Ed Gein, autopsie d’un tueur en sรฉrie, Eric Powell (scรฉnario et dessin) & Harold Schechter (scรฉnario)


Entre l’รขge de quinze et vingt ans (grosso modo) j’ai lu au moins une douzaine de biographies de tueurs en sรฉrie (beaucoup รฉtaient de mรฉdiocre qualitรฉ, รฉcrites par des auteurs franรงais qui ne faisaient que mouliner les infos disponibles dans les sources amรฉricaine), mais j’ai aussi lu certains livres รฉcrits par les fondateurs du VICAP et autres agents du FBI qui ont traquรฉs les ยซย psychopathesย ยป comme Robert K. Ressler. ร‰trangement, de toute cette brochette de monstres livrรฉe au public avide, c’est plutรดt Ed Kemper qui m’est restรฉ le plus en mรฉmoire (sans doute ร  cause de son physique hors-normes) et si je connaissais le nom d’Ed Gein, je n’avais qu’une idรฉe floue des crimes qu’il avait rรฉellement commis et des conditions dans lesquelles il les avait commis. Aprรจs cette pรฉriode de fascination assez intense, je me suis dรฉsintรฉressรฉ des livres sur les tueurs en sรฉrie, me contentant de piocher dans les bons films comme Le Sixiรจme sens de Michael Mann, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, Seven de David Fincher, puis beaucoup plus tard Zodiac du mรชme rรฉalisateur.

Il y a bien longtemps que les tueurs en sรฉrie ont fini de me fasciner, en tout cas leurs crimes ne m’intรฉressent plus et lire un รฉniรจme roman oรน des femmes, plus ou moins jeunes, se font couper en morceaux ne m’attire pas du tout, au contraireย : รงa aurait plutรดt tendance ร  me faire fuir ร  toutes jambes. Mais le film Monster de Patty Jenkins et la BD Mon ami Dahmer m’ont assez rรฉcemment permis de changer de perspective, en m’invitant ร  me pencher sur ce moment oรน l’esprit humain commence ร  se briser. Cette plage d’รฉvรฉnements qui s’รฉternise, qui descend de l’esprit vers l’enfer, comme un miroir cassรฉ au ralentiย : morceau par morceau. Fragment par fragment.

J’รฉtais sceptique quand la bande-dessinรฉe d’Eric Powell (dessin et scรฉnario) et Harold Schechter (scรฉnario) a paru. En tout cas, je suis passรฉ ร  cรดtรฉ en librairie, ร  plusieurs reprises, pendant des semaines, sans la feuilleter ou mรชme la prendre pour en consulter la 4e de couverture. Et puis, le temps passant, lisant des critiques รงa et lร , j’ai eu de plus en plus envie de voir comment ils avaient traitรฉ le cas Ed Gein, ce tueur qui avait inspirรฉ les personnages de Leatherface (Massacre ร  la tronรงonneuse) et de Norman Bates (Psychose), entre autres, et dont au final je ne savais pas grand chose.

Ed Gein, autopsie d’un tueur en sรฉrie m’a impressionnรฉ, c’est ร  la fois extrรชmement frontal (et/ou perturbant) et en mรชme temps terriblement subtil et adroit. Les auteurs ont trouvรฉ un รฉquilibre impossible โ€“ suspendu entre horreur et raison โ€“ qui force l’admiration. On sent aussi, dans le rรฉcit, une vrai respect pour les victimes, pour une communautรฉ meurtrie en profondeur. Il est รฉvident que cette bรฉdรฉ n’est pas ร  mettre en toutes les mains, mais au-delร  de sa narration implacable, de son incroyable puissance elle a quelque chose d’รฉdifiant, elle apporte au lecteur, peut-รชtre juste une รฉtincelle de comprรฉhension, mais une รฉtincelle aussi fragile que prรฉcieuse.

Dรฉcidรฉment, c’รฉtait un projet bien risquรฉ et le rรฉsultat se rรฉvรจle plus que convaincant.

