Chapelwaite, Jason & Peter Filardi (série TV)


Années 1850.

Le capitaine Boone (Adrien Brody) vient de perdre sa femme (d’origine asiatique) et se retrouve seul avec ses trois enfants. La grande, Honor, en âge de se marier ou presque, la cadette Loa qui a souffert de la maladie et porte une attelle à la jambe, Tane le petit dernier. Boone vient d’hériter d’une scierie dans le Maine et du domaine de Chapelwaite. Arrivé sur place, il se rend compte que le nom des Bonne n’est pas facile à porter, la famille a très mauvaise réputation, certains lui attribuent la maladie étrange qui a emporté plusieurs villageois. Le retour sur la terre ferme est rude, d’autant plus que les enfants, métis, sont victimes d’acte de racisme. En quête d’une gouvernante, Charles Boone finit par embaucher Rebecca Morgan, une jeune femme célibataire qui se destine à devenir écrivain et a vendu l’histoire des Boone à une publication prestigieuse (ce qu’elle se garde bien de dire).

Il y a un secret à Chapelwaite ; Charles Boone a lui aussi un secret, il se souvient de cette nuit lointaine, il était enfant, où son père a essayé de le tuer.

Chapelwaite est l’adaptation de la nouvelle « Celui qui garde le ver » de Stephen King qu’on trouvera dans le recueil Danse macabre. C’est, et de loin, un des texte les plus faibles du recueil, une sorte d’hommage Lovecraftien bancal écrit à une époque où Stephen King faisait encore ses gammes. Il y est question d’un ouvrage : De Vermis Mysteriis, ou les Mystères du Ver, qui a été inventé par l’écrivain Robert Bloch dans la nouvelle « Le Tueur stellaire » (1935). Petit frère moins connu du Necronomicon, De Vermis Mysteriis est censé avoir été écrit en prison par un certain Ludving Prinn, brûlé vif à Bruxelles par l’Inquisition au XVe siècle ou XVIe siècle ; d’après ses propres dires, Prinn était un survivant de la neuvième croisade (1271-1272).

Une nouvelle d’une trentaine de pages, pas très bonne, voilà donc le matérieu source de la série… autant dire que j’ai abordé celle-ci avec une très grande suspicion quant à sa qualité. Mais très vite cette suspicion a volé en éclats. Les acteurs sont excellents (y compris les enfants ! et en particulier Sirena Gulamgaus). La série est très éloignée de la nouvelle, dont elle s’inspire librement, et ne nous épargne rien des maux de l’époque : racisme, puritanisme exacerbé, superstitions, médecine mise en échec par la maladie, etc. C’est tendu dès le premier épisode et la tension ne retombera jamais vraiment. Si les showrunners se sont amusés avec tous les codes du genre horrifique, on retrouve aussi dans cette série certains mécanismes narratifs qui rappellent Simeterierre et d’autres œuvres de Stephen King postérieures à la nouvelle « Celui qui garde le ver ».

Au final, Chapelwaite est une très bonne série d’horreur, mais je finirai sur une mise en garde, c’est une œuvre d’une noirceur suffocante. J’ai été à plusieurs reprises surpris par la violence (surtout psychologique) de certaines scènes (et il y a aussi de nombreuses scènes de violence physique). Ici il n’y a pas d’humour pour contrebalancer la tragédie et les épreuves que traverse la famille Boone.

Il n’y a pas ou peu d’espoir.

The Stand – série TV d’après Stephen King

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Un fléau a frappé la Terre, une grippe surnommée Captain Trips.

Certains ont survécu. Très peu.

Ils rêvent de Mère Abigaël (Whoopi Goldberg), une très vielle dame noire qui les attend dans une maison de retraite du Colorado.

Ou ils rêvent de l’homme noir, Randall Flagg (Alexander Skarsgård), le faux Messie qui festoie dans son royaume de Las Vegas transformé en Sodome et Gomorrhe.

Alors les survivants comme Stu (James Marsden), comme Frannie, prennent la route pour le sud-ouest des USA.

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J’ai beaucoup aimé cette série. C’est une des meilleures adaptations que j’ai vues de Stephen King sur petit écran.

Au-delà de ce jugement, je vais spoiler et pas qu’un peu. Je vous invite donc à lire la suite du papier quand vous aurez vu la série (si vous avez envie de la voir), à moins que le spoil ne vous dérange pas ou que vous ayez lu le monumental roman Le Fléau.

