Je continue mon exploration de l’œuvre d’Eric Powell avec le diptyque Chimichanga. L’histoire d’une fillette à barbe, en léger surpoids, au régime alimentaire douteux, qui hérite d’un gros monstre poilu et le ramène dans le cirque de son grand-père (où il va évidemment foutre le bazar, sinon y’a pas d’histoire). Parallèlement, on suit une sorcière flatulente (Pétowomane ?) qui essaye de vendre sa dernière potion à une industrie pharmaceutique foncièrement humaniste. L’ensemble pétillant évoque Freaks de Tod Browning remaké par un Tim Burton sous gaz hilarant. Avec une jolie brochette de morales à la clé (à molette ?) : la méchanceté contre les gens différents c’est pas bien, la grossophobie ça craint, la beauté c’est très surfait et tout ça. Raconté comme ça, le machin à poil peut faire peur, mais en fait c’est léger, rigolo et plein de trouvailles visuelles, c’est de la barbe-à-papa verte, la meilleure, en BD. Le tout, résolument charmant, fout plutôt la patate. Eric Powell en profite pour rendre un sincère hommage à tout ce qui avait terrifié le jeune Ray Bradbury et lui avait inspiré un de ses chefs d’œuvres : La Foire des ténèbres.
Le tome 2 – La Tristesse du pire visage du monde – toujours scénarisé par Powell, mais dessiné par Stephanie Buscema est dans la droite lignée du précédent. Les couleurs de Dave Stewart participent à cette continuité. On ne peut pas s’empêcher de regretter le trait de Powell, plus précis, mais Buscema compense avec un très grand respect du fond et s’approprie la forme sans singer bêtement le maître.
Entre l’âge de quinze et vingt ans (grosso modo) j’ai lu au moins une douzaine de biographies de tueurs en série (beaucoup étaient de médiocre qualité, écrites par des auteurs français qui ne faisaient que mouliner les infos disponibles dans les sources américaine), mais j’ai aussi lu certains livres écrits par les fondateurs du VICAP et autres agents du FBI qui ont traqués les « psychopathes » comme Robert K. Ressler. Étrangement, de toute cette brochette de monstres livrée au public avide, c’est plutôt Ed Kemper qui m’est resté le plus en mémoire (sans doute à cause de son physique hors-normes) et si je connaissais le nom d’Ed Gein, je n’avais qu’une idée floue des crimes qu’il avait réellement commis et des conditions dans lesquelles il les avait commis. Après cette période de fascination assez intense, je me suis désintéressé des livres sur les tueurs en série, me contentant de piocher dans les bons films comme Le Sixième sens de Michael Mann, Le Silence des agneaux de Jonathan Demme, Seven de David Fincher, puis beaucoup plus tard Zodiac du même réalisateur.
Il y a bien longtemps que les tueurs en série ont fini de me fasciner, en tout cas leurs crimes ne m’intéressent plus et lire un énième roman où des femmes, plus ou moins jeunes, se font couper en morceaux ne m’attire pas du tout, au contraire : ça aurait plutôt tendance à me faire fuir à toutes jambes. Mais le film Monster de Patty Jenkins et la BD Mon ami Dahmer m’ont assez récemment permis de changer de perspective, en m’invitant à me pencher sur ce moment où l’esprit humain commence à se briser. Cette plage d’événements qui s’éternise, qui descend de l’esprit vers l’enfer, comme un miroir cassé au ralenti : morceau par morceau. Fragment par fragment.
J’étais sceptique quand la bande-dessinée d’Eric Powell (dessin et scénario) et Harold Schechter (scénario) a paru. En tout cas, je suis passé à côté en librairie, à plusieurs reprises, pendant des semaines, sans la feuilleter ou même la prendre pour en consulter la 4e de couverture. Et puis, le temps passant, lisant des critiques ça et là, j’ai eu de plus en plus envie de voir comment ils avaient traité le cas Ed Gein, ce tueur qui avait inspiré les personnages de Leatherface (Massacre à la tronçonneuse) et de Norman Bates (Psychose), entre autres, et dont au final je ne savais pas grand chose.
Ed Gein, autopsie d’un tueur en série m’a impressionné, c’est à la fois extrêmement frontal (et/ou perturbant) et en même temps terriblement subtil et adroit. Les auteurs ont trouvé un équilibre impossible – suspendu entre horreur et raison – qui force l’admiration. On sent aussi, dans le récit, une vrai respect pour les victimes, pour une communauté meurtrie en profondeur. Il est évident que cette bédé n’est pas à mettre en toutes les mains, mais au-delà de sa narration implacable, de son incroyable puissance elle a quelque chose d’édifiant, elle apporte au lecteur, peut-être juste une étincelle de compréhension, mais une étincelle aussi fragile que précieuse.
Décidément, c’était un projet bien risqué et le résultat se révèle plus que convaincant.
Sam est tueuse à gages, elle travaille pour la Firme comme sa mère avant elle. Un jour, une mission part en sucette et la mission suivante, conçue pour réparer le dérapage de la précédente, foire encore plus fort, plus mal. Alors, Sam n’a pas d’autre choix : pour sauver sa peau et celle d’une gamine de huit ans qu’elle a transformée en orpheline, il lui faut retourner à la Bibliothèque.
