
Auteur : Thomas Day
Phase IV, Saul Bass (1974)

Suite à un événement cosmique inexpliquée, toutes les espèces de fourmis du désert de l’Arizona, alors en compétition, se mettent à coopérer. Ce qui provoque une disparition brutale des autres espèces d’insectes. Inquiet, un entomologiste anglais, le docteur Ernest D. Hubbs, et un scientifique américain spécialiste de la « théorie des jeux », s’installent dans une base hyper-sophistiquée en plein cœur du désert pour mesurer quelle est l’étendue de la menace. Rapidement, ils subodorent que l’humanité est en danger.
J’étais enfant (je suis né en 1971), la première fois que j’ai vu l’affiche de Phase IV, je ne me souviens plus du contexte, mais je me souviens de cette fourmi sortant d’une main tétanisée ou crispée dans la mort (l’intelligence de ruche confrontée au pouce opposable). Beaucoup plus tard, j’ai réussi à louer le film en VHS, aidé dans ma démarche par ma mère qui avait vu le film à sa sortie et l’avait trouve très bien. Il est raisonnable de penser que la première fois que j’ai vu Phase IV, je n’ai absolument rien compris. Mais ça m’a plu. C’était différent, fascinant. Puis je l’ai revu, plusieurs fois. Sans jamais être déçu.
Récemment, je me suis mis en quête d’un DVD ou d’un blu-ray, pour le revoir dans de bonnes conditions. Ce fut assez facile, le commerce en ligne nous aide en cela, mais pas totalement satisfaisant, car il n’existe aucune édition française. Ne voyant pas trop ce que le format blu-ray pouvait apporter, je me suis procuré le DVD allemand qui a l’avantage d’avoir des sous-titres anglais (mais pas de sous-titres français).
Phase IV, qui fait parfois « fauché » (les effets spéciaux ne sont pas toujours raccords), qui fait très « années 70 », reste terriblement fascinant, impressionnant par moments.
C’est le seul long-métrage de Saul Bass, génial « graphic designer » de quelques uns des génériques les plus réussis de l’histoire du cinéma.
Renaissances, Tarsem Singh (2015)

Damian Hale (Ben Kinglsey, plus sobre qu’à son habitude) est un magnat de l’immobilier new-yorkais. Un homme peu sympathique (euphémisme) qui vit dans un grand appartement sur Central Park à la décoration absolument cauchemardesque (tout en marbre et dorures, on se croirait chez Saddam Hussein). Damian se meurt d’un cancer. Il n’ a plus que six mois à vivre. Bien fait pour lui ! Il voudrait reprendre contact avec sa fille Claire, mais n’y arrive pas. La jeune femme a visiblement une haine froide pour ce père qui pense que tout problème peut se régler avec un gros chèque.
Une étrange carte de visite invite Damian à prendre contact avec le Dr Albright. Ce dernier lui propose un procédé révolutionnaire : la mue. Contre 250 millions de dollars l’esprit de Damian va être téléchargé dans un corps de synthèse (Ryan Reynolds). Relocalisé à la Nouvelle-Orléans Damian 2.0 profite de sa retraite dorée, il conduit un bolide « piège-à-chattes », joue au basket, sort en boîte, baise (beaucoup – le corps de Ryan Reynolds et le portefeuille de Damian Hale sont d’une aide notable). Jusqu’au jour où une hallucination fissure sa nouvelle vie bien rodée : un château d’eau en forme de citrouille, une femme latino et une petite fille malade.
Le secret de la mue de Damian se trouve dans la région de Saint-Louis. Elle s’appelle Anna, et elle n’est plus malade.
Sur une idée qu’on penserait fauchée à Greg Egan, ce remake inavoué de Seconds de John Frankenheimer, se présente sous la forme d’un étrange mélange de science-fiction cérébrale (libre-arbitre, existence de l’âme, immortalité) et de film d’action. La première « fusillade » évoque la scène d’anthologie (qui fit beaucoup couler d’encre à l’époque) du Eureka de Nicolas Roeg. Le film est relativement audacieux pour un produit hollywoodien. Par exemple, le premier élément de tension scénaristique n’apparaît pas avant la trentième minute. Chose presque impensable à l’heure où on vous explique que le spectateur doit être collé au fond de son siège au bout de cinq minutes, grand maximum. La partie SF est plus intéressante que la partie action, comme on pouvait s’en douter. Mais la partie action a l’avantage de faire passer ces concepts de SF auprès d’un public sans aucun doute plus large que celui de Greg Egan. Renaissances n’est pas un grand film, il ne surprendra jamais le lecteur de Greg Egan. La scène de la « balle » (je ne spoile pas) est juste une facilité scénaristique à la limite de l’impardonnable. Mais Renaissances est divertissant, bien joué, bien réalisé, très léché même, et réserve quelques jolies surprises de mise en scène.
Dans le noir, David F. Sandberg (2016)

