
Le tome 2 de la traduction tchèque de La Voie du sabre version Mathieu Mariolle (au scénario) et Federico Ferniani (au dessin). Chez Zanir (pour une raison que j’ignore, ils ont gardé la marque Glénat en première de couv’).
Ecrivain & scénariste

Le tome 2 de la traduction tchèque de La Voie du sabre version Mathieu Mariolle (au scénario) et Federico Ferniani (au dessin). Chez Zanir (pour une raison que j’ignore, ils ont gardé la marque Glénat en première de couv’).

L’avantage d’aborder un film en ignorant ce dont il parle, c’est qu’on est forcément surpris. J’ai regardé The big short : le casse du siècle, en croyant à priori (ne me demandez pas pourquoi, mais c’est sans doute la faute au sous-titre français et au casting) que c’était un film de braquage (oui, je sais, c’est inavouable ; raison de plus pour l’avouer). Donc, dans mon idée, avant que le film commence, c’était l’histoire de Christian Bale, sorte de génie du crime autiste, qui avec la complicité de Ryan Gosling, un petit arnaqueur de Wall Street dénué de la moindre once d’âme humaine, et de Brad Pitt, un trader parano vegan rangé des voitures, montent le casse du siècle, The Wall Street Job. Nuitamment, ils entrent dans une banque (Lehman Brothers ?) et en sortent avant l’aube avec des valises de bons au porteur, sans avoir eu à tirer ne serait-ce qu’un coup de feu (de toute façon, on leur donnerait un Glock, aucun d’eux ne saurait pas quel bout le prendre, contrairement à une raquette de squatch).
Mais en fait The big Short c’est pas du tout ça (même s’il y a un peu de ça).
Le film raconte comment une poignée de traders, banquiers, petits malins hors système découvrent l’affaire des subprimes, parient contre l’immobilier américain (c’est ça un « short » ; « shorter » : parier contre un marché) et s’en mettent plein les poches quand la bulle immobilière s’effondre et provoque, entre autres désastres, la faillite de Lehman Brothers. Sauf que The Big Short ce n’est pas encore tout à fait ça, car on comprend assez vite que nos petits malins parient sur des mécanismes boursiers « sains », (en fait, ce sont tous, plus ou moins, des idéalistes, sauf Ryan Gosling, évidemment, mais c’était couru d’avance). Alors apparaît une problématique encore plus vertigineuse : si les mécanisme sont « virtuels » (ou pipés ou théoriques ou frauduleux), car il n’y a plus rien de « sain » dans cette industrie, quels seront les effets réels des positions prises contre la bulle immobilière ?
Il y a quelques mois, j’avais vu Margin Call de J.C. Chandor qui raconte peu ou prou la même chose, mais du point de vue des traders qui prennent la crise en pleine gueule et voient leur château de cartes s’effondrer en temps réel. C’était excellent. Vraiment excellent.
The Big Short est encore plus bluffant, car le film, est non seulement extrêmement entraînant (un peu comme Le Loup de Wall Steet, les putes et la coke en moins). mais il est de surcroît pédagogique. On y apprend vraiment des trucs qui permettront de briller au Rotary Club de Cosne/Loire, avec des scènes d’explications à se tordre de rire (je spoile la première : Margot Robbie, à poil dans son bain, coupe de champagne à la main, nous explique à nous, pauvres débiles qui n’avons que 300 euros sur notre livret A, les subprimes).
Mais le meilleur dans tout ça, ce sont les acteurs : Christian Bale (peut être dans son meilleur rôle), Steve Carell (totalement méconnaissable et qui confirme à quel point, bien dirigé, il peut être génial), Gosling (qui fait du Gosling, mais bien, toujours à la limite du cabotinage : je vais me ramasser, vous croyez ?, vous le voulez ?, mais non bande de minables, hop! : d’un petit coup de rein facétieux j’évite de glisser sur la déjection canine à la dernière milliseconde), Brad Pitt (impérial, barbu et impérial, le Marc Aurèle de la fiance mondiale – j’ai vérifié sur une statue toulousaine, la ressemblance est frappante). Et tout le reste du casting est à l’avenant, avec des seconds rôles féminins assez jubilatoires.
Ne passez pas à côté : The big short est prodigieux (et c’est pas tous les jours qu’on peut dire ça d’un film américain).

