Le jeune juge Steven Hardin (Michael Douglas, parfait), du genre idéaliste, est confronté à un cas de conscience épouvantable. Un enfant a été torturé, violé et assassiné. Deux hommes ont été arrêtés, mais la chaussure de l’enfant, trouvée dans leur van, n’a pas été récupérée grâce à un mandat en bonne et due forme. Cette preuve est donc irrecevable et Hardin ne peut que prononcer le non-lieu. Il se rapproche alors de son mentor et ancien professeur, le juge Benjamin Caulfield (Hal Holbrook, très bien) qui lui dit qu’il existe peut-être une solution…
Dix ans après le fort réussi Magnum Force, dans lequel jouait déjà Hal Holbrook dans un rôle très proche, Peter Hyams se penche sur les grains de sable qui grippent la machine judiciaire américaine. Son constat est très intéressant et son film ne manque pas de faire fonctionner les méninges à plein régime. Il n’y a pas de réponse simple face à un problème complexe. Sans fusillades tonitruantes, Peter Hyams livre un thriller cérébral qui ne manque pas d’atouts, à commencer par un casting impeccable et un sens extraordinaire du rythme. Ça ne vaut sans doute pas le cinéma de Sidney Lumet sur la justice, la police et la corruption, mais ça reste toutefois d’un très bon niveau.
Peter Hyams a tout réalisé dans sa vie, du navet d’action avec Jean-Claude Van Damme au très bon film policier comme cette Nuit des juges.
Après un drame qui l’a touchée dans son cœur, son âme et sa chair, Sadie a décidé de se mettre au service des femmes battues, des enfants en danger. Contre un peu d’argent, un peu de nourriture, ce que vous pouvez donner, elle vous débarrasse de votre mari violent, sans le tuer, elle vous protège le temps de contacter les services sociaux. Sadie est cabossée, dans un sale état, physique et psychologique, mais elle arpente sa voie, comme un samouraï sans maître qui a su garder un code d’honneur indestructible, que nul ne pourra remettre en cause.
Les films qui mettent en scène des justiciers m’ont toujours intéressé, que ce soit Magnum Force (1973), Un justicier dans la ville (1974), Le Droit de tuer (1980), Vigilante (1982), Tir groupé (1982), La Nuit des juges (1983), A vif (2007), Death sentence (2007) (tout comme les Rape&revenge, d’ailleurs). Ils sont rarement aussi sulfureux / démagogues qu »on veut bien le dire et souvent très révélateurs de la période durant laquelle ils ont été filmés. Certains sont atroces comme Un justicier dans la ville 3, qui est un des pires films de l’histoire du cinéma, mais la plupart sont presque « documentaires » pour ne pas dire salutaires. Ils nous poussent à réfléchir aux notions de vengeance, de justice, d’injustice, etc. Et il me semble qu’il est très important d’y réfléchir régulièrement.
A Vigilante apporte sa pierre à l’édifice. Une pierre très Me too, mais pourquoi pas. Olivia Wilde porte le film sur ses épaules mal cicatrisées ; son personnage n’est pas indestructible, n’est pas sans faille, elle est même fêlée presque à se briser. Elle veut faire le bien, là où il n’y a que du mal. Le traitement narratif choisi par la réalisatrice est aussi radical qu’exemplaire, on ne découvre l’histoire de Sadie que fragment après fragment. Les épisodes les plus terribles ne sont pas montrés ou sont filmés hors-champ. Sarah Daggar-Nickson a opté pour un traitement naturaliste, sobre, anti-spectaculaire, presque art&essai. Intéressant. A Vigilante est un film de vigilante mais aussi une réflexion sur ce genre souvent d’exploitation. Ce n’est sans doute pas un film parfait (il y a une scène vers la fin qui peine à convaincre), mais je l’ai trouvé marquant, tendu, sans une once de gras et très sincère. Très éloigné de Peppermint son alter ego hollywoodien sorti la même année, presque à l’autre bout du spectre cinématographique.
