Affaires Privées, Mike Figgis (1990)


Raymond Avilla (Andy Garcia) fraîchement débarqué aux affaires internes est amené a enquêter sur un copain de promo, Van Stretch : un flic violent, déjà plusieurs fois sanctionné, visiblement accro à la cocaïne. Désireux de le faire décrocher, Avilla pousse Van Stretch dans ses derniers retranchements et découvre qu’il est sous la coupe d’un flic plus âgé, Dennis Peck (Richard Gere). Peck est une légende de la police. Trois mariages. Huit enfants. Un neuvième en route. Il roule en voiture de sport et saute tout ce qui bouge. Charmant, accro au cul, toujours prêt à rendre service à ses collègues, Peck vit très au-dessus de ses moyens. Demandant à sa hiérarchie l’autorisation d’enquêter en profondeur, Avilla comprend très vite qu’on ne touche pas à Dennis Peck, parce que c’est « un grand flic ». Mais Raymond s’entête. Le face à face entre les deux hommes devient alors inévitable.

Affaires Privées est un des meilleurs films de Richard Gere, sans doute celui où il livre sa performance la plus mémorable. Il est incroyablement convaincant en flic pourri, accro au sexe. Andy Garcia, lui joue dans un tout autre registre, le latino (macho et jaloux) qui est « arrivé », s’est marié à une femme intelligente qui travaille dans le monde de l’art mais la délaisse, car il est totalement obnubilé par son travail. Laurie Metcalf est aussi très bien en flic homosexuelle incapable de complètement canaliser Avilla.

J’ai revu le film en DVD. Le rendu est correct, d’autant plus que la réalisation de Mike Figgis est assez terne, il laisse vraiment ses acteurs prendre le dessus sur la mise en scène pure. Les dialogues sont extrêmement crus et le sujet du film devient très vite le sexe, le désir et l’insatisfaction. On peut même trouver une certaine tension homosexuelle entre les deux adversaires qui culmine avec la « scène de la culotte ». Par contre les sous-titres français sont « étranges », il y a des oublis (bon ça arrive souvent dans les sous-titres), des passages en espagnol (Andy Garcia parle beaucoup en espagnol dans le film) non sous-titrés et des expressions typiquement américaines traduites vraiment à côté de la plaque. J’ai passé une partie du film à corriger mentalement les sous-titres, ce n’est pas très agréable. Mon espagnol étant n’étant moins bon que mon anglais, j’ai raté des trucs.

Je conseille ce polar moite inoubliable (tourné deux ans avant Basic instinct).

(Malheureusement le film est très difficile à trouver à un prix raisonnable).

Série télé : Happy Valley de Sally Wainwright


Catherine Cawood (Sarah Lancashire) est une femme-flic peu commode. Sa fille Becky s’est suicidée après avoir donné naissance à un petit Ryan, fruit d’un viol. Son fils Daniel ne lui parle plus depuis des années. Son ex-mari, journaliste, s’est enfui, remis en couple et ne supporte pas la présence de Ryan. La série commence quand Tommy Lee Royce, le père de Ryan, ce violeur que Catherine déteste plus que tout autre chose au monde, sort de prison. Catherine n’a qu’une envie l’y remettre et une fois pour toutes.

Cette série qui est un peu l’improbable collision du film anglais social à la Ken Loach et de The Fall pour le côté enquête sur un monstre et femme-flic en fin de carrière, cette série est totalement addictive. Je n’ai regardé que ça ces deux dernière semaines, à raison d’un ou deux épisodes par soirée. Sarah Lancashire crève l’écran et le reste du casting est tout à fait convaincant, notamment James Norton qui joue le particulièrement abject Tommy Lee Royce. Viols, meurtres atroces, violences physiques et verbales, scènes d’alcoolisation déraisonnable, truands médiocres mais extrêmement dangereux (en partie à cause de leur bêtise), la série est à la fois puissante et très ancrée dans le réel.

