôle de la bibliothécaire, James Mardsen et Liv Tyler qui jouent les enfants de Frank. Le film est un petit bonbon acidulé, plein de sucre, mais avec un petit goût acide derrière. Ce n’est pas du grand cinéma, mais c’est du bon cinéma dans le sens où il arrive à nous proposer une comédie qui est aussi une réflexion sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes et la place grandissante des robots dans notre société. Tout n’est pas parfait, les effets spéciaux sont au mieux cheap, le scénariste n’a pas pu s’empêcher de glisser un twist un peu gratuit, peu convaincant, mais l’ensemble se regarde avec grand plaisir.

A une époque où plus personne aux USA ne semble capable de tourner un film de science-fiction sans le farcir de fusillades et d’explosions, Robot & Frank fait figure de jolie exception.

Je conseille.

No escape, John Erick Dowdle (2015)

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Dans un pays du sud-est asiatique non nommé (le film a été tourné principalement en Thaïlande, mais aussi au Cambodge), ayant une frontière commune avec le Viêt-Nam, débarquent un ingénieur (Owen Wilson, surprenant), sa femme et leurs deux filles. Il a trouvé un poste chez Cardiff une entreprise spécialisée dans l’eau potable. Ce que cette jolie famille américaine ignore c’est que le Premier Ministre vient d’être assassiné et que le mouvement rebelle à l’origine de cette action est déterminé à tuer tous les employés de Cardiff, suite à un accord économique considéré comme spoliateur.

No Escape surprend et on va dire que c’est sa qualité première. Un peu construit comme un film de zombies où les méchants asiatiques remplacent les morts-vivants, il délivre une tension quasi continue à la limité du supportable, qui culmine dans la scène de « saut » qui implique les deux enfants du couple américain. Film assez peu subtil, qui délivre un message économique et géopolitique pertinent mais sans nuance, No escape dérange par son racisme involontaire, du moins on l’espère. Les acteurs sont impeccables, la tension est à son comble, mais le film manque de réalisme, tout est absolument too much, et son deus ex machina, qu’on voit venir de loin donne furieusement envie de pouffer. Quant aux parallèles qu’il dresse avec le génocide cambodgien, ils sont au mieux maladroits.

Le spectateur qui connaît l’Asie du sud-est reconnaîtra sans mal la graphie si particulière de l’écriture thaïlandaise, mais verra dans les magouilles du Premier Ministre du film un parallèle saisissant avec celles du premier ministre cambodgien Hun Sen, au pouvoir depuis 1985 (sauf entre 1993 et 1998). D’ailleurs bon nombre d’acteurs asiatiques parlent en khmer et non en thaï.

Si vous ne connaissez rien à l’Asie du sud-est, vous pouvez voir No Escape comme un thriller extrêmement prenant. Étouffant même. Pour ma part, ça ne vaut pas le très beau Rangoon de John Boorman.

 

 

Le Lion et le vent, John Milius (1975)

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1904. Un chef berbère (Sean Connery, vraiment surprenant) kidnappe une américaine (Candice Bergen) et ses deux enfants. Le Maroc est plus ou moins occupé par des puissances étrangères : les Français et les Allemands. Le président Roosevelt qui veut être réélu envoie une mission militaire sauver ses compatriotes, odieusement retenus prisonniers dans le désert (du moins, c’est ce qu’il croit). Évidemment, la vérité est un tout petit peu plus compliquée…

De tous les films de John Milius, Le Lion et le vent est à mon sens le plus léger, ce serait presque un film familial sans ses décapitations et ses fusillades. C’est un film qui vaut surtout pour le duel intellectuel que se livrent Sean Connery, excellent, et Candice Bergen, à la fois déterminée et piquante. Mais aussi pour le portrait de Roosevelt, chasseur, amateur de fusils et accessoirement POTUS.

Jamais très sérieux, John Milius s’en donne à cœur joie dans cette illustration sans surprise du syndrome de Stockholm. Il critique le clientélisme, l’interventionnisme américain (on peut même y voir une interrogation sur le bien-fondé de la guerre au Viêt-Nam). Il donne à John Huston un petit rôle savoureux. Et bien avant Conan, il s’interroge sur la barbarie et se demande qui sont les plus barbares : les hommes fiers du désert ou les puissances étrangères en pleine ingérence. Avec des scènes qu’on pourrait qualifier de racistes et d’autres qu’on pourrait qualifier d’antiracistes, un partout balle au centre, il montre avec une certaine légèreté à quel point le colonialisme a été une affaire compliquée.

