Le gangster, le flic et l’assassin – Lee Won-Tae (2019)

The Gangster, the Cop, the Devil, affiche

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Jung est un flic incorruptible (ambitieux, aussi). Il sait que son supérieur a un accord avec la pègre locale, notamment celle des jeux d’argent illégaux. Il a un certain réseau en ligne de mire et compte bien leur en faire baver un max’. Dans sa ville, un tueur assassine des innocents, toujours de la même façon : il percute doucement leur voiture par l’arrière et au moment des constatations les cribles de coups de couteau. Un jour, l’assassin s’en prend à Jang, un gangster. Celui que Jung tient absolument à coffrer. Jang survit. Jang blesse son agresseur. Jang se promet de retrouver le tueur en série avant la police et de lui régler son compte une fois pour toutes. Jung, lui, promet de mettre cet assassin derrière les barreaux.

Plutôt fun, bien rythmé (on ne voit pas le temps passer) Le gangster, le flic et l’assassin ne restera pas dans les annales des grands polars coréens poisseux. On est très loin de l’ampleur scorsesienne de New World, de la tension quasi-insupportable de The chaser ou de la cruauté exacerbée du Flic aux hauts-talons. C’est un divertissement convaincant, avec des péripéties assez invraisemblables sur lesquelles, dans le feu de l’action, on jette un joli voile d’indulgence. Dans le rôle du gangster, Ma Dong-Seok est plus que convaincant ; pour tout dire : il déchire tout. Kim Moo-yul qui incarne le flic est une sorte de Mark Wahlberg sud-coréen (pas sûr que ce soit un compliment). Quant à l’assassin, il assassine, ce qui n’est pas forcément le rôle au spectre le plus large.

Plaisant.

Hostiles, Scott Cooper (2017)

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1892. Le capitaine Joseph J. Blocker (Christian Bale, très bien) a participé au massacre de Wounded Knee. Il déteste ces putains de sauvages. Un jour on lui donne comme dernière mission, avant son départ à la retraite, de ramener son pire ennemi le chef Faucon Jaune (Wes Studi, très bien aussi) sur son territoire sacré. Le vieil homme se meurt d’un cancer et le président des États-Unis a décidé de lui rendre sa liberté ainsi qu’à sa famille, tous emprisonnés depuis sept longues années dans un fort de la cavalerie américaine. Joseph ne veut de cette mission pour rien au monde. Pour éviter le déshonneur de la cour martiale, il essaye de mettre fin à ses jours, mais échoue. Son courage vogue ailleurs. Coincé, il va devoir faire cette route, bouffer la poussière des terres rouges du désert aux terres fertiles du Montana pour se libérer de l’armée (à qui il a passablement donné toute sa vie). En chemin, son escouade tombe sur une femme qui vient de tout perdre (Rosamund Pike, pas toujours très convaincante, dans ce film comme dans d’autres) : son mari, ses enfants, son petit bébé et sa ferme, incendiée par des voleurs de chevaux, des Indiens. Elle a aussi perdu l’esprit (qu’elle va retrouver bien vite).

Plus qu’un film sur le racisme (le racisme y est toutefois très présent), Hostiles est un film sur la mort. Sans grand discours, sans grands effets, sans volonté de filmer des scènes de fusillades too much, Scott Cooper nous emmène dans un territoire qui n’a qu’un seul maître : la mort. Que ce soit le cancer, un coup fusil bien ajusté, une balle perdue, le suicide, on n’échappe pas à la mort. Et peu arriveront à connaître les douleurs lancinantes de la vieillesse.

Hostiles est un film radical – la première scène, magistrale, est à vous faire dresser les cheveux sur la tête. Ça pourrait être un film lourdingue sur la rédemption ; Scott Cooper choisit une autre voie. Il est fort possible que vous n’aimiez pas ce que vous allez voir, que vous n’acceptiez pas le jusqu’auboutisme du réalisateur… Personnellement, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu un western aussi âpre, mais peut-être plus profond que subtil. Il y a du Sam Peckinpah dans ce film et c’est sans doute le plus beau compliment que l’on pouvait faire à Scott Cooper. Dans les seconds rôles, on remarquera la sublime Q’Orianka Kilcher et Jesse Plemons, excellents tous les deux.