Le Fléau est un roman chrétien, c’est même un roman biblique, dans lequel on retrouve, un peu triturées par Stephen King, les Révélations de Saint Jean et le livre de Job. Les hommes sont soumis par Dieu à une terrible épreuve, la mort, la maladie, la violence, les trahisons. Las Vegas est Sodome et Gomorrhe, Hemingford Home est une cité pacifique, en équilibre précaire, basée sur l’entraide et la compassion.

Ok, ça peut déplaire, ça peut même donner la nausée aux plus athées d’entre nous. Mais c’est le roman. Stephen King voulait écrire un hommage au Seigneur des anneaux de Tolkien (autre grand roman chrétien) et c’est exactement ce qu’il a fait. Abigail œuvre pour le bien. Randall Flagg œuvre pour le mal et se nourrit de nos peurs. Sans nos peurs, il n’est rien. Avec la foi, on est invincible. Quand Abigaël envoie les quatre (apôtres ?) à Vegas, dont un tombera en chemin, elle leur demande de partir sans armes. De partir avec leur seule foi, et non en elle, mais bien en Dieu. C’est la magie du Fléau, elle ne réside pas dans une boule de feu salvatrice ou des aigles géants descendants du ciel, elle réside dans la capacité de l’homme à prouver à Dieu qu’il mérite d’être épargné. D’ailleurs, l’hommage à Tolkien va loin (ce que semble bien avoir saisi les producteurs), ainsi le neuvième et dernier épisode rappelle rien de moins que le retour des Hobbits dans leur chère Comté.

Le bien, le mal. Le blanc, le noir. Certains sont déjà en train de verdir. Alors certes, ça semble complètement déconnecté de notre époque où toutes les frontières se brouillent, mais il reste du gris dans le paysage et c’est là que la série devient excellente, dans sa façon de nous montrer les personnages gris, les personnages qui s’élèvent comme Larry Underwood et les personnages qui basculent dans la trahison comme Harold Lauder. Même le destin de Nadine, promise à l’homme en noir, a quelque chose de tragique et de touchant.

Quand j’étais enfant, j’ai vu Charlton Heston ouvrir les flots de la mer rouge et j’en suis resté longtemps bouche bée. Adulte, j’ai apprécié le combat à mort d’une vieille dame noire très digne et d’un humain au cœur de scorpion et à l’âme de charbon. Les acteurs sont globalement excellent, mais Alexander Skarsgård est quand même nettement au-dessus du lot. Il incarne un Randall Flagg mémorable. La production (décors, effets spéciaux) est remarquable et rarement une cité décadente aura été aussi bien mise en images.

In the tall grass, Vincenzo Natali (2019)


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Un frère, Cal, conduit sa sœur Becky enceinte de six mois à San Diego, Californie. Alors qu’ils traversent l’Iowa (ou un état plat du même genre), la jeune femme prise de nausée fait arrêter la voiture, vomit, se rince la bouche. Au moment de repartir, ils entendent un jeune garçon qui demande de l’aide. Il semble perdu dans les hautes herbes, de l’autre côté de la route. Cal gare la voiture près d’une église en ruine et fait ce qu’il ne fallait surtout pas faire, il s’aventure dans le champ à la recherche du garçon perdu.

In the tall grass est l’adaptation d’une novella de Stephen King et Joe Hill que je n’ai pas lue. Pour sauter à la conclusion, je dirais bien : « Mauvaise pioche ».

Il y a des films, dès le départ ça ne s’engage pas bien. In the tall grass a commencé à m’ennuyer quasiment au bout de dix minutes (six minutes ? Peut-être.). Le frère et la sœur qui ne semblent pas de la même famille, des acteurs assez moyens. Un propos nébuleux, voire absent. Puis le surnaturel intervient, avec ce champ de hautes herbes et tout semble illogique… mais pas illogique flippant intriguant comme chez David Lynch, illogique comme dans « c’est n’importe quoi, mais on s’en fout, non ? ». Et puis apparaît Patrick Wilson, dans ce qui doit être le pire rôle de sa carrière, il fait des efforts louables pour être malsain, inquiétant, kingien, mais ça patine. On souffre un peu pour lui, on espère qu’il a reversé la moitié de son cachet à une bonne cause. Puis l’histoire part dans une nouvelle direction, première vraie surprise du film, mais cette direction ne servira qu’à légitimer la fin d’un point de vue scénaristique. Et les trucs qui ne fonctionnent pas s’accumulent, de plus en plus. Le tout étant tantôt d’un grand sérieux tantôt d’un ridicule consommé.