Gunpowder Milkshake, Navot Papushado (2021)


Sam est tueuse ร  gages, elle travaille pour la Firme comme sa mรจre avant elle. Un jour, une mission part en sucette et la mission suivante, conรงue pour rรฉparer le dรฉrapage de la prรฉcรฉdente, foire encore plus fort, plus mal. Alors, Sam n’a pas d’autre choix : pour sauver sa peau et celle d’une gamine de huit ans qu’elle a transformรฉe en orpheline, il lui faut retourner ร  la Bibliothรจque.

(Parmi les nombreuses perversions sexuelles dont je souffre (ou jouis, c’est selon) je ne peux pas rรฉsister ร  un film avec Angela Bassett.)

Gunpowder Milshake c’est un film d’action sanglant pour de rire, un truc pop qui dรฉfrise et dรฉcoiffe. On retrouve parfois l’ambiance du premier John Wick avec cette Bibliothรจque qui joue un peu le mรชme rรดle scรฉnaristique que l’hรดtel Continental dans la bien dรฉcevante (au final) tรฉtralogie John Wick. Plus rรฉussi que le rรฉcent Bullet train, moins laborieux ร  mon avis, (mais totalement dans la mรชme veine), Gunpowder Milkshake prรฉsente son lot d’hรฉroรฏnes hypercools et sa horde de mรฉchants ridicules et/ou pathรฉtiques. Les scรจnes d’action envoient du bois (beaucoup de sapin, au final) et le scรฉnario un brin dรฉlirant รฉvoque une boisson pรฉtillante trรจs sucrรฉe mรฉlangรฉe avec un red bull rรฉduit au barbecue. Quant aux Bibliothรฉcaires (Angela Bassett, Michelle Yeoh et Carla Gugino), c’est un peu la revanche triomphante des cinquantenaires/soixantenaires sur Hollywood. On peut aussi apprรฉcier le sous-texte.

Moi j’adore.

Misanthrope, Damiรกn Szifron (2023)


Le soir du nouvel an, ร  Baltimore, un tireur abat 29 personnes avec un vieux fusil de sniper, sans rater un seul tir, puis fait exploser l’appartement oรน il se trouvait. Eleanore (Shailene Woodley), simple agent de police, se rue sur les lieux de l’explosion, commence ร  filmer les gens qui sortent de l’immeuble et ordonne ร  un autre policier de faire de mรชme. Puis, alors que les pompiers interviennent, elle monte sans masque les 17 รฉtages jusqu’ร  l’appartement d’oรน sont provenus les tirs. Arrivรฉe sur place, elle perd connaissance, avant d’รชtre prise en charge par les pompiers. Quand elle revient ร  elle, peu de temps aprรจs, toujours dans l’appartement dรฉvastรฉ, un agent du FBI est lร . D’un coup de tรชte, elle lui montre les toilettes et il comprend aussitรดt que le tueur les a peut-รชtre utilisรฉes. Quelque chose se passe alors entre le vieux agent du FBI au bord de la retraite (Ben Mendelsohn) et cette jeune femme, un peu chien fou, qui a beaucoup de choses ร  cacher ou du moins ร  oublier. Elle suppose tout naturellement qu’il veut la sauter, mais pour une fois elle est ร  cรดtรฉ de la plaque : il a vu en elle quelque chose qui va lui permettre d’attraper l’as du fusil ร  lunettes.