Je conseille.

Âmes sensibles s’abstenir.

 

 

Midsommar, Ari Aster (2019)

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Quatre américains (trois hommes, une jeune femme qui vient de perdre ses parents et sa sœur dans des conditions atroces) se rendent en Suède dans une communauté isolée très secrète où on vit au rythme des saisons de la vie (l’été correspondant à la période entre 18 et 36 ans). Témoins d’un rite (proprement atroce) qu’ils jugent inacceptable ou fascinant selon les sensibilités des uns et des autres, leur groupe explose. Il y a ceux qui veulent rester étudier cette communauté à fin d’écrire une thèse d’anthropologie dessus et ceux qui veulent fuir le plus tôt possible.

Je n’avais pas du tout aimé Hérédité, le précédent film d’Ari Aster qui m’avait semblé trop long avec un casting assez bancal, dont un Gabriel Byrne complètement à côté de la plaque notamment (peut-être fait exprès, mais ça m’avait sorti du film). Par conséquent, je me suis lancé dans ce Midsommar à reculons.

Midsommar est long (le blu ray compte deux montages, un de 2h27 et un de 2h51 – je ne me suis pas risqué à voir la version longue, mais j’y viendrai), il est d’autant plus long qu’il contient assez vite une scène particulièrement éprouvante (qui à mon sens justifierait une interdiction au moins de seize ans ; mes deux fils ont plus de douze ans, l’un comme l’autre, et je me vois mal accepter l’idée qu’ils regardent un tel film). Midsommar peut être très éprouvant, donc, il est aussi très drôle. Farci ras-la-gueule d’un humour tordu qui joue sur ce qu’on comprend et ce que ne comprennent pas ou refusent de comprendre les personnages américains (particulièrement abrutis, il faut le reconnaître). La photo est à tomber, la mise en scène est souvent bluffante. D’un point de vue esthétique, le film rappelle un Lars Von Trier au meilleur de sa forme (Antichrist reste un sommet de l’horreur esthétique). Pour l’humour, j’ai plutôt pensé à Ben Wheatley quand il laisse s’exprimer sa fibre la plus horrifique. Midsommar est aussi intéressant sur le plan philosophique et/ou religieux – la communauté qui nous est montrée n’est pas totalement maléfique / monstrueuse, elle retire des bénéfices de ses actes choquants, probablement une forme de stabilité, d’harmonie et d’équilibre. De bonheur…

Le film pose donc une question très dérangeante, mais aussi assez profonde, que seriez-vous prêt à sacrifier pour la stabilité, l’harmonie et l’équilibre de ceux que vous aimez (vos enfants avant tout) ? Les enfants de la communauté sont un peu laissés de côté par le film, mais ils sont bien présents. Il y a dans cette facette du film quelque chose de Lovecraftien – on pense évidemment au Cauchemar d’Innsmouth. On peut évidemment s’arrêter au côté New Age des rites et ne pas chercher à comprendre à quoi tout cela rime. Mais à bien y réfléchir, les rites ne sont que l’habillage symbolique d’une mécanique qui permet de garder cohérent un ensemble de personnes relativement différentes.

Mon sentiment final est mitigé, j’ai détesté les scènes d’horreur graphiques que j’ai trouvées inutilement réalistes, complaisantes, et qui m’ont rappelé les pires excès de Gaspard Noé, réalisateur dont je reconnais la démarche artiste, mais dont aucun film ne m’a jamais plu (ou « enrichi »). J’ai adoré la photo, l’ambiance, la mise en scène, l’humour noir, l’humour glauque, l’incroyable scène de sexe, audacieuse dans sa volonté de tout montrer, y compris des corps saccagés par le passage du temps. Résolument, une des plus originales de l’histoire du cinéma.

