Lovely Molly, Eduardo Sánchez (2011)

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Molly (Gretchen Lodge), technicienne de surface dans un centre commercial, vient de se marier avec Tim (Johnny Lewis), routier absent cinq jours sur sept. Ils ont emménagé dans la grande maison familiale des parents de Molly, morts tous les deux. Molly a un passé tumultueux, elle n’a pas été épargnée par la vie, c’est le moins qu’on puisse dire. Ce passé (hôpital psychiatrique, drogues dures), elle a essayé de l’oublier, elle n’arrive pas à en parler, même avec sa sœur, Hannah. Alors que Tim est absent, Molly commence à entendre des bruits dans la maison. Elle commence aussi à sombrer ; elle croit qu’il est revenu. Est-elle possédée par une force ancienne, est-elle tout simplement en train de se fissurer, vaincue par les fantômes de son passé, personne ne le sait.

Lovely Molly est le film d’horreur d’Eduardo Sánchez que Shaun Hamill avait conseillé aux lecteurs d’Albin Michel Imaginaire pour le dernier Halloween. C’est un film particulièrement éprouvant, au contenu « adulte », pour le moins. Si le scénario n’est pas très original, le film surprend à un autre niveau, notamment sa dimension sexuelle omniprésente, presque exacerbée. L’actrice Gretchen Lodge donne pour le moins de sa personne et montre toute l’étendue de son talent, tantôt séductrice, tantôt hilare, tantôt aux portes de la folie. Les rares scènes de violence sont extrêmement dures.

Moins original, moins abouti qu’It Follows de David Robert Mitchell, Lovely Molly marque par sa volonté de ne pas tout montrer, de laisser beaucoup d’éléments dans les zones d’ombre du récit. Imparfait, mais marquant.

 

Virus, Kinji Fukasaku (1980)

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Le film démarre en 1983 : il ne reste que huit cents soixante-trois personnes en vie sur toute la planète, dans les bases de l’antarctique. A proximité de Tokyo un sous-marin britannique récupère un échantillon d’air. Après analyse, le professeur Latour est catégorique, le virus est toujours présent dans l’atmosphère. Mais il y a peut-être moyen de faire un vaccin.

Le film va ensuite nous raconter tous les dessous de l’affaire, du vol du virus à Leipzig par un lanceur d’alertes avant l’heure, la libération accidentelle dudit virus dans l’atmosphère, son développement en Italie où il devient la « grippe italienne » (sic), puis l’annihilation quasi-totale de l’humanité. Sans oublier un tremblement de terre dans la région de Washington DC qui risque d’avoir des conséquences inattendues (bon là, il ne s’agit plus de suspendre son incrédulité, mais bien de la mettre sur orbite).

Fresque de 2h36, Virus est un film catastrophe à l’ancienne et une co-production internationale (qui accumule tous les défauts habituels de ce genre d’entreprises), d’ailleurs on y retrouve George Kennedy dans un des rôles principaux, acteur habitué aux films catastrophes s’il en est. Au casting, on repèrera aussi Edward James Olmos en erzatz de Che Guevara, Bo Svenson en soldat américain pénible, Glenn Ford dans le rôle du président des USA, Sonny Chiba en médecin japonais (qu’on reconnait à sa voix si caractéristique), Robert Vaughn en sénateur tenace.

« Les Américains n’ont pas le monopole de l’idiotie. »

