Talk Radio, Oliver Stone (1988)

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Barry Champlain (Eric Bogosian, magistral) anime une émission de radio nocturne, au Texas. Juif, provocateur et trop malin pour son propre bien, il est la cible d’une véritable campagne de haine. Barry pourrait être un de ces nombreux animateurs démagogues qui disent tout haut ce que les abrutis (assez malins pour la fermer) pensent tout bas, qui brossent l’auditeur dans le sens du poil, mais non, il préfère renvoyer l’Amérique à ses contradictions les plus flagrantes. Mais quand on joue avec le feu, on prend le risque de se brûler…

Talk Radio est un des films les moins connus d’Oliver Stone et pourtant c’est un sacré bon film, moins grandiloquent que la plupart des autres œuvres du réalisateur, mais pas moins ambitieux. On y retrouve cette Amérique éduquée qui a honte de ses bouseux microcéphales, de ses racistes, de ses grenouilles de bénitier à l’esprit étroit et autre antisémites. Si le film est bon, on reconnaîtra tout de même qu’il rappelle fortement Lenny de Bob Fosse ; Barry Champlain (né Gold) entretenant trop de points communs avec Lenny Bruce pour que cela passe totalement inaperçu.

Les seconds rôles sont très bons, et (le sous-estimé) Michael Wincott en clone de Steve Tyler est totalement hallucinant (vidéo ci-dessous). John C. McIngley cet acteur qu’on connaît tous sans jamais être capable de retenir son nom, est aussi très bien.

Je conseille.

Cinéma / TV… a quickie

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Bien occupé par mon vrai travail (tu ne m’avais pas préparé à ça, vieux coq espagnol !), si je trouve encore le temps de regarder des films et des séries TV, je ne trouve plus du tout la demi-heure que nécessite une recension à peu près honorable de mes visionnages.

Jungle, Greg McLean (2017)

Avec Harry Potter. Un film de jungle, en Amérique du sud, une histoire vraie. Je n’ai évidemment pas pu résister à la tentation. Le scénario tient sur une page « notes » d’un Lonely Planet, à condition d’écrire gros. Les acteurs sont bons. Pas un grand film, mais une sorte de film honnête, aux ambitions limitées et bien cernées, que j’ai bien apprécié. Ça n’a pas la puissance de Lost city of Z.

 

Homicide, David Mamet (1991)

Le meurtre d’une vieille juive dans un petit magasin. Le destin de deux flics (Joe Mantegna et William H. Macy). Je ré-explore le cinéma de David Mamet avec un vrai plaisir. Semblants, faux-semblants, trahisons, quiproquos. Ce n’est peut-être pas le meilleur film de Mamet, mais je le trouve très bon.

 

Braquages, David Mamet (2001)

J’a acheté tout Mamet en DVD, donc je pioche. Et ce Braquages, je ne l’avais jamais vu. C’est un Mamet mineur avec un casting plaisant : Gene Hackman, Rebecca Pidgeon, Danny de Vito, Sam Rockwell, Delroy Lindo. Comme souvent chez Mamet, le scénario est bourré de petites erreurs/approximations qui semblent volontaires et nous (dé-)montrent que le cinéma est un art de la prestidigitation / l’illusion. Braquages n’atteint pas en la matière le brio de Spartan filmé trois ans plus tard. Avec ses personnages complexes, Braquages dit toutefois des choses intéressantes sur la vieillesse, sur la retraite, sur l’avant-mort.

 

True Detective saison 1, Nic Pizzolatto (2014)

La première fois que j’ai vu la série, j’ai été terriblement déçu. D’une certaine façon, on me promettait une sorte de thriller lovecraftien / Carcosa / Le Roi en jaune et ce n’était pas ça, au final. Bon j’étais clairement entré dans une pizzeria pour commander des sushis, ça arrive. L’erreur est humaine.

La deuxième vision (je connaissais la fin, l’identité du tueur) a été plus intéressante. J’ai pu me concentrer sur d’autres trucs (loin de ma prime déception). Notamment le jeu de Matthew McConaughey qui en fait des tonnes, le pire étant la scène dans la bagnole où d’une voix mortifère il nous explique la vie, la mort et l’univers. Donc, là, Matthew, je dois t’avouer que j’ai bêtement rigolé. Mis à part ça, il y a quelques scènes qui m’ont scotché, et notamment l’intégralité du dernier épisode que je trouve d’une puissance et d’une tension assez rarement atteintes à la télévision.

