Le gangster, le flic et l’assassin – Lee Won-Tae (2019)

The Gangster, the Cop, the Devil, affiche

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Jung est un flic incorruptible (ambitieux, aussi). Il sait que son supérieur a un accord avec la pègre locale, notamment celle des jeux d’argent illégaux. Il a un certain réseau en ligne de mire et compte bien leur en faire baver un max’. Dans sa ville, un tueur assassine des innocents, toujours de la même façon : il percute doucement leur voiture par l’arrière et au moment des constatations les cribles de coups de couteau. Un jour, l’assassin s’en prend à Jang, un gangster. Celui que Jung tient absolument à coffrer. Jang survit. Jang blesse son agresseur. Jang se promet de retrouver le tueur en série avant la police et de lui régler son compte une fois pour toutes. Jung, lui, promet de mettre cet assassin derrière les barreaux.

Plutôt fun, bien rythmé (on ne voit pas le temps passer) Le gangster, le flic et l’assassin ne restera pas dans les annales des grands polars coréens poisseux. On est très loin de l’ampleur scorsesienne de New World, de la tension quasi-insupportable de The chaser ou de la cruauté exacerbée du Flic aux hauts-talons. C’est un divertissement convaincant, avec des péripéties assez invraisemblables sur lesquelles, dans le feu de l’action, on jette un joli voile d’indulgence. Dans le rôle du gangster, Ma Dong-Seok est plus que convaincant ; pour tout dire : il déchire tout. Kim Moo-yul qui incarne le flic est une sorte de Mark Wahlberg sud-coréen (pas sûr que ce soit un compliment). Quant à l’assassin, il assassine, ce qui n’est pas forcément le rôle au spectre le plus large.

Plaisant.

The Tiger : an old hunter’s tale – Park Hoon-Jung (2016)

The-Tiger-An-Old-Hunters

Corée 1915. Le pays est occupé par les Japonais. Chez l’envahisseur, un haut-gradé décide coûte que coûte de mettre un terme au règne du Seigneur de la montagne, un énorme tigre borgne dont le poids est estimé à plus de 400 kilos. Pendant la traque, la femelle et les deux petits du tigre sont tués par des chasseurs employés par les Japonais. La vengeance du tigre, devenu le dernier de son espèce, sera terrible.

Dans sa petite maison au pied de la montagne, où il vit seul avec son fils, à l’écart du village, un vieux chasseur (Choi Min-Sik) se tient le plus loin possible des événements ; il a un passé avec ce tigre, il a mis fin à leur guerre des années auparavant, quand sa femme est morte. Mais l’histoire ne va pas tarder à rattraper le vieil homme.

The Tiger est un film particulièrement clivant, c’est un mélange de drame familial, de fresque historique, de film de monstre (pur et dur) et de film d’horreur (oh oui !). Le réalisateur fait fi de tout réalisme en matière d’éthologie du tigre (ou du loup) : il raconte un conte, une histoire, une mythologie forgée dans les tripes, la neige et le sang. Il raconte la mort d’un monde magnifique et l’avènement d’un nouveau monde qui l’est moins. Certains trouveront le film trop long, les effets spéciaux digitaux trop voyants (ce n’est pas faux), certains le trouveront trop sanglant (c’est vrai que le réalisateur n’y va pas de main morte), certains trouveront que le patriotisme remonte un peu trop à la surface de l’histoire (oui, bien sûr). The Tiger est clairement un spectacle too much où la beauté des paysage alterne avec les scènes de massacre. Il y a quelque chose de cathartique dans cette débauche de geysers de sang, d’amputations et d’éviscérations. C’est aussi un film bouleversant qui nous confronte à une des agonies les plus éprouvantes de l’histoire du cinéma.

J’avais beaucoup aimé le précédent film de Park Hoon-Jung, New World. Celui-ci m’a aussi beaucoup plu, mais il est à réserver aux gens qui acceptent de voir les combattants voler dans les film chinois, qui acceptent qu’un tigre puisse dialoguer avec un chasseur, même si ce dialogue ne passe pas par des mots. Park Hoon-Jung affronte sans doute le genre le plus dur qui soit, celui du récit mythologique, universel. Avec une ambition qui fait plaisir, avec une audace que beaucoup lui reprocheront, il livre son Moby Dick. Et pour ça, il lui sera beaucoup pardonné.

 

 

The Villainess, Buyng-gil Jung (2017)

Villainess

Une femme (mais on ne le saura pas tout de suite, la scène est filmée en vue subjective) entre dans un immeuble et commence à tuer tout le monde. Au pistolet, avec des armes blanches. Après avoir laissé des dizaines (!) de morts derrière elle (et environ 7000 litres de sang de gangster), la police la capture.

Plutôt que d’être condamnée à mort, elle est réinsérée dans un programme gouvernemental qui va faire d’elle l’arme ultime (une intéressante vision capitaliste de la justice où la vigilante ultra-douée devient un investissement à protéger/faire fructifier). Premier petit problème : la jeune femme est enceinte. Second problème : aveuglée par son désir de vengeance, elle s’est peut-être trompée de cible (ou a été manipulée) et n’a pas éliminé le gang qui était vraiment à l’origine de la mort de son père.

The Villainess est un film aussi prometteur qu’idiot ; c’est comme ça, on n’y peut pas grand chose. La première scène totalement what the fuck est un mix de la fameuse scène du marteau de Old Boy (souvent copiée, rarement égalée) et du concept-film Hardcore Henry. Bon, passons. Toute la partie entrainement pour devenir la super agente de la mort qui tue est pompée sur Nikita de Luc Besson, jusqu’à la scène du mariage qui rappelle la scène à Venise (c’est quand même un chouia problématique, non ?). D’ailleurs Nikita et Old Boy ne sont pas les seules références embarrassantes ; comme si ça ne suffisait pas, les scénaristes (ils sont deux) se sont lourdement inspirés du diptyque Kill Bill de Quentin Tarantino.

On sait depuis les années 80 / The Expendables qu’un film d’action con comme un boulon peut être aussi honteusement plaisant ; The Villainess n’y arrive pas, car le spectacle qui nous proposé est terriblement sérieux, plombant. Quant à la parenthèse enchantée de son mitan, elle ressemble davantage à un ventre mou qu’au calme avant la tempête. Le réalisateur ne fait preuve de presque aucun humour, presque aucun second degré, aucune distance autre que le WTF des scènes d’action. Et certaines mises à mort, montrées frontalement, tangentent l’insupportable… comme souvent dans le cinéma d’action coréen.

Ce n’est vraiment pas très bon, mais si l’idée de voir un duel au katana sur des motos lancées à 200 km/h dans les rue de Séoul vous fait saliver, ok, tentez le coup. Vous vous ennuierez probablement moins que devant une de ces affligeantes comédies françaises qui pullulent comme les orties à l’entrée de l’été.