Banshee (HBO 2013-2016)

Banshee

Il a passé 15 ans en prison pour sauver la peau de son amour de toujours, la fille du mafieux ukrainien M. Lapin. Et voilà : il sort de prison, Fleury-Mérogis rien que ça, et grâce à son ami drag queen du 13e, Petit Bouleau (surnom probablement à caractère sexuel), il retrouve la trace de Christine (née Anastasia Lapin). Elle vit à Romorantin, à proximité d’une congrégation de Witnesses, ces gens hyper croyants qui vivent comme on vivait en Sologne au XVIe siècle (carriole à cheval pour tout le monde, pas de sextoy, pas de rouge à lèvre, pas de Louboutin, pas de télévision pour suivre l’émission de téléréalité « Enfile-moi dans le foin, ma belle France Profonde »).

Le lendemain notre voleur arrive à Romorantin, dans une voiture volée. Il a faim, normal après toute cette route. Alors il se cale sur une chaise en bois dans le meilleur restaurant local : le repaire de Chasse, Pêche, Nature et Tradition. Il commande un poulet-frites et voilà que le futur chef de la gendarmerie de Romorantin qui dégustait un steak purée, Lucas Bonnet, se faire assassiner (la veille du jour de sa prise de fonction, c’est ballot) par deux connards aux ordres du caïd local : Caille Le Proctologue, un ancien witness reconverti dans la viande, la prostitution, les armes à feu et les narcotiques. Sans trop hésiter, faire profil bas n’est pas de son genre, notre voleur tue les deux connards, non sans l’aide d’un ancien boxeur de banlieue devenu le patron du repaire local de Chasse, Pêche, Nature et Tradition. Puis, devenus potes, ils enterrent les corps. Ça c’est fait. C’est alors que le voleur a l’idée géniale de la semaine, du mois peut-être, il appelle son pote drag queen coréen, Petit Bouleau, et lui dit :

 » Il faut que je devienne le futur chef de la gendarmerie de Romorantin : Lucas Bonnet.

– Arrête tes conneries : t’as été le voleur le plus recherché de la capitale, ta trombine sur TF1 à 20H01 . T’as tiré quinze ans à Fleury. M. Lapin veut récupérer ses diamants. Il y en a au moins pour dix millions.

– Il me faut reconquérir le cœur de Christine, je ne peux pas vivre sans elle. Surtout que je crois que sa fille est ma fille. Il faut que je devienne le futur chef de la gendarmerie de Romorantin : Lucas Bonnet.

– Ok, t’as gagné, mais je te préviens ça va être très très difficile. Laisse-moi deux heures.  »

Devenu chef de la gendarmerie de Romorantin, notre voleur va avoir du boulot sur la planche : ses collègues de travail sont surpris par ses méthodes parisiennes, Caille Le Proctologue est pas du tout impressionné, Christine a pondu deux gamins, officiellement avec son mari qui n’est autre que le procureur de la république (mais pour l’aînée les dates matchent pas trop), les Gitans locaux (qui gèrent les jeux d’argent) sont sur le point de perdre leur chef spirituel, rongé par le crabe. Et M. Lapin a levé son armée pour visiter Romorantin, récupérer ses diamants et sa fille Anastasia, qu’il n’a pas embrassé depuis quinze ans. Ajoutez à cela une Witness barely legal chaude comme la braise, qui n’est autre que la nièce perverse de Caille le Proctologue, une Gitane (chaude comme la braise) experte en lancer de tomahawk, une gendarmette d’origine irlandais (chaude comme la braise, c’est un truc local), une assistante du procureur martiniquaise (chaude comme la braise, elle aussi), quelques prostituées grassouillettes mais bonnes mères de famille, et vous vous dites que Romorantin est vraiment l’endroit hype où passer ses vacances en familles. Ou plutôt sans, comme à Pattaya.

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Sinon Banshee c’est le remake américain, forcément moins bien. Ça se passe à Banshee en Pennsylvanie, avec des truands, des Amish (vous savez comme dans le film Witness), des Amérindiens et tout un tas de jeunes femmes qui, pour des raisons assez incompréhensibles, confient toutes leurs examens gynécos approfondis au nouveau shérif, le viril Lucas Hood. Mais j’imagine que ça doit être pareil aux USA qu’en France : ils est de plus en plus difficile d’avoir un RDV avec un spécialiste.

Dire qu’il faut suspendre son incrédulité est un euphémisme, mais sinon c’est plutôt génial dans le genre poisseux (sangs, crachats et sécrétions vaginales)…

Lili-Simmons

(Lili Simmons dans Banshee – aka « la nièce perverse »)

Lake Bodom, Taneli Mustonen (2016)

Bodom

En 1960, quatre jeunes finlandais sont agressés alors qu’ils campent sur les berges du lac Bodom en Finlande. Un seul survivra. Cette affaire ne sera jamais élucidée. Voilà pour les faits réels.

De nos jours, quatre jeunes gens (deux garçons, deux filles) reviennent sur les lieux du meurtre. Les garçons ont menti pour attirer les filles : ils ont parlé d’une cabane, d’une fête. L’une des filles, Ida-Maria, sort d’une histoire pénible : des photos nues d’elle ont été diffusées au lycée par un garçon qu’elle n’a pas réussi à identifier.

