Mayhem, Joe Lynch (2017)

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Derek Cho, un jeune avocat (Steven Yeun, très bien) au service d’une puissante firme reçoit une jeune femme (Samara Weaving, très bien aussi) qui a un problème de saisie immobilière. « Non, désolé madame, je ne peux rien faire pour vous. Au revoir. » Alors que la jeune femme est sur le point d’être jetée dehors, Derek est viré pour un dossier épineux qu’on lui a refilé en douce, sans le prévenir, et l’immeuble est bouclé, mis en quarantaine, car touché par un virus : le ID7 qui rend les gens totalement désinhibés : capables de s’entre-tuer, de s’engueuler comme de baiser à mort (comme on est en Amérique, les gens préfèrent très vite s’entre-tuer que baiser à mort). Derek Cho connaît bien ce virus et surtout le vide juridique qui couvre les actes que l’on commet en étant malade. Sa supérieure Kara Powell, qui vient de le planter pour sauver ses miches, a intérêt à planquer son fessier et le reste, car le Cho est chaud, bien décidé à régler ses comptes, au marteau si nécessaire (la faucille était en vacances). Et Melanie qui est sur le point de perdre sa baraque, et sent qu’elle n’a plus rien d’autre à perdre, est prête, elle, à clouer au mur le malheureux crétin qui osera se foutre en travers de son chemin.

Ça va gicler : sang, cervelle humaine et aussi un peu de sperme histoire de rosir le mélange.

Trouvé dans un bac de blu-ray d’occasion à un prix ridicule, je me suis dit que je ne risquais pas grand chose. Comme on pouvait s’y attendre, Mayhem n’est ni un grand film ni même un bon film. Par contre, c’est la meilleure adaptation ballardienne que j’ai jamais vue, bien supérieure à High Rise (à un petit détail près, ce n’est tiré d’aucun roman en particulier de J.G. Ballard.) Pourtant… c’est incroyable comme ce film méchant entre en résonance avec I.G.H, Super-Cannes et La face cachée du soleil. Un détail ici, un autre là, un personnage odieux.

Sans doute dans la même veine qu’American Nightmare, cette petite série B foutoir et boule puante utilise l’exagération et le grotesque pour appuyer là où ça fait mal : ce flottement (loin d’un certain réel, trivial) que l’on aperçoit souvent chez les gens de pouvoir qui brassent des millions et sont littéralement en position de broyer des vies.

A condition d’être un poil tordu, on s’amuse bien.

 

 

Trainspotting 1 & 2 – Danny Boyle

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Il y a des films qui laissent un souvenir incroyable, on ne sait pas pourquoi, pas vraiment.

Renton (Ewan McGregor) qui s’enfonce dans les tréfonds des pires chiottes d’Ecosse pour récupérer deux suppositoires. Diane (Kelly Macdonald) à poil, parfaite (oh par Bouddha qu’elle est belle !), qui envoie Renton dormir sur le canapé. Renton qui, le lendemain, demande aux parents de Diane, durant le petit-déjeuner, s’ils sont ses colocataires. Spud (Ewen Bremmer) qui, essayant de se dépatouiller d’un drap lourdement souillé, asperge de diarrhée bièreuse les parents de sa petite-amie. Sick Boy (John Lee Miller) qui tire à la carabine à plomb sur les chiens d’un parc. Begbie (Robert Carlyle) qui balance sa chope de bière (vide) sur une nana (aussitôt blessée, le visage en sang) et jure ensuite qu’il va péter la gueule de l’enculé qui a osé commettre une telle infamie.

C’est ça Trainspotting, et bien plus, des shoots d’héro, des amours, des trahisons, l’addiction, la maladie, des décès, l’irresponsabilité, l’Ecosse des « déjà morts ». Une mise en scène virtuose qui a consacré Danny Boyle comme un des plus grand réalisateurs anglais. J’aime bien Danny Boyle, même quand il se rate (Trance), ça reste franchement intéressant. Il touche souvent des choses très profondes avec son sens « pop », il a l’œil et l’oreille. C’est sans doute le seul réalisateur au monde qui pourrait me convaincre de regarder un film sur la vie de Steve Jobs (un peu comme Fincher a réussi à me faire mater un (bon) film sur Facebook).

Donc j’ai revu Trainspotting pour la Xème fois.

