Jacob King, chauffeur de taxi originaire du Cap en Afrique du Sud, arrive à Los Angeles avec 600 dollars. Il cherche sa sœur Bianca. Il ne tarde pas à la retrouver à la morgue. Commence alors une enquête qui va le plonger dans les entrailles nauséabondes de la cité des anges. Ou plutôt de la cité des pervers.
Message from the king est un petit film policier à l’ancienne. Malgré ses racines scénaristiques sud-africaines, il n’a pas l’ampleur de l’excellent Zulu de Jérôme Salle, on est plus près du Hardcore de Paul Schrader (1979). Et c’est plutôt un bien, tant ce genre de drame policier « réaliste », ou disons à hauteur de trottoir, dans la déchéance humaine et les immondices, a tendance à disparaître au profit de films toujours plus spectaculaires et donc très souvent idiots avec leur bodycount gargantuesque. Le long-métrage de Fabrice du Welz n’est pas sans défaut : il y a une ou deux facilités scénaristiques (notamment une scène avec Teresa Palmer), Alfred Molina joue comme une outre percée (je le trouve rarement mauvais, mais là c’est le cas). Chadwick Boseman est impressionnant de bout en bout, et le Jacob King qu’il incarne crève l’écran. Luke Evans est très bon en dentiste magouilleur. Teresa Palmer fait un peu tapisserie et son personnage a été passablement sacrifié pour garder au film son incroyable énergie.
Ce n’est pas parfait, mais c’est quand même très solide. Les scènes de baston, notamment à la chaîne de vélo, sortent de l’ordinaire. Le tout confirme l’extraordinaire potentiel que je perçois en Fabrice du Welz depuis son très étrange mais très bonVinyan (un film qu’il faut absolument voir deux fois, comme Le cri du sorcier de Jerzy Skolimowski).
Un container plein de cadavres arrive en Corée. Un seul des immigrés clandestins a survécu. Il réussit à s’enfuir dès que le conteneur est ouvert. Les passeurs exposés à une souche mutée de la grippe aviaire (qui ressemble ici plutôt à Ebola – passons) partent à la poursuite du survivant et contaminent la population coréenne.
Dans le même temps, le destin d’un beau secouriste très viril se trouve intimement mêlé à celui d’une doctoresse tête-à-claques et de sa fille du même tonneau.
Kim Sung-Su est le réalisateur de La Princesse du désert (2001), un film d’action coréen vaguement historique mais proprement hallucinant, qui fut à l’époque le film le plus coûteux de l’histoire du cinéma coréen et rencontra un succès modéré, ce qui participa à plonger le réalisateur aux oubliettes quelques années (il n’a rien tourné entre 2003 et 2013).
Dès que j’ai fait le rapprochement, je me suis rué sur Pandémie en espérant que ce serait du même niveau d’intensité que La Princesse du désert. Force est de constater que Pandémie est un navet avec des petits relents nationalistes assez nauséabonds et un scénario qui ne tient pas la route quinze secondes avec des coïncidences grosses comme des hippopotames. Le film est plein de scènes WTF, de moments grotesques (la description des décisions politiques/électoralistes, l’ingérence américaine, et j’en passe). Bon ça se laisse regarder, mais ce ne sont pas les visions qui évoquent les pires heures de l’histoire humaine (je n’en dis pas davantage) qui sauvent le spectacle – bien au contraire. Le réalisateur ne sait pas trop ce qu’il raconte, et son mélange de comédie et d’horreur sanitaire est particulièrement maladroit.
Bon, il est amplement temps de revoir la version longue (la seule qui compte !) de La Princesse du désert. Et je garde un souvenir ému de Virus (1980) de Kinji Fukasaku, vu plusieurs fois à la télé ; je me demande si le film tient encore la route aujourd’hui.
Suite à un événement cosmique inexpliquée, toutes les espèces de fourmis du désert de l’Arizona, alors en compétition, se mettent à coopérer. Ce qui provoque une disparition brutale des autres espèces d’insectes. Inquiet, un entomologiste anglais, le docteur Ernest D. Hubbs, et un scientifique américain spécialiste de la « théorie des jeux », s’installent dans une base hyper-sophistiquée en plein cœur du désert pour mesurer quelle est l’étendue de la menace. Rapidement, ils subodorent que l’humanité est en danger.