Par certains aspects, A Vigilante m’a rappelé Aucun homme ni dieu de Jeremy Saulnier. C’est plutôt un compliment.
Corky (Anthony Hopkins) est un magicien de music-hall. Il fait des tours de cartes et le succès n’est pas au rendez-vous. Un jour, tout change pour lui, il apparaît sur scène avec une poupée de ventriloque, Fats. Une poupée obnubilée par le sexe, aux réparties « limites » pour le moins. Le succès est assuré ; le duo attire l’impresario Ben Greene (Burgess Meredith) qui souhaite faire de Corky, ou de Fats, une vedette de la télévision. Il y a un problème : pour ça Corky doit se soumettre à un examen médical qu’il refuse obstinément.
Corky a un secret et un amour secret. Incognito, il retourne dans les Catskills retrouver son amour d’enfance, mariée à une brute prénommée Duke.
Magic est un des films les moins connus de l’acteur et réalisateur Richard Attenborough (Ghandi, Un pont trop loin, Chaplin, etc.). Souvent présenté comme un film d’horreur, il s’agit avant tout d’un drame, de l’histoire d’un homme qui échoue à avoir une vie normale et à connaître le bonheur. Anthony Hopkins, à la voix si caractéristique (en VO), est plus que convaincant : il est totalement bluffant dans son rôle de ventriloque en grande détresse psychologique. Par ailleurs, la poupée et la façon dont elle est manipulée sont sidérants ; on oublie parfois qu’il ne s’agit que d’une poupée de ventriloque.
Beau film d’amour tragique, Magic est tiré d’un roman de William Goldman (Magic, 1976, publié en 1977 chez Albin Michel).
L’Espagne est à feu et à sang. L’Inquisiteur veut raffermir son pouvoir contre la reine Isabel. Afin de contrecarrer ses plans, elle envoie son meilleur conquistador au Guatemala, pour trouver l’Arbre de Vie.
Le Présent :
Isabel se meurt du cancer. Il ne lui reste qu’un chapitre de son dernier livre à écrire. Son mari Thomas fait tout pour trouver un remède contre son cancer, mais il va trouver autre chose, en inoculant à un singe un peu d’écorce d’un arbre étrange originaire du Guatemala. Alors que l’inéluctable frappe à la porte, Isabel ose l’impensable, elle demande à son scientifique de mari de finir son roman. « Finis-le ».
L’Ailleurs : Thomas vit en symbiose avec l’Arbre, dans un futur, un au-delà (Xibalba), une dimension lointaine. Où il ne reste qu’eux.
J’ai beaucoup de mal avec le cinéma de Darren Aronofsky. Si l’homme est résolument talentueux, il est aussi très prétentieux. Et ses films me mettent souvent mal à l’aise, pour de mauvaises raisons. Requiem for a dream me semble manquer terriblement de sincérité. Black Swan fait preuve d’une certaine complaisance. Mother est aussi irritant que fascinant. Mais il y a deux exceptions : The Wrestler, que j’ai trouvé très bon, très humain, et The Fountain qui malgré ses limitations de budget reste pour moi le meilleur film de Darren Aronofsky… et de très loin. Certains glousseront sur la partie mystico-futuro-branchouille du film (Hugh Jackman dans la position du lotus). Mais en fait, elle est presque secondaire. L’essentiel est ailleurs : jusqu’où où êtes-vous prêt à aller pour sauver la personne que vous aimez le plus au monde. Le Patient anglais nous a donné une réponse, The Fountain nous en donne une autre. Plus métaphysique.
Bon, je dois maintenant l’avouer : j’adore ce film.
