Phnom Penh –> Kratie

kayakakratie(Kayak à Kratie – mon prochain moyen de locomotion)

Prendre le bus au Cambodge est toujours une aventure. On sait à peu près quand on part, pour ce qui est d’arriver, c’est franchement une autre histoire.

Il y a deux jours je me suis réservé un billet pour Kratie dans une agence de voyage qui vantait le trajet en bus climatisé, confortable, moderne, siège n°15, avec la petite bouteille d’eau incluse qui le fait bien. 12 dollars (une fortune dans ce pays). Et il y avait même un signe wi-fi sur la pub (bon, j’y ai pas trop cru, mais je ne doute pas que certains bus de cette compagnie, ceux pour Siem Reap par exemple, soient réellement équipés du wi-fi). On me proposait même de me prendre à mon hôtel à 6h30 pour un départ à 7h00.

OK. Banco. J’en ai vu d’autres/je peux prendre le risque de « perdre » douze dollars.

A 6h25, je suis en effet ramassé à mon auberge de jeunesse par un tuk tuk qui m’emmène deux rues (!) plus loin et me dépose devant une supérette fermée. Le chauffeur me dit « no problem » et me laisse là avec mon sac à dos. OK. Je suis un brin dubitatif, mais comme je connais le pays, je me la joue Keanu Reeves/zen. Le gardien de nuit de la supérette s’extrait de son hamac et me tend une minuscule chaise en plastique rouge, taille basse, sur laquelle je pose mon sac à dos vu que le sol est jonché de détritus : barquettes de nourriture, bouteilles vides, PQ, épluchures (évidemment en plein Phnom Penh, au pied des tours de quarante étages des banques chinoises).

Dix minutes plus tard arrive un mini-van à moitié rempli de Cambodgiens. Aucun Blanc. Le chauffeur me demande « Kra-tché », oui oui Kratie. Il jette un coup d’œil, pas davantage, à mon billet, et embarque mon sac à dos, qu’il enfonce à coup de pieds au milieu des sacs de riz, des cartons, etc.

Le mec est un tel cliché que j’ai, par avance, honte de le décrire : tongs, short pourrav, chemise hawaï, en surpoids notable.

Je monte dans l’engin qui a bien trente ans, oui trente ans je dois pas être loin du compte (tout est pété dedans : les sièges, les ceintures, les poignées pour s’accrocher), et inutile de chercher le siège n°15 ; je m’assois là où me dit m’asseoir. Ils vous gueulent dessus, mais aucune inquiétude à avoir, ça ne surprend que la première fois.

Comme le veut la règle bien connue « aucun mini-van ne quitte Phnom Penh avec une place de libre », le chauffeur s’arrête à toutes les stations services de la route du nord en hurlant depuis sa place de conducteur, mais vers la droite, donc à travers deux voyageurs et une fenêtre fermée pour cause de climatisation : « Kra-tché ! ». Après quatre arrêts, le mini-van est plein et donc : on s’arrête. C’est logique. C’est cambodgien : le plus dur est fait, donc maintenant on va bouffer.

Restaurant sur la route. Très fier de moi, je commande en khmer une soupe de porc qu’on me « remplit » de viscères et d’abats, autant demander un bouillon… Ça a bon goût, mais je retire la « viande » morceau par morceau, surtout qu’il y a des trucs que j’identifie mal, du pancréas peut-être. Du poumon ?

A 8h00, enfin, nous quittons vraiment Phnom Penh.

Je vous épargne la pause-pipi au milieu des rizières inondées (ici, c’est encore la saison des pluies), où les étudiantes demandent au chauffeur en langage châtié (donc en hurlant à pleins poumons) : « Espèce de connard, où est-ce qu’on pisse, y’a pas un buisson dans lequel s’accroupir à un kilomètre à la ronde ? » C’est plutôt mimi une étudiante khmer qui gueule, surtout si elle se dandine en même temps.

Les mecs (qui pissent au bord de la route) se marrent. J’ai beaucoup de mal à garder mon impassibilité keanureevesienne (tu restes le maître absolu, Néo !).

Enfin : les filles font pareil (pissent au bord de la route).

Et on repart.

Puis on passe un pont en bois au dessus d’une méchante rivière en crue ; je sais pas vous, mais moi les ponts en bois, c’est plutôt à vélo que j’apprécie de les emprunter. En mini-van plein comme un oeuf : moins. Puis on passe deux ponts militaires qui furent mobiles, il y a fort fort longtemps. Il a plu il y a peu, tout est boueux. A un moment, le mini-van ralentit et nous longeons au pas, des bâches plastiques qui occupent la moitié de la route et sur lesquelles les gens ont mis leur riz à sécher. J’imagine bien le même truc en France sur la nationale 7, début juillet. Ils ont beaux mes melons, ils sont beaux !

Vers midi, commence la tourné UPS locale : le chauffeur fait d’incessants détours pour livrer des colis, et évidemment il gueule comme un pou dans son téléphone quand il ne trouve pas l’adresse. Le système est rôdé : on laisse son colis, souvent à la station service, avec le numéro de téléphone du receveur, le nom de son patelin, et le prix qu’il va payer pour recevoir l’objet. Une sorte de chronopost à livreurs aléatoires.

Enfin, vers midi trente, après avoir pris quelques routes pourries de chez pourries, souvent pas goudronnées, et traversé un putain de marché en pleine heure de pointe, ne me demandez pas pourquoi, on arrive à Kratie. Au bord du Mékong.

Content, en ce qui me concerne.

258 km.

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