Seul Ari Aster est crédité au scénario, mais son Midsommar m’a semblé très (trop ouvertement) inspiré de The Wicker Man (1973), le classique de Robin Hardy (à voir absolument, si vous ne connaissez pas – il est regrettable d’ailleurs que The Wicker Man soit souvent commercialisé avec une jaquette qui spoile la fin du film).

Si vous avez l’estomac bien accroché, n’hésitez pas à visionner ce Midsommar. Ce n’est probablement pas totalement réussi, il faut un peu s’accrocher parfois (à cause de la longueur et de la complaisance dans les scènes d’horreur), mais c’est sans doute inoubliable malgré tous ces défauts (remarque qui peut s’appliquer à beaucoup de films de Lars Von Trier, on y revient).

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The Witcher – série télé – Netflix

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Dans cette première saison de la série Netflix The Witcher tu découvriras comment Geralt de Riv (le sorceleur) s’est trouvé lié avec Ciri. Tu découvriras comment il est devenu le boucher le Blaviken. Comment il a rencontré Jaskier, le pitoyable boy band à lui tout seul. Comment il tue des monstres un peu monstrueux, ne rechigne pas au sexe tarifé. Comment il s’est, le temps d’une mission, allié à un dragon. Tu découvriras aussi la naissance en tant que magicienne de Yennefer de Vengerberg. Tu ne comprendras peut-être pas grand chose tant l’ensemble te semblera décousu et mal fichu, mais il n’y avait peut être pas grand chose à comprendre…

Fan de la série de jeux vidéos The Witcher et surtout du troisième – Wild Hunt (La Chasse sauvage) -, je ne pouvais pas passer à côté de la série Netflix qui a disposé d’une promo rarement vue pour une production de ce genre (j’ai vu des affiches dans les rues de Paris).

Bon, n’y allons pas par quatre chemins : je me suis ennuyé (et je m’attendais à beaucoup de choses, mais pas à m’ennuyer). J’ai mis plus d’une semaine à venir à bout de l’ensemble ; j’avais plus de plaisir à annoter mon roman de septembre 2020 (La Marche du levant de Léafar Izen) qu’à replonger dans la série. Je suis allé au bout, parce qu’arrivé au mitan, j’avais tant pataugé dans la bière tiède et le sang frais que je ne me sentais plus de revenir en arrière et qu’il ne me restait plus qu’à aller de l’avant.

Les acteurs sont à côté, pour la plupart, complètement à l’opposé du standard qu’a involontairement établi la série HBO Game of thrones. Quand on voit Tyrion dans Game of Thrones, on voit Tyrion, pas un acteur qui l’incarne. Peter Dinklage est complètement dedans, comme le reste du casting. Dans The Witcher, on a globalement l’impression que ce sont des cosplayers venus du monde entier qui font joujou en marge d’une convention de fantasy. La médiocrité de cette nouvelle série n’a de cesse de nous ramener à Game of thrones qui s’impose comme l’aune à laquelle on n’échappera plus ; c’est comme ça, c’est pas de chance pour les nouveaux venus. Niveau production : costumes, décors, effets spéciaux, on n’est pas du tout au même niveau. On en est même très loin ; souvent The Witcher m’a rappelé ces pathétiques téléfilms de fantasy de trois heures, d’origine improbable, que M6 passait parfois au moment des fêtes. Parfois, au détour d’une scène de taverne, je me suis dit : « tiens des Bulgares font une fête médiévale, c’est rigolo, mais on sent que la bière n’est pas bonne ».

Et puis il y a la cerise sur le gâteau : Henry Cavill. Alors là, j’avoue, je ne comprends pas. Oui… il est musclé, mais Kevin Sorbo aussi, et avec des cheveux blancs il aurait sans doute fait un meilleur sorceleur (c’est dire). Et ne parlons pas de l’hypothèse Mads Mikkelsen, qui ne fait qu’1m83, certes, mais même bourré à la codéine aurait fait un Witcher nettement plus pervers et convaincant.

