Starve, B. Wood, D. Zezelj, D. Stewart

starve

Le chef Gavin Cruikshank fut une star de l’émission de télé-réalité Starve. Après son coming out, sa séparation avec sa femme, il s’est exilé en Asie du sud-est. Mais son contrat l’oblige à revenir à New York, sinon il perdra tout ; l’occasion pour lui de tisser des liens avec sa fille de dix-sept ans, Angie, dont il ne s’est jamais vraiment occupé. Ensemble, ils vont participer à la nouvelle saison de Starve où tous les coups sont permis, y compris les coups de batte de baseball.

Difficile pour moi de passer à côté d’un album de Danijel Zezelj, dessinateur de BD né en Croatie, mais installé depuis longtemps (milieu des années 90, je crois) à New York. J’ai découvert Zezelj un jour, par hasard, dans une librairie de BD avec son album Tomsk-7, chez Mosquito, qui se trouvait en pile, parmi les coups de cœur du libraire. Et je suis immédiatement tombé sous le charme de son dessin (il y a malheureusement souvent beaucoup à redire des scénarios qu’il illustre ou signe).

Sur le plan du dessin, Starve ne fait pas partie des œuvres les plus marquantes de Zezelj, même si certaines pages sont magnifiques, mais si le soucis du détail sur certaines cases urbaines est bluffant. Ça reste du comics, probablement produit rapidement. Mais ça reste aussi du Zezelj ; on y retrouve sa capacité constante à réinventer la ville sur le plan graphique. Pour tout dire, j’ai beaucoup de mal avec la mise en couleurs de Dave Stewart, maronnasse et triste, qui écrase un tantinet le trait du Croate. Par contre, c’est plutôt intéressant sur le plan du scénario, la BD (en dix épisodes) ne va pas du tout là où on l’attend, et même si certaines péripéties sont difficiles à digérer (comme l’épisode du thon rouge), il y a plein de trouvailles très chouettes, comme l’installation de Cruikshank dans le désert culinaire de Brooklyn. Brian Wood nous dépeint un futur presque indifférenciable de notre présent, tout est dans ce « presque » : il a poussé les curseurs un petit cran au-dessus : pollution, inégalité, bouleversements climatiques. L’aéroport JFK est sous trente centimètres d’eau.

A mon avis, Starve n’est pas la BD avec laquelle il est souhaitable de découvrir l’art de Zezelj (j’aime beaucoup Industriel, oeuvre radicale qui a la particularité de ne contenir aucune bulle, aucun texte), mais ça reste une bande-dessinée d’anticipation sociale plutôt étonnante, avec de véritables points forts, mais aussi d’indéniables points faibles. Par moments, on pense à J.G. Ballard ou Jonathan Lethem.

 

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s