The Offence, Sidney Lumet (1973)

Dans une banlieue londonienne grisâtre, qui semble en perpétuelle construction, de très jeunes filles sont violées.

L’inspecteur Johnson est un des nombreux policiers qui mènent l’enquête.

Un soir, un suspect en état d’ébriété, couvert de boue et de sang, est amené au poste.

Johnson en est certain : cet homme est le coupable.

Toutes les pièces sont en place pour que l’interrogatoire tourne mal.

The Offence de Sidney Lumet est un film d’une rare noirceur. On y retrouve d’ailleurs des points communs avec Serpico, tourné par le même réalisateur la même année. Même si les deux films parlent de policiers, ils sont profondément différents. The Offence est aride, parfois proche de l’abstraction et en même temps quasi-documentaire. Serpico est plus romanesque, avec une grammaire cinématographique plus hollywoodienne (tout en étant très réaliste dans le vocabulaire des uns et des autres, policiers, criminels et prostitués, si réaliste que le film fit scandale).

The Offence met en scène un flic au bout du rouleau, Sean Connery, à contre-emploi, formidable, qui ose interpréter un être à la limite de l’abject, indéfendable à bien des niveaux. Mais Lumet ne se contente pas de filmer un policier coupable d’une bavure, il montre tous les rouages du drame et, surtout, ses racines profondes. Il va au-delà des simples apparences. Ce qu’il cherche, ce sont les circonstances (atténuantes ou pas).

Le plus glaçant, sans doute, c’est de se rendre que de son point de vue, l’inspecteur Johnson fait son métier de la seule façon envisageable : avec détermination. Broyé par les crimes auxquels il a été confronté, il ne trouve que dans la colère, l’amertume et l’alcool le moyen d’avancer.

Méconnue, The Offence est une œuvre séminale ; on voit planer son ombre sur de nombreux films postérieurs, Garde à vue de Claude Miller, bien évidemment, mais aussi Heat de Michael Mann, je pense à la fameuse scène de ménage où Diane Venora demande à son époux, interprété par Al Pacino, de partager avec elle son métier de policier.


Outland, Peter Hyams (1981)

Le 31 octobre 2020, l’acteur écossais Sean Connery nous quittait. Il a occupé une place importante dans mon enfance, avec les premiers James Bond, puis à l’adolescence avec des films comme Highlander (« Tu ne m’avais pas préparé à ça, vieux coq espagnol »), Le Nom de la rose, Indiana Jones et la dernière croisade, Les Incorruptibles, Pas de printemps pour Marnie. Adulte, je l’ai découvert émerveillé dans ce qui est peut-être son plus beau film : L’Homme qui voulut être roi de John Huston. Et plus tard dans ce qui est à mon sens son meilleur rôle dramatique, celui du detective sergeant Johnson dans The Offence de Sidney Lumet.

Outland, je l’avais vu très tôt (sans doute un soir à la télévision), et j’avais été marqué par les scènes où les corps soumis à une décompression violente explosent dans leur scaphandre. Maintenant on sait que ça ne marche pas comme ça : dans le vide spatial la mort vous frappe en 15 secondes, mais pas de cette manière.

Outland raconte l’histoire du marshall (traduit prévôt en VF) O’Neill qui accepte un poste de direction de la sécurité sur la station minière de Io. There is a new sheriff in town. L’administrateur Mark B. Sheppard (Peter Boyle, excellent) lui demande de ne pas faire de vagues. Il y a de la violence à Io, des bagarres. Il y a des putes, aussi, pour que les ouvriers ne deviennent pas dingues, et de l’alcool bien évidemment. Et de la drogue, forcément. Sans doute vexé d’être considéré comme un policier médiocre qui ne mérité pas davantage que ce poste pourri, O’Neill refuse de se la couler douce et commence une enquête sur une série de morts suspectes. Ce ne sont pas des meurtres, plutôt des suicides incompréhensibles.

Outland a mal vieilli, même si on peut lui reconnaître un travail considérable sur les décors d’intérieur ; les effets spéciaux (souvent ratés) ne rivalisent pas avec ceux de La Guerre des étoiles ou d’Alien pourtant sortis quelques années plus tôt. C’est un western dans une station minière en banlieue de Jupiter, et c’est sans doute sa principale faiblesse : être un remake (non crédité) du Train sifflera trois fois de Fred Zinnemann (1952). Il lui emprunte d’ailleurs sa plus célèbre réplique (vers la fin, je ne la spolierai donc pas). D’un point de science-fictif, le film ne contient aucune idée, ne propose aucun concept. La réalisation est médiocre, le rythme global d’un autre âge (mais pas forcément désagréable). Reste donc un western spatial, plaisant, dominé de la tête et des épaules par un Sean Connery très juste, bien encadré par quelques seconds rôles convaincants, notamment le docteur Lazarus, incarné par Frances Sternhagen.


The Room, Christian Volckman (2019)

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Nord (rural) de l’état de New York. Un couple (lui dessinateur, elle traductrice) s’installe dans une étrange et immense maison dans laquelle se trouve une pièce fermée par un étrange verrou. Une fois ouverte, la pièce exauce tout leurs vœux. Ils se roulent dans les billets de banque, se baignent dans le champagne, se douchent aux diamants, se bourrent la gueule du matin au soir avec les meilleurs bouteilles (ils oublient la drogue, mais comment leur en vouloir ?) jusqu’à ce que – sans doute prise d’ennui – la femme demande un bébé, ce bébé qu’à deux reprises ils n’ont pas réussi à avoir. Sans le savoir, elle vient de mettre la main dans le plus vicieux des engrenages.

Bon, comment dire, ça aurait pu être formidable (avec la même idée de départ, un meilleur scénario et de meilleurs acteurs – je laisse le bénéfice du doute au réalisateur). On a du mal dès le début avec cette Amérique bidon (The Room est un film français, ou plutôt franco-belgio-luxembourgeois) tourné en anglais. New York Upper State ressemble à un coin perdu des Ardennes belges où pourrait sans mal être tourné un remake de Delivrance. Ensuite le scénario est dur à avaler, dès le début ; moi si ma maison me crache des billets de banque par le conduit de la hotte, je vais 1/ vérifier si les numéros de série sont identiques 2/ m’empresser de faire le plein de la voiture, d’aller dans une dizaines de magasins différents pour me prendre 2 ou 300 BDs, quarante coffrets blu-ray… Eux, non. Je veux bien qu’ils aient super envie de baiser (le popotin d’Olga Curry & Co, très bien mis en valeur par le réalisateur, est un argument de poids), mais à un moment faut quand même s’aérer un peu, faire profiter le commerce local, tout ces petits trucs que nous ramènent au monde flottant du confinement 2.0. Puis aux deux tiers, patatras, le film part en sucette, ou en dérapage un tantinet mal contrôlé.

Ça aurait pu être super, c’est juste pas mal et décevant. Il y a de très bonnes idées dont la machinerie secrète de la maison n’est pas des moindres. Après Renaissance (que je n’avais pas aimé, mais que j’avais trouvé quand même intéressant, notamment sur le plan technique), Christian Volckman s’entête à prouver son attachement aux mauvais genres ; s’il continue comme ça il va finir à Hollywood pour y tourner une adaptation de jeu vidéo à cent millions de dollars.