Pas exempt de dรฉfauts (il y a des failles scรฉnaristiques sur la fin, je ne spoile pas), Misanthrope (titre franรงais idiot de To catch a killer) propose par ailleurs quelque chose de vraiment convaincant : le portrait d’un tueur qui (contrairement ร  ce qu’on pourrait penser de prime abord) n’agit pas sans raisons. C’est la grande force du film, on remonte ร  contre-courant le parcours d’un homme jusqu’aux รฉvรฉnements qui, les uns aprรจs les autres, l’ont brisรฉ et forgรฉ. Une fois brisรฉ, rejetรฉ par tous ou presque, il n’a pas eu d’autre choix que de se mettre en marge de la sociรฉtรฉ. Le personnage d’Eleanore est quelque part son double policier : elle vit seule avec son chat, ne prend plus la peine de fermer la porte des toilettes quand elle y va, etc. Les mรฉcanismes du film rappellent Dragon rouge/Le Sixiรจme sens. D’ailleurs, davantage le film de Michael Mann que son remake de 2002. Tout comme Will Graham, Eleanore sait ร  quel point il est dangereux de rentrer dans la tรชte du tueur qu’on pourchasse. Il y a aussi un cรดtรฉ Les Dents de la mer, assumรฉ car citรฉ, le politique met des bรขtons dans les roues de l’enquรชte pour des raisons « politiques ».

Au final, un trรจs bon film ร  thรจse qui surprend ร  plusieurs reprises et ne va pas du tout dans la direction que laisse entrevoir sa spectaculaire et trรจs hollywoodienne scรจne d’ouverture. Comme beaucoup de films ร  thรจse, le scรฉnario se plie un peu aux entournures pour que le fond reste bien en vue, bien lisible. La fin aurait pu รชtre plus forte. Plus dramatique et moins amรฉricaine. Il est probable que si ce film avait รฉtรฉ tournรฉ dans un pays scandinave, mis en scรจne par un rรฉalisateur du cru, il aurait gagnรฉ en puissance psychologique ce qu’il aurait sans doute perdu en muscle amรฉricain. Shaleine Woodley livre une performance honnรชte, qui ne m’a pas mis ร  genoux (on est loin de Jodie Foster dans le sous-estimรฉ, et largement incompris en ce qui me concerne, A vif de Neil Jordan). Ben Mendelsohn qui a le rรดle ingrat du vieil agent de l’รฉtat fรฉdรฉral รฉcrasรฉ par la charge qu’on lui a mises sur les รฉpaules est lui extrรชmement fort, ร  la fois odieux, touchant, fragile, capable de se fier ร  son instinct, pour le meilleur comme pour le pire. Dommage que les producteurs n’aient pas compris que la partie « humaniste » de ce film รฉtait plus intรฉressante que sa composante spectaculaire.

Je note le nom du rรฉalisateur.

Fresh, Mimi Cave (2022)


Noa (Daisy Edgar-Jones) est une jeune femme cรฉlibataire. Elle utilise des applications de rencontre, sans grand succรจs. Puis raconte ses dรฉsastres amoureux ร  sa meilleure amie Mollie (Jojo T. Gibbs). Un jour, au supermarchรฉ, elle tombe sur un homme plutรดt drรดle qui la drague ouvertement (Sebastian Stan). Il lui demande son numรฉro de tรฉlรฉphone et elle accepte. Plus tard, ils se retrouvent dans un bar, puis dans un lit. Ils dรฉcident ensuite de faire une virรฉe ร  la campagne… qui ne va pas du tout mais alors pas du tout se passer comme prรฉvu, pour Noa.

L’affiche du film spoliant frontalement son sujet, je vous le livre ici sans grand souci. Steve fait commerce de viande humaine (environ 30 000 dollars le repas). Il ne prรฉlรจve sa matiรจre premiรจre que sur des jeunes femmes (et il s’en expliquera ensuite). Loin d’รชtre un psychopathe bas du front, Steve est une sorte de chirurgien esthรจte qui, par bien des aspects, รฉvoque Mads Mikkelsen dans le rรดle d’Hannibal Lecter.

Fresh est un film perturbant, ร  tel point que je me suis dit que รงa faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un film me mettre vraiment mal ร  l’aise. Le jeu de chat et de souris auxquels se livrent les deux protagonistes (trรจs bien interprรฉtรฉs, l’un comme l’autre) autour de l’anthropophagie m’a rappelรฉ Portier de nuit de Liliana Cavani (film รฉprouvant s’il en est) et Le Dernier Tango ร  Paris de Bernado Bertolucci, dont les conditions de tournage (on le sait maintenant) ne font honneur ni ร  son rรฉalisateur ni ร  son acteur principal, Marlon Brando.

