Peut-on faire rentrer un scooter 125cm3 dernier modèle dans un mini-van faisant la liaison Ratanakiri –> Mondolkiri ?







Mission accomplie !
Ecrivain & scénariste
Peut-on faire rentrer un scooter 125cm3 dernier modèle dans un mini-van faisant la liaison Ratanakiri –> Mondolkiri ?







Mission accomplie !

Une jeune femme, Otsuya, issue d’une famille aisée de marchands, tombe amoureuse de l’apprenti de son père, Shinsuke, et l’embarque dans une fugue. Les deux amants se réfugient chez un ami de la famille à qui ils demandent d’intercéder en leur faveur pour un mariage. Mais l’ami de la famille, Gonji, se révèle être un escroc de la pire espèce. Il escroque les parents d’Otsuya, vend la jeune femme à un proxénète qui la drogue et la confie à un tatoueur. Puis ordonne enfin qu’on tue Shinsuke.
Tatouée d’une immense araignée dans le dos, animal fabuleux car à visage humain, la jeune femme change de nom et se transforme en geisha à succès. Et si elle « croque les hommes », c’est pour mieux nourrir ses projets de vengeance.
Tatouage / Irezumi est un classique du cinéma érotique japonais. De nos jours, il n’a plus grand chose d’érotique : aucun poil pubien n’est visible comme l’imposait la législation de l’époque, on ne voit que le haut des fesses de l’actrice (Ayako Wakao) et son dos tatoué. Par contre, l’histoire ne rechigne pas sur les violences faites aux femmes : ligotages, tentatives de viol, fessée à coups de bambou et autres pratiques pervertico-sadiques dont raffolent bien des Japonais (et que personnellement je trouve assez lamentables comme « ressorts érotiques », mais bon chacun ses goûts).
En fait, ce qui surprend le plus dans Tatouage c’est son côté comique, les meurtres sont interminables et ressemblent à des enfilades de maladresses slapstick (à un moment un personnage se fait sabrer par un samourai ; dans la vraie vie, il aurait pu difficilement partir en courant, ou même en boitillant, à la rigueur, en rampant sur quelques mètres…). Les dialogues sont à l’avenant : les personnages principaux passent leur temps à hurler qu’ils vont mettre fin à leur jour (mais allez-y ! bon sang) et puis il y a ce magnifique « Coucher n’est pas tromper » qui surclasse le « sucer n’est pas tromper » d’un célèbre comique français. La séance de déballage de la geisha/marchandise est aussi à hurler de rire. Le temps qu’elle arrive enfin à se foutre à poils, vous avez le temps de faire le thé et de cuire des cookies caramel/beurre salé. Encore si l’effeuillage était coquin, mais même pas, elle se démène avec toutes ses couches de vêtements et autres ceintures comme si elle était prisonnière de l’ensemble.
Le film possède un certain parfum fantastique, grâce au tatouage monstrueux, auxquels certains personnages prêtent une vie propre (on peut aussi penser que la jeune femme souffre de schizophrénie).
En fait, ce qui m’a le plus déçu c’est que le film se construit au tout début sur une histoire d’amour passionnée (tout découle de cette passion), mais le manque d’alchimie du couple Otsuya / Shinsuke est flagrant et ils ont beau passer leur jours et leurs nuits au lit (à un moment, leur hôte leur conseille de « prendre l’air » pour leur santé), ça ne marche pas vraiment.
Tatouage est un colosse aux pieds d’argile qui s’est lentement effrité sous mes yeux. Ce qui ne lui retire pas pour autant toutes ses qualités, esthétiques notamment. Comiques aussi (mais pas sûr que ça soit fait exprès).
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A ne pas confondre avec l’Irezumi de Yôichi Takabayashi (1982), titré La femme tatouée en français et qui raconte une toute autre histoire. Et qui est de loin bien meilleur.
Banlung est la « capitale » du Ratanakiri. Cette province, la plus au nord-est du Cambodge, au nord du Mondolkiri (et ses fameux éléphants), partage une frontière avec le Laos et une autre avec le Viêt-Nam. La ville de Banlung en elle-même a très peu d’intérêt et se révèle très peu conçue pour les touristes : quelques hôtels confortables et a prix raisonnable (comptez 15 à 20 euros pour l’équivalent d’un trois étoiles en France, avec une chambre sensiblement plus grande), quelques restos avec de la « mauvaise » cuisine occidentale (quiconque n’a jamais essayé de manger une pizza au Cambodge ignore ce qu’est l’horreur absolue), aucun magasin « touristique ». J’ai dû aller au Yeak Laom Lake pour trouver les chemises traditionnelles que m’a commandées mon fils cadet (essayage sur un enfant de la taille en dessous, pas trouvé d’enfant d’1m31 sur place).

