The Little things, John Lee Hancock (2021)

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Joe « Deke » Deacon (Denzel Washington), adjoint du shĂ©riff dans le comtĂ© de Kern, dans le nord de la Californie, est envoyĂ© Ă  Los Angeles pour rĂ©cupĂ©rer des preuves (une paire de bottes tachĂ©es de sang) – une sorte de punition. LĂ , il fait la connaissance du capitaine Baxter (Rami Malek), jeune prodige de la police criminelle, embarquĂ© dans une affaire embarrassante : quatre jeunes femmes ont Ă©tĂ© tuĂ©es de la mĂŞme manière, une cinquième a disparu. Cette affaire de meurtres en sĂ©rie en rappelle une autre Ă  Deke, celle qui lui a coĂ»tĂ© sa carrière Ă  LA, sa famille et mĂŞme sa santĂ©. Contre toute attente, les deux hommes sympathisent. C’est l’union de deux mondes, la surface de contact de deux mĂ©thodes, la trĂŞve entre les modernes et les anciens. Grace Ă  Deke, l’enquĂŞte jusque lĂ  au point mort fait une percĂ©e spectaculaire et un suspect entre en scène : Albert Sparma (Jared Leto, le cheveux gras et qui, par certains cĂ´tĂ©s, rappelle Charles Manson ; d’ailleurs l’ouvrage Helter Skelter trĂ´ne en bonne place dans sa bibliothèque).

Mais que peuvent deux policiers, aussi douĂ©s soient-ils, contre un homme qui n’a peur de rien ? OĂą trouver des preuves quand elles n’existent pas ?

The Little things a une grande qualitĂ© comme film policier : il surprend. Rien ne se dĂ©roule vraiment comme prĂ©vu. Et d’ailleurs c’est sans doute ce qui pousse les deux policiers Ă  commettre autant d’erreurs flagrantes, Ă  prendre autant de dĂ©cisions idiotes. Simples hommes qui essayent de faire le bien, ils se fracassent volontiers contre toutes les difficultĂ©s, notamment bureaucratiques, que ça implique. Difficile de ne pas penser Ă  Seven de David Fincher, mais en nettement plus aride et rĂ©aliste. Difficile, aussi, de ne pas penser Ă  Prisoners de Denis Villeneuve (il y a quelques points communs intĂ©ressants qu’il serait dommage de prĂ©ciser). Mais le fond de The Little things diffère des deux thrillers sus-citĂ©s. D’ailleurs le rĂ©alisateur ne livre pas un thriller, mais un drame. Il s’intĂ©resse Ă  la faute, aux fantĂ´mes du passĂ©, au prix que l’on paye ses erreurs, surtout si le sang a coulĂ©. Il reprend (avec moins de talent et moins d’ambiance) la formule esthĂ©tique de Dans la brume Ă©lectrique, confrontant Denzel Washington Ă  des fantĂ´mes qui interagissent avec lui. John Lee Hancock rappelle Ă  quel point la tâche du policier est lourde, comme Clint Eastwood, il met sur la sellette certains rouages de la justice amĂ©ricaine (notamment, via les allusions aux Droits Miranda). Et, dans un troisième mouvement, il laisse entrevoir l’idĂ©e dĂ©sagrĂ©able, rĂ©voltante mĂŞme, que toutes les vies ne se valent pas. Que la vie d’un bon policier père de famille vaut plus que celle d’un suspect, peut-ĂŞtre innocent.

C’est sans doute le sale goĂ»t qu’il laisse dans la bouche, son ambiguĂŻtĂ© morale, qui empĂŞche The Little things de n’ĂŞtre qu’un film policier de plus. John Lee Hancock a toujours Ă©tĂ© le fils (ou disciple) ratĂ© de Clint Eastwood, incapable de se mettre au niveau du maĂ®tre. Il le prouve une nouvelle fois, mais livre nĂ©anmoins un film vraiment intĂ©ressant dotĂ© de scènes très fortes, peut-ĂŞtre son meilleur Ă  ce jour.

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