L’ange de la vengeance, Abel Ferrara (1981)

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Thana, muette, travaille pour un créateur de mode. Un jour, alors qu’elle rentre du travail, elle est attirée dans une ruelle par un homme masqué qui la viole. Arrivée chez elle, elle surprend un voleur qui… bis repetita… la viole. Trop c’est trop : elle se défend, lui met un coup de fer à repasser sur le crâne et récupère son calibre .45. Bon, il ne lui reste qu’à se débarrasser du corps ; pas si facile, avec sa logeuse intrusive et son horrible petit clébard qui fourre sa truffe partout. Le chemin de Thana est désormais tout tracé : elle sera Miss .45 (L’Ange de la vengeance, en français) et va débarrasser la planète de sa pourriture masculine.

L’Ange de la vengeance est l’un des films les plus réussis d’Abel Ferrara. Sur le plan purement technique, quelques scènes sont à tomber par terre, notamment celle du nunchaku (je ne spoile pas davantage). Dans ce film, Ferrara montre deux viols très différents, l’un brutal et ramassé (la pauvre a à peine le temps de comprendre ce qui lui arrive et transpire de cette sidération maintes fois décrite par les victimes), l’autre plus étonnant, avec un violeur qui essaye de lui faire l’amour plus qu’autre chose. Ces deux scènes sont évidemment difficiles à regarder, mais pour construire la psyché de Thana le réalisateur ne s’en contente pas, il montre toutes ces choses du quotidien qui agressent les femmes : harcèlement de rue, drague lourde, implication dans la vie professionnelle, injures, harcèlement (plus subtil, mais réel) dans le cadre du travail. Etc. Ce qui rend le film d’une brûlante actualité (et ce qui lui vaut sans doute son statut mérité de film-culte). Un film qui par ailleurs ose des scènes de comédie très réussies.

Le film culmine dans une pénultième scène, célébrissime, qui rappelle le final de Carrie de Brian de Palma. Cette ultime incarnation de L’Ange de la vengeance, lourde de symboles, est devenue iconique et a longtemps servi de jaquette au long-métrage. A l’heure où les spectateurs aiment de moins en moins être spoiliés, on n’en dira pas plus.

Un dernier mot sur Zoe Tamerlis qui incarne Thana (née Tamerlis, elle utilisera le pseudonyme de Zoe Lund pour le reste de sa courte carrière). Elle est incroyable de bout en bout. Tout le film tient sur elle et elle tient presque tout le film (elle est absente de certaines scènes). Cette actrice, co-scénariste du Bad Lieutenant de Ferrara, a eu une carrière météoritique. Toxicomane de longue date, elle est morte à Paris d’un arrêt cardiaque dû à une overdose. Elle avait 37 ans.

Souvent considéré comme un film d’exploitation indéfendable, ou un vulgaire Rape & revenge façon I spit on your grave, L’Ange de la vengeance est un film important dans l’histoire du cinéma, une œuvre audacieuse qui crée non seulement sa propre mythologie urbaine et n’a rien perdu de sa pertinence et de sa capacité à nous mettre mal à l’aise.

Bien au contraire.

 

 

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