Man on high heels – Jang Jin (2014)

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Seoul.
De nos jours.
Ji-wook (Cha Seung-won) est un flic aux méthodes particulièrement violentes et douteuses. Couvert de cicatrices, les os rafistolés avec des plaques métalliques, il est surnommé « l’homme qui valait trois milliards » par ses collègues. Ji-wook, grand pour un Coréen, fin, tout en muscles, privilégie les couteaux aux armes à feu et quand il intervient quelque part… le sang gicle à flots. Mais Ji-wook a aussi un secret : il prend des hormones (son collègue croit à tort qu’il se drogue à l’héroïne) et s’apprête à changer de sexe.
Ayant pourtant démissionné pour vivre sa transformation dans le calme, Ji-wook va être rattrapé par sa dernière affaire.

Après une heure de film en faux rythme, un peu lancinante mais toujours intéressante, toutes les pièces de l’échiquier sont en place et la deuxième partie (qui s’ouvre avec un des pires meurtres de l’histoire du cinéma – autant être prévenu) atteint des sommets dans la tension, l’émotion, le tragique, le comique, l’horreur frontale.
C’est alors les montagnes russes, quasiment un enchaînement de « morceaux de bravoure » sans répit.

Si Man on high heels n’est pas exempt de petits défauts (des problèmes de raccord dans les scènes d’action notamment) on prend ce film dans la gueule jusqu’aux ultimes scènes, apparemment très douces, mais d’une ambiguïté indéniable.

Je l’avais déjà vu une fois, je l’ai revu cette semaine avec plaisir.

Colossal, Nacho Vigalondo (2016)

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Gloria, new-yorkaise fêtarde (pour ne pas dire alcoolique) n’a pas de travail depuis un an. Ce qui commence sérieusement à courir sur le haricot de Tim, son brillant petit copain… qui finit par la foutre dehors. Gloria rentre alors chez ses parents, loin de New York, mais pas très loin (le New Hampshire), dans une maison vide.

Au même moment, un monstre démoniaque et gigantesque (qui était déjà apparu vingt-cinq plus tôt) commence à ravager Séoul. Gloria se rend alors compte que quand elle se gratte la tête, le monstre se gratte la tête, quand elle danse, le monstre danse. Il y a deux conditions à cela, elle doit se trouver dans le parc près de chez elle, à 8h05 précise. Vingt-cinq plus tôt, ce parc n’était pas un parc, et Gloria sent bien qu’elle doit se souvenir de quelque chose, quelque chose enfoui profondément en elle.

Colossal est un film expérimental, une sorte de film d’art et d’essai avec un étrange godzilla démoniaque de série B (voire Z). Il est très éloigné de l’idée que l’on pourrait s’en faire en regardant la seule bande-annonce. Pour tout dire, j’ai trouvé le film raté (Anne Hathaway, à contre-emploi, m’a semblé encore plus à côté de la plaque que d’habitude), le cocktail drame/comédie de mœurs/film de monstre ne marche pas. Et malgré toutes ses scènes de séduction paradoxalement assez ennuyeux. Les personnages sont tous odieux et Gloria n’échappe pas à la règle ; on n’arrive pas à s’accrocher à elle, à avoir de la sympathie/de l’empathie pour cette pauvre fille bien pénible. Là où le film est extrêmement intéressant, c’est dans sa radicalité, sa tonalité à part. Pendant plus d’une heure, on ne comprend pas où Nacho Vigalondo veut en venir, ce qu’il veut nous raconter. Essayer de comprendre la volonté du réalisateur devient alors beaucoup plus intéressant que le film en lui-même (je ne pense pas que ça soit un compliment). Et le spectacle parfois voyeur, brutal sur les plans psychologique et physique, est étrangement (alors qu’on s’attend à une comédie) à la limite du soutenable. Voir Oscar (Jason Sudeikis) frapper Gloria (devenue son employée) à de nombreuses reprises et la voir réagir de façon incohérente, ou ne pas réagir du tout (cette fameuse sidération dont on parle beaucoup depuis l’affaire Weinstein), met extrêmement mal à l’aise. Un inconfort qui perdure presque jusqu’aux dernières scènes du film.

Colossal parle de confiance en soi, de traumatisme enfoui, d’alcoolisme, de nos démons intérieurs, des pervers narcissiques et de leurs victimes, de cette fascination qui nous fait appuyer sur la pédale de frein quand on approche du lieu d’un accident. Le réalisateur n’hésite pas à présenter la violence comme une solution et nous confronte à notre voyeurisme naturel.

Plutôt ennuyeux, sans personnages vraiment attachants (à part peut-être Joel/Austin Stowell, sous-utilisé), Colossal est un ratage presque colossal. Dommage, car le fond est plutôt intéressant.