Le Sicilien, Michael Cimino (1987)

Affiche

Nous sommes en Sicile en 1943.

Salvatore Giuliano (Christophe Lambert, total à côté de la plaque) et Aspanu Pisciotta (John Turturro, formidable de bout en bout) volent du grain pour le donner aux pauvres de leur village de Montelepre. Ils sont contrôlés par les carabiniers, une fusillade éclate et un policier est tué, Giuliano est blessé au ventre. Tel Highlander il devrait mourir, mais il ne meurt pas. Soudain pris de délire christique, il se réfugie dans les montagnes, réunit une bande armée et décide de voler les riches siciliens dont le prince Borsa (Terence Stamp) pour donner l’argent aux pauvres afin qu’il s’achètent des terres laissées en friche.

Le Sicilien, adapté d’un roman de Mario Puzo qui se rattache à sa saga du Parrain autour de la famille Corleone n’est pas le film qu’il aurait pu être (déjà les Corleone ont été purement et simplement évacués du scénario). Le casting international est une catastrophe : Christophe Lambert est un plan sur deux à côté de la plaque ; Terence Stamp est beaucoup trop anglais pour jouer un prince sicilien ; Joss Ackland n’a rien d’un parrain de la mafia sicilienne mais ferait un très bon méchant chez James Bond. Seul John Turturro est admirable. Dans les petits rôles on remarquera un Michael Wincott plutôt convaincant en carabinier acquis à la cause de Giuliano. Michael Cimino ne sait pas ce qu’il filme : un mélodrame avec violons ou une grande fresque politique sur la montée du communisme en Italie. Il alterne scène d’ultra-violence (dont une exécution épouvantable) et scènes de bal ou de marivaudage. Sans oublier quelques scènes bien sirupeuses qui semblent tout droit sorti d’un roman Harlequin abandonné sur une plage. Il y a toutefois des moments extrêmement réussis comme la scène où Giuliano – qui a kidnappé le prince Borsa – parle politique avec lui. Pour les amateurs, à un moment Barbara Sukowa, pas désagréable à regarder, sort nue (full frontal) de son bain. C’est un peu gratuit, mais on va pas se plaindre pour si peu.

Plus embêtant, Cimino s’arrange bien de la vérité historique pour faire de Giuliano une espèce de bandit romantique et non l’immonde crapule qu’il a sans doute été, impliqué dans plusieurs assassinats, exécutions publiques et un massacre de militants communistes le premier mai 1947, le massacre de Portella di Genestra, encore aujourd’hui source de querelles entre historiens. Car Giuliano qui devait kidnapper Girolamo li Causi, tête de proue des communistes siciliens, a été accusé d’être responsable du massacre, mais aussi la mafia et les propriétaires terriens. Quatorze morts, dont un enfant.

Reste un sujet, la vie et la mort de Salvatore Giuliano, qui pourrait donner un grand film, tant le cœur de cette histoire est une préoccupation d’actualité : la lutte contre les inégalités. Martin Scorsese pourrait sans doute faire un chef d’œuvre d’une telle histoire. Ça ne doit pas être beaucoup plus difficile à tourner que Silence ou The Irishman.

(Film vu en DVD dans son montage européen de 2h20 ; le montage américain ne fait 1h55.)

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