 

La Isla minima, Alberto Rodriguez (2014)

La Isla Minima c’est True Detective dans le sud de l’Espagne. J’avais déjà vu le film, je l’ai revu juste après avoir fini True Detective pour comparer les deux œuvres. Je n’ai pas été déçu, c’est toujours aussi bien, même à la seconde vision. Broyés par des forces qui nous dépassent, nous ne restons que des hommes.

 

Utu – Redux, Geoff Murphy (1984)

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Nouvelle-Zélande, 1870. Te Wheke, un éclaireur des troupes coloniales, se rebelle après le massacre de son village par des soldats anglais. Il lève une troupe de Maoris et commence une guerre sans merci contre les colons. Cette guerre fait vite une victime anglaise, Emily Williamson. Son mari sombre alors dans une profonde folie de vengeance. Quelle vengeance gagnera, celle de Te Wheke ou celle de Williamson ?

Utu est selon Quentin Tarantino, dont on connaît la mesure proverbiale, « Le meilleur film néo-zélandais de tous les temps » ; on n’ira sans doute pas jusque là, mais c’est un film étonnant. Une sorte de western qui reprend bien des codes du genre nord-américain, le pionnier, les populations indigènes révoltées, la cavalerie, la petite ville perdue qui se résume peu ou prou à son hôtel-bordel. C’est le ton du film qui surprend le plus. Utu alterne horreurs (meurtres d’enfants en scène d’ouverture) et scènes de comédie (ce qui m’a rappelé Little Big Man d’Arthur Penn, 1970, et Soldat Bleu de Ralph Nelson, 1970 aussi). La première fusillade est presque slapstick, jusqu’à la mort d’Emily Williamson qui nous rappelle violemment que tout ça n’est pas un jeu.

Le scénario est étonnant : il monte en puissance et les dix dernières minutes sont exceptionnelles en terme de sens sur la violence, la vengeance, l’amour, la folie, le devoir, etc. C’est aussi un scénario plein d’improbable, d’incongru, d’absurde. Très étonnant. Avec une histoire d’amour qui défie un peu toutes les lois romanesques. Bien vu !

Geoff Murphy n’est pas un très bon réalisateur, le manque de moyens est régulièrement flagrant et les auteurs font parfois ce qu’ils peuvent. Reste néanmoins une curiosité, plutôt agréable, au final amer beaucoup plus convaincant que le reste.

A découvrir !

Annihilation

Annihilation-Review

[Entre deux mises en fabrication pour Albin Michel Imaginaire, j’ai enfin trouvé le temps de regarder un film.]

Cinq femmes, dont une biologiste (Natalie Portman, plutôt convaincante en ancienne femme soldat) et une psychologue (Jennifer Jason Leigh, qui a pris un sacré coup de vieux), partent explorer la zone X, quelque part au sud des USA. La zone X est dangereuse, personne n’en revient vivant, ou alors comme par magie et transformé. C’est précisément ce qui est arrivé au mari de la biologiste.

Au départ, Annihilation d’Alex Garland (dont j’avais beaucoup aimé le Ex Machina – un des rares exemples de bonne SF pour adulte de ces dernières années) est un roman de Jeff VanderMeer que j’avais critiqué ici. Premier volume de la trilogie du Rempart Sud (j’ai lu le deuxième, mais n’ai jamais eu envie de lire le troisième). Cette trilogie a été un véritable phénomène éditorial ; pour ma part, j’y ai vu une espèce de Stalker floridien peu convaincant. Mais bon, peu importe, les livres ont été traduits dans des dizaines de langue et sont devenus un film.

La première chose qui frappe c’est qu’Annihilation est très librement adapté de la trilogie de VanderMeer. Le principe de base du roman (chaque personnage était appelé par son rôle : la biologiste, la psychologue, etc), ce principe n’a pas été retenu. Si certaines explications sont données sur le roman entre ce qui se passe entre la biologiste et son mari revenu de la zone X, elles manquent dans le film. A contrario certaines explications sur ce qui s’est passée dans le phare et la cavité sous le phare ont été ajoutées dans le film. Pourquoi pas, mais ça donne un film qui semble toujours à côté de ce qu’il veut raconter, qui n’a pas su choisir et possède des aspects de survival et des aspects de SF intelligente. Par ailleurs, j’ai été très déçu par les effets spéciaux qui sont très bons pour les scènes d’horreur (viscères exposées, visage arraché) et plutôt mauvais et moches pour les décors et les ambiances.

Annihilation est lent et plutôt ennuyeux. Il aurait pu être fascinant, si Alex Garland avait fait le choix de l’abstraction plutôt que celui de la démonstration prismatique.