Lake Bodom est un petit film d’horreur finlandais. A défaut d’être très réussi, il est plutôt malin. Le réalisateur nous épargne un enième found footage pour nous embarquer dans un jeu de faux-semblants un peu bancal mais pas totalement foiré. Les retournements de notions scénaristiques de plot et counter-plot sont assez malins (à analyser). Le film bascule dans son mitan et change alors totalement de barycentre. C’est limite, mais ça passe…

Soyons clair : l’ensemble est très finlandais (comme serait sans doute « très français » un film sur l’affaire Grégory). Et une partie de l’intérêt du film nous échappe fort probablement. Il y a beaucoup à redire sur l’interprétation des acteurs, mais bon, on peut toutefois se laisser tenter par ce petit film d’horreur prometteur.

 


La musique adoucit les mœurs ? Pas sûr…

Broken Trail, Walter Hill (2006)

brokentrail

Un oncle (Robert Duvall) va remettre à son neveu (Thomas Haden Church) qu’il ne connaît guère une lettre de sa sœur décédée. Elle a déshérité son fils et lui explique pourquoi. Mais l’oncle ne l’entend pas de cette oreille et propose au cow-boy de convoyer des chevaux et de partager les bénéfices 75/25. En route, ils rencontrent une ordure (James Russo, immonde de la première à la dernière seconde) qui convoie cinq jeunes chinoises vierges (enfin… une ne l’est plus, le convoyeur a pris un petit bonus) vers leur lieu de prostitution. Une des chinoises a les pieds bandés. La rencontre ne se passe pas très bien (euphémisme), et les deux cow-boys se retrouvent avec les cinq chinoises sur les bras. Mais que vont-ils pouvoir faire de ses pauvres filles totalement perdues ?

The Broken trail est un téléfilm de trois heures. Clint Eastwood (ou Kevin Costner) aurait pu en faire un film de trois heures avec une image un poil plus léchée, sans changer le casting, qui est juste parfait. Avec, en tête de gondole, un Robert Duvall impérial, qui ne comprend rien aux femmes, et ne s’emmerde pas à essayer de connaître les prénoms de ses cinq protégées. Il les appellera Un, Deux, Trois, Quatre et Cinq. Pourquoi faire compliqué (chinois) quand on peut faire simple (cow boy) ? Greta Scacchi incarne une prostituée vieillissante avec une conviction rare. Et fait communiquer son besoin d’amour (véritable) avec une économie dans le jeu qui force l’admiration. Rusty Schwimmer est bluffante en mère maquerelle à poigne.

Le film est évidemment épouvantable dans son soucis permanent de réalisme. Le sort de ces filles noue le cœur. La conquête de l’Ouest s’est bien souvent faite sur le dos des femmes. Walter Hill ne s’est jamais montré aussi soucieux des minorités ethniques, sans doute porté par un scénario qui n’est pas le sien, signé Alan Geoffrion.

Au final, c’est un très très beau téléfilm, extrêmement dur, qui n’est pas sans évoquer le fabuleux Open Range et le marquant The Homesman.

 

 

Eye in the sky, Gavin Hood (2015)

eyeinthesky

C’est l’histoire d’une opération conjointe des services secrets britanniques, de l’armée américaine et de la police kényane dans un quartier de Nairobi tenu par les islamistes shebabs. Un drone est posté dans le ciel et peut frapper à tout moment une maison dans laquelle des terroristes, dont une anglaise convertie à l’Islam, préparent un attentat à la veste piégée. Des hommes sont sur le terrain. Tout le monde est prêt. Mais un grain de sable grippe la machine : une petite fille vend ses pains à côté de la maison.

Eye in the sky est un drôle de film, avec un casting trois étoiles : Helen Mirren en colonel assoiffé de sang, Alan Rickman en officier militaire pragmatique (disons), Aaron Paul en pilote de drone basé au Nevada (ce qui semble idiot, les Américains ont des bases nettement plus près du Kenya). Ni totalement réussi ni totalement raté, Eye in the sky souffle le chaud et le froid. Le Kenya qui nous est montré est complètement à côté de la plaque, pour ne pas dire bidon, et ce n’est pas la présence d’un ou deux acteurs somaliens qui changent fondamentalement la donne. Nairobi (je connais bien) est une capitale d’altitude (1700 mètres en moyenne), très vallonnée, avec un downtown extrêmement moderne et des quartiers plus ou moins pauvres autour, qui vont de la banlieue résidentielle huppée au bidonville coupe-gorge. Passons. Eye in the sky est parfois trop théâtral, trop mécanique, trop fabriqué. Et enfin, ce film en rappelle deux autres de façon insistante, pour ne pas dire gênante : Point Limite de Sidney Lumet (1964) et Good Kill de Andrew Nicol (2014).

Tout n’est cependant pas à jeter, et le dilemme moral qu’implique la possible mort de cette petite fille qui vend du pain est plutôt bien vu. Qu’est-ce qui inacceptable et qu’est-ce qui ne l’est pas ? Peut-on prendre le risque de tuer une enfant pour empêcher un attentat dont on ignore quel sera le nombre de victimes ?

Point de détail : si la technologie montrée dans ce film existe vraiment (il est heureusement permis d’en douter, pour encore quelques années), la sphère privée n’existe plus sur Terre, réduite à une illusion de plus.