Mademoiselle, Park Chan-Wook (2016)

mademoiselle

Corée 1930, un arnaqueur, capable de fabriquer de faux livres, envoie comme servante une jeune arnaqueuse auprès d’une riche héritière japonaise qu’il veut dépouiller. La jeune femme à la peau de porcelaine, trop belle, vit avec son oncle, un vieux pervers obsédé par la littérature érotique / pornographique qui n’hésite pas à mettre en scène d’étonnantes ventes aux enchères de livres rares (falsifiés). L’arnaqueur tombe amoureux de l’héritière, l’arnaqueuse tombe amoureuse de l’héritière, à moins que ça ne soit l’inverse. Et tout ce petit monde, de manipulation en manipulation, court à grands pas vers le désastre… ou l’extase.

Mademoiselle est un film complexe, adapté d’un roman de Sarah Waters, une adaptation très large (et un tantinet brutale) puisque la société anglaise de 1860 a été troquée contre l’occupation de la Corée par le Japon, dans les années 30.

Le film joue donc sur plusieurs tableaux : le côté anglais reste (on pense à une version soft porn des intrigues de Jane Austen, à Sarah Waters évidemment, mais aussi à la mise en scène d’Hitchcock). Le film joue parfois sur un registre typiquement coréen. Park Chan-Wook rend hommage à La servante, s’autocite avec la scène du poulpe (une des meilleures du film) et s’amuse avec la rancœur nationale. Il joue aussi avec les références japonaises : Hokusai, Edogawa Ranpo et le cinéma éros/thanatos de Nagisa Oshima. Si l’image est globalement splendide et le trio d’acteurs principaux renversant, le film accumule d’autres défauts, c’est lent, inutilement manipulateur/emberlificoté et il y a d’immenses maladresses scénaristiques, sans parler d’un trou immense à la fin qui frôle le deus ex machina.

Les scènes saphiques sont très fortes, surtout celle centrale/pivot.

Mais le plus gros défaut du film, c’est ce personnage de l’oncle, joué par un acteur trop jeune, mal maquillé, parfois ridicule. Impossible de croire cinq minutes à ce terrible personnage (qui d’ailleurs ne livrera pas tous ses secrets).

Mademoiselle est donc un film décevant et pourtant il marque durablement, à cause de son esthétique renversante, de son humour (si si…) et de son audace érotique qui renvoie au cinéma de Nagisa Oshima.

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