Pour tout dire, le film est très intéressant (dans le contexte actuel, mais pas que) mais mauvais comme tout. Très mal écrit, il réserve deux ou trois scènes de pure sidération, notamment quand on explique aux huit femmes survivantes qu’il va falloir qu’elles aient toutes plusieurs partenaires pour la survie de la race humaine (c’est à dire le plaisir de ces messieurs), qu’évidemment il va falloir qu’elles en rabattent un peu niveau goûts personnels et intimité. Cette explication survenant juste après une affaire de viol qui va être purement et simplement passée par pertes et profits (on a bien d’autres soucis, ma petite dame). Le « bien commun » a bon dos, du moment que la femme s’y retrouve (sur le dos). Outre les passages pas du tout me too, et le manque de rigueur scientifique de l’ensemble (on va le dire comme ça), il y a quelques scènes d’un ridicule total que je ne vais malheureusement pas lister, car elles interviennent majoritairement sur la fin. On sent que ce qui intéresse avant tout Fukasaku c’est la Guerre Froide (et sa fin éventuelle). D’ailleurs, le bon Kinji cède comme souvent à son jeu de massacre préféré, l’anti-américanisme primaire, et s’en donne à cœur joie.

Le film existe en trois montages, 101 minutes (un massacre total dont il ne reste que les scènes « américaines »), 108 minutes (un massacre, aussi) et la version intégrale de 2h36, la seule qui ait à peu près un sens (la fin réussit la gageure d’être à la fois très belle et totalement ridicule sur le plan « pratique »).

Kinji Fukasaku (mort en 2003) est un réalisateur japonais important, on lui doit quelques films de yakuzas mémorables comme Combat sans code d’honneur en 1973. Il est d’ailleurs considéré comme l’inventeur du genre : « film de pègre japonais ». Le temps ayant fait son œuvre, il est maintenant surtout connu pour avoir mis en scène Battle Royale en 2000. Il a aussi réalisé quelques navets inoubliables ; je vous conseille tout particulièrement Les évadés de l’espace (1978), sa version « personnelle » de Star Wars.

 

L’Homme invisible – Leigh Whannell (2020)

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Cecilia Kass (Elisabeth Moss) étouffe dans sa relation de couple avec Adrian, un génie de l’optique. Ce sentiment d’étouffement est un euphémisme, elle est tout simplement terrorisée. Un soir, elle décide de s’enfuir. Elle drogue le richissime beau gosse, saute le mur et monte dans la voiture de sa sœur Emily au moment où Adrian, furieux, les rejoint. Il casse la fenêtre passager, mais les deux jeunes femmes arrivent à s’échapper et prennent la route de San Francisco. Quelques semaines plus tard, Cecilia apprend le suicide d’Adrian et hérite de cinq millions de dollars qui lui seront versés pendant un peu plus de quatre ans en mensualités de 100 000 dollars.

L’histoire finit bien ? Non, elle ne fait que commencer, car Cecilia se sent épiée et commence à se convaincre qu’Adrian n’est pas mort… qu’il l’observe, devenu invisible. Évidemment tout son entourage trouve cette idée particulièrement ridicule et lui conseille de consulter.

Il est tout à fait possible de prendre du plaisir à voir ce petit film d’horreur, il faut juste débrancher entièrement son détecteur à conneries scénaristiques. Il y en a plein (deux caisses et un peu de reliquat dans la réserve), dont une tellement grosse qu’il est impossible que le réalisateur (et ses producteurs) soient passés à côté ; ils ont donc pris le parti de passer en force. Et c’est là le talent principal de (l’acteur de Saw 1 à 3 devenu réalisateur) Leigh Whannell : il est fort, il sait comme peu de réalisateurs créer des moments de tension extrême (je dois admettre que plus d’une fois je me suis retrouvé cramponné à mon siège). Du même, j’avais bien aimé Upgrade.

Étrangement cet Homme invisible m’a ramené au regretté écrivain de science-fiction Charles Sheffield et à sa nouvelle « The Lady Vanishes » (Science Fiction Age, novembre 1996) qui me semble, pour le souvenir que j’en ai, entretenir un point commun troublant avec cette variation moderne sur L’Homme Invisible et le pouvoir que confère l’invisibilité (déjà considéré par Platon, ce qui ne nous rajeunit pas).

Sinon en cette époque précise, celle d’Adèle Haenel et de l’affaire Violanski, en cette époque où Virginie Despentes exhorte les femmes à se lever et à se casser, le film acquiert un peu malgré lui une vraie puissance métaphorique.