Rob vit seul avec son cochon-truffier dans les forêts de l’Oregon. Au volant d’une Camaro jaune dont ne voudrait pas un dealer de crack qui se sèvre à la cocaïne, Amir vient régulièrement échanger les truffes récoltées contre des vivres. Un jour, Rob est agressé et son cochon lui est dérobé. Pour le retrouver, il va devoir retourner à Portland, là où gît son glorieux passé.
Et je n’en dis pas plus, car ce serait gâcher le plaisir qu’on a à voir ce film qui se pèle comme un oignon, qu’on découvre peau après peau. Ça pourrait être un bête remake porcin de John Wick, ce dont le réalisateur semble avoir une conscience aiguë (tout comme il rend hommage au True Romance de Tony Scott de façon assez subtile), mais pas du tout, Pig n’est pas un énième film de vengeance où Liam Neeson tue tout le monde parce que quelqu’un a uriné sur sa pelouse. C’est un grand film américain, ramassé, aiguisé, d’une heure et trente et une minutes. Probablement ce que le cinéma américain est capable de produire de mieux actuellement. Un film avec du fond, de la matière, de la chair humaine, du drame. De bons acteurs, de bons dialogues (parfois excellents comme la scène à glacer le sang qui se déroule au Finway ; je n’en dis pas davantage). Le réalisateur se livre à une réflexion extrêmement cruelle sur ce qui fait le succès, le bonheur… et parfois l’impossibilité d’avoir les deux à la fois. L’argument comme quoi Pig serait le film de la résurrection de Nicolas Cage est à pisser de rire. Tous les deux ou trois ans, Nicolas Cage livre une performance hallucinante et/ou excellente… Mandy en 2018, Joe en 2014, j’en passe et des meilleurs… Il tourne dans beaucoup de mauvais films, voire des trucs franchement embarrassants comme le remake de Wicker Man, mais pas que. Dans Pig, Cage s’essaye avec un grand succès à la sobriété.
Enola Holmes est la benjamine de la fratrie Holmes (ah ah ah, oui, j’ai fait exprès). Ses frères Mycroft et Sherlock sont nettement plus âgés qu’elle, plus célèbres aussi, et ne sont pas venus la voir depuis des années, agissant un peu comme si elle n’existait pas. Explication probable : ce sont des mecs, des vrais, eux, et ils ne s’occupent que de choses sérieuses, ce qu’une petite sœur n’est définitivement pas. Enola a été éduquée par Eudora, la mère des trois enfants Holmes, une sorte de Mary Shelley en bonne santé, moitié punk survitaminée moitié experte en jujutsu ; un esprit libre, sans doute trop pour son époque, et pour tout dire un brin explosif. Un jour, Eudora disparaît sans laisser de traces. Mycroft décide de placer l’envahissante gamine au pensionnat spécial filles dures à marier et Sherlock laisse faire. Sauf qu’Enola n’ira pas au pensionnat, elle va s’enfuir, se lancer sur les traces de sa mère pour comprendre pourquoi celle-ci a disparu.
Enola Holmes est typiquement le genre de films que je ne regarde jamais, sans doute de peur d’attraper le diabète, une des rares afflictions qui m’a été épargné. C’est du young adult, avec une romance adolescente et en arrière-fond un festival d’anachronismes sociétaux qui donnent envie d’écouter du Basil Poledouris à fond. L’Histoire rebondit un peu comme une tête humaine tranchée lancée du haut des cent mille marches du plus grand escalier sacrificiel de ce merveilleux peuple qu’étaient les Aztèques. Disons que parfois c’est gros, très gros, comme les anachronismes déjà cités. Après, voilà, c’est mignon, du pur londonkawai, une comédie enlevée sur la famille Holmes, pleine de trouvailles de réalisation, trouvailles qui évoquent Jean-Pierre Jeunet et Tim Burton. C’est léger, donc, et complètement dans l’air du temps, avec une Noire en surpoids qui enseigne les arts martiaux à Londres à la fin du XIXe, un acteur d’origine indienne (vu dans Utopia) qui joue Lestrade, j’en passe des colorés et des biens mûres. C’est complètement, totalement, diversifié mon ami, une vraie boîte de quality street, caries et hyperglycémie garanties. Tous les quotas ont été respectés, à part pour les homosexuels, mais c’est un film jeunesse, faut pas déconner non plus.