Puis le lendemain soir, j’ai regardé pour la première fois Trainspotting 2. Peut-être parce que j’avais terriblement peur d’être déçu, j’ai été agréablement surpris. Ça n’arrive pas au niveau du premier, la mise en scène est moins inventive, mais ça essaye de raconter autre chose : la paternité, la quête d’un sens à la vie, la vie ceux qui ont vieilli sans jamais réussir à devenir adultes, la moralité, l’amitié. Il y a un petit quelque chose sur la rédemption via Spud, sur la nature du mal via Sick Boy. En fait, je ne regrette pas. C’est moins flamboyant que le 1, aucun doute là-dessus, mais c’est paradoxalement plus long à mâcher.

Je me comprends.

Mademoiselle, Park Chan-Wook (2016)

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Corée 1930, un arnaqueur, capable de fabriquer de faux livres, envoie comme servante une jeune arnaqueuse auprès d’une riche héritière japonaise qu’il veut dépouiller. La jeune femme à la peau de porcelaine, trop belle, vit avec son oncle, un vieux pervers obsédé par la littérature érotique / pornographique qui n’hésite pas à mettre en scène d’étonnantes ventes aux enchères de livres rares (falsifiés). L’arnaqueur tombe amoureux de l’héritière, l’arnaqueuse tombe amoureuse de l’héritière, à moins que ça ne soit l’inverse. Et tout ce petit monde, de manipulation en manipulation, court à grands pas vers le désastre… ou l’extase.

Mademoiselle est un film complexe, adapté d’un roman de Sarah Waters, une adaptation très large (et un tantinet brutale) puisque la société anglaise de 1860 a été troquée contre l’occupation de la Corée par le Japon, dans les années 30.

Le film joue donc sur plusieurs tableaux : le côté anglais reste (on pense à une version soft porn des intrigues de Jane Austen, à Sarah Waters évidemment, mais aussi à la mise en scène d’Hitchcock). Le film joue parfois sur un registre typiquement coréen. Park Chan-Wook rend hommage à La servante, s’autocite avec la scène du poulpe (une des meilleures du film) et s’amuse avec la rancœur nationale. Il joue aussi avec les références japonaises : Hokusai, Edogawa Ranpo et le cinéma éros/thanatos de Nagisa Oshima. Si l’image est globalement splendide et le trio d’acteurs principaux renversant, le film accumule d’autres défauts, c’est lent, inutilement manipulateur/emberlificoté et il y a d’immenses maladresses scénaristiques, sans parler d’un trou immense à la fin qui frôle le deus ex machina.

Les scènes saphiques sont très fortes, surtout celle centrale/pivot.

Mais le plus gros défaut du film, c’est ce personnage de l’oncle, joué par un acteur trop jeune, mal maquillé, parfois ridicule. Impossible de croire cinq minutes à ce terrible personnage (qui d’ailleurs ne livrera pas tous ses secrets).

Mademoiselle est donc un film décevant et pourtant il marque durablement, à cause de son esthétique renversante, de son humour (si si…) et de son audace érotique qui renvoie au cinéma de Nagisa Oshima.

Winchester, the Spierig brothers (2018)

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Californie, 1906. Un psychologue alcoolo et camé au laudanum, le Dr Eric Price (Jason Clarke, dans son plus mauvais rôle ?) est engagé par la compagnie Winchester pour déterminer si Sarah Winchester (Helen Mirren, dans son plus mauvais rôle ?) qui possède 51% des parts de la compagnie est saine de corps et d’esprit. En effet, Sarah s’est installée à San José, avec sa nièce – veuve – et son petit-neveu, où elle fait construire jour et nuit une maison labyrinthique, dont les plans lui serait dictés par les victimes de la fameuse carabine à répétition. Pour le Dr Price, aucun doute, l’affaire est conclue d’avance, la vieille est bonne pour l’asile.

Mais si…

Ah ah ah. Un film d’horreur qui fait dormir. Tout, absolument tout, est prévisible de la première à la dernière minute, donc ennuyeux. Les frères Spierig et leur scénariste essayent de nous refaire le coup de Sixième sens de Shyamalan, en le décalant un tantinet, mais c’est gros, gros. Les acteurs principaux cachetonnent atrocement, les acteurs secondaires sont plus convaincants (perdus pour perdus, ils se sont peut-être dit qu’ils pourraient être remarqués au milieu de ce naufrage ?). On retrouve avec plaisir Bruce Spence de Mad Max 2 et Angus Sampson de la seconde saison de Fargo.