 

The Strangers – Na Hong Jin (2016)

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Dans un petit village de Corée du sud (qui donne son nom original au film : Goksung et qui existe vraiment), un certain nombre de drames ont lieu : meurtres, suicides, un incendie, une épidémie d’urticaire surinfecté.
Trois visions de la même série d’événements s’affrontent.
Le diable est parmi nous et c’est cet étranger (un Japonais) qui vit en ermite dans la montagne, sa cabane gardée par un terrifiant molosse noir. Vision chrétienne.
Les gens ont mangé de mauvais champignons et une épidémie d’urticaire, de folie et d’hallucinations collectives s’en est suivie. Avis médical imparfait, les docteurs ne savent pas, ne sont pas sûrs.
L’équilibre du village est rompu par un fantôme, un esprit extrêmement malfaisant. Vision du chaman, animiste et bouddhiste. Seul problème : le Japonais n’est pas un fantôme…

Ajoutez à cela un personnage féminin énigmatique (ange ou démone), un flic peureux, un diacre qui fait office d’interprète du Japonais, un prêtre qui conseille au flic de faire confiance en la médecine, etc.
Le film s’ouvre sur une citation de la bible, c’est une sorte de clé de code pour comprendre les enjeux. Le diable ou un fantôme ? Un ange ou une démone ? Un être de chair et de sang ou un esprit malfaisant ?
Jusqu’à la fin (qui est double) le réalisateur invite le spectateur à se placer dans une perspective plutôt chrétienne (ce qui rejoint dans la démarche le très intéressant et marquant Je viens avec la pluie de Tran Anh Hung). Il est sans doute utile de préciser qu’à Goksung, dans notre monde, des chrétiens ont été martyrisés au XIXe siècle.

Goksung brasse toutes les croyances&religions (ou presque) répandues en Corée du sud. Mais il n’oppose pas la religion catholique au chamanisme bouddhique. Les deux systèmes religieux interprètent différemment (en parallèle) les événements en cours à Goksung. Pour les catholiques, il faut faire confiance (à Dieu et à ses anges, sur le plan spirituel ; aux médecins, sur le problème de santé publique), pour le chaman, il faut rééquilibrer ce qui a été déséquilibré, en tuant le démon/fantôme/esprit malfaisant (ce qui donnera lieu à la scène la plus hallucinante du film, une cérémonie chamanique filmée avec brio, et qui ressemble étrangement à certaines cérémonies vaudous / haïtiennes).

La première fois que j’ai vu The Strangers, il m’a semblé raté et en même temps proche du chef d’œuvre. Raté dans sa rythmique imparfaite et son utilisation un peu grand-guignolesque d’une imagerie démoniaque occidentale qui me semble dépassée (ce qu’a, à mon sens, très bien compris / assimilé Lars von Trier dans Antichrist puis son goguenard The house that Jack Built). Na Hong-Jin (The chaser, The Murderer) a voulu tourner une série télé sans le savoir : il a multiplié les intrigues, les personnages, les épisodes. Il aurait pu faire de Goksung un formidable pendant coréen au Shokuzai de Kurosawa Kiyoshi, ou à Twin Peaks. D’ailleurs en parlant de Twin Peaks, on retrouve du David Lynch dans ce film, notamment via l’utilisation d’objets qui font le lien entre certains personnages : des photos, une herbe accrochée à l’entrée d’une maison, un appareil photo à flash intégré. Il y a aussi deux parentés évidentes (peut-être involontaires) mais quand même très fortes : Les diables de Ken Russell, L’Exorciste de William Friedkin.
A la seconde vision, j’ai beaucoup plus apprécié le film et ai eu envie de rajouter une influence qui ne m’avait pas sauté aux yeux la première fois, celle du Rashomon d’Akira Kurosawa.

Il existerait, parait-il, un montage plus long du film (qui en l’état fait quand même 2h36) ; je serais très curieux de le voir.