Le tout est d’un féminisme épais, assez sirupeux, trouvé-je, qui conviendra parfaitement à Shanice, votre nièce de onze ans qui vous regarde d’un œil mauvais quand vous lui expliquez que « non, Guenièvre n’était probablement pas d’origine africaine et n’a pas grandi à Soho en écoutant Sade à la radio ».
Après, si on laisse de côté toutes les considérations quotas / diversités / politically correct (ça va être très dur pour certains), on passe plutôt un bon moment. J’avoue que j’ai été surpris pas Henry Cavill dans le rôle de Sherlock, très surpris : je l’ai trouvé très bien.
Au-delà de l’âge de onze ans c’est un film dur à apprécier, mais en faisant un petit effort on peut y arriver (on a tous nos petits problèmes, moi je ne peux pas résister à un truc où il y a Holmes dans le titre).
Michael « Dixie » Dwyer (Richard Gere) sauve la vie de Dutch Schultz (James Remar), dit le Dutchman, un truand colérique et ambitieux qui tient tout le racket du quartier. Dixie est un musicien doué, le premier musicien blanc admis à jouer au Cotton Club, et Dutch le prend sous son aile, puis ne tarde pas à le payer pour qu’il s’occupe de sa très jeune maîtresse, Vera Cicero (Diane Lane). Évidemment, les deux jeunes gens couchent ensemble alors qu’ils sont conscients, l’un comme l’autre, d’appartenir à un truand psychopathe. Leur histoire ne peut que mal finir.
J’ai toujours beaucoup aimé ce film de Francis Ford Coppola qui connut un échec économique sanglant. Coppola, qu’on n’attendait pas forcément sur ce terrain en 1984, semble faire son Cabaret, en troquant le Berlin de 1931 par le Harlem de la période 1928-1930. Moitié film de gangsters, moitié comédie musicale, coupé en son mitan par la crise de 29, The Cotton Club se présente avant tout comme une galerie de personnages hallucinante, on y croise Lucky Luciano, Charlie Chaplin, Duke Ellington, Cab Calloway, etc. Le casting laisse pantois : Nicolas Cage (dans le rôle du frère de Dixie), Bob Hoskins (en patron du Cotton Club), Laurence Fishburne en chef de bande, Gregory Hines en danseur de claquettes évidemment. Si les numéros musicaux sont globalement très réussis, le film souffre d’un défaut qui paraîtra majeur à certains : il s’éparpille, son côté kaléidoscopique lui nuit. Et la dramaturgie du triangle amoureux Vera / Dixie / Dutch n’entre jamais vraiment en incandescence, même quand arrive la scène-clé vers laquelle évidemment tout le film converge. Étrangement, mais sans doute faut-il y voir une composante importante de son projet, Coppola développe des personnages très secondaires comme Sol Weinstein l’homme de main du Dutchman ou Frenchie, le consigliere du Cotton club (incarné par un Fred Gwynne absolument remarquable).