J’étais enfant (je suis né en 1971), la première fois que j’ai vu l’affiche de Phase IV, je ne me souviens plus du contexte, mais je me souviens de cette fourmi sortant d’une main tétanisée ou crispée dans la mort (l’intelligence de ruche confrontée au pouce opposable). Beaucoup plus tard, j’ai réussi à louer le film en VHS, aidé dans ma démarche par ma mère qui avait vu le film à sa sortie et l’avait trouve très bien. Il est raisonnable de penser que la première fois que j’ai vu Phase IV, je n’ai absolument rien compris. Mais ça m’a plu. C’était différent, fascinant. Puis je l’ai revu, plusieurs fois. Sans jamais être déçu.
Récemment, je me suis mis en quête d’un DVD ou d’un blu-ray, pour le revoir dans de bonnes conditions. Ce fut assez facile, le commerce en ligne nous aide en cela, mais pas totalement satisfaisant, car il n’existe aucune édition française. Ne voyant pas trop ce que le format blu-ray pouvait apporter, je me suis procuré le DVD allemand qui a l’avantage d’avoir des sous-titres anglais (mais pas de sous-titres français).
Phase IV, qui fait parfois « fauché » (les effets spéciaux ne sont pas toujours raccords), qui fait très « années 70 », reste terriblement fascinant, impressionnant par moments.
C’est le seul long-métrage de Saul Bass, génial « graphic designer » de quelques uns des génériques les plus réussis de l’histoire du cinéma.
Damian Hale (Ben Kinglsey, plus sobre qu’à son habitude) est un magnat de l’immobilier new-yorkais. Un homme peu sympathique (euphémisme) qui vit dans un grand appartement sur Central Park à la décoration absolument cauchemardesque (tout en marbre et dorures, on se croirait chez Saddam Hussein). Damian se meurt d’un cancer. Il n’ a plus que six mois à vivre. Bien fait pour lui ! Il voudrait reprendre contact avec sa fille Claire, mais n’y arrive pas. La jeune femme a visiblement une haine froide pour ce père qui pense que tout problème peut se régler avec un gros chèque.
Une étrange carte de visite invite Damian à prendre contact avec le Dr Albright. Ce dernier lui propose un procédé révolutionnaire : la mue. Contre 250 millions de dollars l’esprit de Damian va être téléchargé dans un corps de synthèse (Ryan Reynolds). Relocalisé à la Nouvelle-Orléans Damian 2.0 profite de sa retraite dorée, il conduit un bolide « piège-à-chattes », joue au basket, sort en boîte, baise (beaucoup – le corps de Ryan Reynolds et le portefeuille de Damian Hale sont d’une aide notable). Jusqu’au jour où une hallucination fissure sa nouvelle vie bien rodée : un château d’eau en forme de citrouille, une femme latino et une petite fille malade.
Le secret de la mue de Damian se trouve dans la région de Saint-Louis. Elle s’appelle Anna, et elle n’est plus malade.
Sur une idée qu’on penserait fauchée à Greg Egan, ce remake inavoué de Seconds de John Frankenheimer, se présente sous la forme d’un étrange mélange de science-fiction cérébrale (libre-arbitre, existence de l’âme, immortalité) et de film d’action. La première « fusillade » évoque la scène d’anthologie (qui fit beaucoup couler d’encre à l’époque) du Eureka de Nicolas Roeg. Le film est relativement audacieux pour un produit hollywoodien. Par exemple, le premier élément de tension scénaristique n’apparaît pas avant la trentième minute. Chose presque impensable à l’heure où on vous explique que le spectateur doit être collé au fond de son siège au bout de cinq minutes, grand maximum. La partie SF est plus intéressante que la partie action, comme on pouvait s’en douter. Mais la partie action a l’avantage de faire passer ces concepts de SF auprès d’un public sans aucun doute plus large que celui de Greg Egan. Renaissances n’est pas un grand film, il ne surprendra jamais le lecteur de Greg Egan. La scène de la « balle » (je ne spoile pas) est juste une facilité scénaristique à la limite de l’impardonnable. Mais Renaissances est divertissant, bien joué, bien réalisé, très léché même, et réserve quelques jolies surprises de mise en scène.