Une seconde saison est déjà sur les rails ; ce sera sans moi.

Maintenant j’attends le reboot.

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Nocturnal animals, Tom Ford (2015)

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Une directrice de galerie d’art, Susan (Amy Adams), a des problèmes de couple avec son mari (qui la trompe, bien évidemment). Un jour elle reçoit en avant-première le premier roman de son premier mari, ce qui fait beaucoup de premières choses pour une seule phrase.

Susan commence à lire le manuscrit et découvre l’histoire terrible d’une agression dans l’ouest du Texas, d’un homme lâche (mais l’est-il vraiment ?), interprété par Jake Gyllenhaal, qui va tout perdre en une seule nuit.

Bon je n’en attendais rien de particulier, je l’avais acheté d’occaze en blu-ray chez mon revendeur habituel, car j’aime bien Gyllenhaal et je pense avoir vu tous les films dans lesquels il a joué ou presque… Je ne savais pas du tout de quoi ça parlait et je n’ai même pas pris le temps de lire le résumé sur la jaquette.

Et là c’est le drame : ce que j’ai vu était d’une profondeur et d’une puissance, incroyables, qui me semblait-il avaient presque totalement déserté le cinéma américain. Nocturnal animals est presque aussi rude à regarder que le Délivrance de John Boorman (il y a d’ailleurs quelques points communs), mais si on a le cœur bien accroché il ne faut pas hésiter… C’est du grand cinéma.

Brightburn, David Yarovesky (2019)

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(A l’origine, j’ai choisi ce film dans ma PàM – Pile à Mater – parce que je voulais un navet pour me détendre).

Les Brewer habitent une ferme en périphérie de Brightburn. Ils aimeraient avoir un enfant, mais ça ne marche pas. Une nuit une météorite s’écrase dans leurs champs et dedans ils ne trouvent pas Kal-El, mais un bébé de sexe masculin qui va devenir leur fils Brandon.

Les années passent, Brandon n’est jamais malade, ne saigne jamais. Au moment de la pré-puberté, il se met à agir étrangement : il cache des précis anatomiques sous son lit, il a des crises de somnambulisme, ses parents le suspectent d’avoir tué les poules, puis il blesse une camarade de classe (après l’avoir désirée et effrayée). Comme le spoile l’affiche : Brandon Brewer n’est pas là pour sauver le monde.

Brightburn n’est pas un bon film, on ne peut pas dire ça. Sa vision suppose de suspendre son incrédulité à un niveau sans doute excessif. Difficile de croire que personne ne s’est intéressé à la chute d’une météorite dans la campagne américaine (il y a des chasseurs de météorites en France, il doit forcément y en avoir aux USA), difficile de croire à ce vaisseau spatial caché sous la grange des Brewer, mais il y a un mais : j’ai pris un grand plaisir à regarder ce petit film d’horreur, un plaisir coupable, comme quand vous regardez une série B mal foutue (et/ou fauchée) mais qui regorge d’idées et d’audace.

Des idées il y en a plein dans Brighburn, tout le jeu sur le personnage de Superman, les oppositions famille Kent / famille Brewer, Clark Kent / Brandon Brewer, les pouvoirs de Brandon et leur utilisation. L’introduction de la sexualité / pré-puberté dans un film de super-héros et/ou super-vilain.

Des audaces il y en a aussi, le personnage de la mère jouée par Elizabeth Banks que j’ai trouvée excellente, les scènes d’horreur qui envoient, mais pas pour rire, car Brighburn est un vrai film d’horreur (avec deux scènes à la limite du supportable). Le film est jusqu’au-boutiste, il avance vers sa conclusion comme un bulldozer (au mépris de toute surprise scénaristique). Il dit des choses intéressantes sur le fait d’être parents aimant d’un enfant qui tourne mal sans qu’on puisse y faire quoi que ce soit (cette facette du film ne vaut évidemment pas le glaçant We need to talk about Kevin). Il dit des choses intéressantes sur la dualité acquis/inné, le pouvoir, le désir, la morale, avoir les moyens (ici surnaturels) d’assouvir ses soifs.