En 1970 Candice Bergen s’était faite remarquer dans Soldat bleu, un film qui, lui aussi, jouait sur deux tableaux a priori inconciliables, celui de la comédie et celui de la dénonciation brutale de l’extermination des Amérindiens. Dans Le Lion et le vent, le couple improbable qu’elle forme avec Sean Connery rappelle un peu le couple Yul Brynner / Deborah Kerr dans Le Roi et moi (1956).

« Madame, vous êtes une grande perturbation. »

(En VO : « Mrs. Pedecaris, you are a lot of trouble! »)

A découvrir ou re-découvrir.

The Outsider, Martin Zandvliet (2018)

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Osaka. 1954. Un Américain emprisonné (Jared Leto), qui ne parle pas japonais, se lie d’amitié avec un yakuza qui baragouine un tantinet la langue de l’Oncle Sam (Tadanobu Asano, égal à lui même). Les deux hommes passent un marché dans la grande tradition du « tu m’aides, je t’aide », qui devient là : « tu me fais sortir d’ici, je te fais sortir d’ici ».

Une fois dehors, Nick, dont on découvrira tardivement le prénom (et le nom de famille encore plus tardivement), trouve une place de choix dans la pègre japonaise, mais aussi dans le lit de la jolie Miyu (Shioli Kutsuna), la sœur cadette de son bon samaritain. Tous les ingrédients sont là pour que son parcours criminel tourne court… Nick survivra-t-il au monde obscur et implacable des yakuzas.

(Commençons par une anecdote sans intérêt, j’ai découvert l’existence de ce film en cherchant un visuel pour illustrer mon article sur The Outsider, la série télé.)

C’est Kinji Fukasaku qui a popularisé et fait connaître dans le monde entier le genre « film de yakuzas » avec des monuments comme : Guerre des gangs à Okinawa, Combat sans code d’honneur, Okita le pourfendeur, Le Cimetière de la morale. Dans l’ensemble ce sont d’excellents films et j’irai plus loin : tout ce qu’on voit dans les très bons polars de Takeshi Kitano vient de là, ou presque. En 1974, sortait Yakuza de Sydney Pollack (l’immense Sydney Pollack), première tentative américaine un peu sérieuse de se colleter au genre ou du moins à la figure du yakuza. L’année suivante, Sam Peckinpah abordera ce même genre de façon plus oblique et nettement moins subtile dans l’honorable The Killer elite. En 1989, Ridley Scott utilisera la figure classique du jeune Yakuza cruel opposé à ses aînés devenus respectables pour un film populaire un peu bidon mais plutôt sympathique : Black Rain.

On peut être raisonnablement inquiet devant un film qui nous conterait le destin d’un yakuza blanc, yankee de surcroit, en 1954, à Osaka, à une époque où le racisme anti-américain était sans doute à son paroxysme. Et logiquement The Outsider peine à convaincre : parfois l’illusion fonctionne on se croirait presque dans un film japonais, parfois elle ne fonctionne pas et on a l’impression de voir des comportements typiquement occidentaux plaqués sur le monde du crime nippon. La reconstitution est fauchée, on est très loin de ce qu’aurait proposé un Martin Scorsese. Jared Leto est égal à lui-même : ceux qui ne le supportent pas ne le supporteront pas davantage dans ce film que dans les autres. Plus intéressant, son personnage n’est pas ambigüe. Nick est une vraie ordure chez qui on ne sent guère de regret pour quoi que ce soit et aucune rédemption possible. C’est sans doute la vraie audace du film. Qui là, pour le compte, rappelle le cinéma de Fukasaku et lui rend un bel hommage.

Longuet, hésitant entre le naturalisme et la mythologie de la pègre japonaise, The Outsider ne bénéficie pas d’une réalisation inoubliable comme fut celle de Only God Forgives, par exemple. Même si le projet semble sincère, on préféra aller à la source, renouer avec le cinéma vénéneux et scandaleux de Kinji Fukasaku.