Depuis la mort de son père, le jeune Martin (Gabriel Bateman) vit dans une grande maison lugubre avec sa mère Sophie. Sophie (Maria Bello) a de sérieux problèmes psychiatriques, surtout depuis qu’elle a arrêté ses « vitamines ». Martin a peur du noir, il se couche toutes les lumières allumées, il ne dort pas chez lui, s’endort en cours, à plusieurs reprises, ce qui oblige l’infirmière scolaire à contacter sa demi-soeur, Rebecca (Teresa Palmer). La dernière fois que sa mère a eu de graves problèmes, Rebecca a fui, maintenant elle va décider d’affronter ce qui se cache dans le noir.
A priori rien de neuf sous le soleil (ou plutôt dans les ténèbres), mais ce petit film (4,5 millions de budget pour 89 millions de recettes mondiales) a une vraie qualité : il ne prend pas les spectateurs pour des cons. Il n’y a pas de twist idiot, pas de manipulation scénaristique. Comme dans Halloween de John Carpenter, le réalisateur confronte des gens ordinaires à un phénomène extraordinaire. C’est simple, les personnages sont plutôt attachants. Il y a de vrais moments de tension.
Maria Bello est très convaincante. Tout ce qui a attrait à son séjour en hôpital psychiatrique est très réussi.
J’ai passé un bon moment. Sans doute le plaisir rare de se voir proposer une histoire d’horreur très pure, très simple.
Alys émet quelques réserves…
The Punisher (2017)

Frank Castle, le Punisher, n’est pas mort. Il casse des murs à la masse sur un chantier de construction. Impliqué bien malgré lui dans une affaire de braquage qui tourne mal, il se voit obligé de quitter sa couverture. Contacté par un hacker qui s’est lui aussi fait passer pour mort, et vit dans un sous-sol depuis un an, Frank va devoir se confronter à son passé, à une « opé noire » en Afghanistan qui a tourné affreusement mal. Un allié des USA est mort : Ahmad Zubair. Et Dinah Madani de la sécurité intérieure veut absolument savoir pourquoi… Frank sait, mais cette vérité lui a déjà coûté très cher : tout ce qu’il aimait.
The Punisher fait partie de la myriade de séries Marvel : Daredevil, Jessica Jones, Luke Cage, Iron Fist, etc. Je ne suis pas vraiment client, et je n’ai vu que les deux premières saisons de Daredevil (qui sont très bien, à mon humble avis) et c’est d’ailleurs dans Daredevil que j’ai côtoyé pour la première fois le Punisher incarné par Jon Bernthal (parfait pour le rôle). Personnage ambiguë (pour le moins), complexe, le Punisher est sur le papier un des personnages les plus intéressants de l’univers Marvel.
Mais je dois dire que je suis assez partagé sur la série qui lui est dédié.
D’abord, il y a le format : 13 épisodes ne me semblaient pas nécessaires pour raconter cette histoire, dix auraient sans doute suffi. D’un autre côté, j’ai trouvé les épisodes 11 et 12 proprement hallucinants. Auraient-ils eu le même impact s’ils étaient apparus plus tôt. Pas sûr. Evidemment, on retrouve dans ce show les deux twist du parfait guide du scénariste hollywoodien, aucun ne sera une surprise, mais néanmoins, à cause de leur dimension morale, ils font quand même leur petit effet.
Ensuite, il y a le message politique, ou disons la coloration particulièrement lourdingue Marines / famille / patrie, martelée (des fois on se croirait face à une publicité de l’armée de Terre). Semper Fi and co. Résultat : on a un peu de mal à avoir de l’empathie pour cette bandes de brutes épaisses, indéfendables et à moitié psychopathes.
Jon Bernthal est parfait ; on ne saura jamais si le Punisher est un abruti ou juste un tueur assez intelligent pour savoir qu’il doit se faire passer pour un abruti brut de décoffrage. Amber Rose Revah est très bien dans le rôle de Dinah Madani (personnage de pouvoir, mais sexué, avec une histoire familiale, des failles). Ben Barnes est excellent dans le rôle de Billy Russo, le mercenaire en costume Armani. L’interprétation est au top. De ce côté-là rien à dire, on retrouve la qualité Netflix.
The Punisher est assurément du beau travail (excellents acteurs, bonne réalisation, très bon habillage musical), mais il faut sans doute aimer les trucs de soldats, de camaraderie militaire et de frères d’armes pour l’apprécier à fond. Pas vraiment mon truc, un peu en opposition avec l’idée que je me fais du média bande-dessinée et du rôle qu’il se doit d’avoir dans la (contre-)culture. Heureusement que le personnage de Madani est là pour endiguer partiellement ce Niagara de testostérone.
Dragon chez le hibou et le papou
Quelques idées cadeau pour Noël
Colossal, Nacho Vigalondo (2016)