Pendant la Seconde guerre mondiale, un pilote américain et un pilote japonais s’écrasent sur une île du Pacifique protégée du monde extérieur par un « vortex cyclonique permanent ». Ils commencent à s’entretuer, quand un adversaire plutôt impressionnant les convie plutôt à allier leur forces.
En 1973, alors que la guerre du Viêt-Nam prend fin, un escadron d’hélicoptères est envoyé sur Skull Island pour cartographier l’île, mais Bill Randa (John Goodman), un civil qui s’est greffé à l’expédition, a d’autres plans. Il sait que les monstres existent. Et son bras droit, Houston Brooks, lui sait que la Terre est (partiellement) creuse.
Quand vous regardez un film avec un gorille de trente mètre de haut (ou vingt ou quarante, on ne sait pas trop selon les plans – en tout cas il est haut comme un immeuble, c’est juste la taille de l’immeuble qui varie), il faut évidemment suspendre son incrédulité dès le départ. Et ne pas trop s’étrangler en voyant un « cargo porte-hélicoptères » (!) s’élancer à l’aventure depuis le port de Bangkok (qui est un port fluvial, sur le Chao Praya), plutôt que de Subic Bay aux Philippines.
Une fois que vous avez compris que ce n’importe quoi va être un joyeux n’importe quoi bourré de morceaux de bravoure et de références jusqu’à la gueule… alors tout va bien.
Dans le désordre :
– un pilote japonais et un pilote américain sur la même île du Pacifique (Duel dans le Pacifique de John Boorman).
– Le personnage interprété par Tom Hiddleston s’appelle James Conrad
– A un moment, on remonte un fleuve en bateau.
(Cela dit, le Colonel américain au crâne rasé ne s’appelle pas Kurtz mais Packard.)
Le film réserve des moments graphiques magnifiques, toutes les scènes dans l’épave, et fonctionne comme une BD, un vieux Tintin relooké soft-gore façon Indiana Jones.
On retrouve presque le charme des vieux films d’aventures en noir et blanc des années 30 : King Kong (évidemment), Les Chasses du comte Zaroff ou, plus tardifs, Le monde perdu d’Irwin Allen (1960), la version de 1950 des Mines du roi Salomon avec l’excellent Stewart Granger.
Skull Island n’est pas un grand film, mais comme divertissement 100% « comics », c’est presque aussi bon que le premier Hellboy de Del Toro. Avec une mention spéciale à Shea Whigham, un acteur vu dans les séries Boardwalk Empire, Fargo (et dans le rôle de Philip K. Dick) qui n’a de cesse de monter en puissance.

Dans un pays comme l’Ecosse où la moindre chambre d’hôtel coûte 100£, où on ne trouve pas toujours de la place en B&B ou alors à des prix assez élevés (surtout en saison), on ne pense pas toujours aux campus universitaires.
Pour 35£ /jour, je loue un appartement dans l’University of Stirling, salle de bain privative, wi fi, lit double, parking gratuit, accès gratuit à la piscine et à la gym. Il y a onze restaurants différents sur le campus, un lac, un golf, des promenades en bateau, des itinéraires de marche, des cours de tennis. Etc.
Stirling est à une demi-heure de train d’Edimbourg, une demi-heure de route des Trossachs (pour les randonneurs). Il y a un célèbre château, le William Wallace Monument (l’Université se trouve juste en dessous, cf photo).