Depuis la mort de son père, le jeune Martin (Gabriel Bateman) vit dans une grande maison lugubre avec sa mère Sophie. Sophie (Maria Bello) a de sérieux problèmes psychiatriques, surtout depuis qu’elle a arrêté ses « vitamines ». Martin a peur du noir, il se couche toutes les lumières allumées, il ne dort pas chez lui, s’endort en cours, à plusieurs reprises, ce qui oblige l’infirmière scolaire à contacter sa demi-soeur, Rebecca (Teresa Palmer). La dernière fois que sa mère a eu de graves problèmes, Rebecca a fui, maintenant elle va décider d’affronter ce qui se cache dans le noir.
A priori rien de neuf sous le soleil (ou plutôt dans les ténèbres), mais ce petit film (4,5 millions de budget pour 89 millions de recettes mondiales) a une vraie qualité : il ne prend pas les spectateurs pour des cons. Il n’y a pas de twist idiot, pas de manipulation scénaristique. Comme dans Halloween de John Carpenter, le réalisateur confronte des gens ordinaires à un phénomène extraordinaire. C’est simple, les personnages sont plutôt attachants. Il y a de vrais moments de tension.
Maria Bello est très convaincante. Tout ce qui a attrait à son séjour en hôpital psychiatrique est très réussi.
J’ai passé un bon moment. Sans doute le plaisir rare de se voir proposer une histoire d’horreur très pure, très simple.
Gloria, new-yorkaise fêtarde (pour ne pas dire alcoolique) n’a pas de travail depuis un an. Ce qui commence sérieusement à courir sur le haricot de Tim, son brillant petit copain… qui finit par la foutre dehors. Gloria rentre alors chez ses parents, loin de New York, mais pas très loin (le New Hampshire), dans une maison vide.
Au même moment, un monstre démoniaque et gigantesque (qui était déjà apparu vingt-cinq plus tôt) commence à ravager Séoul. Gloria se rend alors compte que quand elle se gratte la tête, le monstre se gratte la tête, quand elle danse, le monstre danse. Il y a deux conditions à cela, elle doit se trouver dans le parc près de chez elle, à 8h05 précise. Vingt-cinq plus tôt, ce parc n’était pas un parc, et Gloria sent bien qu’elle doit se souvenir de quelque chose, quelque chose enfoui profondément en elle.
Colossal est un film expérimental, une sorte de film d’art et d’essai avec un étrange godzilla démoniaque de série B (voire Z). Il est très éloigné de l’idée que l’on pourrait s’en faire en regardant la seule bande-annonce. Pour tout dire, j’ai trouvé le film raté (Anne Hathaway, à contre-emploi, m’a semblé encore plus à côté de la plaque que d’habitude), le cocktail drame/comédie de mœurs/film de monstre ne marche pas. Et malgré toutes ses scènes de séduction paradoxalement assez ennuyeux. Les personnages sont tous odieux et Gloria n’échappe pas à la règle ; on n’arrive pas à s’accrocher à elle, à avoir de la sympathie/de l’empathie pour cette pauvre fille bien pénible. Là où le film est extrêmement intéressant, c’est dans sa radicalité, sa tonalité à part. Pendant plus d’une heure, on ne comprend pas où Nacho Vigalondo veut en venir, ce qu’il veut nous raconter. Essayer de comprendre la volonté du réalisateur devient alors beaucoup plus intéressant que le film en lui-même (je ne pense pas que ça soit un compliment). Et le spectacle parfois voyeur, brutal sur les plans psychologique et physique, est étrangement (alors qu’on s’attend à une comédie) à la limite du soutenable. Voir Oscar (Jason Sudeikis) frapper Gloria (devenue son employée) à de nombreuses reprises et la voir réagir de façon incohérente, ou ne pas réagir du tout (cette fameuse sidération dont on parle beaucoup depuis l’affaire Weinstein), met extrêmement mal à l’aise. Un inconfort qui perdure presque jusqu’aux dernières scènes du film.