Donc Banlung, ça n’a pas grand intérêt, c’est assez moche, en dehors du quartier du lac où se trouvent certains des meilleurs hôtels et restaurants de la ville (c’est là que j’ai pris mes quartiers dans une « luxueuse » pension de famille dont je suis sensiblement le seul client depuis mon arrivée – l’électricité marche quand elle veut, pareil pour le wi-fi, et c’est pareil dans toute la ville). Une des particularités de Banlung c’est d’avoir un aéroport à l’abandon en plein centre-ville, c’est à dire une sorte d’immense terrain vague (de la taille d’un aéroport de province), juste à côté du marché central (un truc absolument impensable dans un pays d’Europe).
Ce petit lac circulaire se trouve à 6 km du centre-ville de Banlung, je les ai faits à pied, mais la route n’est pas agréable (on longe la route 78 vers le Viêt-nam sur 4 bons kilomètres avant de bifurquer à droite au niveau de la « statue des éthnies » ; le carrefour s’appelle comme ça. Et visiblement il n’y a pas de route alternative.
Dans un magasin (donc un cube de béton vide dans lequel sont entreposés quelques marchandises en vrac), j’ai pu voir des « ruches artisanales », de simples seaux en plastique dans lesquels ont été placés des essaims. Les 500 ml de miel sont facturés 10 dollars, inutile de marchander, le prix est le même partout.
Ce qui m’a fasciné dans cette histoire c’est que je me suis baladé au milieu des ruches, guidé par la vendeuse de miel, et donc au milieu des abeilles sans qu’aucune vienne me piquer. Les enfants jouaient à côté, les chiens prenaient le soleil à côté. Et ça grouillait d’abeilles. Faut croire que l’abeille cambodgienne est zen ou que Maya est sa série télé préférée.







La chute d’eau de Cha Ong se trouve à 12 km de Banlung, au bout d’une piste épouvantable. A la fin de la saison des pluies, c’est à dire maintenant (fin novembre), la piste n’est praticable qu’en moto. Et encore, il vaut mieux avoir une moto à vitesses.








Katieng est une chute d’eau qui se trouve à 16km de Banlung. J’avais trouvé la route jusqu’à Cha Ong pour le moins difficile. Celle pour Katieng, inondée par les orages de la veille, s’est révélée absolument infernale ; j’ai même hésité à faire demi-tour, me croyant à un moment perdu, mais non. Même les gens du coin se plantaient dans la boue, avec femmes et enfants, plus leurs habituelles possessions enveloppées dans de fin sacs en plastique.






La chute d’eau « familiale » de Ka Chang se trouve à 12 Km de Banlung, au bout d’une route carrossable de bonne facture presque tout du long (un seul segment très court en gravier). Les environ de la chute sont très aménagés. C’est le site naturel qui a le moins de charme des trois, mais c’est celui le plus adapté pour un pique-nique.





Edward Snowden, jeune américain fou d’ordinateurs, patriote volontiers conservateur, cherche à intégrer le renseignement américain après s’être salement fracturé la jambe chez les Rangers. Là, très vite, il monte les échelons, jusqu’à découvrir que la NSA espionne des millions d’Américains. La suite on la connaît, Snowden rend public ce fait en fournissant à divers médias des tonnes d’informations qu’ils s’engagent à caviarder mais qui prouvent bien qu’il dit la vérité. De Hong Kong, il essaye de rejoindre l’Amérique Latine, mais est cloué au sol à Moscou, où il obtient le statut de réfugié. Ironie suprême, le champion de la transparence en matière de renseignement se voit protégé par Vladimir Poutine, le champion du renseignement boueux.
Malgré que l’histoire soit connue, malgré une durée assez conséquente, plus de deux heures, le film d’Oliver Stone se regarde avec grand intérêt de bout en bout. Snowden est loin d’être un gauchiste idéaliste perdu à la NSA, mais l’influence de sa petite amie et son indignation vont sculpter sa prise de conscience politique. Là où le film est très malin, c’est que Oliver Stone nous montre bien que l’indignation principale de Snowden vient du fait qu’on espionne des Américains innocents. Il est conscient que les outils informatiques qu’il conçoit ne servent pas uniquement à lutter contre le terrorisme, mais ça ne l’empêche pas de rempiler, par contre la ligne rouge c’est la surveillance dans la sphère privée d’Américains qui n’ont aucun lien avec le terrorisme.
Autre ironie de l’histoire, Snowden est en quelque sorte le remake du classique de John Schlesinger Le jeu du faucon. L’époque a changé, les outils ont changé, et ce qu’ils permettent n’est rien moins que vertigineux.
Il serait sans doute intéressant de comparer les deux films.
Si je dois trouver un défaut à Snowden, je dirais que c’est un film assez « mou », la réalisation d’Oliver Stone n’a jamais été aussi nonchalante, m’a-t-il semblé. Il se concentre sur le fond, tant mieux, mais la forme n’est pas très intéressante, à une ou deux scènes près. Le film repose sur l’interprétation de Joseph Gordon-Levitt et de tout un tas de seconds rôles plus impressionnants les uns que les autres (dont Rhys Ifans, à contre-emploi, totalement hallucinant – à aucun moment, je ne l’ai reconnu). Oliver Stone est joueur, ce dont on se doutait depuis longtemps, et Snowden entretient des liens avec plusieurs de ses films précédentes : JFK, Platoon, W, World Trade Center... etc. Il continue d’explorer avec son prisme gauchi la géopolitique américaine depuis l’assassinat de JFK et réussit à donner une certaine cohérence à l’ensemble.
Très intéressant ; plutôt réussi.