Hier, petite randonnée (un peu moins de 9 km – mais comptez trois bonnes heures en raison du relief et des passages raides ou boueux ou les deux) dans les Cairngorms, du côté de Lecht.
Vu le temps, je n’ai même pas pris la peine de prendre mon matériel photo.
L’avantage de ne pas être avec les enfants, c’est qu’on n’entend pas tous les cent mètres « papa quand est-ce qu’on arrive ? ».
La nature écossaise est particulièrement généreuse début août.
On voit sans mal des lapins, chevreuils (roe deer), biches, busards, grouses et même faisans.
Les sous-bois des forêts de résineux (plantées à l’écossaise : les arbres, souvent des douglas, très proches les uns des autres) regorgent de champignons comestibles : pieds-de-mouton, cèpes, girolles jaunes et russules charbonnières. J’ai aussi repéré des lactaires, plus en hauteur, mais j’ignore s’ils sont « bons ». On trouve des framboisiers sauvages un peu partout en bordure des cours d’eau (fruits assez acides), les inextricables ronciers croulent sous les mûres noires, très bonnes. En sous-bois, les myrtilles sont minuscules mais très sucrées.
Côté paysages, les Cairngorms ne ressemblent pas aux Highlands, les reliefs sont plus écrasés, les collines un peu lunaires, sans arbres, sont couvertes de bruyère violettes à pertes de vue, sauf là où des parallélépipède de forêt ont été plantés, pas toujours d’une façon très esthétique, surtout que la mode locale est à la coupe claire (donc totale) quand il s’agit de récolter le bois.
Sur toute la randonnée parfaitement balisée (la région Bretagne devrait venir faire un stage dans le coin, vues mes petites déconvenues familiales en juillet dernier), je n’ai rencontré qu’un seul promeneur. On ne peut pas faire plus « calme ».
Il faut prendre une fois dans sa vie la A939 de Corgaff à Tomintoul. Quand vous arrivez à la station de ski de Lecht, vous avez alors une vue plongeante sur les collines alentours. Un des plus beaux panoramas d’Ecosse.
Nuit au Macbeth Arms, à Lumphanan, le village où Macbeth a été fait prisonnier et décapité le 15 août 1057.


Legend n’est pas un remake des Frères Kray de Peter Medak (1990), film fort recommandable dont je parlais ici il y a quelques années, mais une adaptation du livre de John Pearson The profession of violence, sur leur règne londonien.
La reconstitution historique du Londres de la fin des années soixante est bluffante, le cast est plutôt convaincant : Emily Browning (Frances, la femme de Reginald), Christopher Eccleston (le flic qui traque les Kray), David Thewlis (dans le rôle de leur comptable), etc…
Le modèle de narration choisi est clairement Les Affranchis de Scorsese, même procédé de voix off qui pose le cadre, même dosage dans la violence, les anecdotes improbables et l’humour gangster. Ce côté film de mafia est renforcé par la présence d’un Chazz Palminteri vieillissant, en homme de main de Meyer Lansky.
L’ensemble pourrait être génial, notamment dans son soucis de réalisme sec (aucune fusillade à la con, aucune poursuite en bagnole débile), mais le bât blesse via Tom Hardy : autant son incarnation de Reginald Kray est impeccable, saisissante, autant celle de Ronald (celui qui était schizophrène, homosexuel et sadique, entre autres choses) laisse à désirer. Ronald donne plus souvent l’impression d’être débile qu’effrayant, et il semblerait qu’en réalité il était plus effrayant que débile. (Gary Kemp, chez Peter Medak, me semble plus convaincant dans le rôle).
On ne voit pas passer les deux heures dix du film, c’est déjà ça, mais le sentiment de déception est là, bien réel. Là où certains critiques ont vu une performance hallucinante de Tom Hardy, j’ai subi au contraire les limites d’un acteur qui en fait trop pour différencier les deux frères jumeaux qu’il incarne.