Brightburn m’a fait penser au cinéma de Larry Cohen, qui n’a jamais été un grand cinéaste, mais a réalisé quelques films « boules puantes » assez croquignolets, à la fois ridicules et mémorables, dans le sens où on ne les oublie pas. Le meilleur exemple reste sans doute Le Monstre est vivant (1974) qui entretient plusieurs liens avec Brightburn. Pour rigoler vous pouvez aussi regarder son Epouvante sur New York (Q en VO) où un monstre ailé mord à pleines dents dans la grande pomme.

Je ne sais pas si les scénaristes ont fait exprès (en fait, j’ai un gros doute sur la question), mais il y a un ou deux passages du film qui m’ont renvoyé directement à La République de Platon (et ce n’est pas tous les jours que je pense à La République en matant un film d’horreur).

« L’âme possède deux fonctions: l’une est raisonnante, l’autre désirante (irraisonnée). La fonction raisonnante doit commander à la partie impétueuse. La fonction médiatrice, ou tempérance, doit soutenir le parti de la raison. »

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Dust Devil, Richard Stanley (Limited collector’s edition)

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« Back in the first times, in the time of the red light; the desert wind – Soo-oop-wa – was a man like us. Until, by mischance, he grew wings and flew… like a bird. He became a hunter, and like a hawk, he flew to seek his prey; taking refuge in those far corners of the world where magic still lingers in the earth. But having once been a man, so does he still suffer the passions of a man. flying into rages sometimes, and throwing himself down like a child, to vent his wrath upon the earth. The people of the great Namib – me and my ancestors before me – we have another name for those violent winds that blow from nowhere. We call them, ‘Dust Devils’. »

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Il y a quelques jours c’était mon anniversaire et comme on est jamais mieux servi que par soi-même, je me suis offert le coffret Dust Devil qui vient de sortir chez Koch films. Le prix pique un peu, mais bon on ne vit qu’une fois.

L’objet est (en allemand, mais) très chouette. Il contient le film évidemment (langue anglaise, sous-titres anglais sont présents et ça me va tout à fait), mais aussi trois documentaires, un cd, des tonnes de bonus. Je ne vais pas mentir : j’ai galéré dans les menus en allemand, mais j’ai quand même réussi à m’en sortir, donc 99,99% de la planète devrait aussi y parvenir.

Dust Devil est un de mes films préférés ever. On y voit un démon africain à l’œuvre, les scènes de crime qu’il transforme en œuvres d’art. On y suit une jeune sud-africaine déboussolée qui met le cap sur la mer à travers les paysages désertiques de la Namibie et on y suit un policier (le trop rare Zakes Mokae, malheureusement décédé en 2009) qui essaye d’élucider des meurtres rituels qui bouleversent sont cartésianisme.

Le film n’est pas exempt de défauts, il y a une ou deux scènes où les acteurs sont « à côté », une scène onirique un peu kitsch qui semble très Hammer, dans un film qui ne l’est pas du tout. Mais Richard Stanley est souvent éblouissant dans sa mise en scène. Il réussit à faire passer tout le côté métaphysique / ésotérique de son projet, notamment lors de la découverte de la première scéne de crime et pendant les scènes de fin. C’est un tour de force, tant les films sur la magie / l’occultisme sont souvent ridicules. On pense parfois aux meilleurs films de Nicolas Roeg, ce qui n’est pas le moindre des compliments.

Incontournable.