Bon, il y a fort ร  parier que Fresh ne restera pas dans l’histoire du cinรฉma comme un film majeur, mais il n’est pas inintรฉressant, loin de lร . Mimi Cave, dont c’est le premier long-mรฉtrage sauf erreur de ma part, dรฉcrit en creux un monde viscรฉralement hideux oรน l’argent est plus fort que tout. Elle nous montre suffisamment de choses de ce monde occulte pour qu’il nous semble aussi possible que terrifiant… sans en faire trop, ce qui aurait fragilisรฉ l’ensemble. Il y a beaucoup de non-dits, de choses qui reste dans l’ombre dans Fresh et รงa fait du bien de voir une rรฉalisatrice tenter รงa de nos jours.

Une rรฉalisatrice ร  suivre.


Photo de la rรฉalisatrice trouvรฉe sur son site mimicave.com

The Sacrament, Ti West (2013)



Un frรจre se rend avec une รฉquipe de tournage dans un pays รฉtranger (Amรฉrique du sud, Caraรฏbes ?) pour retrouver sa sล“ur qui fait partie d’une communautรฉ รฉvangรฉlique qui vit en autarcie. Dรจs le dรฉpart, les choses tournent mal : il y a des gardes armรฉs et la prรฉsence du journaliste et du camรฉraman semble beaucoup dรฉranger Father, le leader de la Paroisse de lโ€™ร‰den. Paradoxalement, les gens ont l’air heureux et plutรดt bien installรฉs, il y a mรชme une petite clinique.

Avant de voir ce film (que j’ai achetรฉ ร  cause de son rรฉalisateur) j’ignorais totalement qu’il « rejouait » de nos jours un fait divers de 1978 trรจs cรฉlรจbre, en intรฉgrant internet, les tรฉlรฉphones portables, etc. Si vous ne voulez pas รชtre spoliรฉs, n’allez pas plus loin que ce paragraphe. Le film n’est pas terrible et ne vaut que par le long face ร  face entre Father (Gene Jones) et le journaliste new-yorkais (A.J. Bowen) venu l’interviewer sans y รชtre invitรฉ. Il n’est pas tenu, c’est un found footage partiel/pataud qui trahit les rรจgles du genre chaque fois que รงa arrange le rรฉalisateur. On n’est pas pris dans le truc parce que justement le truc ne fonctionne pas sur le plan technique et donc ne crรฉe pas la sidรฉration qu’il voudrait crรฉer.

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La Maison du mal, Samuel Bodin (2023)


Peter est un petit garรงon attachant. Sensible, timide, intelligent, il est la risรฉe de ses camarades. Rien de plus normal.

Peter fait des cauchemars. Il entend une petite fille demander de l’aide. Une petite fille qui lui dit que ses parents (Anthony Starr et Lizzy Caplan) ne sont pas ce qu’ils semblent รชtre. Hรฉ ben, si y’a un trucs qui est sรปr, c’est que ses parents sont weirdos, du genre carrรฉment flippant.


J’ai presque envie de faire une critique รฉclair de ce chef dโ€™ล“uvre de l’horreur contemporaine, une critique en piquรฉ du style : « c’est vraiment un des pires trucs que j’ai jamais vus ». Aprรจs, je me suis rendu compte que plein de fans de films d’horreur l’ont adorรฉ. Ah, ouais, ils avaient pris de la drogue avant ? Beaucoup ? Ce qui m’oblige ร  me remettre en question : les fans ont-ils tort, sont-ils camรฉs ร  mort ou suis-je en train de me lasser de ces zillions de films d’horreur oรน les enfants sont la cible d’une mรฉchante crรฉature surnaturelle