De nombreuses personnes sont enfermées dans un immeuble de Barcelone. Pourquoi ne peuvent-elles pas sortir ? On on sait pas, mais elles… elles ne le savent que trop bien, même si elles n’en parlent pas volontiers. Car s’il y a bien une chose dont il est difficile de parler, c’est de la fin du monde (tel que nous le connaissons).
Parmi ces personnes, Marc veut retrouver sa fiancée. Le seul moyen d’y parvenir : affronter la jungle du métro, puis emprunter les égouts. Une aventure dangereuse qu’il ne pourra mener qu’avec l’aide d’Enrique, un désagréable consultant RH spécialisé en dégraissage, surnommé Terminator.
J’ai eu beaucoup de mal à rentrer dans ce film. Pour tout dire, je l’ai arrêté une fois au bout de vingt minutes, avant de finalement lui redonner sa chance. En fait, il est de mieux en mieux plus on progresse dans l’intrigue, jusqu’au final que j’ai beaucoup aimé, qui m’a beaucoup touché (je n’en dis rien pour ne rien spoilier).
Il y a des maladresses, mais je trouve que le propos du film, assez ambitieux, l’air de rien, dépasse lesdites maladresses.
A découvrir.

Vendredi 17 novembre je me suis levé à 6h00 pour retrouver les gens du Sorya Kayaking Tours de Kratie, où j’avais réservé ma place pour le half day dolphin trip. Nous étions six dans le groupe du jour (deux allemandes, un allemand sans lien avec les filles, un couple d’américains de Seattle et moi-même). Je me suis logiquement retrouvé apparié avec le sympathique touriste allemand. Un guide, quatre kayaks, six clients. C’est parti.
L’aventure a commencé par un petit déjeuner léger, puis une demi-heure de camion sur l’ancienne route (défoncée) de Stung Treng avant la mise à l’eau des embarcations. Dès le départ, ça rigole pas : faut traverser le Mékong. 40 minutes d’effort vu le courant (une des deux Allemandes était une pro ; elle aurait été seule dans le kayak une place je pense qu’elle nous mettait minable pour le siècle, mais elle s’était trouvée une compagne d’aventure nettement moins aguerrie, ce qui a équilibré les forces en présence – « je l’ai un peu obligée » m’a-t-elle confié au petit-déjeuner, en parlant de son amie). Puis pause petit-déjeuner, le second de la journée, (riz gluant aux fèves de soja et fruits frais) sur une des îles du Mékong.
Ensuite nous pagayons vingt minutes pour rejoindre la piscine des dauphins où nous attendent quatre bateaux de touristes, venus comme il se doit en bateau à moteur long tail. Cinq minutes après notre arrivée nous voyons les premiers dauphins. Ça fait évidemment plaisir de les voir et en même temps on ne peut pas s’empêcher d’être triste qu’ils soient si peu nombreux (si j’ai bien compris le guide, il en reste soixante dans le Mékong avec une seule naissance répertoriée ces trois dernières années). Là il y en avait bien une dizaine. Nous sommes restés presque une heure à les observer. Après le départ du dernier bateau à moteur, nous sommes allés kayaker à leur rencontre. Il ne faut en aucun cas les toucher : ça leur crée des abcès. Quelques uns ont approché le temps d’une photo. Mais aucun n’est réellement sorti de l’eau.
Ensuite, Kayak jusqu’à une « piscine » naturelle où tout le monde s’est baigné joyeusement et où l’Américain a décide de défier le courant du Mékong à la nage (pas longtemps, ça tire fort).
Puis retraversée du fleuve, en biais, aidé par le courant, contrairement à la première fois.
J’ai trouvé le trip moins difficile que l’Ardèche (que j’ai descendue plusieurs fois dans ma vie), par contre c’est vraiment fatigant.
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L’après-midi, mini-van jusqu’à Stung Treng, que je voulais visiter. Mais le van ayant pris trois heures de retard je suis arrivé avec la nuit. J’ai mangé au bord de l’eau dans un typique restaurant flottant sur le Mékong, établissement familial doté d’une énorme carte visuelle (avec les photos de nourriture les plus ratées que j’ai vues de ma vie), mais ils avaient « rien », pas même un morceau de poulet, juste de quoi faire un lok lak. Ok pour un lok lak.
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Samedi 18 novembre : mini van pour Bang Lung.
La route est moderne, bordée de plantation d’hévéas ou de plantation de bananiers.
Arrivée à 10h30 dans cette ville si peu touristique (traversée par une énorme artère routière : la route 78) et pourtant au cœur de la région des treks : le Ratanakiri.

