Extinction, Ben Young (2018)

Un homme (Michael Peña) fait des rêves étranges, il voit des lueurs dans le ciel, une guerre venue d’ailleurs, un conflit très violent qui n’épargne personne, surtout pas les enfants. Sa femme lui conseille de consulter, son patron lui conseille de consulter. Peter se rend donc à la clinique de santé mentale et, là, une discussion avec un homme qui a les mêmes symptômes que lui et partage les mêmes visions, lui fait renoncer au traitement. Le soir-même, après une fête, l’invasion commence.

Extinction repose sur un renversement de paradigme à mi-film. Ce qu’on croyait acquis (le statut de la famille de Peter) se révèle entièrement faux. Évidemment quand c’est réussi, ça s’appelle un mindfuck (oui, le mot est particulièrement moche, même en anglais) dont le plus célèbre est peut-être la révélation quasi-finale du Fight Club de David Fincher. Bon là, soyons clair ça ne marche pas, c’est même un brin ridicule. Et le film se transforme alors, passé sa première moitié, en survival familial un brin poussif.

En espérant ne pas spoiler le mindfuck en question, Extinction pose des questions qui rappellent un peu celles soulevées par le roman de C. Robert Cargill Un océan de rouille. Avec le postulat de départ, il y avait de quoi faire quelque chose de plus profond, de plus subtil que cette série B à ranger dans le rayonnage « pourquoi pas ? ».

Negalyod, Vincent Perriot

Negalyod

//

Pouvais-je passer à côté d’une grosse BD de SF de 208 pages chez Casterman ?

Non.

Mais j’aurais pu. Je m’y suis repris à trois fois pour la finir, vaincre mon ennui mêlé d’exaspération. Quand t’as payé 25 balles, t’as quand même envie de connaître la fin. Quant t’arrives péniblement à la fin, tu te dis que t’as perdu 25 balles. La déception est très forte, à l’aune des efforts que tu as produit pour aller au bout, elle domine tous les autres sentiments, mais elle est d’une grande injustice car Vincent Perriot est le fils spirituel de Moebius, ou le fils que Moebius et Druillet ont eu en secret lors d’un voyage au Mexique.

Des images pleines de détails, des visions SF vertigineuses, des trouvailles graphiques presque à chaque page. Le dessin est magnifique, surtout dès qu’il se fait architectural.
Après Vincent Perriot est un piètre scénariste et on ne croit jamais à son monde (au croisement de Mad Max, Jurassic Park et Alita, Battle angel). Pas plus qu’on ne s’intéresse au personnage principal, éleveur de tricératops qui perd tout son troupeau à cause d’une expérience climatique. (Quant aux autres personnages, ils sont quasiment inexistants.)
La narration est ample, mais globalement Perriot raconte en 208 pages ce que raconte un gros album de 64 pages. Il aime bien les pleines pages muettes, ce qui fait dire qu’il est plus illustrateur que dessinateur de BD. Les maladresses dans la narration BD, dans la création des personnages s’accumulent, comme les péripéties scénaristiques un brin ridicules. Et le monde qu’on nous propose ne fonctionne pas bien, voire pas du tout. Surtout sur le plan politique. Les riches en haut, les pauvres en bas, on en bouffe depuis des décennies maintenant.

Elysium et son wordbuilding plus que bancal ont tué le jeu.

Y ajouter des dinosaures fait gadget, même s’ils sont très bien dessinés.

Negalyod permet toutefois de découvrir un dessinateur majeur qui devrait avoir le bon goût de s’associer avec un bon scénariste de SF (Luc Brunschwig n’est pas dispo ?).