Creusons la bรชte ร  la petite cuillรจre. Pour moi, rien ne va. Le scรฉnario est รฉcrit pour produire des effets sur le spectateur : dรฉgoรปt, peur, sursaut, voire flatulence incontrรดlรฉe. Il n’est pas รฉcrit pour รชtre cohรฉrent et/ou logique. Et en fait, ร  bien y rรฉflรฉchir, l’histoire qu’on nous raconte n’a foutrement aucun sens (redรฉroulez-lร  en sens inverse, vous verrez). Anthony Starr joue mal, c’est bien la premiรจre fois que je le vois ร  cรดtรฉ de son rรดle, Lizzy Caplan est trop bizarre (bon c’est pas forcรฉment un reproche), mais elle en fait des tonnes dans la bizarrerie, genre mรจre flippรฉe qui se ronge les ongles jusqu’aux aisselles. Et quand Miss Devine (l’institutrice de Peter) visite ses parents, ben normalement toute personne sensรฉe se retrouve cinq minutes plus tard ร  tรฉlรฉphoner au shรฉriff, aux services sociaux et pourquoi pas ร  la presse locale, tant qu’ร  faire.

J’y ai jamais cru, je ne suis jamais entrรฉ dans cette histoire, et une fois le secret รฉventรฉ je me suis laissรฉ glisser jusqu’ร  la fin sans vraiment m’intรฉresser ร  ce qui se passait ร  l’รฉcran. Il y a plein de trucs qui m’ont fait glousser, notamment la scรจne oรน Anthony Star imite Jack Nicholson dans Shining. Bon le film a quand mรชme une qualitรฉ que personne ne pourra lui retirer : il fait moins d’une heure et demie.

Good Omens – saison 2 (on prend les mรชmes et on recommence)


Un jour Gabriel se pointe ร  poil dans le quartier d’Aziraphale en cachant son entrejambe avec une boรฎte en carton. Notre ange prรฉfรฉrรฉ se rend vite compte que son ancien patron (?) archange n’a plus de mรฉmoire et que tout le monde veut lui mettre la main dessus, depuis les cieux immaculรฉs jusqu’aux dรฉdales bureaucratiques de l’Enfer. Histoire de se donner un peu de temps, Azi concocte avec son dรฉmoniaque pote Rampa (aka Crowley en VO) un petit miracle de rien du tout qui va faire pรฉter toutes les alarmes du Paradis. La chasse ร  l’archange est lancรฉe.

Bon… ben… comment dire รงa ? … je me suis fait suer durant les six รฉpisodes et j’ai bien eu du mal ร  en venir ร  bout. L’histoire centrale (la disparition de Gabriel) n’a aucun intรฉrรชt, disons qu’elle sert de bรฉquilles ร  trois histoires d’amour en parallรจle et quelques flash-backs… dont un seul est vraiment rรฉussi. Je ne vais pas spoilier, mais dans la bouilloire des histoires d’amour il y a en a une qui est รฉvidente depuis la premiรจre saison. Globalement, j’ai trouvรฉ l’รฉcriture paresseuse. Quant ร  David Tennant… dire qu’il est en roue libre c’est totalement minimiser l’ampleur de la performance. C’est un peu Insaniac dans Small Soldiers.

Les acteurs s’amusent beaucoup, on aurait aimรฉ s’amuser autant qu’eux.

Enfin, j’ai trouvรฉ que c’รฉtait une sรฉrie รฉcrite pour la communautรฉ LGBT, รงa ne me pose pas de problรจme, c’est juste que lร  c’est vraiment trรจs voyant… un peu comme Hagrid, rentrant ร  dos de monstre dans un magasin Swarovski, traversant trois vitrines tรชte la premiรจre et finissant par encastrer la vendeuse en sous-poids dans la trappe ร  gobelets de la machine ร  cafรฉ.

The Cambodian Space Project


Voilร  un groupe que m’a fait dรฉcouvrir ma copine et ma foi si je n’aime pas tout, loin de lร , j’avoue que ces deux reprises (Bang Bang, Paint it black) me laissent sur le cul. La voix de Kak Channthy est totalement unique.