… est une petite ville animée (c’est rien de le dire) sise au bord du Mékong en face de l’île de Koh Trong.
Il y a une chose à savoir sur cette honorable cité fluviale…
Si vous pensez naïvement que l’homme est au sommet de la chaîne alimentaire, c’est que vous ne connaissez pas encore Kratie où le moustique fait office de premier de cordée, de menace létale et de classe dirigeante. Donc venez équipé (votre lance-flamme ne passera pas la douane), mais les bougies à la citronnelles, les spirales, les spray, les bracelets anti-mosquito, tout ça ferait mieux de vous accompagner. Soyez intraitable, le moustique ne se mange pas, une fois mort il ne manque à personne, mais lui vous dévore vivant. La ville regorge de cliniques où les gens reçoivent leur perfusion contre la malaria/le paludisme. On voit même des gens au restaurant avec leur pied mobile et leur perf’ bien en évidence.
(Une seconde chose à savoir sur Kratie : évitez autant que possible le Santeheap hotel. De l’extérieur, il fait plutôt illusion, mais alors les chambres sont dans un état. La mienne n’a plus de plomberie et le courant ne marche que si le ventilateur boeing 747 en plein décollage du plafond est mis sur on, le wi-fi marche nulle part – revers de la médaille c’est pas cher, les gens sont adorables, le service de laundry est imbattable).


Les voitures sont interdites sur cette île et on la rejoint par bateau aléatoire (qui part quand il est plein) pour 25 cents / 1000 riels. Le bateau se prend à côté du Jasmine Boat Restaurant. On peut visiter l’île à moto (quel intérêt ?), à vélo, en carriole derrière un poney (cool avec les enfants) ou à pied. J’ai évidemment choisi cette dernière option et il m’a fallu plus de trois heures pour faire le tour de l’île, avec un détour par la plage pour essayer d’observer des tortues de Cantor (sans succès).
L’île est très chouette, mais comme Indiana Jones qui est mon maître en toutes choses (l’orthographe y compris) : I hate snakes. Et donc j’ai croisé deux fois le chemin d’une de ces magnifiques bestioles. Beurk… Y’a aussi plein de lézards, mais les lézards ça va, même les gros.