Sinon, je laisse le mot de la fin au réalisateur : « En Corée, pas mal de personnes me voient comme le Diable incarné, un réalisateur maléfique. Ça me va. »

The Irishman, Martin Scorsese (2019)

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The Irishman (l’irlandais) c’est Frank Sheeran (Robert De Niro), camionneur, voleur et tueur pour la mafia qui va prendre une importance considérable dans l’organisation syndicale de Jimmy Hoffa (Al Pacino). Protégé par Russel Bufalino (Joe Pesci), Frank va monter, monter, monter ; mais à quel prix ?

[AVIS AVEC SPOILERS – vous voilà prévenus]

The Irishman est, en matière de film sur le crime, l’exact opposé de Heat de Michael Mann qui en 1995 révolutionnait le polar en mettant face à face un flic totalement azimuté, vorace, interprété par Al Pacino et un voleur extrêmement organisé, interprété par De Niro. Pacino finissait par tuer De Niro. Avant ça le duel entre les deux avait acquis un aspect mythologique via une conversation, un face à face, qui restera dans les mémoires, sans doute beaucoup plus que leur fusillade finale, près de l’aéroport de Los Angeles. Heat construisait une mythologie avec des inconnus, The Irishman redescend des gens connus (Hoffa, le clan Kennedy, la mafia New Yorkaise à l’origine de la création de Las Vegas) à hauteur d’homme, en fait parfois de simples pions, montre des gangsters idiots, incultes, craspecs et pour tout dire foncièrement médiocres qui rappellent ceux de Gomorra. On est loin de la flamboyance de la trilogie du Parrain de Coppola.

Dans The Irishman, la conclusion est connue depuis le début : Frank va tuer Jimmy Hoffa. Pourquoi et comment forment les deux arrêtes centrales du film. Pourquoi, à cause des Casino, de Cuba, de JFK, de la collusion entre les politiques et la mafia italienne. Ça nous ramène à American Tabloid de l’infréquentable James Ellroy (plutôt un bon bouquin, cela dit). Comment, c’est par le biais d’un long voyage en voiture que Frank fait avec Russell et leurs deux épouses qui n’ont de cesse de faire arrêter le véhicule pour pouvoir cloper et papoter. Dans The Irishman, les mots tuent plus que les coups de revolver. Le mot est un art subtil, le revolver juste un outil vulgaire. L’acier bleui, Scorsese ne s’y attarde pas, il s’en débarrasse dans une rivière où les armes s’accumulent. Il se concentre sur le portrait d’un homme qui semble avoir tout réussi et a tout raté, notamment sa vie de famille. Un homme très entouré et pourtant très seul. Le film entretient un dialogue inévitable avec Heat mais aussi avec ce qui est sans doute le plus grand film de l’histoire du cinéma : Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, dans lequel jouaient déjà Robert de Niro et Joe Pesci.

The Irishman dans sa volonté réaliste, naturaliste ai-je presque envie d’écrire, est une grande fresque de la médiocrité et de l’échec, une sorte de tragédie morale russe, greffée sur le territoire américain. Joe Pesci y est formidable de bout en bout, un oscar ne serait pas volé. Le procédé de rajeunissement des visages a parfois tendance à figer les expressions, surtout chez Al Pacino, trouvé-je. C’est un procédé bluffant, la plupart du temps, mais qui dans certaines scènes est un peu trop voyant. Robert De Niro semble rejouer un rôle qu’il a déjà interprété plusieurs fois, notamment dans Casino. Il a échoué à m’impressionner ; ça fait longtemps que je me dis que cet acteur n’est plus le monstre qu’il a été. The Irishman est un lent requiem, un film sur la mort, la trahison. C’est aussi le film d’un vieil homme (Martin Scorsese a 78 ans). Ce n’est pas un mauvais film, loin de là, mais il a peiné à me surprendre et son faux-rythme m’a semblé au final assez fatigant.