Si la maison Winchester vous intéresse, jetez plutôt un coup d’œil à Dans l’antre de la pénitence.

 

Downrange, Ryûhei Kitamura (2017)

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Ils sont jeunes, ils sont beaux (enfin pas tous). Trois garçons, trois filles (pas mal de possibilités). Ils font du covoiturage.

Au milieu de nulle part, là où il n’y a évidemment pas de réseau, un pneu éclate, le véhicule sort à moitié de la route.

Alors que deux des garçons changent la roue, une balle tombe sur la chaussé (on peut raisonnablement se poser des questions quant à son absence de déformation, mais c’est sans doute le scénariste grincheux qui parle, pas le spectateur). Juste après, un des garçons s’écroule, touché en pleine tête, sans doute aligné par un tireur embusqué. Puis une des filles s’étale, un œil crevé, mais toujours vivante. Tout le monde se met à gueuler (enfin ceux qui peuvent encore).

Que vont pouvoir faire les quatre survivants face à ce redoutable sniper ?

Depuis Versus, Ryûhei Kitamura s’est spécialisé dans les films certes jouissifs (et encore, c’est de l’orgasme discount), mais plus cons que cons. Downrange ne restera pas dans les annales comme son film de la maturité, loin de là. C’est bête, c’est méchant, c’est grand-guignol ; rien n’est plausible. Ça pisse le sang, ça gerbe, ça pisse tout court. D’une certaine façon, rien ne nous est épargnée. Les acteurs jouent comme des tricycles et les actrices comme des brouettes.

Un film globalement sans intérêt aucun, mais regardable entre potes, avec des bières fraîches et des parts de pizza brûlantes.

L’affiche est bien.

Grave (bien!)

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Pour certains (je crains d’en faire partie), voir un film français se solde dans 99% des cas par une expérience douloureuse. Je ne goûte guère à la comédie hexagonale produite à la pelle, ni vraiment au polar hexagonal… à quelques exceptions près qui doivent tous avoisiner le demi-siècle d’existence, voire davantage. Quant aux drames français, oui, drame est bien le mot approprié. D’ailleurs, si on me demande quel est dernier film français que j’ai vraiment aimé, je risque de remonter à Trouble Every Day de Claire Denis, pas vraiment une nouveauté.

Après une série noire, Gods of Egypt (ridicule, baroque jusqu’à la nausée et même pas marrant), Blade Runner 2049 (trois tentatives, une semaine où j’ai beaucoup travaillé, il est vrai), perdu pour perdu, je me suis dit j’allais regarder Grave (Raw) que j’avais en blu-ray depuis parution.

Tout le monde connait l’histoire, je crois : une jeune étudiante végétarienne, ultra-douée, entre en première année d’école vétérinaire et est obligée lors du bizutage de manger un rein de lapin cru. Ce qui va éveiller en elle un appétit trop longtemps contenu.

Eh bien, je me suis régalé. C’est con, mais con : la scène de pisse, la scène d’épilation, le bras dans le cul de la vache. C’est un espèce d’imaginaire horrifique féminin que j’ai trouvé complètement rafraîchissant. Assez inédit à dire vrai. Laurent Lucas est excellent, comme souvent. La jeune Garance Marillier crève l’écran. Julia Ducournau fait parler les jeunes comme ils parlent vraiment. Il y a quelques scènes (de fête estudiantine, notamment) qui ont presque un caractère documentaire. Ça m’a un peu rappelé Excision de Richard Bates Jr.

J’attends maintenant le prochain film de Julia Ducournau avec impatience.

(La musique adoucit les morts ?)

La pharmacologie pour les nuls

C’est le soporifique le plus puissant de la création.

Il coûte moins de vingt euros en blu-ray.

Et il est théoriquement réutilisable à l’infini.

Pour les thuriféraires de l’utilisation unique, à coups de cessions de vingt minutes vous pourrez l’utiliser huit fois sans chevauchement de la moindre séquence, pour des cessions de trente minutes, cinq utilisations seront possibles.

Sinon, il parait que c’est aussi un film et qu’il raconterait une histoire.