 

Tattoo, Robert Schwentke (2002)

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Une femme blessée court dans la nuit, poursuivie, est heurtée par un bus qui s’écrase ensuite sur un autre véhicule et le tout prend feu. Le médico-légal détermine assez vite que la femme a été partiellement écorchée avant son accident fatal. Il lui manquait un magnifique tatouage japonais mis en vente sur un salon privé d’internet. Deux flics commencent leur enquête : une jeune recrue et un vétéran brisé par la mort de sa femme et le départ de sa fille. Le vétéran « tient » la recrue qui en bon teufeur prend volontiers des substances illicites pour s’éclater.

Tattoo est le premier long-métrage de Robert Schwentke, réalisateur ultra-doué IMHO, qui s’est perdu à Hollywood, tournant à la chaîne des films de commande plus ou moins réussis, à l’exception notable d’Hors du temps, adaptation très réussie du best-seller The Time traveler’s wife. Donc Tattoo est le premier film, entre thriller et horreur, façon Seven, d’un réalisateur doué. Et comme de juste c’est assez inégal. Le scénario n’est pas très convaincant : on ne croit ni aux procédures policières décrites, ni au déroulé de l’enquête (la coïncidence qui permet de résoudre l’enquête a quelque chose de grotesque), ni au duo de flics. Ça fait beaucoup, sans doute trop, et pourtant le film résiste à ça, il a un côté « plongée dans un monde aussi inconnu que glauque » assez fascinant, la réalisation est suffisamment tendue pour qu’on ne se pose pas trop de question sur les trous du scénario. Le cinéma est un art assimilable à la prestidigitation, Schwentke, dès ses débuts, l’a bien compris. Il remplit les trous de son scénario avec de la tension et des images fortes : éros / thanatos. Du côté d’Eros, Nadeshda Brennicke est plutôt convaincante en patronne de galerie d’art tatouée comme un yakusa.

Inégal car plein de défauts, pour adultes consentants, mais somme toute plaisant.

Noroi, Koji Shiraishi (2005)

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L’écrivain Masafumi Kobayashi est spécialisé en phénomènes paranormaux, il participe à des émissions de télévision et a sa propre émission, pour laquelle il filme en permanence ses enquêtes. Un jour, alors qu’il interviewe une famille qui entend des pleurs de bébés provenant de la maison voisine, maison où vivent une femme dérangée et son fils de dix ans environ, mais aucun nourrisson, il approche pour la première fois d’une vieille légende de montagne, qui va le mettre sur la piste du démon folklorique Kagutaba. Cette même enquête va aussi le rapprocher d’une petite fille, Kana Yano, qui possède d’impressionnants pouvoirs de clairvoyance et d’une actrice « hypersensible » qui a été terrifiée par quelque chose en forêt, prêt d’un temple. C’est près de Nagano, dans un village de montagne où tout le monde possède un chien que repose le secret de Kagutaba, enfoui sous les tonnes d’eau d’un lac de barrage artificiel.

Noroi est un drôle de film, une sorte de Blair Witch Project nippon. Si la réalisation found footage n’a pas grand chose d’original, et ne surprendra personne, le film a l’étrange qualité (et défaut) de partir dans tous les sens, de suivre mille pistes hétérogènes qui nous ramènent toujours au même endroit, ce village, un rituel pour faire la paix avec un démon. Le jeu des acteurs est de qualité très variable et le film de presque deux heures est trop long, pourtant il a un petit quelque chose de différent qui lui donne une véritable identité.

Malgré ses indéniables défauts, j’ai vraiment bien aimé. Notamment parce que ça montre un Japon très différent de l’habituel décor hyperurbain de Tokyo.

Romanzo Criminale, Michele Placido (2005)

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Légendes : Il Freddo (le Froid), Dandy et le Libanais. Kim Rossi Stuart, Claudio Santamaria et Pierfrancesco Favino.

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Années 1970, trois copains d’enfance décident de mettre la main sur le trafic de drogue à Rome et une partie de la prostitution. Ils ont choisi eux-mêmes leurs surnoms pour ne pas en subir d’autres, imposés par leurs pairs : Le Libanais, le Froid, Dandy. Au départ, ils étaient quatre, mais la Thune est mort prématurément. C’est cette mort qui les a construits. Après avoir financé leurs opérations par la prise d’otage du Baron Rosellini, après une tabula rasa particulièrement sanglante, les trois compères s’installent dans leurs rôles respectifs, s’associent avec Le Sec, un spécialiste du blanchiment, et avec la mafia sicilienne, pour couvrir leurs arrières, du moins c’est ce qu’ils croient. Mais la police les pourchasse et d’énigmatiques hauts-serviteurs de l’état les surveillent de près. Car en Italie, les années 70 ce sont les années de plomb : les Brigades rouges, l’attentat de la gare de Bologne, le meurtre d’Aldo Moro. Tous joueront un rôle dans cette période trouble, où le bien et le mal furent des concepts longtemps mis entre parenthèses, où toutes les pièces sur l’échiquier sont plus ou moins grises.

