Providence, Alan Moore / Jacen Burrows

providence

Depuis quelques temps, quelques années me semble-t-il, des centaines de choses, peut-être des milliers se passent autour de l’oeuvre de H.P. Lovecraft (j’y ai modestement contribué avec mon texte Forbach, repris dans le beau livre-hommage Gotland). Il y a celles et ceux qui lui rendent directement hommage comme Kij Johnson avec The Dream-quest of Vellit Boe (à paraître au Bélial’), celles et ceux qui sont dans l’hommage plus « oblique » : Ruthanna Emris avec Winter Tide ; celles et ceux qui doublent leur hommage d’une critique des travers de l’auteur : The Ballad of Black Tom de Victor LaValle (à paraître au Bélial’), Lovecraft country de Matt Ruff (à paraître aux presses de la cité). D’une certaine façon, c’est aussi le cas d’Emris.

Chez Paul La Farge, dans Night Ocean, H.P Lovecraft devient l’amant de Robert Barlow. Le roman relève surtout de la littérature générale, mais il hante longtemps, par sa richesse et son jeu sur la fiction et le réel (historique).

Les exemples sont si nombreux qu’il deviendrait fastidieux de tous les citer. J’ai lu la plupart de ces textes ; je trouve celui de Victor LaValle brillant, Winter Tide m’a fatigué, Lovecraft country n’a que peu de rapport avec l’oeuvre de Lovecraft, mais j’ai aimé son ambiance « raciste » à couper au couteau (et il pourrait servir sans problème de base à des scénarios de jeu de rôles).

Alan Moore avec Providence ouvre grand une porte déjà bien entrebâillée. Son hommage ressemble dans l’esprit à celui de Victor LaValle, la création se double d’une réflexion critique sur H.P. Lovecraft, sa vie, son oeuvre. Mais cette dimension critique est beaucoup plus poussée que chez LaValle, je ne veux pas spoiler, mais Moore dans son immense ambition tente un syncrétisme absolu qui rappelle celui du volume final de La Tour sombre de Stephen King.

Providence m’a fasciné (même si le dessin hideux de Jacen Burrows aussi approprié soit-il reste hideux – question de goût). Providence m’a surpris, en bien et en mal. Reboucler l’histoire sur celle de Neonomicon n’était pas, à mon sens, la meilleure idée de Moore. Les passages sexuels m’ont semblé un peu forcés. Mais ça reste quand même très fort, d’une grande richesse, et arrivé à la fin, on n’a qu’envie le relire pour essayer de voir tout ce qui vous a échappé à la première lecture. Car Providence est un immense jeu de pistes où l’on s’amuse à trouver des ponts, des passerelles, des correspondances. Comme ce Dr Hector North qui est évidemment une version parallèle d’Herbert West.

Les trois volumes de Providence sont probablement incontournables pour les fans de Lovecraft (qui les ont déjà lus au moment où j’écris ces lignes). C’est audacieux (des pages et des pages de texte, une horreur et une pornographie frontales et/ou homosexuelle que Lovecraft aurait détesté). On peut toutefois regretter que Moore se soit associé une fois encore à Jacen Burrows… qui n’a pas la classe d’un Dave McKean ou d’un Jason Shawn Alexander (pour n’en citer que deux).

 

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