(Kayak à Kratie – mon prochain moyen de locomotion)Prendre le bus au Cambodge est toujours une aventure. On sait à peu près quand on part, pour ce qui est d’arriver, c’est franchement une autre histoire.
Il y a deux jours je me suis réservé un billet pour Kratie dans une agence de voyage qui vantait le trajet en bus climatisé, confortable, moderne, siège n°15, avec la petite bouteille d’eau incluse qui le fait bien. 12 dollars (une fortune dans ce pays). Et il y avait même un signe wi-fi sur la pub (bon, j’y ai pas trop cru, mais je ne doute pas que certains bus de cette compagnie, ceux pour Siem Reap par exemple, soient réellement équipés du wi-fi). On me proposait même de me prendre à mon hôtel à 6h30 pour un départ à 7h00.
OK. Banco. J’en ai vu d’autres/je peux prendre le risque de « perdre » douze dollars.
A 6h25, je suis en effet ramassé à mon auberge de jeunesse par un tuk tuk qui m’emmène deux rues (!) plus loin et me dépose devant une supérette fermée. Le chauffeur me dit « no problem » et me laisse là avec mon sac à dos. OK. Je suis un brin dubitatif, mais comme je connais le pays, je me la joue Keanu Reeves/zen. Le gardien de nuit de la supérette s’extrait de son hamac et me tend une minuscule chaise en plastique rouge, taille basse, sur laquelle je pose mon sac à dos vu que le sol est jonché de détritus : barquettes de nourriture, bouteilles vides, PQ, épluchures (évidemment en plein Phnom Penh, au pied des tours de quarante étages des banques chinoises).
Dix minutes plus tard arrive un mini-van à moitié rempli de Cambodgiens. Aucun Blanc. Le chauffeur me demande « Kra-tché », oui oui Kratie. Il jette un coup d’œil, pas davantage, à mon billet, et embarque mon sac à dos, qu’il enfonce à coup de pieds au milieu des sacs de riz, des cartons, etc.
Le mec est un tel cliché que j’ai, par avance, honte de le décrire : tongs, short pourrav, chemise hawaï, en surpoids notable.
Je monte dans l’engin qui a bien trente ans, oui trente ans je dois pas être loin du compte (tout est pété dedans : les sièges, les ceintures, les poignées pour s’accrocher), et inutile de chercher le siège n°15 ; je m’assois là où me dit m’asseoir. Ils vous gueulent dessus, mais aucune inquiétude à avoir, ça ne surprend que la première fois.
Comme le veut la règle bien connue « aucun mini-van ne quitte Phnom Penh avec une place de libre », le chauffeur s’arrête à toutes les stations services de la route du nord en hurlant depuis sa place de conducteur, mais vers la droite, donc à travers deux voyageurs et une fenêtre fermée pour cause de climatisation : « Kra-tché ! ». Après quatre arrêts, le mini-van est plein et donc : on s’arrête. C’est logique. C’est cambodgien : le plus dur est fait, donc maintenant on va bouffer.
Restaurant sur la route. Très fier de moi, je commande en khmer une soupe de porc qu’on me « remplit » de viscères et d’abats, autant demander un bouillon… Ça a bon goût, mais je retire la « viande » morceau par morceau, surtout qu’il y a des trucs que j’identifie mal, du pancréas peut-être. Du poumon ?
A 8h00, enfin, nous quittons vraiment Phnom Penh.
Je vous épargne la pause-pipi au milieu des rizières inondées (ici, c’est encore la saison des pluies), où les étudiantes demandent au chauffeur en langage châtié (donc en hurlant à pleins poumons) : « Espèce de connard, où est-ce qu’on pisse, y’a pas un buisson dans lequel s’accroupir à un kilomètre à la ronde ? » C’est plutôt mimi une étudiante khmer qui gueule, surtout si elle se dandine en même temps.
Les mecs (qui pissent au bord de la route) se marrent. J’ai beaucoup de mal à garder mon impassibilité keanureevesienne (tu restes le maître absolu, Néo !).
Enfin : les filles font pareil (pissent au bord de la route).
Et on repart.
Puis on passe un pont en bois au dessus d’une méchante rivière en crue ; je sais pas vous, mais moi les ponts en bois, c’est plutôt à vélo que j’apprécie de les emprunter. En mini-van plein comme un oeuf : moins. Puis on passe deux ponts militaires qui furent mobiles, il y a fort fort longtemps. Il a plu il y a peu, tout est boueux. A un moment, le mini-van ralentit et nous longeons au pas, des bâches plastiques qui occupent la moitié de la route et sur lesquelles les gens ont mis leur riz à sécher. J’imagine bien le même truc en France sur la nationale 7, début juillet. Ils ont beaux mes melons, ils sont beaux !
Vers midi, commence la tourné UPS locale : le chauffeur fait d’incessants détours pour livrer des colis, et évidemment il gueule comme un pou dans son téléphone quand il ne trouve pas l’adresse. Le système est rôdé : on laisse son colis, souvent à la station service, avec le numéro de téléphone du receveur, le nom de son patelin, et le prix qu’il va payer pour recevoir l’objet. Une sorte de chronopost à livreurs aléatoires.
Enfin, vers midi trente, après avoir pris quelques routes pourries de chez pourries, souvent pas goudronnées, et traversé un putain de marché en pleine heure de pointe, ne me demandez pas pourquoi, on arrive à Kratie. Au bord du Mékong.
Content, en ce qui me concerne.
258 km.