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Frank, Lenny Abrahamson (2014)

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Un jeune compositeur de chansons raté, ou ratées ce qui revient au même, (Domhnall Gleeson, décidément capable de jouer à peu près n’importe quel rôle) remplace par hasard le claviériste d’un plus qu’obscur groupe de rock (The Soronprfbs) dont le chanteur, Frank (Michael Fassbender, comme vous ne l’avez jamais vu) porte en permanence une tête en plastique, même sous la douche (!). Tous partent en Irlande, à Vetno, enregistrer l’album qui va changer la face du monde.

Les films « de groupe » sont un genre à part entier. The Commitments d’Alan Parker est peut-être le plus connu. C’est en tout cas, un de mes préférés.

Frank est clairement un OFNI (Objet Filmé Non Identifiable), je lui ai trouvé beaucoup de points communs avec Bad Boy Bubby de Rolf de Heer. Peut-être moins frontal (Bad Boy Bubby est vraiment dérangeant), Frank est aussi un film qui contient son lot de scènes dures : tentatives de suicide, personnages mentalement déficients et/ou à la dérive. Mais Abrahamson a un immense talent de conteur et il nous dépeint cette bande de losers avec ce qu’il faut d’humanité (beaucoup) et de cruauté (un peu) pour que le film ne lasse jamais. Même dans les moments les plus pathétiques (et ils sont nombreux), Frank reste agréable à regarder. Le réalisateur pose un regard tendre sur ces gens brisés. Maggie Gyllenhaal, dont l’immense talent n’est plus à démontrer, prouve une fois de plus qu’elle peut passer de l’immense machine hollywoodienne (White house down) au meilleur du film indépendant. Encore plus que ses partenaires masculins, elle crève littéralement l’écran. Sa colère permanente est incroyablement électrique. Le film fonctionne comme un empilement de morceaux de bravoure dont les sessions d’enregistrements sont peut-être l’Himalaya.

« Chinchilla ! »

La dernière scène du film est magnifique ; on la trouve facilement sur youtube (mais elle spoile à mort le vrai sujet de Frank) ; je préfère vous en mettre un autre extrait, très SF : Secure de galactic perimeter.

La scénario de Frank a été inspiré par la vie de Chris Sievey et son personnage iconique Frank Sidebottom. Les rapports semblent toutefois ténus.

I Kill giants, Anders Walter (2017)

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Long Island. De nos jours. Barbara Thorson, douze ans, s’apprête à affronter le géant qui menace sa petite ville. Elle porte ses oreilles de lapin qui l’aident en toutes circonstances et son sac contient la plus terrible des armes anti-géants : le marteau de guerre Coveleski.

I Kill giants est une adaptation du comics du même nom, signé Joe Kelly au scénario et Ken Niimura au dessin. N’ayant pas lu le comics (que j’ai juste feuilleté en librairie avant de le reposer gentiment sur son présentoir, je ne suis pas fan du dessin de Niimura), je me garderai de juger le côté adaptation du scénario. Par contre, il y a plein de choses dans le scénario (du film), signé Joe Kelly, qui m’ont dérangé, voire agacé. Très récemment (et là c’est le spoil total, majeur, irréversible), J.A. Bayona m’a raconté la même histoire, avec un garçon (dans le rôle narratif de Barbara). C’était A monster calls, adapté de Patrick Ness. J’ai trouvé que A monsters calls surclassait I Kill giants à tous points de vue. Que l’imaginaire était plus riche, plus rugueux. Que le propos était plus profond. Et que tout le dispositif métaphorique était bien plus audacieux, élaboré et cruel. Ce que je reprocherai surtout au scénario de I Kill giants, c’est de cacher au spectateur des éléments scénaristiques qu’il serait logiquement impossible de cacher (ah, le démon de la manipulation). Quand la sœur de Barbara appelle pour son travail, elle a plus qu’une excuse pour expliquer ce qu’elle demande et elle n’utilise pas cette excuse, comme le ferait n’importe quel être humain dans son inconfortable position. Elle sous-entend des choses. Dans un lien hiérarchique normal, le sous-entendu peut paraître compassionnel, mais dans le cas présent, c’était juste une grosse pancarte « attention entourloupe scénaristique » qui clignotait. Le personnage de Taylor est un bully masculin que Joe Kelly a changé de sexe. Globalement, je trouve que le trio de gamines, Barbara / Sophia / Taylor, fonctionne comme un trio de garçons. Le scénario évite consciencieusement tout le contenu adolescent / adulte, pourtant elles ont douze ans, un âge charnière s’il en est, et sont en contact avec des élèves plus âgés, donc « dessalés », comme on dit parfois. J’ai l’impression que le film ne sait pas à qui il s’adresse, il n’est pas particulièrement adapté pour des enfants de douze ans (ils risquent d’être fort déçus par la dimension métaphorique / psychologique du récit) et il prend les jeunes adultes pour de jeunes cons.

