Mr Mercedes, saison 2

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(Impossible de parler de cette deuxième saison sans spoilier la fin de la première saison. Vous voilà donc prévenus.)

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Dans le dernier épisode de la saison précédente, Holly Gibney fracassele crâne d’un Brady Hartsfield, a.k.a Mr Mercedes à l’aide d’une statue de bouledogue. L’immonde psychopathe fou d’ordinateurs était sur le point de faire sauter une bombe planquée dans un fauteuil roulant, au beau milieu d’un gala d’arts. Le geste de la jeune femme a permis de sauver des dizaines, des centaines de vies peut-être. Pendant ce temps, Bill Hodges n’était vraiment pas loin, mais faisait un joli accident cardiaque, ce qui ne l’a pas rendu des plus utiles. Ironie du sort, il se retrouve dans le même hôpital que sa proie préférée. Suspendu entre la vie et la mort, Brady Hartsfield ne peut plus nuire à personne. Vraiment ?

La saison 2 de Mr Mercedes diffère assez peu de la première. Le rythme est toujours mou, mais les personnages sont attachants. Surtout Holly Gibney. Ce qui sauve tout ou presque. Là où il y a une différence fondamentale, c’est que la série, qui était purement policière, bascule dans la science-fiction (ou le fantastique « médical ») et pas forcément la meilleure SF qui soit. On y observe les agissements révoltants (?) d’un couple de Frankenstein modernes incarné par Jack Huston (très bon en mari manipulé) et Tessa Ferrer. Cora Babineau est une épouse venimeuse à  souhait, arriviste sans foi ni loi, de la pire espèce ; elle provoque immédiatement un fort et irréversible sentiment de détestation. Si cette partie de l’intrigue est intéressante sur le plan moral (peut-être pas passionnante, mais intéressante), elle ne tient pas la route sur le plan narratif et il faut suspendre très haut son incrédulité pour avaler la couleuvre. D’ailleurs des trucs qui ne tiennent pas la route dans cette deuxième saison, il y en a à la pelle, treize à la douzaine, dont un procureur au manque de professionnalisme assez sidérant.

Outre les personnages auxquels on s’est attaché, on peut ajouter au crédit de cette seconde saison quelques scènes assez formidables, fruits de scénaristes un brin kamikaze qui n’ont pas eu froid aux yeux, ni au reste. La plus bluffante est sans doute celle du baiser – je n’en dis pas plus. Si Brendan Gleeson est évidemment très bien, il se fait littéralement voler la vedette par Justine Lupe (qui incarne Holly Gibney) et Breeda Wool, incroyable d’intensité, qui incarne l’ancienne meilleure amie de Brady Hartsfield.

Loin d’être la série de l’année, pleine de défauts, Mr Mercedes se laisse regarder avec plaisir. D’ailleurs, même si je vais faire une pause, je ne pense pas pouvoir résister aux sirènes de la troisième saison.

 

Mr Mercedes, première saison

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Au volant d’une puissante Mercedes volée, un homme affublé d’un masque de clown fauche des dizaines de personnes qui faisaient la queue pour trouver du boulot. Parmi ses seize victimes se trouvent une mère et son bébé.

Cette affaire va obnubiler un flic, Bill Hodges (Brendan Gleeson). Une fois à la retraite, nargué et harcelé par le tueur à la Mercedes, Bill va se remettre en chasse. Ce que le vieux flic alcoolique ignore c’est que sa proie se trouve beaucoup plus proche de lui qu’il n’a jamais osé l’imaginer.

Un peu orphelin d’avoir quitté Holly Gibney dans la série The Outsider, je me suis jeté sur Mr Mercedes dès que j’ai su qu’elle y avait un rôle (et quel rôle !) Le soucis, sans en être un, c’est que la Holly Gibney de Mr Mercedes est clairement très différente de celle de The Outsider.

Mr Mercedes est une série qui rappelle The Fall dans sa construction. Dès le premier épisode on sait qui est le tueur à la Mercedes. Et donc il n’y a aucun suspens à attendre de cette partie de l’intrigue. La force de la série (mais qui implique aussi sa principale faiblesse, à mon sens) c’est l’étude psychologique de Bill Hodges, du jeune tueur, des proches de Hodges, d’Holly Gibney. C’est, sur ce plan-là, fouillé, extrêmement réussi, mais au prix d’un rythme de tortue terrestre (coïncidence ? Bill possède une tortue comme animal de compagnie). Dix épisodes, c’est long, et il faut parfois un peu s’accrocher, tant l’intrigue progresse peu dans certains segments.

Là où la série surprend le plus, c’est par sa violence psychologique, rien ne nous est épargné : inceste, masturbation, alcoolisme, folie, cruauté, torture psychologique, déchéance, désespoir. Certains passages sont à la limite du supportable. Ce ne sont pas forcément les plus sanglants et ils impliquent bien souvent la mère du tueur, interprétée par une Kelly Lynch impressionnante.

Autre surprise, le choix des chansons et des morceaux de musique. Ce n’est pas tous les jours qu’on entend Season of the witch de Donovan, Pet Sematary des Ramones  ou Human Fly des Cramps dans une série télé. Sans oublier les Pixies. La série est d’ailleurs pleine de clins d’œil, à Fight Club, à d’autres œuvres de Stephen King (qui apparait brièvement dans l’épisode 6).

Deux autres saisons ont été tournées ; à la fois je crains le pire (j’ai bien été douché par la seconde saison de Preacher) et en même temps, j’ai assez envie de retrouver Holly Gibney.