Je conseille.

PS : le propos sexiste de rigueur : Charlie Murphy qui joue une des victimes de Tommy Lee Royce est incroyablement belle.

Leave the world behind, Sam Esmail (2023)


Une femme (Julia Roberts) qui n’en peut plus « des gens » loue une maison de luxe, à la campagne, à proximité de New York, pour elle, ses enfants et son mari. Elle a un fils de 17 ans et une fille plus jeune, sur le point de terminer la série Friends. Alors qu’ils sont à la plage, toute la famille est obligée de courir pour échapper au naufrage d’un pétrolier. Plus tard, les réseaux Internet/Téléphone cessent de fonctionner. Et encore plus tard, au beau milieu de la nuit, un homme Noir et sa fille frappent à la porte. L’homme dit être le propriétaire de la maison et propose mille dollars en liquide pour passer la nuit avec son insupportable fille, chez lui, en sécurité. Amanda, celle qui a loué la maison, pète une durite, pendant que son mari se montre plus conciliant. Les locataires finissent par accepter la présence des propriétaires, alors que dehors l’Amérique s’effondre.

J’ai du mal à trouver ce qui est le plus ridicule dans le film. J’ai décroché une première fois avec la scène du pétrolier, puis plus tard avec la scène des voitures autonomes et puis plus tard (non, je ne spoile pas). Il faut accepter ce film pour ce qu’il est réellement, non un film de fin du monde réaliste, mais une parabole lourdingue sur la façon dont les gens vivent le nez dans leur téléphone portable, s’éloignant de la vraie vie, de la nature et des autres. Si le fonds est vraiment intéressant et pointe du doigt certains maux propres à la société américaine (notamment la radicalisation terrifiante du camp républicain), la forme et le rythme lancinant (le truc dure quand même 2H20) m’ont laissé la plupart du temps sur le bord de la route. Tel un fan transi des scénarios inénarrables de Damon Lindelof, Sam Esmail empile les scènes complètement What The Fuck, certes très marquantes sur le plan visuel, mais comme issues d’un cerveau New @ge qui mélangerait un peu tout, Alfred Hitchcock, la mondialisation, la crise climatique, les fractures de la société américaine, les dangers de l’hyperconnectivité, l’effondrement de la biodiversité, etc.

Bon, si vous avez adoré Lost, ça passera peut-être comme une lettre à la poste.

Atlas, Brad Peyton (2024)


Dans un futur rigolo, les intelligences artificielles se rebellent et, dirigées par Harlan, elles mènent la guerre contre l’Humanité. Harlan (qui a une tête de méchant asiatique et donc symbolise à lui tout seul les menaces chinoise, nord-coréenne et le danger forcément fourbe que représentent les IA), prenant une branlée, s’échappe pour la galaxie d’Andromède, rien que ça. Bon il faut reconnaître que les nazis occupent déjà la face cachée de la Lune, dur de trouver une bonne cachette à proximité de la Terre.
Atlas Shepherd (Jennifer Lopez, 54 ans) connaît bien Harlan, ils ont été élevés par la même mère, sauf que celle-ci avait un plus grand intérêt pour son fils artificiel que pour sa fille naturelle. Quand la localisation d’Harlan est enfin découverte par Atlas, grâce à un interrogatoire « magique » dont les subtilités stratégiques m’ont échappé, l’Humanité lance une mission d’intervention dans la galaxie d’Andromède qui va vite tourner au fiasco (je ne spoile pas, ou disons très peu, c’est 30e minute d’un film de deux heures). Prisonnière d’un méca avec lequel elle refuse de se synchroniser de peur de livrer à une machine tous ses petits et hideux secrets, Atlas va quand même essayer toute seule comme une grande de terminer la mission.