Vincenzo Natali et moi on a toujours été un peu fâchés ; c’est pas très grave, c’est pas comme si un jour nous devions partir en vacances ensemble. Je crois que le film que je préfère de lui reste son premier, Cube, et dans mon souvenir lointain c’était sympa, sans plus. Il faudrait que je le revoie. Ou peut-être pas. Je n’ai aucun souvenir de Splice que je suis pourtant sûr d’avoir vu.

J’ai l’impression que depuis un moment l’horreur tourne en rond, que rien de vraiment intéressant ne sort. Mauvaise pioche, oui, et pas grand chose à ajouter.

Mr Mercedes, saison 2

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(Impossible de parler de cette deuxième saison sans spoilier la fin de la première saison. Vous voilà donc prévenus.)

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Dans le dernier épisode de la saison précédente, Holly Gibney fracassele crâne d’un Brady Hartsfield, a.k.a Mr Mercedes à l’aide d’une statue de bouledogue. L’immonde psychopathe fou d’ordinateurs était sur le point de faire sauter une bombe planquée dans un fauteuil roulant, au beau milieu d’un gala d’arts. Le geste de la jeune femme a permis de sauver des dizaines, des centaines de vies peut-être. Pendant ce temps, Bill Hodges n’était vraiment pas loin, mais faisait un joli accident cardiaque, ce qui ne l’a pas rendu des plus utiles. Ironie du sort, il se retrouve dans le même hôpital que sa proie préférée. Suspendu entre la vie et la mort, Brady Hartsfield ne peut plus nuire à personne. Vraiment ?

La saison 2 de Mr Mercedes diffère assez peu de la première. Le rythme est toujours mou, mais les personnages sont attachants. Surtout Holly Gibney. Ce qui sauve tout ou presque. Là où il y a une différence fondamentale, c’est que la série, qui était purement policière, bascule dans la science-fiction (ou le fantastique « médical ») et pas forcément la meilleure SF qui soit. On y observe les agissements révoltants (?) d’un couple de Frankenstein modernes incarné par Jack Huston (très bon en mari manipulé) et Tessa Ferrer. Cora Babineau est une épouse venimeuse à  souhait, arriviste sans foi ni loi, de la pire espèce ; elle provoque immédiatement un fort et irréversible sentiment de détestation. Si cette partie de l’intrigue est intéressante sur le plan moral (peut-être pas passionnante, mais intéressante), elle ne tient pas la route sur le plan narratif et il faut suspendre très haut son incrédulité pour avaler la couleuvre. D’ailleurs des trucs qui ne tiennent pas la route dans cette deuxième saison, il y en a à la pelle, treize à la douzaine, dont un procureur au manque de professionnalisme assez sidérant.

Outre les personnages auxquels on s’est attaché, on peut ajouter au crédit de cette seconde saison quelques scènes assez formidables, fruits de scénaristes un brin kamikaze qui n’ont pas eu froid aux yeux, ni au reste. La plus bluffante est sans doute celle du baiser – je n’en dis pas plus. Si Brendan Gleeson est évidemment très bien, il se fait littéralement voler la vedette par Justine Lupe (qui incarne Holly Gibney) et Breeda Wool, incroyable d’intensité, qui incarne l’ancienne meilleure amie de Brady Hartsfield.

Loin d’être la série de l’année, pleine de défauts, Mr Mercedes se laisse regarder avec plaisir. D’ailleurs, même si je vais faire une pause, je ne pense pas pouvoir résister aux sirènes de la troisième saison.

 

Mr Mercedes, première saison

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Au volant d’une puissante Mercedes volée, un homme affublé d’un masque de clown fauche des dizaines de personnes qui faisaient la queue pour trouver du boulot. Parmi ses seize victimes se trouvent une mère et son bébé.

Cette affaire va obnubiler un flic, Bill Hodges (Brendan Gleeson). Une fois à la retraite, nargué et harcelé par le tueur à la Mercedes, Bill va se remettre en chasse. Ce que le vieux flic alcoolique ignore c’est que sa proie se trouve beaucoup plus proche de lui qu’il n’a jamais osé l’imaginer.

Un peu orphelin d’avoir quitté Holly Gibney dans la série The Outsider, je me suis jeté sur Mr Mercedes dès que j’ai su qu’elle y avait un rôle (et quel rôle !) Le soucis, sans en être un, c’est que la Holly Gibney de Mr Mercedes est clairement très différente de celle de The Outsider.