Le film de Michele Placido, Romanzo Criminale, est une adaptation du foudroyant roman du juge Giancarlo de Cataldo (que j’ai eu la chance de rencontrer à la Comédie du livre, à Montpellier, il y a quelques années). Il existe en deux montages, un montage de 2h32 et un montage de 2h58. Malheureusement, je n’ai jamais trouvé la version longue, et il est clair que la version courte est largement « trouée » (les événements qui précèdent le retour en Italie du Froid/Il Freddo sont un peu décousus, alors que justement on arrive au climax de l’épopée criminelle). Plus tard, le livre a de nouveau été adapté sous forme de série télévisée (deux saisons), seule la première saison est disponible en DVD français. Il semblerait que cette seconde adaptation soit excellente – à suivre.

Souvent comparé à Il était une fois en Amérique de Sergio Leone, Romanzo Criminale n’en a ni la puissance syncrétique (ni la moitié, ni le dixième, d’ailleurs) ni la force esthétique, mais reste toutefois un film très recommandable. Contrairement à Leone ou au Scorsese des Affranchis, Placido n’arrive pas à extraire de son matériel littéraire de départ (et historique, puisque Cataldo s’est basé sur une histoire vraie qu’il connaît bien) quelques scènes cultes qui vont marquer les esprits à jamais. Il ne traduit pas la mythologie de son récit en récit mythologique. D’un autre côté, il montre des truands plus vrais que nature, d’une banalité fascinante : ignares, idiots, gras, misogynes à crever, sans conscience politique aucune, coupés de leur famille, réduits à tourner en rond entre deux meurtres. Des hommes étrangers à tout sentiment élégiaque (autre qu’une passe avec une prostituée). Seul Il Freddo sort du lot. Il Freddo, capable de tout, car capable d’aimer vraiment, sincèrement, sans calcul ni arrière-pensée. Cherchant et trouvant l’innocence et la lumière (elle se prénomme Roberta), malgré une vie criminelle baignée de ténèbres.

 

Une des chansons emblématiques du film :

The Neon Demon, Nicolas Winding Refn (2016)

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Jesse (Elle Fanning) débarque à Los Angeles pour devenir mannequin. Elle vient de fêter ses seize ans et l’agence pour laquelle elle travaille lui demande de dire qu’elle a 19 ans, car 18 c’est tout de suite plus suspect. Jesse est naturellement belle, sa peau est parfaite, elle est lumineuse dans un monde de ténèbres, de jalousie, de souffrances physiques et psychologiques. Dans un monde où la beauté n’est pas une chose, mais… everything.

Je suis assez fan du cinéma de Nicolas Winding Refn, j’ai vu Drive un certain nombre de fois, il en est de même pour Valhalla Rising avec Mads Mikkelsen. Et j’aurais probablement honte de mentionner le nombre de fois où j’ai visionné Only god forgives. Disons que c’est beaucoup. J’ai vu tous ses autres films au moins une fois, même ses premiers films danois. J’avais déjà vu The Neon Demon en Blu-Ray et j’étais passé complètement au travers, gardant à l’esprit des images très fortes, mais n’arrivant pas à leur donner un sens réel, un poids, une symbolique. J’avais l’impression que ça ne racontait rien, ou disons pas grand chose. Film superficiel sur un art superficiel ? Cohérent dans son essence-même ? Expérience esthétique où le travail de la directrice de la photo, Natasha Braier, devient plus important que celui du réalisateur lui-même ? J’imagine que mes premières impressions un peu brumeuses ressemblaient à ça.

Le second visionnage ne m’avance pas davantage… J’avais oublié la scène du lion du montage qui rappelle La Féline de Paul Shrader. Les scènes nocturnes qui ramènent sur le Mulholland Drive de David Lynch. La scène de la piscine vide qui m’évoque le cinéma de Nicolas Roeg, sans que je sache trop pourquoi… L’ensemble me rappelle définitivement Starry Eyes, un petit film d’horreur plus classique, qui a ma préférence, même s’il est loin d’être parfait.

Alors évidemment il y a cette incroyable scène de nécrophilie, il y a cette fin « oculaire » totalement WTF et presque rétive à toute analyse. L’ensemble n’est pas inintéressant. Sur le plan esthétique c’est à tomber, mais c’est aussi longuet, un peu lancinant. Le pire, en ce qui me concerne : ça montre beaucoup, mais ça ne raconte pas grand chose.