C’est un film très historique (il parlera davantage à ceux qui connaissent bien la période), une œuvre qui parle du racisme de façon claire, mais étonnamment subtile, c’est aussi un film qui parle de la domination masculine et notamment de la domination « financière » de façon brutale et en même temps adroite, précise. Deux personnages féminins soulignent le propos. Vera n’a pas vingt ans quand finit le film, ce qui veut sans doute dire qu’elle a commencé à fréquenter Dutch vers quinze ans. Elle précise à un moment qu’elle se débrouille toute seule depuis qu’elle a treize ans et que sa malédiction est d’être née en ayant l’air d’avoir dix-huit ans (derrière la boutade se dessine le fardeau d’être devenue une femme formée avant même d’avoir quitté l’enfance). La danseuse et chanteuse Lila, elle, est métisse, moitié noire moitié blanche, mais sa peau est si claire qu’elle en profite pour avoir une vie de blanche, ce que lui reproche son amant Noir qui ne peut pas entrer dans les mêmes établissements qu’elle. Pour réussir à Broadway, ou au Cotton Club, Lila ne voit pas d’autre solution que de refuser le mariage à l’homme qu’elle aime, car elle sait pertinemment que si elle ne semble plus « disponible » elle ne pourra plus monter aucun échelon. La marchandisation du corps féminin à Harlem en 1928 n’est pas un vain mot ; toutes celles qui s’en sortent, s’en sortent en se vendant d’une façon ou d’une autre.
The Cotton Club est un beau film, plein de morceaux de bravoure, au fil duquel s’alternent meurtres d’une violence époustouflante et numéros musicaux parfaitement orchestrés. Toutefois, force est de constater que Francis Ford Coppola n’a pas l’inventivité de Bob Fosse pour filmer lesdits numéros musicaux et que les scènes de violence marquent sans doute davantage, notamment celle du lustre (je ne spoile pas) qui a traumatisé bien des spectateurs.
Même s’il a le cul entre deux chaises, celle de la comédie musicale, celle du film de gangsters, The Cotton Club vaut qu’on lui donne sa chance, c’est un beau film intelligent, ample, auquel a manqué une colonne vertébrale plus solide. Il montre à la fois ce que l’homme a de pire en lui, mais aussi ce que l’homme a de plus beau en lui. Et en faisant gagner la plume contre l’épée, ou la musique contre la violence si vous préférez, Coppola ne manque pas de courage. La dernière scène, poétique, lumineuse, est à mon humble avis purement et simplement magnifique.
Dans un complexe de recherches scientifiques à la pointe de la pointe de l’exploration virtuelle de l’esprit humain, Catharine Deane (Jennifer Lopez) s’introduit dans la pensée rémanente de ses patients dans le coma pour essayer de les aider à en sortir. La procédure est complexe (il y a un hôte et un invité), dangereuse et d’un très haut degré technique. Frustrante, cette technologie encore expérimentale ne donne pas de résultats immédiats, mais elle reste prometteuse pour certains patients dans un coma profond.
Carl Stargher (Vincent D’Onofrio, dans ce qui restera à jamais une de ses plus grandes performances d’acteur) est un tueur en série particulièrement perturbé. Il emprisonne des femmes dans une cellule, les noies lentement puis les transforme en poupée avant d’assouvir ses fantasmes sexuels avec leurs cadavres. Le FBI est sur ses traces, et comme Carl possède un berger allemand albinos, le FBI se rapproche. Pour finalement le trouver plongé dans le coma à la suite d’une attaque. De fait, Carl est dans l’incapacité de fournir la location de sa dernière victime, potentiellement toujours en vie, mais Catharine pourra peut-être aider le FBI.
J’ai vu ce film au cinéma quand il est sorti (il faut dire qu’à l’époque on n’avait pas beaucoup de films de ce genre, mêlant thriller et science-fiction à se mettre sous la dent et donc je n’en ratais aucun). J’ai le souvenir qu’il ne m’avait pas beaucoup plu à l’époque. Avec le recul, je pense que j’étais passé complètement à côté de ses enjeux qui sont beaucoup plus spirituels qu’on pourrait le croire de prime abord. Le sauvetage de la victime est en fait très secondaire et intéresse nettement moins le réalisateur que la maladie de Carl, ses origines, ses symptômes, sa dimension esthétique. The Cell regorge d’images religieuses, de visions mystiques, certaines d’ailleurs ne sont pas du tout expliquées (le diable se cache dans les détails et j’ai remarqué sans doute moins de choses que je n’en ai laissé passer). The Cell regorge aussi de visions absolument renversantes, comme la scène que je surnommerai pour le plaisir « le roi sur son trône ». D’Onofrio est bluffant ; Jennifer Lopez, par contre, n’a pas la palette d’une Jodie Foster dans le rôle de Clarice Starling, Vince Vaughn manque un peu de métier (ce qu’une coiffure ridicule n’arrange pas), mais bon ne boudons pas notre plaisir, car malgré des scènes parfois un peu molles, The Cell est épisodiquement sidérant. Il joue aussi avec beaucoup de codes du film de serial killer, faisant de la guérison (ou à défaut du diagnostic) un enjeu plus important que celui de la punition.