 

Major Dundee, Sam Peckinpah (1965)

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1864. Un ranch américain, protégés par des soldats, est attaqué par les Apaches de Sierra Charriba qui kidnappent trois jeunes garçons (la petite fille Roste est tuée, criblée de flèches). Il n’en faut pas plus pour le major Dundee (Charlton Heston) pour monter une opération de secours, illégale, au Mexique, dans laquelle il embarque des soldats, des condamnés, des bandits, donc, et même un groupe de confédérés mené par le capitaine Benjamin Tyreen (Richard Harris) – son ennemi intime. Évidemment, rien ne va se passer comme prévu.

Major Dundee est le troisième long-métrage de Sam Peckinpah après New Mexico (en 1961) et Coups de feu dans la Sierra (en 1962). C’est loin d’être son meilleur film (avis péremptoire, certes, mais « définitif » en ce qui me concerne) ; par contre c’est l’indubitable creuset dans lequel on retrouve quasiment toute sa filmographie à venir. La violence et le côté « Il était une fois au Mexique » ramène à La Horde Sauvage, la traque au sud de la frontière américaine qui prend des chemins détournés évoque Apportez-moi la tête d’Alfredo Garcia (dont quelque part Major Dundee est le brouillon). Comme souvent chez Peckinpah bien des malheurs viennent des femmes et, à bien y réfléchir, plutôt du désir masculin (ah ces hommes qui échouent à réfléchir avant de mettre une pauvre femme sur le dos ou en cloque).

Major Dundee c’est un casting de tuerie. Charlton Heston est têtu, ambiguë, carnassier, comme il a souvent aimé l’être. Richard Harris est flamboyant de bout en bout ; il illumine le film par son talent, sa classe et son charme. James Coburn est épatant en éclaireur manchot. Warren Oates est très bon ; mais a-t-il était ne serait-ce qu’une fois mauvais dans sa (trop courte) carrière ?

Major Dundee c’est un film au rythme cassé, déséquilibré, aux péripéties étranges, qui rappelle Apocalypse Now dans sa façon de montrer un conflit qui ne se déroule jamais comme il devrait. C’est aussi un film « maudit » qui existe en plusieurs versions (123 minutes, 136 minutes, 152 minutes). Je ne l’ai vu qu’en version courte et en version restaurée de 136 minutes qui remplit quelques trous notables (c-à-d la très belle édition Sony de 2017). La version longue est introuvable pour ce que j’en sais. C’est un film aussi plein d’humour. Quand un des personnages dit à Charlton Heston « ne vous baladez pas dans les rues, vous n’avez pas du tout la tête d’un Mexicain »… Heston jouait un policier Mexicain dans La Soif du mal d’Orson Welles en 1958.

Évidemment, un amateur du cinéma de Sam Peckinpah ne peut pas passer à côté, ça reste un film important. Mais ce n’est clairement pas ce film-là que je conseillerai pour découvrir ce réalisateur. Qui fut l’un des plus scandaleux, mais aussi l’un des plus importants du XXe siècle.

L’Adieu au roi, John Milius (1989)

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Février 1945. Un botaniste anglais et son radio (d’origine africaine) sont parachutés sur Bornéo pour rallier à la cause des Alliés les tribus locales contre l’envahisseur japonais, ennemi redoutable s’il en est, car mené par un colonel juqu’auboutiste surnommé le colonel fantôme, reconnaissable entre mille car il monte un cheval blanc.

Le botaniste et son compagnon tombent littéralement des nues quand ils s’aperçoivent que le roi de Bornéo est un Blanc, un ancien syndicaliste et communiste américain qui a déserté car il s’est littéralement senti abandonné par le général MacArthur. Learoyd ne veut pas de cette guerre contre les Japonais, il n’a pas oublié ce que le colonel fantôme a fait subir à ses compagnons faits prisonniers dès leur naufrage sur Bornéo. Mais parfois la guerre quitte les plages et s’enfonce profondément dans les terres.

Avant d’être un film de John Milius, L’Adieu au roi est un très beau roman de Pierre Schoendoerffer que j’avais critiqué ici (sous un nom d’emprunt partagé que j’ai définitivement rendu à d’autres il y a quelques années). Mais bon, John Milius a fini par l’adapter en film, film que j’étais allé voir au cinéma avec ma mère quelques années avant qu’elle ne meure (et donc, bien des années avant de lire le roman). Pour tout dire, j’avais je crois idéalisé le film, à cause justement des souvenir qui s’y rattachaient.