Colossal parle de confiance en soi, de traumatisme enfoui, d’alcoolisme, de nos démons intérieurs, des pervers narcissiques et de leurs victimes, de cette fascination qui nous fait appuyer sur la pédale de frein quand on approche du lieu d’un accident. Le réalisateur n’hésite pas à présenter la violence comme une solution et nous confronte à notre voyeurisme naturel.
Plutôt ennuyeux, sans personnages vraiment attachants (à part peut-être Joel/Austin Stowell, sous-utilisé), Colossal est un ratage presque colossal. Dommage, car le fond est plutôt intéressant.
Lou Garou est flic dans une petite ville canadienne. Alcoolo, notoirement incompétent, il est la honte de la police locale (qui se réduit à un chef, lui et l’employée du mois depuis XX mois : Tina). Sur fond d’éclipse, d’annulation du drink&shoot annuel (un rassemblement de chasseurs), d’élections locales, de braquage de magasin d’alcool et de fabrication industrielle de drogue, Lou va se rendre cruellement compte qu’il ne porte pas ce nom français idiot – Garou – par hasard.
Soyons clair d’entrée de jeu, sans préliminaires ni lubrifiant bio : Wolfcop est absolument consternant. Les acteurs sont à chier, les effets spéciaux sont monstrueux (pas forcément dans le meilleur sens de l’adjectif), les effets gore sont affligeants, le scénario est « aléatoire » (je ne sais pas très bien ce que ça peut bien vouloir dire, mais je me comprends et c’est l’essentiel). Beaucoup de zizi, de pipi et pas mal de (jolis) nichons, ce qui place tout de suite le film au niveau de Ash vs Evil Dead (en pire) ; en fait, à la réflexion, non, pas au même niveau, faut pas déconner : Ash vs Evil Dead touche la cuvette (une fois sur trois), Wolfcop se contente du tapis en peluche rose placé devant. Il y a plein d’idées, certes, mais elles sont à 92,7% pathétiques et c’est vrai que voir un homme se transformer en loup-garou à partir de son pénis est une idée extrêmement con et d’une subtilité qui ferait passer Donald Trump pour le maître de Machiavel.
Tout ça pourrait être amusant, voire à se pisser dessus (miction impossible ?), comme une bonne série Z de derrière les poubelles, mais non, le scénario est trop pompé sur Hot Fuzz et les meilleurs passages se comptent sur les doigts de la main qui reste à un manchot. Toutefois, reconnaissons que la scène absolument foireuse du « labo de meth » est par instants réjouissante, tout comme la montée en puissance de Tina.
Evidemment, je me ruerai sur la suite dès qu’elle sera disponible (je me demande si ce n’est pas la première fois de ma vie que je conjugue le verbe se ruer au futur simple).
Berlin juste avant la chute du Mur. L’espion anglais James Gasciogne est assassiné par l’espion russe Youri Bakhtine qui récupère une liste d’agents doubles, d’agents infiltrés, d’agents plus vraiment secrets, liste (planquée dans une montre) sur laquelle se trouve l’identité de Satchel, un agent double que l’Angleterre veut pendre haut et court pour haute-trahison. Lorraine Broughton (Charlize Theron) est envoyée à Berlin pour récupérer la liste à tout prix, et en option, démasquer Satchel. Dès son arrivée, le KGB attente à ses jours. Sa couverture a été grillée et elle soupçonne immédiatement David Percival (James McAvoy) l’agent anglais en poste à Berlin de l’avoir trahie. Dans le même mouvement, elle se rapproche, près très près, d’une agente française : Delphine Lassalle (Sofia Boutella) qui a quelques informations de valeur au sujet de ce paradoxal David Percival, qui fait tout pour passer pour un crétin égocentrique fini et serait peut-être à la place le meilleur espion de sa génération.