Vraiment intéressant ; il ne plaira pas à tout le monde, certaines de ses scènes d’horreur pure sont vraiment perturbantes, mais je le conseille.
PS : Je l’ai vu en blu-ray dans l’édition qui vient tout juste de paraître et que j’avais pré-commandée de longue date. Je ne sais pas si ça vient de mon blu-ray, de mon « pressage », mais j’ai trouvé le son catastrophiquement faiblard. D’habitude, c’est le genre de détails techniques auxquels je m’intéresse guère, mais là ça m’a quand même interpellé, puisque j’ai dû régler deux fois le son de la télé avant de trouver le volume sonore idéal pour préserver les dialogues sans se laisser complètement assourdir par la musique.
Un couple d’Anglais se rend en Espagne pour leurs vacances. Ils attendent leur troisième enfant. Alors qu’ils sont en ville, ils apprennent que la Thaïlande est tombée aux mains des communistes et que cette guerre civile est en train de faire de nombreux morts. Quittant une station balnéaire bruyante, ils se rendent sur l’île d’Almanzora (deux cents habitants environ) où ils ne croisent que des gamins mutiques ou presque. La découverte du corps du premier adulte va leur ouvrir les yeux, quelque chose affecte les enfants sur cette île et les rend particulièrement dangereux.
Bon la première chose qui saute aux yeux, une fois le film fini, c’est l’idiotie du titre français. Le titre original ¿Quién puede matar a un niño? est juste deux mille fois mieux et pose parfaitement la problématique du long-métrage (que se passerait-il si les enfants commençaient à massacrer les adultes ? Que pourrions-nous faire ? ) D’ailleurs cette ligne de dialogue « ¿Quién puede matar a un niño? « , percutante, arrive presque au mitan du film (hors-générique), à une ou deux minutes près (ce qui m’a rappelé la construction quasi mathématique du Théorèmede Pier Paolo Pasolini).
¿Quién puede matar a un niño? est incroyable a plus d’un titre. Il est sorti à peine un an après la mort de Franco (et trois ans avant le premier Mad Max, avec lequel il partage une audace cinématographique qui me semble « historique » ; ce sont d’authentiques films-jalon). ¿Quién puede matar a un niño? marque sans doute la naissance d’un cinéma d’horreur espagnol qui s’éloignait alors de l’exploitation pour chercher et trouver sa propre voie. Le générique du film, pendant environ huit minutes, nous montrent, sous forme d’images d’archives insoutenables, les enfants morts de la Shoah, les victimes de la guerre indo-pakistanaise, les mutilés de la guerre de Corée, les morts de faim du Biafra, les enfants vietnamiens brûlés au napalm (dont Kim Phuc, comme il se doit), autant dire qu’on en prend plein la gueule et que l’envie d’arrêter le film est très forte. Plus personne n’oserait faire ça de nos jours (à part peut être Eli Roth) ; au bout d’une minute trente les producteurs sortiraient leurs grands ciseaux et appelleraient au secours un yes man. Film frontal, film à thèse, ¿Quién puede matar a un niño? pallie son manque de subtilité par une série de scènes (d’horreur ou de tension) marquantes et très fortes, comme celle de la piñata ou celle du commissariat. On retrouve dans ce film un hommage poussé à Hitchock, qui culmine dans une scène où la musique particulièrement emphatique et envahissante évoque Vertigo. D’autres scènes nous ramènent aux Oiseaux.