Je me suis régalé. Non franchement, cet enfant mongoloïde et illégitime de Pacific Rim et Terminator est délectable de la première à la dernière minute. Les emprunts à Aliens, entre autres, sont autant d’easter eggs qu’un fan de SF dévore à toutes dents dehors, au bord de la syncope orgasmique. Le méchant s’appelle Harlan comme le méchant Harlan Ellison qui avait attaqué James Cameron qui lui aurait pompé l’idée de son scénario Soldier pour en faire Terminator. L’affaire a été réglée au final à l’amiable et est protégée par un NDA. Et maintenant Harlan Ellison figure au générique de Terminator.

Enfin bon, revenons à Atlas : si vous avez deux heures à perdre… pourquoi pas.

PS (comme Propos Sexiste… et donc nécessaire ) : Le principal atout de Jennifer Lopez en tant actrice m’a toujours semblé être son cul. Là il faut dire que le popotin en question est assez mal mis en avant par le réalisateur. Il faudra donc se replonger dans des œuvres plus anciennes comme Anaconda, The Cell ou U-turn pour apprécier à sa juste valeur érotique le légendaire séant.


La Vallée perdue, James Clavell (1971)


Un professeur allemand (Omar Sharif), qui a tout perdu, fuit les combats de la guerre de trente ans dans une vallée isolée, où tout le monde mange à sa faim, où la guerre semble très lointaine. Juste après son arrivée, une troupe de mercenaires débarque. Menée par le Capitaine (Michael Caine). Ils s’installent au village et demandent six femmes pour le repos des guerriers. Des femmes sont choisies. Le Capitaine se rapproche de la sorcière du village, près, trop près. Une femme, Inge, promise à un jeune homme, se lie avec le professeur qui, pour survivre, va devoir se rendre indispensable et va jouer avec les superstitions des villageois.

L’esprit humain est étrange. Très déçu par la nouvelle adaptation de Shogun, j’ai décidé de revoir La Vallée perdue de James Clavell. J’ai été surpris de voir à quel point ce film fait office de terreau d’inspiration au classique de Paul Verhoeven La Chair et le sang. La Vallée perdue n’est pas exempt de défauts et a mal vieilli sur certains point, mais ça reste un très bon film. Parmi les défauts, il est totalement impossible de considérer Omar Sharif comme un potentiel professeur allemand de la guerre de trente ans, malgré tout les efforts de son coiffeur ou de sa coiffeuse. Ce choix de casting est étrange. Les scènes de batailles sont pataudes et manquent de force, on est très loin de ce que Mel Gibson va imposer avec Braveheart, beaucoup plus tard, il est vrai.

Une fois de plus, l’acteur Michael Gothard crève l’écran dans le rôle de Hansen, la pire fripouille du Capitaine.

Le film regorge de thèmes : la foi, la religion, le viol, la guerre, la sorcellerie. Ma foi, tout est assez bien traité. Par certains côtés, c’est d’une radicalité assez surprenante pour un film de 71 (très bonne année, puisque c’est celle qui m’a vu naître).

Il existe une version blu-ray espagnole avec des sous-titre français. Ce n’est pas la version que je possède. J’ai un vieux DVD anglais sans sous-titres français.

A découvrir, ne serait-ce que pour la prestation étonnante de Michael Caine.

True Detective S04 – Issa López


Dans la station Tsalal, située en Alaska, le jour est sur le point de se coucher pour une longue période. La nuit arctique va s’installer et avec elle des conditions météorologiques difficiles. C’est à ce moment précis que tous les scientifiques de la station (tous des hommes) disparaissent. Appelée sur les lieux par le livreur, surpris d’avoir trouvé les lieux abandonnés, la police pense vite à un crime, car ils trouvent la langue tranchée d’une femme sur le sol. Se pourrait-il que ce soit celle d’Annie Kowtok, une activiste écologiste assassinée quelques années auparavant, dont justement la langue manquait. La chef de la police Liz Danvers (Jodie Foster) va devoir enquêter avec la brigadière Navarro (Kali Reis), et les deux femmes ne s’apprécient guère. Ce qui promet une enquête d’une grande pénibilité. Enquête qui prend un tournant inattendu quand les corps des scientifiques sont retrouvés.