 

Jeu de massacre (Free Fire, Ben Wheatley – 2016)

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C’est l’histoire d’une vente d’armes qui va partir en sucette. Nous sommes fin des années 70 à Boston. Chris (Cillian Murphy), dont on imagine assez facilement qu’il fait partie de l’IRA (ou travaille pour eux) vient acheter un lot de M16 à Vernon (Shartlo Copley), un trafiquant d’armes sud-africain dont le QI est en compétition serrée avec sa pointure (difficile de dire qui va gagner). Vernon n’a pas de M16 mais il a trente AR70. Chris a le pognon, au dollar près. Tout devrait se passer sans problème… Mais la veille, Stevo, un des porte-caisses de Chris, s’est fait refaire le portrait par Harry, un des hommes de Vernon. Il est question d’une cousine de 17 ans à peine, d’une fellation qui a mal tournée et d’une balafre. Quand Harry aperçoit Stevo, les jeux sont faits… Let’s rock’n’roll.

Ben Wheatley est un des réalisateurs du moment les plus atypiques qui soient. Avec lui, ça passe ou ça casse. Et ça casse presque une fois sur deux. Si Kill List m’a impressionné, High Rise m’a vite fatigué. Si Touristes est vraiment un Himalaya de l’humour noir, English Revolution est un espèce de sommet anglais (un pays pas forcément connu pour ses montagnes) du WTF. Free Fire est constamment comparé à Reservoir dogs, et je comprends bien pourquoi : le jeu sur les dialogues, la cruauté (gratuite ?) de certaines scènes, mais le film de Tarantino est nettement plus ambitieux (montage, dialogues justement, écriture des personnages, bande-son) et nettement plus réussi car Free Fire s’effondre un peu une fois que la fusillade a commencé (un comble !). Ça tire certes dans tous les sens, le spectateur se marre, mais Wheatley n’arrive pas à réinjecter un élément scénaristique fort pour emballer sa machine et disons « élever le débat ». C’est plaisant à regarder, les acteurs sont au top, il y a un jeu absolument dément autour des accents des uns et des autres, mais Free Fire reste un chouette divertissement contre-culture quand Reservoir Dogs touchait quelque chose de plus profond sur la violence, la cruauté, la folie et la trahison. Tu as été méchant, Ben. Bravo, c’est bien, maintenant il te reste à être plus malin que méchant… Tout en restant méchant. C’est pas si facile.

Ginger Snaps Resurrection, Brett Sullivan (2004)

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Brigitte, contaminée par sa sœur Ginger, vit comme elle peut en se faisant des shoots d’aconit en intraveineuse. Elle voudrait se débarrasser de son virus lycanthrope, mais se retrouve juste capable d’en freiner les effets les plus voyants. Elle s’entaille les poignets régulièrement, car les processus biologiques de cicatrisation freinent sa transformation. Un soir, alors que le bibliothécaire du coin lui rend visite, ils sont attaqués par un loup-garou. Le corps du bibliothécaire disparaît et Brigitte, blessée, est internée dans un hôpital psychiatrique privé, à cause de ses auto-mutilations et de sa dépendance à l’aconit. Pour elle, le temps est compté. La bête se rapproche, tout comme sa transformation maintenant qu’elle est privée d’aconit.

Suite directe de Ginger Snaps, Ginger Snaps Résurrection change carrément de tonalité tout en restant dans le registre de la série B horrifique sympathique. Exit le portrait d’une adolescence qui s’ennuie, exit aussi le personnage hilarant de la maman des sœurs Brigitte et Ginger. Ginger Snaps Résurrection est globalement plus sombre, notamment par le biais de scènes sexuelles qui s’apparentent quasiment toutes à des viols. Les personnages secondaires sont assez intéressants comme Alice, qui gère l’hôpital psychiatrique, l’infirmier à gueule d’ange qui échange de la drogue contre des faveurs sexuelles ou Ghost qui veille sur sa grand-mère entièrement brûlée (ce pan du scénario ne tient aucunement la route quand on connaît l’étendue des soins que nécessitent les grand brûlés). Ce n’est jamais franchement mauvais, ce n’est jamais totalement convaincant (le nombre d’incohérences et d’idioties scénaristiques est assez élevé).

Mineur.  Mais somme toute assez plaisant si on arrive à débrancher son détecteur à conneries scénaristiques pendant 90 minutes.

(Jaquette française pour le moins mensongère, Katharine Isabelle (Ginger) n’apparaît que très brièvement dans le film, centré autour du personnage de Brigitte.)