On pense parfois au Village des damnés de John Wyndham (titre français idiot des Coucous de Midwich), parfois à The Wicker Man, parfois à John Carpenter (notamment Assaut, sorti la même année). Mais surtout au texte Sauvagerie | Le Massacre de Pangbourne de J.G Ballard (Running Wild, en VO, publié pour la première fois en 1988), un court roman dont je ne saurais trop vous conseiller la lecture. D’ailleurs il est difficile de croire que J.G. Ballard, immense cinéphile aux déclarations parfois fracassantes, n’ait jamais vu ce ¿Quién puede matar a un niño?
Un peu longuet (1h30 aurait suffi pour raconter cette histoire, sans en perdre ni la tension ni l’argile philosophique et sociologique), éprouvant, mais terriblement fort, ¿Quién puede matar a un niño? vaut le coup d’œil. Si sa forme a sans doute moins d’impact de nos jours, si le rythme peut sembler franchement trop lent, l’expérience de pensée au centre du film est plus que jamais d’actualité. Voilà une œuvre qui remue, qui fait réfléchir, qui marque, un film intelligent et méchant que je ne peux pas m’empêcher de rapprocher du premier Mad Max, même si les deux œuvres n’ont en fait pas grand chose en commun, si ce n’est leur noirceur absolue. L’un comme l’autre ont ouvert une voie, en Espagne, en Australie, et sans doute ont offert cette voie, leur voix unique, à tout le cinéma mondial qui en a été affecté à jamais.
[3615 My Life] Quel parcours du combattant pour voir ce film qui n’existe pas en DVD français, malgré le fait qu’il ait été co-produit par Arte et Canal+. Je l’ai acheté une première fois chez un vendeur en ligne, et j’ai reçu un DVD italien sans sous-titre que j’ai offert à Anna, une collègue italienne chez Albin Michel, avec qui je travaille beaucoup (c’est elle qui est en charge de toutes les quatrièmes de couverture). Puis je l’ai acheté une seconde fois, en Angleterre, car l’édition était sous-titrée pour les sourds et malentendants. Pas idéal, mais on finit par y arriver. [/3615 My Life]
Le film en lui-même m’a semblé très réussi, mais il sera sans doute vécu comme très obscur par ceux qui ne connaissent pas la vie et l’œuvre du réalisateur italien. Abel Ferrara, à l’opposé de certaines de ses œuvres anciennes, joue la carte de la sobriété, dans sa mise en scène, dans sa direction d’acteurs. Willem Dafoe, dont (à mon humble avis) on avait oublié qu’il était un acteur formidable ces dernières années, est sidérant de bout en bout. Il y a des moment, je l’ai même totalement oublié et il me semblait voir Pasolini, bien que la ressemblance physique soit lointaine. Incroyable ce qu’on peut faire avec un « gadget », la paire de lunettes emblématique du réalisateur, et des poses de mimétisme très travaillées.
Abel Ferrara choisit un angle artistique intéressant qu’il tient jusqu’au bout, il filme les derniers jours de Pasolini comme Pasolini les aurait sans doute filmés… en mêlant la vie et l’art, le naturalisme et la parabole, la splendeur et l’ordure, le sexe et la mort, un enfer qui existe et un paradis inatteignable. Ceux qui espèrent une explication quant au meurtre de Pasolini, sur une plage d’Ostie, près de Rome, durant la nuit du premier au 2 novembre 1975 ne la trouveront pas dans ce film (ni dans aucun autre, d’ailleurs).
Sans doute un film trop pointu, qui rétrécit son public à force de le cerner avec précision, ce Pasolini est tout à fait recommandable. Et je suis ravi d’avoir pu enfin le voir.