Lenny, Bob Fosse (1974)

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Il s’appelait Leonard Alfred Schneider. On se souvient de lui sous le nom de Lenny Bruce. A l’écran, il est incarné par un Dustin Hoffman au sommet de son art : comique, tragique, touchant, pathétique, odieux, ordurier, infidèle. Lenny Bruce était un comique de one-man-show, un provocateur, un homme qui a osé tendre un miroir à une Amérique trop hypocrite. Avant de devenir célèbre, il a présenté des numéros de striptease, il a donné des représentations bouche-trou absolument minables, qui ne faisaient rire personne. D’une certaine façon, il est né avec dix ans d’avance. Il a devancé la révolution sexuelle. D’une façon certaine, il est mort au moins six ans trop tôt : il aurait blagué pendant des jours et des jours sur le scandale du Watergate. On l’a arrêté de nombreuses fois, jugé pour « obscénité » et il est mort encore jeune, se trompant de priorité, comme tant d’autres.

Lenny est un film de Bob Fosse (Cabaret, All that’s jazz) tourné en noir et blanc. Le montagne non linéaire, qui saute sans cesse d’une époque à une autre mais pour toujours se rapprocher davantage de la chute de Lenny Bruce, est un modèle du genre. L’interprétation est fabuleuse, on pense à Dustin Hoffman, mais on oublie la « déesse goy » Valerie Perrine, prix d’interprétation féminine à Cannes en 1975.

 Lenny est un grand film. Aussi touchant qu’intelligent. Il semble annoncer deux films de Milos Forman : Man on the moon (1999), Larry Flint (1996).

On peut l’acheter en coffret Blu-ray (chez Wild Side), l’objet contient un ouvrage fort instructif de Samuel Blumenfeld : Seul en scène.

Premier Contact, Denis Villeneuve (2016)

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Dans un futur proche, douze immenses vaisseaux aliens se matérialisent sur terre. Dont un au beau milieu du Montana. Le Colonel Weber (Forest Whitaker) engage la spécialiste du langage Louise Banks (Amy Adams) et le physicien Ian Donnelly (Jeremy Renner) pour dialoguer avec les extraterrestres et surtout savoir « pourquoi sont-ils venus ? ».

Voilà un Blu-Ray que j’ai pré-commandé et que je ne regarde qu’un an plus tard ou presque.  Sans doute parce que j’ai un rapport trop personnel non pas avec ce film mais avec le texte dont il est la libre adaptation. Je m’explique.

En avril 2006, alors que je dirigeais la collection Lunes d’encre aux éditions Denoël, j’ai publié le premier recueil (un second est à venir) d’un jeune prodige de la science-fiction américaine : Ted Chiang. L’homme qui écrit en moyenne moins d’une nouvelle par an (une quinzaine de nouvelles recensées depuis 1990). Ce recueil contient une des meilleures histoires de SF jamais écrites « L’Histoire de ta vie », où une linguiste raconte à sa fille unique son expérience de premier contact avec une race extraterrestre qui ne conçoit ni le langage ni le temps de la même façon que nous, Humains. Ce texte de Ted Chiang est un chef d’oeuvre d’intelligence, mais aussi de sensibilité, brillant et sur le fond et sur la forme.

Si on arrive à faire abstraction du texte qui en est à sa source, Premier contact est sans doute un bon film de SF, bien interprété, avec de bons effets spéciaux, atypique dans une production majoritairement boum-boum tac-attaque-attaque. Mais voilà, il m’a été impossible, de bout en bout, d’oublier la novella de Ted Chiang. J’ai détesté ce qu’ils ont enlevé (le personnage joué par Jeremy Renner est vidé de toute sa dimension spéculative ou presque), je n’ai pas aimé ce qu’ils ont rajouté (l’inévitable grammaire cinématographique du thriller – tous les films de science-fiction sont condamnés, par Hollywood, à devenir des thrillers).

Si vous n’avez pas lu le texte, lisez-le plutôt que de regarder le film.

Si vous avez vu le film et que vous l’avez aimé, surtout procurez-vous le texte, même si vous connaissez la fin. De toute façon, la fin est un concept trop humain.