In the shadow of the moon, Jim Mickle (2019)

(Je pense que je serais passé complètement à côté de ce film s’il n’y avait pas eu Boyd Holbrook, que j’aime beaucoup, au générique.)

Philadelphia 1988.

Le policier Thomas Lockhart est appelé sur un accident de bus. La conductrice s’est vidée de son sang. Au même moment dans la ville deux autres personnes sont mortes de la même manière, des piqûres visibles sur la nuque. Toutes les victimes ont été empoisonnées avec un produit inconnu que personne n’arrive à analyser. Après une agression dans une boîte de nuit, une suspecte, une jeune femme afro-américaine, est repérée. Lockhart et son partenaire se lancent à sa poursuite, une poursuite qui va connaître une issue fatale. Avant de mourir, la suspecte félicite Lockhart pour sa petite fille et lui dit qu’ils vont se revoir bientôt. A l’hôpital, un peu plus tard, l’épouse de Thomas accouche d’une petite-fille. L’accouchement part en sucette et la mère meurt. Lockhart en sera d’une certaine façon brisé à jamais.

Neuf années passent, et le jour de l’anniversaire de sa fille, un nouveau meurtre a lieu.

In the shadow of the moon ne manque pas de qualités, il ne manque pas de défauts. Impossible de parler des défauts sans spolier, donc vous voilà prévenus, si vous ne voulez pas savoir, arrêtez votre lecture ici et regardez le film s’il vous fait envie, il vous fera sans doute passer un bon moment, guère davantage.

In the shadow of the moon est un film de science-fiction (premier spoiler) ou il est question de voyage dans le temps (deuxième spoiler) et d’une catastrophe à éviter. D’ailleurs, le film s’ouvre sur une vision de cette catastrophe qui touche Philadelphie en 2024. Les raisons de cette catastrophe sont assez claires, c’est une conséquence de la politique séparatiste (ah ah ah) de Donald Trump, ou quelque chose du même genre. C’est un Helter Skelter, tel que Charles Manson l’avait théorisé. Tout comme la série Watchmen, le film s’accroche très fortement aux mouvements Black Lives Matters et consorts. Là où ça grippe à mon sens, c’est la méthode pour empêcher la catastrophe (donc la justification de l’intrigue) : tuer quelques racistes d’extrême-droite dont le pouvoir d’influence serait extrêmement fort (au rang des victimes on trouve une strip-teaseuse, une conductrice de bus, un grilleur de steak hachés, etc). Donc dans les faits, plutôt des racistes ordinaires et médiocres. A Philadelphie seulement ? Bizarre. Le modus operandi est extrêmement spectaculaire (un isotope à effet retard injecté dans la nuque), c-à-d une signature. OK, mais pourquoi ? Tout ces détails soulèvent beaucoup de questions et le film n’y répond pas, ou quand il y répond c’est de manière maladroite, au mieux. A mon sens, tout ça ne tient pas la route et ne sert donc qu’à étayer de guingois un scénario de thriller qui mélange serial killer et voyages temporels (on est d’ailleurs là plus dans l’ésotérique façon New Orleans que la hard-science, certains vont couiner ou pleurer des larmes de sang). Justifier le meurtre ciblé de quelques individus pour empêcher un désastre est un peu acrobatique sur le plan moral. On a l’impression, qu’à aucun moment aucune autre possibilité (offerte par le voyage dans le temps) n’a été envisagée. On pourrait ici citer l’écrivain de science-fiction : Isaac Asimov : « La violence est le dernier refuge de l’incompétence. » Bon, à dire vrai, j’ai toujours trouvé cette citation bien naïve, mais parfois elle prend un peu de sens. Là, c’est le cas.

In the shadow of the moon n’est pas mauvais, mais il ne propose pas le challenge moral qu’il devrait, il ne pousse pas vraiment à la réflexion. C’est un film de deux heures qui va trop vite, contient trop de thèmes, dont certaines sont sacrifiés au profit du rythme. Comme souvent, je n’ai pas pu m’empêcher de faire la réflexion que c’est un projet de mini-série mal compris, qui n’aurait jamais dû devenir un film. D’autant plus qu’il couvre presque 40 ans de la vie du principal protagoniste.