Häxan, Benjamin Christensen (1922)

haxan

Sous-titré « La sorcellerie à travers les âges », tourné la même année que le Nosferatu de Murnau, Häxan est un des films les plus étranges que j’ai vus au cours de ma vie.

C’est un documentaire de 1922, en sept parties, sur l’histoire de la sorcellerie où les « actes » sont rejoués par des acteurs professionnels (re-enacment), procédé révolutionnaire pour l’époque.

Le coffret Potemkine en ma possession contient trois versions du film (toutes tirées d’un nouveau master restauré) :

  • La version de 87 mn, sur une musique de Bardi Johannsson, interprétée par le Bulgarian Chamber Orchestra.
  • Le version de 76 minutes, narrée par William S. Burroughs, sur une bande-son de Jean-Luc Ponty.
  • La version de 104 minutes, accompagnée d’une nouvelle bande-son de Mattie Bye.

J’ai visionné la version de 87 minutes, tout simplement car c’est celle qui est disponible « par défaut », dans le DVD1. Häxan est étonnant de bout en bout ; j’ignorais que c’était un « film à thèse » et celle-ci colle aux connaissances psychiatriques de l’époque (1922). En pleins remous weinsteiniens, le film acquiert un drôle de sous-texte involontaire / back to the future, nous parlant d’une époque où « il ne fallait pas être vieille et laide… ou jeune et belle ». Les violences faites aux femmes sont aussi anciennes que l’humanité.

Sans doute un peu léger sur les racines de la sorcellerie et sur la méfiance « naturelle » que la femme a toujours suscité au sein de la chrétienté, daté en termes de connaissances médicales, Häxan n’en demeure pas moins un film hallucinant. Bien qu’il soit muet, bien qu’il y ait des intertitres en suédois sous-titrés en français, on oublie sans cesse avoir affaire à un film de 1922. A tel point que je n’ai eu de cesse de penser au canular de Costa Botes et Peter Jackson : Forgotten silver.

La version de 87 minutes ne donne aucune référence à l’affaire des démons de Loudun. Mais on ne peut s’empêcher d’y penser. Un film à ranger avec Les Diables de Ken Russell, chef d’oeuvre baroque et un poil too much (du Ken Russell, quoi) dont on attend toujours une version DVD ou Blu-Ray digne de ce nom.