La première impression est parfois la bonne. Quand je suis arrivé au bout du premier épisode, je me suis dit en pensant aux scénaristes : « ils ne vont jamais y arriver, ils ne vont pas pouvoir retomber sur leurs pattes ». Et c’est exactement ça, pendant cinq épisodes, la série est plutôt bien menée, mais les mystères s’empilent les uns sur les autres, la bonne vieille méthode Damon Lindelof (scénariste que j’exècre, ou peu s’en faut). Et au final la montagne va accoucher d’une souris blanche qui courrait dans la neige… de la même absence de couleur.

Tout n’est pas à jeter. J’ai aimé les personnages (Jodie Foster joue bien les peaux de vache ménopausées). J’ai aimé la dimension fantastique et mythologique de l’intrigue. Mais la réalisatrice/scénariste, à trop se concentrer sur son duo d’enquêtrices mal assorties en oublie l’enquête (elles ont un point commun étonnant : aucune des deux n’enlève son soutien-gorge pour baiser). Et propose une solution ridicule qui m’a fait pouffer de rage. Car quand on déroule l’histoire dans le bon sens, elle perd absolument toute plausibilité et finit par se condenser en une magouille scénaristique risible à peu près aussi invisible que le nez rouge d’un clown.

Décidément, en tant que spectateur, j’ai un problème avec cette anthologie True Detective… Je n’y trouve jamais mon compte, et à chaque fois j’espère que ce sera la bonne. Mais il y a toujours un pavé scénaristique dans la mare, une couille dans le potage qu’essaye de cacher un vrai talent d’esbroufe visuelle.

C’est d’autant plus rageant que cette enquête en Alaska avait, sur le papier, un potentiel énorme.

God is a bullet, Nick Cassavetes (2023)


Bob Hightower est un flic de bureau, une chauffeur de fauteuil, pas un flic de terrain. Quand sa fille de quatorze ans est kidnappée par un groupe de trafiquants de drogue satanistes qui traîne des deux côtés de la frontière mexicaine, Bob est complètement désemparé. Son ex-femme a été violée, assassinée. Le crime commis est d’une brutalité extrême, complètement hors-norme pour ce policier. Et puis quelques semaines après la disparition, Bob est contactée par une jeune femme, Case (Maika Monroe, qui a elle-seule transcende le film). Case est une ancienne sataniste, une ancienne junkie, une ancienne prostituée. Elle est aussi déterminée. En fait, malgré qu’elle progresse sur la lame du rasoir, elle bien plus déterminée que Bob à retrouver ses anciens complices. Lui veut sauver sa fille, mais Case, que veut-elle ?

En quelques mois, j’ai vu trois fois God is a bullet.

D’abord j’ai vu la version tronquée d’1h59. Et j’ai trouvé le film bancal, raté, mais aussi traversé par des fulgurances qui m’ont rappelé un David Lynch à son meilleur (Sailor&Lula, Lost Highway). Sachant qu’il y avait une version longue, je me la suis procurée. Et là, j’ai trouvé le film bien meilleur, beaucoup de détails qui m’avaient posé problème la première fois ont pris sens. Et enfin j’ai fini par l’acheter en Blu-Ray (allemand – l’offre allemande est bien meilleure que l’offre française, notamment en matière de films d’horreur) et je l’ai trouvé encore meilleur que les deux fois précédentes. Alors ce n’est pas un film parfait, mais c’est sans doute le meilleur film de Nick Cassavetes (fils de Gena Rowlands et John Cassavetes).