Mr Mercedes est une série qui rappelle The Fall dans sa construction. Dès le premier épisode on sait qui est le tueur à la Mercedes. Et donc il n’y a aucun suspens à attendre de cette partie de l’intrigue. La force de la série (mais qui implique aussi sa principale faiblesse, à mon sens) c’est l’étude psychologique de Bill Hodges, du jeune tueur, des proches de Hodges, d’Holly Gibney. C’est, sur ce plan-là, fouillé, extrêmement réussi, mais au prix d’un rythme de tortue terrestre (coïncidence ? Bill possède une tortue comme animal de compagnie). Dix épisodes, c’est long, et il faut parfois un peu s’accrocher, tant l’intrigue progresse peu dans certains segments.

Là où la série surprend le plus, c’est par sa violence psychologique, rien ne nous est épargné : inceste, masturbation, alcoolisme, folie, cruauté, torture psychologique, déchéance, désespoir. Certains passages sont à la limite du supportable. Ce ne sont pas forcément les plus sanglants et ils impliquent bien souvent la mère du tueur, interprétée par une Kelly Lynch impressionnante.

Autre surprise, le choix des chansons et des morceaux de musique. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend Season of the witch de Donovan, Pet Sematary des Ramones  ou Human Fly des Cramps dans une série télé. Sans oublier les Pixies. La série est d’ailleurs pleine de clins d’œil, à Fight Club, à d’autres œuvres de Stephen King (qui apparait brièvement dans l’épisode 6).

Deux autres saisons ont été tournées ; à la fois je crains le pire (j’ai bien été douché par la seconde saison de Preacher) et en même temps, j’ai assez envie de retrouver Holly Gibney.

The Outsider, série HBO d’après Stephen King (2020)

Outsider

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(Disclaimer : je travaille chez Albin Michel. The Oustider est un fort recommandable roman de Stephen King publié pour la première fois en français chez Albin Michel en janvier 2019.)

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Frankie Peterson, un jeune garçon, est assassiné de la façon la plus atroce qui soit dans le parc d’une petite ville sans histoires. Quelques jours plus tard, le coach de baseball Terry Maitland  (Jason Bateman) est arrêté devant tout le monde pendant un match. Des gens l’ont vu à proximité de la scène de crime, il est entré dans un bar à striptease couvert de sang et a griffé un des videurs. Son ADN et ses empreintes ont été trouvés sur le corps de la victime. Problème pour l’accusation : Terry Maitland était aussi à 100 kilomètres de là le jour du meurtre : il assistait à une conférence sur la censure en littérature où il a été filmé. Et une centaine de personnes, environ, peut témoigner de sa présence. Sans oublier ses empreintes trouvées sur un livre rare.

Si Terry Maitland n’a pas tué le petit Frankie Peterson, alors qui (ou quoi) a commis ce crime atroce ? Et pourquoi mettre en place une telle mise en scène qui demande des moyens considérables, impensables ?

Rarement une série télé ne se sera autant focalisée sur la façon dont le commun des mortels réagit face à l’inexplicable / le surnaturel. Depuis la nuit des temps, il y a ceux qui croient au ciel et ceux qui n’y croient pas. Il y a les cyniques, les crédules, les esprits ouverts, les esprits libres, ceux dont la foi est inébranlable et ceux qui doutent et qui douteront jusqu’à leur dernier souffle. Tout un éventail de comportements. Le policier chargé de l’enquête, Ralph Anderson (Ben Mendelsohn), est un incrédule, un rationnel a priori inébranlable. Holly Gibney (Cynthia Erivo) est un esprit à part, ouvert, hyper-réceptif. Ensemble, épaulés par d’autres policiers et l’avocat de la famille Maitland, pourront-ils percer le mystère qui entoure le meurtre  de Frankie Peterson ?

The Outsider, adapté à l’écran par Richard Price (Clockers, entre autres) est une sacrée bonne série. On reconnaît à la fois la profondeur psychologique des personnages de Stephen King et les obsessions de Price, notamment sa méticulosité. Price a toujours été un scénariste réfractaire au spectaculaire, en quête de véracité ; d’une certaine façon, il se contraint et se réinvente dans cette série « fantastique » qui ne manque pas de morceaux de bravoure. Si le premier épisode souffre de quelques coquetteries scénaristiques un peu vaines, la suite avance comme un bulldozer, notamment grâce à Cynthia Erivo qui, totalement bluffante dans le rôle d’Holly Gibney, devient sans mal le corps et l’âme de cette enquête surnaturelle. Le septième épisode In the pines, in the pines, scénarisé par Dennis Lehane est notamment très réussi.