John Milius est un gars très complexe à saisir. Bien épaulé par Oliver Stone, il avait transformé le personnage de Conan en pourfendeur implacable du pacifisme, du flower power, des hippies, de la révolution sexuelle, etc. Transformant, non sans humour, l’œuvre de Robert E. Howard en manifeste politique réactionnaire (j’imagine que c’est ce qu’on appelle réifier une métaphore). On lui doit aussi le scénario d’Apocalypse Now, Jeremiah Johnson, Le Lion et le vent – trois excellents films. Et le scénario anti-coco anti-rouge particulièrement ridicule de l’Aube Rouge qui reste malgré cela (ou à cause) un plaisir cinématographique régressif de premier choix (c’est sans doute inavouable, mais j’ai dû voir L’Aube rouge, l’original, le seul, le vrai, vingt fois minimum).

Mais revenons à Leyroyd, le roi de Bornéo. Il est campé par un Nick Nolte au summum de son art qui, à aucun moment, ne singe le Brando d’Apocalypse Now (c’était bien là le risque). Son destin personnel est fascinant, mais le film n’en rend compte qu’en partie. John Milius ne se hausse jamais au niveau du Cimino de L’année du dragon quand ce dernier filme la jungle en Thaïlande, il n’égale pas Coppola dans sa capacité à donner vie et âme à un environnement hostile. L’Adieu au roi est un film d’aventures honnête, qui a deux ou trois scènes d’anthologie au catalogue (notamment celle du bébé) ; ce n’est malheureusement pas un grand film et surtout pas le meilleur de John Milius. On retrouve quand même ses obsessions habituelles, quelques pics de pensée réactionnaire et en même temps un humanisme et un anti-racisme qu’on aurait cru totalement absents de sa boîte à outils. Pour Leyroyd, la guerre est laide et les femmes sont belles. Milius lui donne à la fois raison et tort.

(Un petit mot pour conclure sur l’édition DVD en ma possession. C’est un carnage dramatique. Le film est en 4:3 ou lieu d’être en 1:85. Un film en 1:85 tourné dans la jungle de Malaisie, soyons clairs, ça ne donne pas grand chose une fois passé aux ciseaux du 4:3. Il n’y a pas de VO, pas de sous-titres, rien. Et le montage proposé est bien entendu le montage européen, moins intéressant que le montage américain. Les deux montages sont de longueur équivalente, mais il y a pas mal de différences très signifiantes. Le film ne dit pas exactement la même chose et c’est là qu’on voit l’importance du montage.)

Aucun homme ni dieu, Jeremy Saulnier (2018)

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Une femme qui habite un petit village isolé d’Alaska, où elle est quasiment la seule Blanche, demande à un spécialiste des loups à la retraite (Jeffrey Wright, impressionnant) de traquer et tuer l’animal qui a dévoré son fils. La troisième victime dans ce même village. Son mari est à la guerre, en Irak. L’homme accepte, il se dit que ce sera l’occasion de renouer avec sa fille qui enseigne l’anthropologie à Anchorage. Un étrange voyage commence, sur une terre inhospitalière, au milieu de gens, des Amérindiens surtout, qui ont des croyances différentes.

(Il serait dommage d’en dire davantage.)

Le réalisateur Jeremy Saulnier n’est pas un inconnu, son second long-métrage, Blue Ruin avait marqué bien des critiques et son troisième film Green Room (moins bon, à mon avis) avait séduit bien des aficionados de l’horreur. Mais aucun de ces deux films ne préparait réellement au choc Aucun homme ni dieu (dont le titre original Hold the dark est bien meilleur, à tous points de vue).

C’est un film sur l’homme, les loups, les légendes, la terre sauvage, les territoires poreux où réel et surnaturel se côtoient avec plus de facilité (on peut y trouver des liens avec ma propre nouvelle « Ethologie du tigre » dans le recueil « Sept secondes pour devenir un aigle »). C’est un film à la fois lent, contemplatif, et terriblement brutal.

Si vous avez aimé Le Territoire des loups (The Grey) de Joe Carnahan, il est très probable que vous tombiez sous le charme de ce Aucun homme ni dieu. J’ai retrouvé dans ce film, bien des caractéristiques des premiers films de Sam Peckinpah, l’alternance de moments contemplatifs et de flambées de violence paroxystiques. Sans aucun doute un des meilleurs films que j’ai vus en cette période de confinement.

Jeremy Saulnier a clairement des choses à dire, j’attends maintenant de pied ferme son nouveau film.