La première chose qui frappe dans ce film, c’est l’interprétation de Maika Monroe. Elle est tellement dans son personnage que c’est incroyable, elle donne corps et âme à Case, et rend par comparaison Nicolaj Coster-Waldau bien falot, alors qu’il ne démérite pas en flic croyant dépassé par les événements. Le film est d’une violence à la fois réaliste et grotesque qui m’a rappelé celle de Sailor&Lula. Les méchants sont impressionnants. Les 2h36 passent sans problème, il n’y a quasiment aucun temps mort, aucun ventre mou. C’est puissant. Vraiment puissant, je désespère qu’il y ait si peu de film de ce genre.

God is a bullet est l’adaptation du roman éponyme de Boston Teran (visiblement un pseudonyme), en bon français Satan dans le désert. Roman que je n’ai pas lu et que je ne lirai probablement jamais, mais je garde le nom de l’auteur dans un coin de ma tête, car nombre de ses œuvres sont inédites en français.

Badlands hunters, Heo Myeong Haeng – 2024


Après un tremblement de terre dévastateur, la ville de Séoul n’existe plus. Dans les ruines de l’ancienne capitale coréenne, un savant fou a créé une communauté dans un immeuble qui a accès à de grandes quantités d’eau potable. Il veut ressusciter sa fille en utilisant certaines propriétés de certains lézards. Pour poursuivre ses expériences, il a besoin d’enfants et d’adolescents. Ce que lui amènent les gangs des badlands, bien contents de récupérer de grandes quantités d’eau potable. Mais un jour, les gangs kidnappent la jeune Su-Na, lançant à leurs trousses un ancien boxeur indestructible : Nam-San et son garçon boucher (amoureux de la jeune fille).

Navet.

On peut le prendre par tous les bouts, ce Mad Max coréen est un magnifique, énorme navet. Tout y est absolument, irrémédiablement, con. A commencer par le tremblement de terre qui rase littéralement la Corée du sud et la propulse dans une ère post-apocalyptique digne de George Miller. Ce serait oublier que ce pays a des alliés, notamment en « occident » (d’ailleurs la sulfureuse Turquie d’Erdogan a survécu à un énorme tremblement de terre récemment). Une fois qu’on a compris qu’on allait naviguer sur les flots d’une flamboyante série Z kimchi / kung fu / post-apocalyptique avec des ophidiens en kinder surprise, on peut regarder l’ensemble d’un œil paresseux tout en suivant ses mails sur son téléphone portable, du genre « oh, une décapitation ».

Dans ce film, le réjouissant Ma Dong-Seok s’impose comme un Sylvester Stallone coréen crédible.

[Coffret DVD] Baba Yaga / Baba Yaga – La Forêt des damnés


Alors que je viens de publier l’excellent roman de GennaRose Nethercott sur Baba Yaga : La Maison aux pattes de poulet, je me suis laissé tenter par ce coffret DVD (vraiment pas cher, chez un célèbre dealer en ligne) en me disant que ça pourrait être intéressant (au pire, même devant un film d’horreur mauvais je n’ai pas l’impression de perdre mon temps). Je croyais que les deux films se suivaient et j’ai donc commencé par Baba Yaga, dont le titre anglais Don’t Knock Twice est, à la réflexion, plus approprié.

La sculptrice Jess a abandonné sa fille Chloé pendant qu’elle était en proie à divers problèmes, dont une toxicomanie avérée. Des années plus tard, clean, elle invite sa fille devenue adulte à venir vivre chez elle. Jess possède, avec son nouveau mari, une magnifique propriété, du genre un chiffre et six zéros derrière. Le problème c’est que sa fille Chloé a été le témoin d’une disparition particulièrement traumatisante : son ami Danny a frappé deux fois à la porte de la sorcière. Une fois de trop. Et maintenant Baba Yaga est à ses trousses.

Ce film de Caradog W. James se laisse voir. Il n’a malheureusement pas grand intérêt. La légende de Baba Yaga est vraiment secondaire et l’ensemble a la subtilité d’un semi-remorque texan qui roulerait sur une famille de hérissons. Le réalisateur tente le coup du double twist/mindfuck, sans convaincre totalement. Mouais. Passons.