The Cambodian Space project c’est aussi une histoire triste comme en a รฉcrit le rock plus souvent qu’ร  son tour. Le 20 mars 2018, alors qu’elle circule dans un tuk-tuk dans le sud de Phnom Penh, Kak Channthy est victime d’un accident de la route fatal. Elle avait 38 ans et sans doute une incroyable carriรจre encore ร  venir.

On se consolera en se disant que sa voix est dรฉsormais immortelle.


Conan le Cimรฉrien : Xuthal la crรฉpusculaire | Christophe Bec | Stevan Subic


Conan et une jeune femme du nom de Natala (sorte de princesse russe ร  gros cul, gros nichons, ou de blonde dessinรฉe par Ferrari, dont la vue ferait sans doute pรฉter les carotides de ce bon Vladimir Poutine) sont les seuls survivants d’une terrible bataille. Ils s’enfoncent dans le dรฉsert et pรฉnรจtrent dans une citรฉ-oasis dรฉsertรฉe, Xuthal la crรฉpusculaire. Enfin pas si dรฉsertรฉe que รงa, puisqu’ils tombent trรจs vite sur un festin.

Avec Chimรจres de fer dans la clartรฉ lunaire, Virginie Augustin avait su adapter Conan sans trahir ses opinions personnelles, bien au contraire. Xuthal la crรฉpusculaire en semble l’antithรจse parfaite avec ses femmes trรจs peu vรชtues, aux courbes gรฉnรฉreuses, dignes des hรฉroรฏnes de Frazetta, sa scรจne de partouze, sa scรจne de domination sadique au fouet. C’est un peu « Le politicaly correct, tu sais oรน tu peux te le mettre ? Jusqu’au virage sigmoรฏde ! » En fait, pourquoi pas… pourquoi pas assumer qu’on fait « une BD pour garรงons » qui fera vomir la plupart des filles (c’est un peu comme la pornographie, elle est dans son immense majoritรฉ tournรฉe pour une audience masculine). Le problรจme est ailleurs, en ce qui me concerne. J’ai trouvรฉ l’ensemble bavard comme pas possible, avec des cartouches qui paraphrasent ce qu’on voit ร  l’image, des textes trop petits, pรฉnibles ร  lire (textes qu’on a trรจs vite envie de lire en diagonal). Certaines expressions m’ont totalement รฉjectรฉ de ma lecture comme « rรฉalitรฉ virtuelle » ou « sommeil artificiel ». Mรชme si l’historie a une indรฉniable coloration SF. Reste que le monstre (lovecfratien en diable) est aussi beau qu’impressionnant. Que certaines planches sont trรจs convaincantes (quand d’autres, fouillis, laissent de marbre). La narration n’est pas sans dรฉfaut, รงa et lร . L’illustrateur s’amuse comme un fou ร  planquer des pรฉnis en รฉrection et des vulves un peu partout, ici un champignon, lร  une porte, ailleurs un bรขtiment phallique.

Quand on tourne la derniรจre page, c’est avec l’impression d’avoir lu un rรฉcit trop รฉtirรฉ, farci de texte inutiles et de dialogues mรฉdiocres. Mouais, mauvaise pioche. Espรฉrons que Stevan Subic dessinera des choses plus intรฉressantes dans l’avenir. Il a quand mรชme beaucoup de talent.

Abysses, sรฉrie TV d’aprรจs le best-seller de Frank Schรคtzing.