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The final girls, Todd Strauss-Schulson (2015)

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Amanda Cartwright (Malin Akerman, lumineuse) a toujours voulu être une star, mais son premier rôle dans le slasher Camp Bloodbath (que les Québécois traduiraient sans doute La colonie de vacances bain de sang) la poursuit. Elle y jouait une monitrice vierge bien décidée à perdre son pucelage avec le gros con du camp (Adam Devine, à la fois hilarant et repoussant).
Un jour où elles reviennent d’un casting encore foiré, Amanda et sa fille Max (Taissa Farmiga, formidable de bout en bout) ont un accident de voiture. Seule Max survit.
Quelques années plus tard, Max accepte d’assister à une projection commémorative et festive de Camp Bloodbath devenu un film-culte. Alors qu’un début d’incendie perturbe la séance, Max et ses amis se retrouvent prisonniers du film. Oui oui, vous avez bien lu : prisonniers du film. Max réussira-t-elle à sauver Amanda (donc le personnage qu’incarne sa mère) d’une mort certaine ? Elle et ses amis réussiront-ils à se débarrasser du terrifiant tueur à la machette : Billy Murphy ?

The Final Girls est un hommage sincère et joyeux à la saga Vendredi 13. Ça aurait pu être une machine à cash hollywoodienne bête et méchante, mais au final c’est tout le contraire : une lettre d’amour envoyée à un mauvais genre, une comédie horrifique pleine de tendresse et de trouvailles scénaristiques. Le début est certes un peu maladroit, ou j’menfoutiste, il est surtout « fonctionnel », il permet de projeter une bande de jeunes amis dans les entrailles nauséabondes d’un mauvais film d’horreur. Disons qu’on l’accepte sans mal, comme on accepte bien obligé les restrictions rédigées en corps 7 d’un contrat d’assurance.

The Final Girls est une jolie surprise. Une vraie bonne surprise, contrairement au pull à rayures que vous offre tante Agathe à chaque Noël. On est beaucoup plus près du registre de Pleasantville de Gary Ross que du pathétique Scary Movie de Keenen Ivory Wayans.

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(Film vu en blu-ray, l’édition toutes zones de Sony Pictures Home Entertainment, avec langue française et sous-titres français pour ceux que ça intéresse.)

 

L’ange de la vengeance, Abel Ferrara (1981)

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Thana, muette, travaille pour un créateur de mode. Un jour, alors qu’elle rentre du travail, elle est attirée dans une ruelle par un homme masqué qui la viole. Arrivée chez elle, elle surprend un voleur qui… bis repetita… la viole. Trop c’est trop : elle se défend, lui met un coup de fer à repasser sur le crâne et récupère son calibre .45. Bon, il ne lui reste qu’à se débarrasser du corps ; pas si facile, avec sa logeuse intrusive et son horrible petit clébard qui fourre sa truffe partout. Le chemin de Thana est désormais tout tracé : elle sera Miss .45 (L’Ange de la vengeance, en français) et va débarrasser la planète de sa pourriture masculine.

L’Ange de la vengeance est l’un des films les plus réussis d’Abel Ferrara. Sur le plan purement technique, quelques scènes sont à tomber par terre, notamment celle du nunchaku (je ne spoile pas davantage). Dans ce film, Ferrara montre deux viols très différents, l’un brutal et ramassé (la pauvre a à peine le temps de comprendre ce qui lui arrive et transpire de cette sidération maintes fois décrite par les victimes), l’autre plus étonnant, avec un violeur qui essaye de lui faire l’amour plus qu’autre chose. Ces deux scènes sont évidemment difficiles à regarder, mais pour construire la psyché de Thana le réalisateur ne s’en contente pas, il montre toutes ces choses du quotidien qui agressent les femmes : harcèlement de rue, drague lourde, implication dans la vie professionnelle, injures, harcèlement (plus subtil, mais réel) dans le cadre du travail. Etc. Ce qui rend le film d’une brûlante actualité (et ce qui lui vaut sans doute son statut mérité de film-culte). Un film qui par ailleurs ose des scènes de comédie très réussies.