I Kill Giants est le premier long-métrage du danois Anders Walter. Sa réalisation est plutôt correcte, même si je l’ai trouvée très sage, un peu chiante. J’ai l’impression persistante que la jeune génération de réalisateurs européens qui arrive maintenant en salles n’a pas l’audace (créatrice) des Danny Boyle et autres Lars Von Trier en début de carrière. Alors que typiquement I Kill giants pouvait tout à fait être traité de façon punk / indé / underground (presque à la Gregg Araki). Sans doute à cause de l’âge de l’héroïne, la production a voulu tirer le film vers la saga Harry Potter (c’est écrit en gros sur l’affiche). C’est parfois bienséant à s’en foutre les doigts dans la gorge (un peu comme si le réalisateur n’avait jamais approché de près une gamine de douze ans). Dommage, c’était sans doute la dernière chose à faire. Le casting est globalement impeccable. Et Zoe Saldana porte sur ses épaules tous le poids de sa charge professionnelle ; sa volonté d’aider est aussi infrangible qu’un mur de granit. Plus je la vois, plus je suis bluffé par l’étendue de son registre. Noel Clarke, l’excellent Noel Clarke, n’apparaît que quelques secondes à l’écran dans le rôle de M. Mollé ; quel dommage qu’un tel acteur soit ainsi sous-utilisé. Alors que le couple qu’il forme (à l’écran) avec Zoe Saldana est tellement « naturel ».

Le film est une déception. On peut toutefois le voir pour Zoe Saldana, ou la fameuse scène de combat avec le titan (en affiche). La fin est chargée d’émotion. Mais ce sursaut vient un poil (de lapin ?) trop tard.

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Three billboards outside Ebbing, Missouri

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Une femme (Frances McDormand, plus mieux que d’habitude, trouvé-je, alors qu’elle est d’habitude excellente), Mildred Hayes de son nom complet, loue trois panneaux à la sortie de la ville et y faire inscrire 1/ Violée pendant qu’elle agonisait 2/ Et toujours aucune arrestation ? 3/ Comment est-ce possible, chef Willoughby ? Le shérif se meurt d’un cancer du pancréas, ce qui ne facilite pas son enquête. Et son adjoint Dixon est aussi abruti que raciste, ce qui non plus n’est pas commode. De son côté, Mildred se fait draguer par le nain du patelin, assiste excédée à l’idylle de son ex avec une jolie idiote de 19 ans. Et son fils aîné ne comprend pas pourquoi les panneaux, pourquoi accabler le shérif, pourquoi ne pas faire son deuil ? Il y a des choses qu’une mère ne peut accepter, notamment son intolérable sentiment de culpabilité.

J’ai beaucoup aimé ce film, même si je lui trouve un énorme défaut : Sam Rockwell dans le rôle de Dixon en fait des tonnes, des kilotonnes et probablement quelques mégatonnes. Tous les curseurs sont dans le rouge, et je dirais même que quelques ampoules ont pété dans un flash d’hydrogène sulfuré : il est odieux, immonde, raciste, alcoolique, con comme un boulon, et incapable d’accepter sa potentielle propre bonté qu’il considère sans doute comme de la faiblesse.

Martin McDonagh et moi, ça n’a jamais été une grande histoire d’amour. J’ai trouvé son Bons baisers de Bruges sympa sans plus, quand bon nombre de mes petite camarades avaient atteint l’orgasme lors du visionnage. 7 psychopathes était plutôt crétin et plutôt raté. Peut-être parce que la bêtise humaine est son fonds de commerce (et que je ne m’y retrouve pas en tant que spectateur), je ne suis jamais pleinement satisfait par ses films. Mais dans celui-là, il y a Woody Harrelson dans un de ses meilleurs rôles, Woody Harrelson qui fait tout le contraire de Stockwell, avance vers la mort avec force, laissant derrière lui un puissant sillage de subtilité et d’humanité.

Frances McDormand et Woody Harrelson valent vraiment la peine de supporter un Sam Rockwell qu’on a connu plus convaincant.