Mise à mort du cerf sacré – Yorgos Lanthimos (2017)

Un chirurgien qui n’a pas bu une goutte d’alcool depuis trois ans (Colin Farrell, impressionnant) présente un jeune homme, Martin (Barry Keoghan, glaçant) à sa famille. Au début on ne comprend pas le lien qui les unit et ce qu’on imagine de prime abord est très éloigné de la vérité. Puis, peu à peu, les mensonges se diluent et tout s’éclaire. Le père du jeune homme est mort sur la table d’opération du chirurgien. Et justice n’a pas été rendue. Alors Martin va exiger l’impensable et va montrer qu’il a le pouvoir (surnaturel) d’arriver à ses fins.

Mise à mort du cerf sacré est un film impressionnant. Techniquement d’abord. La prise de vue, le cadrage, la façon de filmer Cincinnati, les décors ; sur le plan esthétique tout est très réussi. Il y a un sens du décalage très fort, notamment dans les dialogues très bons (« un chirurgien ne tue jamais un patient, c’est toujours de la faute de l’anesthésiste » ; « un anesthésiste ne tue jamais un patient, c’est toujours de la faute du chirurgien »). Les acteurs et actrices sont souvent à contre-emploi et ma foi il y a de quoi rester sur le cul.

Néanmoins le film souffre à mon sens de deux tares : aussi décalé soit-il (ou justement à cause de ce décalage qui ferait office d’anti-camouflage), il en rappelle beaucoup d’autres comme La Grande menace de Jack Gold (le titre VO est tellement meilleur : The Medusa touch), Funny games de Michael Haneke, We need to talk about Kevin de Lynne Ramsay et Théorème de Pier Paolo Pasolini. Il y a quelque chose de très hitchockien dans la structure qui m’a fait parfois penser à un hommage trop forcé. Mais surtout, c’est très long. Deux heures pour raconter une histoire, simplissime, qui tenait sans problème en une heure et vingt minutes, ça devient très vite lancinant et pénible. Ce manque de rythme allié à toute cette démonstration technique « regardez comme je filme bien, comme j’ai le sens du cadrage et des dialogues décalés » transforme l’objet en exercice de style un peu vain, il lui retire un côté réaliste qui pouvait augmenter son impact émotionnel. Mise à mort du cerf sacré est perturbant, évidemment, on n’en attendait pas moins de Lanthimos, mais il est éprouvant aussi, par manque de rythme, dans sa dilution volontaire de l’information. Pour Sergio Leone, le cinéma allait trop vite et il fallait le ralentir ; Lanthimos a tiré trop fort sur le frein.

Mise à mort du cerf sacré est un film d’horreur très cérébral qui joue sur une notion particulièrement douloureuse : l’inéluctabilité (le mot préféré des dyslexiques). Il aurait pu être nettement plus percutant.

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