Atomic Blonde est une bonne surprise, c’est sans doute même mieux que ça. Je n’en attendais rien ou disons pas grand chose et voilà, je suis resté scotché de bout en bout. Charlize Theron fait un numéro absolument incroyable : à poil, nichons au vent (dès la première scène), en dessous coquins, habillée smart, habillée tueuse implacable, avec perruque, sans perruque. Elle est de quasiment de toutes les scènes et elle incarne une version féminine de James Bond particulièrement réussie. Elle picole comme James Bond (vodka on the rocks), cogne comme James Bond, tire comme James Bond, mais (et c’est là que les scénaristes ont été très malins) malgré ses talents de tueuse implacable elle ne baise pas comme James Bond (ancienne époque). Ses sentiments amoureux sont clairement son épine dans le pied, ce qui la rend fascinante et terriblement attachante. James McAvoy ne surprend pas, il reprend quasiment à l’expression près son rôle dans Ordure ! Aucune surprise donc de ce côté-là, mais il le fait avec le talent pyrotechnique qu’on lui connaît. C’est un espion complètement outré qui se prend pour une rockstar, passe son temps avec des putes, boit comme un trou, parle comme un charretier, fraye avec les punks / activistes qui vont faire tomber le mur. Tout ça ne l’empêchant pas d’avoir une certaine efficacité. C’est un peu le jumeau maléfique de Lorraine. Leur face à face est plutôt intéressant, il joue à la fois sur le registre pop (voire vulgaire : je t’e mettrai bien un petit coup, jolie blonde / dans tes rêves, gros con) et sur un registre plus cérébral (d’inspiration John Le Carré tout à fait limpide – d’ailleurs le film se paye le clin d’œil de luxe absolu en donnant à Toby Jones à peu près le même rôle qu’il avait dan La Taupe).
Doté d’un scénario vraiment convaincant, plein de trouvailles assez géniales (l’utilisation des chansons de la fin des années 80, du film Stalker, des citations de Machiavel, etc), Atomic Blonde dégueule littéralement de morceaux de bravoure :
la scène dans le cinéma où est projeté Stalker.
Les scènes de séduction puis d’amour entre Charlize Theron et Sofia Boutella.
La scène des parapluies.
Sans parler de quelques fusillades à la violence décomplexée et graphique (meurtre au pic à glace, relooking d’appartements est-allemand au sang et aux matières cérébrales).
Le film bénéficie d’un choix de chansons à la fois assez évident et en même temps éclairé : Cat people(putting out fire) David Bowie, 99 luftballoons de Nena, Cities in dust de Siouxie and the banshees, London Calling de The Clash, etc.
A l’heure où le moindre commentaire sexiste peut coûter très cher, je prends le risque et assume le ras du bitume : Atomic Blonde c’est James Bond avec des (petits) nichons. Et c’est délicieusement bon de jouir de cette inversion des codes habituels du film d’espion. Charlize Theron est incroyable (séductrice, intelligente, manipulatrice, physique), James McAvoy fait le boulot avec panache, Sofia Boutella est belle à croquer (surtout en moto) et le reste du casting assure grave : Toby Jones, John Goodman, Eddie Marsan…
A priori ce cocktail incongru d’action à gogo, de pop culture et d’espions cérébraux à la John le Carré n’aurait rien dû donner d’intéressant, mais voilà c’est la magie du cinéma (le plus grand tour de prestidigitation qu’ait inventé le diable)…
Kenny Wells (Matthew McConaughey) est un arrière-petit-fils de prospecteurs. Sa famille possède la Washoe Mining Company. Après la mort de son père, les affaires vont mal pour Kenny et la boîte ne vaut plus rien. Mais il ne s’avère pas vaincu pour autant, à la suite d’une rêve qu’il espère prémonitoire, il vend les bijoux de sa petite-amie et se rend en Indonésie à la rencontre de Michael Acosta (Edgar Ramirez, flamboyant), un géologue qui a eu des succès considérables dans le passé et semble un peu au creux de la vague, depuis que sa théorie géologique sur la Ceinture de Feu a été traité de « ramassis de conneries » par ses pairs.
Si on lit le scénario de ce flm, sans en avoir vu la moindre image au préalable, on se dira sans doute que le rôle de Kenny serait parfait pour Jonah Hill, sans doute encore un peu trop jeune : vulgaire, alcoolo, gras, hâbleur mais sans finesse, toujours en sueur, Kenny est le pire des beaufs (ça c’est parfait pour Jonah). Mais voilà Kenny a la force de ses convictions et elles sont puissantes. Dans le rôle, Matthew McConaughey est convaincant, toujours sur le fil (du ridicule), surprenant dans sa transformation physique à mille lieux de L’Homme en noir de La tour sombre où il était fin, élégant, racé, et pour tout dire assez jouissif en grand méchant (dans un film, pour le reste, presque anecdotique).