Durant l’été 2015, pour mon plaisir, j’ai écrit un scénario de BD autour du personnage historique de Macbeth (Mac Bethad mac Findlaích). Je suis parti de l’histoire et j’ai injecté du Shakespeare, du Kurosawa (et une pointe d’Excalibur – John Boorman/Rospo Pallenberg) dedans. Au début, c’était plus ou moins un galop d’essai (destiné à préparer un projet pour Glénat nettement plus ambitieux, au moins cent-cinquante planches, qui verra sans doute le jour dans quelques années), mais je me suis vite pris au jeu et j’ai découvert, en revoyant Le Château de l’araignée de Kurosawa, que mon sujet n’était pas tant Macbeth que son épouse : Gruoch d’Ecosse ; le peu d’importance que Kurosawa donne à Dame Washizu Asaji a paradoxalement avivé mon envie de donner beaucoup d’espace graphique à cette femme qui, chez Shakespeare, déclame :
Tout ce que nous savons ou presque sur le Macbeth historique prête à questions. Les sources sont postérieures, douteuses (anglo-saxonnes, donc), imprécises, parfois contradictoires. Michel Duchein ne lui consacre que deux pages (contenant beaucoup de conjectures) dans sa monumentale Histoire de l’Écosse.
Voilà les faits qui semblent à peu près incontestables :
Macbeth est l’époux de Gruoch (veuve d’un premier mariage avec Gille Coimgáin Mac Maíl Brigte).
Macbeth était mormaer (comte) de Moray quand il accède au trône en 1040, succédant au jeune roi Duncan (25 ans, déjà trois enfants), réputé incapable. Les conditions réelles de cette succession sont floues, même si tout porte à croire que Macbeth a fait assassiner Duncan, comme il avait fait auparavant assassiner le mari de Gruoch.
Macbeth défait Crinan (abé Laïc de Dunkeld et père de Duncan) en 1045.
Macbeth fait un pèlerinage à Rome en 1050
Macbeth engage deux chevaliers normands en 1052 (fait remarquable pour l’époque).
Macbeth est attaqué par Mal Coim (fils de Duncan, petit-fils de Crinan) en 1057. Il meurt à la bataille de Lumphanan.
Lulach (fils naturel de Gruoch et fils adoptif de Macbeth) règne de l’été 1057 au printemps 1058 (neuf mois), il est assassiné sur ordre de Duncan (encore une fois dans des circonstances floues : ou bataille rangée ou traquenard).
Mal Coim lui succède immédiatement. Il régnera trente-six ans.
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Juste avant l’été, Benoit Cousin de Glénat m’a téléphoné pour m’apprendre la (très) bonne nouvelle : mon Macbeth, roi d’Ecosse s’était trouvé un dessinateur et mieux encore celui auquel Benoit et moi avions rêvé sans trop y croire. Une offre à aussitôt suivi pour deux albums de cinquante-quatre (plutôt cinquante-deux, d’ailleurs) planches.
Et donc me voilà en Ecosse pour donner une dimension plus graphique à mon scénario. J’avais prévu de faire des photos, mais il pleut tellement depuis mon arrivée (un temps très macbéthien, comme il se doit) que pour le moment je n’ai pas de photos. Hier, alors que je faisais une randonnée dans les Trossachs, au plus chaud de la journée, il a fait 17°.
Aujourd’hui, j’ai visité Dunkeld (Dùn Chailleann), première étape de mon Macbeth’s tour. C’est à Dunkeld que se trouvait l’abbaye de Crinan (abbé laïc), le père de Duncan ; de l’autre côté du fleuve Tay, se trouve Birnam et son dernier chêne vieux de 500 ans (voir photo – fauchée sur internet).
Les sorcières ont promis à Macbeth qu’il sera invincible jusqu’à ce que la forêt de Birnam marche jusqu’à Dunsinane ; avant de l’attaquer, Mal Coím fait couper les branches des arbes de Birnam pour cacher son armée…
Alors une forêt marche et annonce la chute de Macbeth.

Troisième et dernière saison de The Leftovers.
Plus plaisante que la deuxième, même s’il y a beaucoup à reprocher.
Alors que le père de Kevin se trouve en Australie pour tenter de sauver le monde (à sa manière), par une étrange coïncidence Nora accepte de se rendre en Australie elle-aussi, pour tenter de mettre fin à ses souffrances psychologiques. Kevin (devenu le chef de la police de Jarden) lui propose alors de l’accompagner. Ce qu’elle accepte après lui avoir menti sur le but réel de son voyage.
L’épisode 3, hommage limpide au Walkabout de Nicolas Roeg (jusqu’à la scène de suicide à côté d’une coccinelle Volkswagen) est excellent, de bout en bout. Le reste est moins bon, mais réserve quelques bons moments. Le dernier épisode est plutôt réussi ; mais s’il boucle une partie de l’intrigue, il laisse en plan toute une autre partie, loin d’être secondaire, dont on ne connaîtra jamais le dernier mot. Le procédé rappelle l’arnaque Lost (« on vous a pris pour des cons, mais ne nous en voulez pas trop, on s’améliore lentement mais on s’améliore).
Sinon HBO fait du HBO : ils mettent des quéquettes et des foufounes un peu partout parce qu’ils sont HBO, mouais, less is perhaps more ; et le scan à zizis de l’épisode 7 est sans doute le comble du ridicule dans une série qui ne manque certes pas de moments ridicules.
The leftovers aurait pu être une série super chouette si la syndrome Lost ne l’avait pas frappé de plein fouet.
Quand émotion rime avec bidon, ce dont on se souvient c’est du chant du bidon.