Colossal, Nacho Vigalondo (2016)

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Gloria, new-yorkaise fêtarde (pour ne pas dire alcoolique) n’a pas de travail depuis un an. Ce qui commence sérieusement à courir sur le haricot de Tim, son brillant petit copain… qui finit par la foutre dehors. Gloria rentre alors chez ses parents, loin de New York, mais pas très loin (le New Hampshire), dans une maison vide.

Au même moment, un monstre démoniaque et gigantesque (qui était déjà apparu vingt-cinq plus tôt) commence à ravager Séoul. Gloria se rend alors compte que quand elle se gratte la tête, le monstre se gratte la tête, quand elle danse, le monstre danse. Il y a deux conditions à cela, elle doit se trouver dans le parc près de chez elle, à 8h05 précise. Vingt-cinq plus tôt, ce parc n’était pas un parc, et Gloria sent bien qu’elle doit se souvenir de quelque chose, quelque chose enfoui profondément en elle.

Colossal est un film expérimental, une sorte de film d’art et d’essai avec un étrange godzilla démoniaque de série B (voire Z). Il est très éloigné de l’idée que l’on pourrait s’en faire en regardant la seule bande-annonce. Pour tout dire, j’ai trouvé le film raté (Anne Hathaway, à contre-emploi, m’a semblé encore plus à côté de la plaque que d’habitude), le cocktail drame/comédie de mœurs/film de monstre ne marche pas. Et malgré toutes ses scènes de séduction paradoxalement assez ennuyeux. Les personnages sont tous odieux et Gloria n’échappe pas à la règle ; on n’arrive pas à s’accrocher à elle, à avoir de la sympathie/de l’empathie pour cette pauvre fille bien pénible. Là où le film est extrêmement intéressant, c’est dans sa radicalité, sa tonalité à part. Pendant plus d’une heure, on ne comprend pas où Nacho Vigalondo veut en venir, ce qu’il veut nous raconter. Essayer de comprendre la volonté du réalisateur devient alors beaucoup plus intéressant que le film en lui-même (je ne pense pas que ça soit un compliment). Et le spectacle parfois voyeur, brutal sur les plans psychologique et physique, est étrangement (alors qu’on s’attend à une comédie) à la limite du soutenable. Voir Oscar (Jason Sudeikis) frapper Gloria (devenue son employée) à de nombreuses reprises et la voir réagir de façon incohérente, ou ne pas réagir du tout (cette fameuse sidération dont on parle beaucoup depuis l’affaire Weinstein), met extrêmement mal à l’aise. Un inconfort qui perdure presque jusqu’aux dernières scènes du film.

Colossal parle de confiance en soi, de traumatisme enfoui, d’alcoolisme, de nos démons intérieurs, des pervers narcissiques et de leurs victimes, de cette fascination qui nous fait appuyer sur la pédale de frein quand on approche du lieu d’un accident. Le réalisateur n’hésite pas à présenter la violence comme une solution et nous confronte à notre voyeurisme naturel.

Plutôt ennuyeux, sans personnages vraiment attachants (à part peut-être Joel/Austin Stowell, sous-utilisé), Colossal est un ratage presque colossal. Dommage, car le fond est plutôt intéressant.

2 commentaires sur “Colossal, Nacho Vigalondo (2016)

  1. Mais justement l’aspect fantastique n’est qu’un prétexte « esthétique » ; il n’en fait (presque) rien et sa tentative d’explication est pour le moins légère. Heureusement que toutes les petites filles « maltraitées » ne créent pas des monstres.
    Quant à Anne Hathaway, je suis un peu allergique (j’avoue) et je la trouve logiquement à côté du rôle à peu près à toutes les scènes. Alors ça installe une espèce de distance ironique qui n’est pas totalement inintéressante.

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