Gold m’a laissé sur le cul. C’est vraiment un bon film (à condition toutefois de ne pas trop en savoir à son sujet avant de le regarder, car tout le film repose sur un « truc » assez fortiche). Gold en dit long sur les paradoxes de l’amitié. On y retrouve le charme de certains films d’aventure avec Alain Delon (Les aventuriers) ou de Jean-Paul Belmondo, ces classiques de l’âge d’or du cinéma français (les années 60 grosso modo). On y retrouve aussi les questionnements moraux d’un Scorsese en grande forme.
Même si on peut arguer que McConaughey en fait parfois un poil trop, Gold est un film ambitieux, profond, avec de vrais morceaux de bravoure (les scènes de malaria, la scène du jacuzzi, la scène de la Cadillac) et il serait dommage de passer à côté. Son échec commercial est, comme il se doit, largement immérité.
(Contrairement aux apparences, ceci n’est pas une illustration d’Aurélien Police)
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Une jeune amérindienne court dans la neige, de nuit, pieds nus, quelque part dans le Wyoming. Il fait -20, -30° peut-être. Elle va mourir. Ses poumons, déchiquetés de l’intérieur par l’air glacé, se remplissent peu à peu de sang.
Agent des eaux et forêts, Cory Lambert (Jeremy Renner, qui dresse un portrait impeccable d’un personnage indéfendable) trouve son cadavre après avoir tué un loup qui menaçait un troupeau.
Une agente du FBI arrive sur les lieux du crime. Comme la jeune amérindienne a été violée, elle conclue au meurtre, mais le médecin légiste local la contredit ; il ne nie pas le viol, mais la vérité c’est qu’elle est morte de froid. Elle fuyait quelqu’un sans aucun doute, tout le monde est d’accord, mais c’est le froid qui l’a tué. Et le légiste n’écrira pas autre chose sur le rapport.
Wind River est un film étrange. Sur le plan esthétique et acoustique, il est parfaitement réussi. La photo est magnifique. La musique de Warren Ellis & Nick Cave est « mortelle », même si très discrète (ce qui est plutôt un bon point en ces temps où la musque devient vite envahissante). 10/10 pour l’esthétique et la musique, donc. Sur le plan du scénario, de la narration, par contre, je suis nettement moins convaincu. Le réalisateur essaye de faire passer un drame pour un thriller, et quand le suspense est éventé (par un flash-back explicatif, un fragment chimiquement pur de violences faites aux femmes, plutôt réussi en lui-même, mais qui s’intègre mal à l’ensemble), la dimension thriller n’a plus trop raison d’être et le film peine à devenir pleinement ce qu’il aurait toujours dû être : un drame poignant.
Je ne vais pas spoilier, mais il y a une scène juste avant ce flashback « pot-aux-roses », pivot, qui ne fonctionne pas, mais pas du tout. Elle a été clairement conçue pour introduire le climax du film et résultat, ledit climax tombe un peu à plat. C’est une construction scénaristique limpide, où on vous présente une situation A, « explosive », pour arriver à une situation B, qu’on veut pyrotechnique. Mais la scène A n’étant pas convaincante elle fait office de pieds d’argile et par conséquent la colossale scène B s’effondre assez lamentablement.
Et enfin, il y a le fond de l’histoire, ou disons sa dimension politique, cette idée louvoyante qui voudrait que certains espaces – trop durs pour le commun des mortels – échappent aux « lois de la République » ou, disons, aux lois des USA. C’est justement une des première vertus de la loi, en démocratie, d’être la même pour tous sur tout le territoire, c’est sans doute un acquis à mettre en avant et non à battre en brèche.
Ce film qui semble parfois sponsorisé par la NRA (combien de plans fascinés sur les armes à feu des uns et des autres, la fabrication des balles ?) peut laisser un sale goût dans la bouche. Donald Trump nous a fait le coup des alternative facts, Taylor Sheridan nous fait le coup des territoires alternatifs : ces endroits où la loi pourrait fermer les yeux pour le bien de tous. Vous comprenez : nous sommes ce qu’ils reste de l’esprit pionnier et une balle coûtera toujours moins cher qu’un procès.