Room, Lenny Abrahamson (2015)

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Jack, 5 ans, vit avec sa mère Ma (Brie Larson) dans un cabanon de trois mètres sur trois avec comme seules ouvertures sur l’extérieur un velux et une télévision à la mauvaise réception. Jack a toujours vécu dans la « chambre » avec sa mère. Quand le Grand Méchant Nick vient les visiter, et surtout visiter sa mère, Jack se réfugie dans le placard. Jack aime sa mère et réciproquement, ils sont tout l’un pour l’autre. Ce que Jack ne comprend pas c’est que sa vie n’est pas normale, alors quand sa mère lui parle de son plan pour se débarrasser définitivement du Grand Méchant Nick, Jack a du mal à prendre une décision.

Comme j’avais beaucoup aimé Frank de Lenny Abrahamson, je me suis offert le blu-ray de Room. Mais j’ai mis des mois à le visionner car je me souvenais trop du roman d’Emma Donoghue (lu en anglais à sa sortie). Room est un très bon film, mais il faut absolument choisir le moment où on osera s’y frotter (ce que je n’ai sans doute pas très bien réussi à faire, mais il n’y a sans doute pas de « bon moment » pour visionner un tel film). Même si Abrahamson est un champion du hors-champ, de l’ellipse et de l’implicite, il n’en reste pas moins que Room est l’histoire d’une femme qui se fait violer presque tous les soirs pendant des années et élève avec amour un enfant qui pourrait facilement symboliser la somme de tous ses tourments. La violence psychologique du film est indéniable et les moments de tendresse et de complicité ont beau être présents de bout en bout, tout nous ramène à cette violence. Même quand on croit en être libéré, elle revient via la justice, le personnel soignant, les médias, etc. Le point d’orgue du film vient sur la fin, où alors qu’on ne s’y attend absolument pas Abrahamson renverse la perspective de ce qui s’est passé dans la chambre pendant cinq ans. Je ne veux pas spoilier, mais la scène est vertigineuse.

Il est difficile d’aimer un tel film, éprouvant, épuisant sur le plan émotionnel. Mais c’est aussi un sacré bon « drame psychologique », à l’opposé de la bouillie popcorncocacola que n’a de cesse de proposer Hollywood. Un vrai morceau de cinéma, donc, servi par le jeu d’actrice de Brie Larson, dont la performance est d’une rare intensité. La scène avec la femme flic dans la voiture, la scène de repas avec William H. Macy, la scène de l’interview sont marquantes, toutes scènes d’une extrême maîtrise formelle qui s’impriment au fer rouge, des fragments de diamant cinématographique qui vous transpercent de part en part.

L’irlandais Lenny Abrahamson n’a probablement pas fini de nous étonner. Je n’ai plus qu’une hâte que son nouveau film The little stranger sorte en blu-ray.