Un peu partout sur notre planรจte les choses se compliquent pour l’humanitรฉ qui veut barboter sur la plage, observer des baleines, rรฉcupรฉrer des hydrocarbures sous-marins ou, salauds de riches, manger du homard (je pense que la scรจne du homard รฉjaculateur restera longtemps dans les annales des scรจnes les plus hilarantes de la tรฉlรฉvision hexagonale – รฉvidemment la bestiole รฉjacule sur un homme, sinon รงa aurait รฉtรฉ de trรจs mauvais goรปt, alors que lร  c’est parfait). Donc au Canada c’est une baleine qui dรฉtruit un bateau de touristes de gauche (ben oui, les gens qui s’intรฉressent aux baleines sont plutรดt de gauche, c’est trรจs documentรฉ, surtout ร  Vancouver) ; en France c’est les fruits de mer qui empoisonnent les gens (en mรชme temps, รงa arrive chaque annรฉe ; dans des proportions moindres, certes) ; en Scandinavie (refuge bien connu de la plupart des terroristes รฉcologiques de la planรจte), c’est un pipeline qui est menacรฉ par des vers de glace (je ne suis pas sรปr d’avoir bien compris cette partie de l’intrigue pour รชtre tout ร  fait sincรจre, un effet secondaire de la codรฉine ?).

Pour รชtre tout ร  fait transparent (en tout cas, plus qu’une multinationale des รฉnergies fossiles) : j’ai dรฉvorรฉ la sรฉrie en trois jours. Mais j’ai une excuse : je suis en arrรชt maladie et je ne peux pas marcher sans avoir l’impression qu’on m’รฉpluche le pied droit avec un instrument rouillรฉ dessinรฉ par David Cronenberg, alors le canapรฉ c’est trรจs bien pour regarder des idioties, donner des ordres aux enfants (qui n’y rรฉpondent pas favorablement) ou faire diminuer la double pile ร  lire de BDs qui, dans ma chambre, commenรงait ร  ressembler aux Twin Towers (et on sait comment รงa finit ce genre de dรฉlires architecturaux). Mais je m’รฉgare…

Revenons ร  nos baleines. Il faut reconnaรฎtre que ce gloubigoulba tรฉlรฉvisuel et international est plutรดt prenant. C’est bien fait, plutรดt bien jouรฉ, les effets spรฉciaux sont impressionnants pour une sรฉrie tรฉlรฉ oรน jouent des acteurs de nationalitรฉ franรงaise. Aprรจs, c’est une sorte de remake messianique du Abyss de James Cameron et j’avoue que ce cรดtรฉ biblique lourdingue, faรงon plaies dโ€™ร‰gypte, m’a gonflรฉ. Il y a une partie politique dans la sรฉrie qui est, je crois, ร  ne pas nรฉgliger, dans le sens oรน l’OMS et les grandes organisations de ce genre refusent de financer la grande enquรชte scientifique sur la rรฉvolution des ocรฉans que veulent mener nos hรฉros, mission รด combien pรฉrilleuse (genre Sphere de Michael Chrichton, si vous n’avez pas vu le film… vous pouvez continuer comme รงa longtemps), mission qui sera donc au final financรฉe par un richissime transporteur maritime japonais. C’est bien simple, on se croirait chez Neal Stephenson… la rigueur scientifique en moins. Notez bien que j’y connais rien en baleines, en virus marins et en vers de glace (dont j’ignorais encore l’existence il y a quatre jours) et j’ai dรป manger deux fois du homard dans ma vie, mais quand mรชme je me suis รฉtranglรฉ une fois ou deux devant mon รฉcran, en me disant « heu, lร  c’est grand mรชme trรจs gros, mรชme Michael Chrichton n’aurait pas osรฉ ».

Dans une espรจce de rรชve รฉveillรฉ ร  propos duquel la codรฉine n’est probablement pas totalement innocente, j’attends maintenant de pince ferme le dรฉbunkage de Roland Lehoucq et son รฉquipe de farouches justiciers de la science ; รงa risque d’รชtre hilarant.

Quant aux poissons… faites comme moi, ne mangez que les fish&chips du Poppies ร  Londres (leur sauce, c’est un scandale tellement elle est bonne). Vous n’รชtes pas forcรฉ de me croire, mais cette ligne de conduite ne peut avoir qu’un impact bรฉnรฉfique sur la santรฉ mentale des ocรฉans.