Je suis déçu, mais je comprends qu’on puisse trouver ça génial.

 

Replicas, Jeffrey Nachmanoff (2018)

Replicas

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[Attention critique avec spoilers.]

 

William Foster (Keanu Reeves) travaille dans un immense laboratoire d’Arecibo, à Puerto Rico, où il essaye de télécharger la mémoire de soldats morts dans un robot humanoïde. L’expérience ne donne pas les résultats escomptés ; si Johnny Mnemonic William maîtrise bien la première partie du processus (charger la mémoire humaine d’un mort sur un support informatique – bravo quand on sait à quelle vitesse se dégrade de façon irréversible la matière cérébrale immédiatement après le décès), il n’arrive pas à downloader cette mémoire dans le robot. Il y a toujours une forme de rejet. Là (quand le film commence) c’est le robot qui entreprend de s’arracher le visage dans un accès de désespoir. William est très proche de réussir, il le sent au fond de son petit cœur mouillé de larmes de frustration, mais bon pour le moment, ça veut pas.

Un soir alors qu’il part en famille (avec sa femme et leurs trois enfants) faire du bateau, leur voiture sort de route et, grosse catastrophe, il est le seul survivant. Que croyez-vous qu’il fait : au lieu d’appeler la police, les secours ou à la rigueur Superman (pour faire tourner la Terre dans l’autre sens), il appelle son collègue de bureau, Ed (Thomas Middleditch), et ensemble ils commencent à sauvegarder la mémoire de chacun des décédés. Puis, comme il y a urgence à faire quelque chose d’intelligent, ils volent trois cuves pour développer des clones (dont on nous dit que chacune d’elles coûte 1,7 million de dollars), puis ils décident logiquement de développer trois clones : la maman et deux des trois enfants. Il faudra tirer au sort et pas de bol c’est la benjamine, Zoé, qui perd. (Quitte à ne pas ressusciter un des enfants, j’aurais choisi un des deux adolescents, mais c’est sans doute mon expérience qui parle).

Bon, à ce moment-là (quand ils volent plusieurs millions de dollars de matériel médical et l’installent dans le sous-sol du pavillon de location) le spectateur décroche (je pense que si je partais avec un des immense photocopieurs du bureau, quelqu’un finirait par s’en apercevoir) et pourtant ce n’est que le tout début du film. Le meilleur reste à venir.

Une fois les cuves installées, et qu’on nous explique que ce processus-là de clonage humain n’a jamais marché auparavant (mais eux ils sont trop balèzes, ils vont y arriver), Ed demande à William s’il a un groupe électrogène, histoire d’avoir une source de courant en cas de coupure supérieure à 7 secondes et, là, William qui est garagiste à Cincinatti en plus de père de famille, neurochirurgien et informaticien de génie à Puerto Rico entreprend de voler les batteries de voiture de tout le quartier. Le film qui était mongoloïdocyberpunk devient 12voltspunk, un nouveau genre.

Le spectateur ayant déjà décroché, il ne lui reste plus qu’à glisser lentement dans le tunnel stroboscopique et plutôt coloscopique, d’ailleurs, de la quatrième dimension : il comprend avec joie plus qu’effarement que ce film relève non seulement du portnawak total, mais qu’en plus les scénaristes ne vont même pas produire l’effort de faire semblant. C’est un peu comme si un magicien coupait une femme en deux avec une scie et alors qu’elle hurle d’arrêter, que ça pisse le sang de partout, il s’arrête de scier pour se griller une cigarette et dire : « ne vous inquiétez pas, ça fait partie du show ».