On peut évidemment trouver quelques défauts à l’ensemble. Paddy Considine fait des efforts méritoires pour passer pour un ancien taulard américain, mais reste un peu trop anglais et félin pour le rôle. La série aurait pu sans doute être réduite à huit épisodes un peu plus longs. Mais bon, ce ne sont au final que des broutilles.

Jusqu’à sa conclusion, The Outsider n’a de cesse de monter en puissance.

Stranger Things / saisons 1 & 2

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De nos jours, à peu près tout le monde connaît la petite ville d’Hawkins dans l’Indiana, ainsi qu’une bonne partie de sa pétillante population : le jeune Will Byers, qui y disparaît. Sa mère Joyce (Winona Ryder, épatante, qui regarde la cinquantaine droit dans les yeux sans avoir perdu une once de charme), sa mère Joyce, donc, qui va se faire un sang d’encre et plus ou moins péter un boulon à base de guirlandes lumineuses. Les meilleurs amis de Will : Mike, Dustin et Lucas qui vont refuser de croire à la thèse officielle de sa disparition. Le chef de la police locale, Jim « Hop » Hopper qui, bien souvent, se comporte comme un gamin de quinze ans et va foutre son nez là où il ne faut pas avec la légèreté d’une baleine à bosse larguée du sommet d’un gratte-ciel. Et puis il y a Eleven, la cobaye, la fille au crâne rasée tombée d’un roman de Stephen King trop grand ouvert. Et Brenner, l’infâme Brenner…

La première saison de Stranger Things m’a fait l’effet d’un assez indigeste gloubiboulga « je mets au mixeur tête la première » The Goonies (1985) / ET l’extraterrestre (1982) / The Thing (1982) / Firestarter (1984) avec une tonalité spielbergienne poussée (dans les escaliers) sans doute un poil trop fort : commotion cérébrale et multiples fractures ouvertes à l’atterrissage.

Certaines scènes m’ont d’ailleurs complètement éjecté du récit, comme le cliffhanger de la morgue (ceux qui ont vu la série comprendront) ou la volte-face du département de l’énergie à la fin de la prime saison (y’a qu’aux USA que le gouvernement fédéral, ou une de ses émanations, plie en cinq minutes face à un chef de la police largement dépassé par les événements, c’est pas prêt d’arriver en France un truc comme ça). Dans ces moments-là (enfantés par des scénaristes et producteurs exécutifs qui jubilent autour d’une table de six mètres de long en buvant leur huitième café de la matinée « de toute façon ils peuvent avaler n’importe quoi depuis que Bush Jr a été élu président ! »), je me suis indubitablement dis « c’est une série pour enfants », impression contrebalancée toutefois par certaines scènes assez dures.

Mais bon, force est de constater que la série marche à fond sur mon fils de 12 ans. Donc ce serait plutôt une série pour (pré-)ados.

Comme tout le monde semblait dire que « quand même, c’est formidable », « c’est super-chouette », « tu vas voir, c’est impossible à lâcher » etc, je me suis entêté et j’ai regardé le premier épisode de la seconde saison (histoire de ne pas mourir bête). Et là, miracle ou non, j’ai juste été totalement happé. Moins d’effets de scénario ratés. Le personnage de Jim Hopper, un peu écrit à la hache dans la première saison, évolue bien. Joyce est toujours aussi craquante (ça c’est pour flatter le bientôt cinquantenaire qui a bien connu les années 80) et je ne serais pas surpris que la rouquine MadMax fasse son petit effet sur mon fils de 12 ans… qui le niera de toutes ses forces, bien évidemment. Le méchant Brenner a été remplacé par un personnage nettement plus ambigu. Et j’arrête là mon inventaire pour ne pas spoilier.

La première saison était très kingienne, j’ai trouvé la seconde plus lovecraftienne, avec ses chiens à tête de fleur carnivore, sa menace démesurée et les champs de citrouilles pourries qui ramènent forcément à « La Couleur tombée du ciel ».