Gloria, new-yorkaise fêtarde (pour ne pas dire alcoolique) n’a pas de travail depuis un an. Ce qui commence sérieusement à courir sur le haricot de Tim, son brillant petit copain… qui finit par la foutre dehors. Gloria rentre alors chez ses parents, loin de New York, mais pas très loin (le New Hampshire), dans une maison vide.
Au même moment, un monstre démoniaque et gigantesque (qui était déjà apparu vingt-cinq plus tôt) commence à ravager Séoul. Gloria se rend alors compte que quand elle se gratte la tête, le monstre se gratte la tête, quand elle danse, le monstre danse. Il y a deux conditions à cela, elle doit se trouver dans le parc près de chez elle, à 8h05 précise. Vingt-cinq plus tôt, ce parc n’était pas un parc, et Gloria sent bien qu’elle doit se souvenir de quelque chose, quelque chose enfoui profondément en elle.
Colossal est un film expérimental, une sorte de film d’art et d’essai avec un étrange godzilla démoniaque de série B (voire Z). Il est très éloigné de l’idée que l’on pourrait s’en faire en regardant la seule bande-annonce. Pour tout dire, j’ai trouvé le film raté (Anne Hathaway, à contre-emploi, m’a semblé encore plus à côté de la plaque que d’habitude), le cocktail drame/comédie de mœurs/film de monstre ne marche pas. Et malgré toutes ses scènes de séduction paradoxalement assez ennuyeux. Les personnages sont tous odieux et Gloria n’échappe pas à la règle ; on n’arrive pas à s’accrocher à elle, à avoir de la sympathie/de l’empathie pour cette pauvre fille bien pénible. Là où le film est extrêmement intéressant, c’est dans sa radicalité, sa tonalité à part. Pendant plus d’une heure, on ne comprend pas où Nacho Vigalondo veut en venir, ce qu’il veut nous raconter. Essayer de comprendre la volonté du réalisateur devient alors beaucoup plus intéressant que le film en lui-même (je ne pense pas que ça soit un compliment). Et le spectacle parfois voyeur, brutal sur les plans psychologique et physique, est étrangement (alors qu’on s’attend à une comédie) à la limite du soutenable. Voir Oscar (Jason Sudeikis) frapper Gloria (devenue son employée) à de nombreuses reprises et la voir réagir de façon incohérente, ou ne pas réagir du tout (cette fameuse sidération dont on parle beaucoup depuis l’affaire Weinstein), met extrêmement mal à l’aise. Un inconfort qui perdure presque jusqu’aux dernières scènes du film.
Colossal parle de confiance en soi, de traumatisme enfoui, d’alcoolisme, de nos démons intérieurs, des pervers narcissiques et de leurs victimes, de cette fascination qui nous fait appuyer sur la pédale de frein quand on approche du lieu d’un accident. Le réalisateur n’hésite pas à présenter la violence comme une solution et nous confronte à notre voyeurisme naturel.
Plutôt ennuyeux, sans personnages vraiment attachants (à part peut-être Joel/Austin Stowell, sous-utilisé), Colossal est un ratage presque colossal. Dommage, car le fond est plutôt intéressant.
Wolfcop, Lowell Dean (2014)

Lou Garou est flic dans une petite ville canadienne. Alcoolo, notoirement incompétent, il est la honte de la police locale (qui se réduit à un chef, lui et l’employée du mois depuis XX mois : Tina). Sur fond d’éclipse, d’annulation du drink&shoot annuel (un rassemblement de chasseurs), d’élections locales, de braquage de magasin d’alcool et de fabrication industrielle de drogue, Lou va se rendre cruellement compte qu’il ne porte pas ce nom français idiot – Garou – par hasard.
Soyons clair d’entrée de jeu, sans préliminaires ni lubrifiant bio : Wolfcop est absolument consternant. Les acteurs sont à chier, les effets spéciaux sont monstrueux (pas forcément dans le meilleur sens de l’adjectif), les effets gore sont affligeants, le scénario est « aléatoire » (je ne sais pas très bien ce que ça peut bien vouloir dire, mais je me comprends et c’est l’essentiel). Beaucoup de zizi, de pipi et pas mal de (jolis) nichons, ce qui place tout de suite le film au niveau de Ash vs Evil Dead (en pire) ; en fait, à la réflexion, non, pas au même niveau, faut pas déconner : Ash vs Evil Dead touche la cuvette (une fois sur trois), Wolfcop se contente du tapis en peluche rose placé devant. Il y a plein d’idées, certes, mais elles sont à 92,7% pathétiques et c’est vrai que voir un homme se transformer en loup-garou à partir de son pénis est une idée extrêmement con et d’une subtilité qui ferait passer Donald Trump pour le maître de Machiavel.
Tout ça pourrait être amusant, voire à se pisser dessus (miction impossible ?), comme une bonne série Z de derrière les poubelles, mais non, le scénario est trop pompé sur Hot Fuzz et les meilleurs passages se comptent sur les doigts de la main qui reste à un manchot. Toutefois, reconnaissons que la scène absolument foireuse du « labo de meth » est par instants réjouissante, tout comme la montée en puissance de Tina.
Evidemment, je me ruerai sur la suite dès qu’elle sera disponible (je me demande si ce n’est pas la première fois de ma vie que je conjugue le verbe se ruer au futur simple).