Passé le coup des batteries, Replicas continue sur la même lancée (en mieux, ou en pire, ça dépend du point de vue) : les trois clones arrivent à maturation au bout de 17 jours (oui, c’est un peu plus long qu’une pizza au micro-ondes). Et quand je dis à maturation : la maman arrive donc à l’âge de quarante-cinq ans environ, la fille est une ado, le garçon est un ado un peu plus jeune que sa sœur, tout le monde a les cheveux à la bonne longueur, etc. (c’est là qu’on voit que nos deux scientifiques sont complètement à côté de la plaque, dans notre monde on gagnerait beaucoup plus d’argent avec un procédé qui permettrait d’avoir une chevelure parfaite en 17 jours qu’avec ces histoires sordides et hasardeuses de téléchargement de mémoire). Et là, voyant sa femme toute nue sortir de sa cuve, prête à l’emploi, bingo !, éclair de génie, papa William a un doute : comment il va expliquer à Maman la tragique disparition de Zoé. Comme il est le maître de la mémoire, William décide d’effacer la gamine, dans les souvenirs de ses trois cobayes avant réimplantation, puis dans la maison, où il retire le lit superposé, les dessins, les photos… Pendant ce temps-là, le monde extérieur ne s’inquiète guère de la disparition de la mère et de ses trois enfants. Un petit mail à l’école, un autre au boulot, et le problème est réglé. Une prof zélée passe cogner à la porte (le zèle professoral à ce point-là, c’est louche), mais une excuse bidon la renvoie à sa classe.

Bon c’est pas tout ça, comme William a récupéré les trois quarts de sa famille, il faut un élément de tension dramatique. Un méchant, quoi. C’est qui le méchant de l’histoire ? C’est un film de science-fiction, il y a forcément un méchant, non ? Donc l’ordure de service (minimum) c’est le patron de William, l’infâme Jones qui va finir par expliquer à William que si on essaye de télécharger la mémoire de soldats morts dans des robots c’est peut-être parce qu’on est financé par… des militaires. Et là, William tombe des nues, comment serait-ce possible, je ne travaille pas pour Toy’s r Us, Unilever ou le bien de l’humanité ?

Bon, sur la fin, ça manque un peu d’explosion et de fusillades, problèmes de budget, ils avaient tout foutu dans le salaire de Keanu Reeves, mais rassurez-vous toute cette histoire de fous finit plutôt bien.

Au final, Replicas ressemble à une nouvelle de Greg Egan adaptée par un des scénaristes des Simpsons un lendemain de cuite au guacamole fermenté.

Incontournable.

 

Le gangster, le flic et l’assassin – Lee Won-Tae (2019)

The Gangster, the Cop, the Devil, affiche

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Jung est un flic incorruptible (ambitieux, aussi). Il sait que son supérieur a un accord avec la pègre locale, notamment celle des jeux d’argent illégaux. Il a un certain réseau en ligne de mire et compte bien leur en faire baver un max’. Dans sa ville, un tueur assassine des innocents, toujours de la même façon : il percute doucement leur voiture par l’arrière et au moment des constatations les cribles de coups de couteau. Un jour, l’assassin s’en prend à Jang, un gangster. Celui que Jung tient absolument à coffrer. Jang survit. Jang blesse son agresseur. Jang se promet de retrouver le tueur en série avant la police et de lui régler son compte une fois pour toutes. Jung, lui, promet de mettre cet assassin derrière les barreaux.

Plutôt fun, bien rythmé (on ne voit pas le temps passer) Le gangster, le flic et l’assassin ne restera pas dans les annales des grands polars coréens poisseux. On est très loin de l’ampleur scorsesienne de New World, de la tension quasi-insupportable de The chaser ou de la cruauté exacerbée du Flic aux hauts-talons. C’est un divertissement convaincant, avec des péripéties assez invraisemblables sur lesquelles, dans le feu de l’action, on jette un joli voile d’indulgence. Dans le rôle du gangster, Ma Dong-Seok est plus que convaincant ; pour tout dire : il déchire tout. Kim Moo-yul qui incarne le flic est une sorte de Mark Wahlberg sud-coréen (pas sûr que ce soit un compliment). Quant à l’assassin, il assassine, ce qui n’est pas forcément le rôle au spectre le plus large.

Plaisant.