Severance, série TV de Ben Stiller

Souvent le diable se cache dans les détails…

Dans un futur très proche ou un présent parallèle, un procédé révolutionnaire – la dissociation – permet aux travailleurs de ne pas ramener leur travail à la maison et de ne pas ramener leurs soucis familiaux au travail.

Dans le service de Mark (Adam Scott, formidable de bout en bout), son mentor Petey a disparu et va être remplacé par Elly R. (Britt Lower, formidable, bis) qui vient tout juste de recevoir la puce intracérébrale qui permet la dissociation. Deux autres personnes complètent le service du Raffinement des Macrodatas : Dylan l’employé modèle et Irving, le fidèle employé à Lumon (John Turturro, surprenant). Toute la journée, ces quatre-là isolent des chiffres effrayants. C’est un peu comme ramasser des crottes, mais avec un ordinateur. Et s’ils ont réussi leur quota, ils ont droit à une animation de cinq minutes de danse, par exemple, ou un moment gaufres dans le Pavillon de la Perpétuité.

Cette dissociation n’est pratiquée que par l’entreprise Lumon qui ressemble à une secte familiale tordue, celle de la famille Kier (et là tu t’attends à voir apparaître Udo Kier à chaque épisode, c’est malin).

Soyons clair : je n’ai pas aimé Severance. Je me suis souvent ennuyé, mais suis allé au bout parce que je suis faible et parce que je voulais voir si tout ça menait à quelque chose. Arrivé à la fin de la première saison, j’ai l’impression que c’est du Lost / Damon Lindelof, c’est à dire qu’à chaque épisode on rajoute deux mystères / deux incongruités et qu’un épisode sur deux on résout quelque chose, histoire de faire croire qu’on sait où on va et que l’ensemble avance dans la bonne direction. Mais il y a au final tellement de pistes, de fausses pistes, de personnages perdus de vue et de cul-de-sac que le poisson est noyé et avec lui le spectateur qui s’intéresse au fond de la chose plus qu’à la forme. Parce que Severance c’est avant tout un exercice de forme, avec des architectures symétriques, des plans ultra-léchés, du mobilier blanc, des décors verts granny smith ou vert vomi tout droit sorti de L’Exorciste, des éclairages à la con, des couloirs trop étroits et j’en passe. De la poudre aux yeux. Alors oui les acteurs sont très bons (à l’exception notable de Patricia Arquette qui gigote à mon sens à l’autre bout du spectre), mais rien de tout ça ne fonctionne vraiment, c’est idiot, c’est absurde. Et la vérité, à mon sens, c’est que les scénaristes prennent vraiment les spectateurs pour des cons, en touillant leur café froid et en se grattant ostensiblement les couilles. Tout ça se contredit sans cesse, rebondit avec des trucs scénaristiques a priori flamboyants… mais en fait misérables quand on les regarde de trop près, trucs grossiers qui ne sont souvent là que pour déboucher sur une image, un plan, un cadrage top-moumoutte.

Severance critique sans doute le travail en open space, les bullshit jobs, les entreprises trop verticales, Apple, très bien, mais c’est fait avec une prétention des plus pénibles. Avec des artifices qui finisssent par autodétruire la charge (cette phrase est une phrase à la Severance ; si vous l’analysez vraiment vous verrez qu’elle ne veut rien dire et que pourtant vous comprenez ce qu’elle sous-entend).

Bon, comme je suis faible, voire très faible (je suis allé au bout de Lost, c’est dire mon manque de courage moral), je suis à peu près sûr que je vais regarder la deuxième saison de cette série que je n’ai pas aimée, histoire de vérifier que c’est bien du Damon Lindelof de mes deux… ou constater, contrit, qu’en fait je me suis fait avoir comme un bleu.

Faites-vous votre propre opinion. Soyez le vous qui est en vous.

PS : Que ce soit Apple qui diffuse cette série c’est : ou une preuve de leur cynisme absolu ou la preuve aveuglante que Ben Stiller est le plus grand génie de la télévision américaine depuis Bill Cosby.