The Little Drummer Girl, Park Chan-Wook (2018)

The Little Drummer Girl – Charlie (FLORENCE PUGH) – (C) THe Little Drummer Girl Distribution Limited. – Photographer: Jonathan Olley.

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(La vie est étrange, publier Gnomon de Nick Harkaway, fils de l’écrivain John Le Carré, m’a donné très fortement envie de me replonger dans les adaptations audiovisuelles des romans de ce dernier.)

Repérée par le Mossad parce qu’elle a assisté à un rencontre d’étudiants avec un jeune Palestinien, Charlie (Florence Pugh, assez peu attachante et grassouillette, ce qui paradoxalement lui confère un certain charme) est une jeune actrice anglaise aux sympathies gauchistes assez évidentes, mais l’époque veut ça et le besoin de s’intégrer n’est peut-être pas à négliger. C’est aussi une formidable menteuse qui s’est construit une vie, une histoire de famille en totale rupture avec la réalité. Alors que sa troupe est invitée en Grèce par un mystérieux mécène pour participer à un gala, elle se lie avec un homme mystérieux qui va se révéler être un ancien soldat de Tsahal et ancien agent du Mossad : Gadi Becker (Alexander Skarsgård, impressionnant). Le patron de Gadi, Martin Kurtz (Michael Shannon, comme vous ne l’avez jamais vu) a prévu de recruter Charlie pour lui faire infiltrer la cellule terroriste de Salim, ce jeune Palestinien qu’elle a rencontré des années auparavant.

Les actrices et les acteurs jouent, c’est leur métier, ils répètent leur rôle, ils se fondent dans leur personnage jusqu’à ce que les limites qui séparent la fiction et la réalité se brouillent, voire disparaissent. Mais quand vous infiltrez une cellule terroriste, le jeu devient instantanément dangereux et la moindre erreur peut vous être fatale.

Charlie survivra-t-elle aux manipulations de Martin Kurtz et de son bras armé, Gadi Becker ?

J’ai beaucoup aimé cette mini-série de Park Chan-Wook. Je trouve qu’il réussit la gageure de faire à la fois du Park Chan-Wook (c’est fin, subtile, vertigineux et pervers à souhait) et à la fois du John Le Carré (oubliez tout manichéisme, il n’y a pas d’un côté les méchants terroristes palestiniens et de l’autre les gentils agents du Mossad, il n’y a pas d’un côté de méchants sionistes assoiffés de sang et de l’autre de romantiques soldats de la liberté palestiniens ; c’est une guerre, elle a beau se jouer dans l’ombre, sa première victime restera l’innocence des uns et des autres).

La petite fille au tambour avait déjà été adapté en film, une fois, par l’excellent George Roy Hill. Je suis sûr de l’avoir vu, mais je n’en ai aucun souvenir. En brisant le cadre d’une « simple » fiction de 2h00, Park Chan-Wook se permet de prendre son temps et de déployer ses personnages avec talent. Il livre une mini-série d’une grande intensité qui cumule sans doute dans l’épisode qui se déroule presque entièrement au Liban. Il joue aussi avec le format télévisuel, se permettant de remettre en cause certains de ses codes. Il n’y a qu’à voir son choix de cliffhangers, osé : souvent juste une rencontre et non une situation de danger ou une révélation qui balayerait tout.

Je conseille.

PS : (Et je viens de m’acheter le coffret The Night Manager et Un homme très recherché pour rester dans l’ambiance.)

Mademoiselle, Park Chan-Wook (2016)

mademoiselle

Corée 1930, un arnaqueur, capable de fabriquer de faux livres, envoie comme servante une jeune arnaqueuse auprès d’une riche héritière japonaise qu’il veut dépouiller. La jeune femme à la peau de porcelaine, trop belle, vit avec son oncle, un vieux pervers obsédé par la littérature érotique / pornographique qui n’hésite pas à mettre en scène d’étonnantes ventes aux enchères de livres rares (falsifiés). L’arnaqueur tombe amoureux de l’héritière, l’arnaqueuse tombe amoureuse de l’héritière, à moins que ça ne soit l’inverse. Et tout ce petit monde, de manipulation en manipulation, court à grands pas vers le désastre… ou l’extase.

Mademoiselle est un film complexe, adapté d’un roman de Sarah Waters, une adaptation très large (et un tantinet brutale) puisque la société anglaise de 1860 a été troquée contre l’occupation de la Corée par le Japon, dans les années 30.

Le film joue donc sur plusieurs tableaux : le côté anglais reste (on pense à une version soft porn des intrigues de Jane Austen, à Sarah Waters évidemment, mais aussi à la mise en scène d’Hitchcock). Le film joue parfois sur un registre typiquement coréen. Park Chan-Wook rend hommage à La servante, s’autocite avec la scène du poulpe (une des meilleures du film) et s’amuse avec la rancœur nationale. Il joue aussi avec les références japonaises : Hokusai, Edogawa Ranpo et le cinéma éros/thanatos de Nagisa Oshima. Si l’image est globalement splendide et le trio d’acteurs principaux renversant, le film accumule d’autres défauts, c’est lent, inutilement manipulateur/emberlificoté et il y a d’immenses maladresses scénaristiques, sans parler d’un trou immense à la fin qui frôle le deus ex machina.

Les scènes saphiques sont très fortes, surtout celle centrale/pivot.

Mais le plus gros défaut du film, c’est ce personnage de l’oncle, joué par un acteur trop jeune, mal maquillé, parfois ridicule. Impossible de croire cinq minutes à ce terrible personnage (qui d’ailleurs ne livrera pas tous ses secrets).

Mademoiselle est donc un film décevant et pourtant il marque durablement, à cause de son esthétique renversante, de son humour (si si…) et de son audace érotique qui renvoie au cinéma de Nagisa Oshima.