J’ai été nettement plus surpris/conquis par La Forêt des damnés (qui aurait dû plutôt être titré La Forêt des oubliés). Premier choc, le film est en russe. Après cinq minutes à jouer avec ma télécommande (à la recherche de la langue d’origine), j’en suis arrivé à la conclusion totalement improbable qu je regardais un film russe (et donc absolument pas la suite du précédent). Je veux dire : en se fiant aux cinq premières minutes, ça ne ressemble pas à un film russe. Une banlieue parfaite, des immeubles neufs et colorés, un soleil unanime, des adolescents relous. Dans ce film, on suit Egor qui a perdu sa mère. Son père s’est remarié avec une autre femme et ils ont eu ensemble une petite fille. Cette autre femme, qui ne travaille pas mais arrive quand même à être débordée, engage une nounou. Arrive donc dans la famille une jeune femme sexy, totalement imbuvable, qui prend Egor de haut. Celui-ci ne se laisse pas faire et soupçonne vite l’intruse d’être dangereuse (une nounou bombasse, sérieux, existe-t-il sur terre quelque chose de plus dangereux pour un couple). Quand sa petite sœur disparait, Egor passe de l’autre côté du miroir : son père et sa belle-mère ont totalement oublié qu’ils avaient eu un enfant et la nounou est étrangement sortie du tableau. L’adolescent va donc demander de l’aide à sa voisine Dasha.

Très honnêtement, c’est un traitement à la Stephen King de la légende de Baba Yaga : un groupe d’ados russes décident de récupérer la petite sœur de l’un d’entre eux et de faire la peau à la sorcière qui a kidnappé le bébé. Il y a quelque chose de vraiment épique dans cette histoire, cette lutte du bien contre le mal. Le rendu esthétique, totalement contre-intuitif, de cette banlieue russe cossue, colorée, parfaite m’a fait penser à plusieurs romans de J.G Ballard (dont Le Massacre de Pangbourne). L’ensemble est plein de trouvailles, notamment esthétiques. Et déploie sa propre mythologie « contemporaine » développée à partir de celle de Baba Yaga. On se laisse prendre par l’intrigue qui est rondement menée, à défaut d’être d’une immense originalité. Pour un film d’une heure et trente-sept minutes, c’est sacrément riche, l’air de rien.

Au final : un film anglais sans intérêt et un film russe classique dans son approche kingienne du mal et, en même temps, vraiment convaincant.

Copenhagen Cowboy, Nicolas Winding Refn (2022)


Une faiseuse de miracles, Miu (Angela Bundalovic), est engagée par Rosella, une femme liée à l’industrie de la prostitution à Copenhague, pour lui permettre d’avoir un enfant. Rien ne se passe comme prévu. Rosella a ses règles, Miu s’enfuit. En pénétrant toujours plus profond dans le monde du crime organisé danois, elle en vient à se dresser contre une famille de vampires qui élève des cochons.

Il y a moyen, sans trop se forcer, de résumer Copenhagen Cowboy de façon complètement, voire totalement ridicule (cf. mon résumé ci-dessus). Mais bon, force est de constater que j’ai adoré l’ensemble et que j’espère qu’il y aura une saison deux tant cette première saison laisse de questions en suspend. L’ambiance est glauque à mourir, la mise en scène est renversante, tout comme l’esthétique. Il y a presque un morceau de bravoure par épisode. Refn est malin, en plus d’être techniquement virtuose. Tout son travail sur cette série tourne autour de la figure de la sorcière et des collisions culturelles : orient, Balkans, occident. Miu se situe au juste milieu entre l’occident « décadent » et l’orient « spirituel ». On s’amusera à relever tous les clins d’œil à Bruce Lee, David Lynch et tant d’autres.

J’ai adoré (déjà dit).