Le film culmine dans une pénultième scène, célébrissime, qui rappelle le final de Carrie de Brian de Palma. Cette ultime incarnation de L’Ange de la vengeance, lourde de symboles, est devenue iconique et a longtemps servi de jaquette au long-métrage. A l’heure où les spectateurs aiment de moins en moins être spoiliés, on n’en dira pas plus.

Un dernier mot sur Zoe Tamerlis qui incarne Thana (née Tamerlis, elle utilisera le pseudonyme de Zoe Lund pour le reste de sa courte carrière). Elle est incroyable de bout en bout. Tout le film tient sur elle et elle tient presque tout le film (elle est absente de certaines scènes). Cette actrice, co-scénariste du Bad Lieutenant de Ferrara, a eu une carrière météoritique. Toxicomane de longue date, elle est morte à Paris d’un arrêt cardiaque dû à une overdose. Elle avait 37 ans.

Souvent considéré comme un film d’exploitation indéfendable, ou un vulgaire Rape & revenge façon I spit on your grave, L’Ange de la vengeance est un film important dans l’histoire du cinéma, une œuvre audacieuse qui crée non seulement sa propre mythologie urbaine et n’a rien perdu de sa pertinence et de sa capacité à nous mettre mal à l’aise.

Bien au contraire.

 

 

Blink, Michael Apted (1993)

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A la suite d’un drame familial particulièrement horrible, Emma Brody (Madeleine Stowe) a perdu la vue. Elle joue du violon dans un groupe de Folk-Rock The Drovers (les conducteurs de bétail) et vit comme elle peut avec son chien d’aveugle. Un jour on lui propose une greffe de cornée. Elle va pouvoir de nouveau voir. Mais le retour à la vision est un processus lent et pénible. Décourageant, pour tout dire. Qui réserve de nombreuses surprises, dont un effet retard particulièrement perturbant. Et quand la voisine du dessus est assassinée, Emma ne sait pas si elle a vu ou non cet assassin qui frappe dans différents états du pays et dont les crimes semblent posséder une connotation religieuse orthodoxe. Le fait que l’enquête soit confiée au détective Hallstrom (Aidan Quinn) n’aide en rien, car Hallstrom est amoureux d’Emma depuis longtemps.

Il est impossible d’oublier la première scène de ce film : Madeleine Stowe en robe de soirée – longiligne, sexy en diable – qui débute un concert pendant qu’un groupe de policier avinés (on peut dire enbièrés ?) bave sur les magnifiques seins qu’elle n’a guère, il faut bien le reconnaître. Une force de police aussi déficiente au niveau du don d’observation, ça fait peur.

 

En 1993, Madeleine Stowe était la plus belle actrice d’Hollywood (bon, c’est un peu péremptoire, mais l’important c’est d’être sincère dans ses commentaires). Blink n’est pas un grand film, ce n’est même pas le meilleur film du sous-estimé Michael Apted : Gorky Park, Gorille dans la brume, Incident à Oglala (documentaire inestimable), Coeur de Tonerre et Nell (bouleversant et terriblement sous-estimé, à mon sens), mais ça reste un bon film policier (un peu maladroit dans sa gestion des révélations finales). Un film qui vaut surtout pour le portrait très humain, très nuancé que Apted dresse d’Emma Brody. Emma peut être chiante, de mauvaise humeur, elle peut avoir envie de baiser, comme ne pas en avoir envie. Elle est très humaine, et son handicap l’agace évidemment, puisque ses proches veulent absolument la surprotéger tout le temps. Michael Apted, voilà un réalisateur qui arrive souvent à tirer le meilleur de ses actrices et acteurs : Sigourney Weaver dans Gorille dans la brume, Val Kilmer et Graham Greene dans Coeur de Tonnerre, Aidan Quinn dans Blink.

Je conseille. Vous devriez passer un bon moment en compagnie d’Emma Brody.