Je fais une pause : je n’ai pas attaqué la saison 3. La saison 2 était tellement bien, bouclait tout ce qui avait été lancé dans la saison 1, l’ensemble formant un tout cohérent, que j’ai peur d’être déçu par cette troisième saison. J’ai peur qu’il n’y ait plus rien d’intéressant à ajouter à l’édifice. Et d’ailleurs le dernier épisode de la saison 2 est très beau, on en pris par l’émotion. Le temps de dix-sept épisodes, on a appris à aimer ces personnages imparfaits, maladroits et terriblement humains. On n’habite pas l’Indiana, mais ils sont un peu devenus nos voisins…

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Bag of bones, Mick Garris (2011)

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Mike Noonan, écrivain à succès, se retrouve veuf du jour au lendemain. C’est d’autant plus dur que sa femme était enceinte au moment où elle a perdu la vie dans un accident de la circulation. On a toujours dit à Mike qu’il ne pouvait pas avoir d’enfants et il a du mal à imaginer que sa femme le trompait. Ce mystère, cette possible faute, le hante, s’ajoute à son deuil. Il finit par se convaincre que les réponses se trouvent dans la maison près du lac où sa femme se rendait parfois pour peindre. Mike emménage pour écrire son nouveau roman et commence à s’intéresser à la vie locale de Dark Score Lake, un endroit où a eu lieu un nombre statistiquement élevé de noyades d’enfants.

Bag of bones n’est pas le roman le plus connu de Stephen King. L’histoire est assez banale et sa résolution, bien que très kingienne, se révèle assez peu satisfaisante. Décevante.

Depuis 1992 et son médiocre La Nuit déchirée, Mick Garris met beaucoup d’énergie à massacrer l’œuvre de Stephen King en voulant l’adapter en téléfilms et longs métrages : Le Fléau, sa calamiteuse version de Shining, et j’en passe. Bag of bones n’est pas très réussi (cela dit, je l’ai trouvé moins mauvais que le Shining sus-cité que je n’ai jamais réussi à finir), Pierce Brosnan joue régulièrement à côté et on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que Frank Darabont ou Rob Reiner auraient fait avec une telle histoire. Il y a quand même une ou deux choses réussies : tout ce qui tourne autour de l’arbre féminin (je ne spoile pas davantage), le personnage de Mattie Devore (incarnée par l’actrice australienne Melissa George, vue dans Triangle de Christopher Smith), le personnage de Sarah Tidwell (incarné par Anika Noni Rose).

Mick Garris n’a jamais su adapter Stephen King ; pitié, qu’on lui interdise de ré-essayer. Le monde ne manque pas de formidables réalisateurs. D’ailleurs Christopher Smith (pour n’en citer qu’un) vaut beaucoup plus que sa malingre réputation.

Gerald’s game / Jessie – Mike Flanagan (2017)

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Un homme (qu’on suppose très aisé puisqu’il achète des steaks Kobe à 200 dollars pièce) emmène son épouse Jessie dans leur maison au fil de l’eau. Il n’y a personne à 800 mètres, lui précise-t-il. Ils viennent là pour tenter quelque chose, se rabibocher, jouer à un jeu sexuel de domination. Gerald a emmené des menottes (des vrais, solides, pas des trucs couverts de moumoute rose) et un flacon de viagra. Pendant qu’il se prépare (et hop je gobe une petite pilule bleue), Jessie donne un des steaks à un chien errant. « Le meilleur repas de sa vie. » Puis le jeu de rôles sexuel commence et Jessie se rend compte que son mari a des fantasmes encore plus tordus que ce qu’elle craignait et surtout que ça ne l’amuse pas, mais alors pas du tout (pour des raisons qu’elle n’a pas envie d’aborder). Ils se disputent et Gerald fait une crise cardiaque, laissant Jessie seule menottée au lit… alors que le chien approche et qu’une menace bien pire rôde autour de la maison.

Susciter la peur au cinéma n’est pas chose facile, Mike Flanagan n’y parvient pas tout à fait, même s’il réussit quelques scènes de forte tension. Par contre, il propose un portrait absolument immonde (et convaincant) de la gente masculine. Et atteint sans trop se forcer des sommets de l’horreur psychologique. La scène de l’éclipse restera sans doute comme une des scènes d’abus sexuel les plus impressionnantes jamais réalisées. Si Bruce Greenwood et Henry Thomas sont particulièrement impressionnants, notamment dans l’expression frontale de leur misère sexuelle, Carla Gugino est un peu en retrait dans le rôle principal, elle n’arrive pas à se hisser au niveau d’actrices comme Carrie Coon, Jessica Chastain ou Brit Marling. Elle manque un poil d’incandescence.  Dans un rôle très proche, celui de Claire Spencer dans Apparences de Robert Zemeckis, Michelle Pfeiffer était autrement plus mémorable.