(Parmi les nombreuses perversions sexuelles dont je souffre (ou jouis, c’est selon) je ne peux pas résister à un film avec Angela Bassett.)
Gunpowder Milshake c’est un film d’action sanglant pour de rire, un truc pop qui défrise et décoiffe. On retrouve parfois l’ambiance du premier John Wick avec cette Bibliothèque qui joue un peu le même rôle scénaristique que l’hôtel Continental dans la bien décevante (au final) tétralogie John Wick. Plus réussi que le récent Bullet train, moins laborieux à mon avis, (mais totalement dans la même veine), Gunpowder Milkshake présente son lot d’héroïnes hypercools et sa horde de méchants ridicules et/ou pathétiques. Les scènes d’action envoient du bois (beaucoup de sapin, au final) et le scénario un brin délirant évoque une boisson pétillante très sucrée mélangée avec un red bull réduit au barbecue. Quant aux Bibliothécaires (Angela Bassett, Michelle Yeoh et Carla Gugino), c’est un peu la revanche triomphante des cinquantenaires/soixantenaires sur Hollywood. On peut aussi apprécier le sous-texte.
Le soir du nouvel an, à Baltimore, un tireur abat 29 personnes avec un vieux fusil de sniper, sans rater un seul tir, puis fait exploser l’appartement où il se trouvait. Eleanore (Shailene Woodley), simple agent de police, se rue sur les lieux de l’explosion, commence à filmer les gens qui sortent de l’immeuble et ordonne à un autre policier de faire de même. Puis, alors que les pompiers interviennent, elle monte sans masque les 17 étages jusqu’à l’appartement d’où sont provenus les tirs. Arrivée sur place, elle perd connaissance, avant d’être prise en charge par les pompiers. Quand elle revient à elle, peu de temps après, toujours dans l’appartement dévasté, un agent du FBI est là. D’un coup de tête, elle lui montre les toilettes et il comprend aussitôt que le tueur les a peut-être utilisées. Quelque chose se passe alors entre le vieux agent du FBI au bord de la retraite (Ben Mendelsohn) et cette jeune femme, un peu chien fou, qui a beaucoup de choses à cacher ou du moins à oublier. Elle suppose tout naturellement qu’il veut la sauter, mais pour une fois elle est à côté de la plaque : il a vu en elle quelque chose qui va lui permettre d’attraper l’as du fusil à lunettes.
Pas exempt de défauts (il y a des failles scénaristiques sur la fin, je ne spoile pas), Misanthrope (titre français idiot de To catch a killer) propose par ailleurs quelque chose de vraiment convaincant : le portrait d’un tueur qui (contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord) n’agit pas sans raisons. C’est la grande force du film, on remonte à contre-courant le parcours d’un homme jusqu’aux événements qui, les uns après les autres, l’ont brisé et forgé. Une fois brisé, rejeté par tous ou presque, il n’a pas eu d’autre choix que de se mettre en marge de la société. Le personnage d’Eleanore est quelque part son double policier : elle vit seule avec son chat, ne prend plus la peine de fermer la porte des toilettes quand elle y va, etc. Les mécanismes du film rappellent Dragon rouge/Le Sixième sens. D’ailleurs, davantage le film de Michael Mann que son remake de 2002. Tout comme Will Graham, Eleanore sait à quel point il est dangereux de rentrer dans la tête du tueur qu’on pourchasse. Il y a aussi un côté Les Dents de la mer, assumé car cité, le politique met des bâtons dans les roues de l’enquête pour des raisons « politiques ».
Au final, un très bon film à thèse qui surprend à plusieurs reprises et ne va pas du tout dans la direction que laisse entrevoir sa spectaculaire et très hollywoodienne scène d’ouverture. Comme beaucoup de films à thèse, le scénario se plie un peu aux entournures pour que le fond reste bien en vue, bien lisible. La fin aurait pu être plus forte. Plus dramatique et moins américaine. Il est probable que si ce film avait été tourné dans un pays scandinave, mis en scène par un réalisateur du cru, il aurait gagné en puissance psychologique ce qu’il aurait sans doute perdu en muscle américain. Shaleine Woodley livre une performance honnête, qui ne m’a pas mis à genoux (on est loin de Jodie Foster dans le sous-estimé, et largement incompris en ce qui me concerne, A vif de Neil Jordan). Ben Mendelsohn qui a le rôle ingrat du vieil agent de l’état fédéral écrasé par la charge qu’on lui a mises sur les épaules est lui extrêmement fort, à la fois odieux, touchant, fragile, capable de se fier à son instinct, pour le meilleur comme pour le pire. Dommage que les producteurs n’aient pas compris que la partie « humaniste » de ce film était plus intéressante que sa composante spectaculaire.
Noa (Daisy Edgar-Jones) est une jeune femme célibataire. Elle utilise des applications de rencontre, sans grand succès. Puis raconte ses désastres amoureux à sa meilleure amie Mollie (Jojo T. Gibbs). Un jour, au supermarché, elle tombe sur un homme plutôt drôle qui la drague ouvertement (Sebastian Stan). Il lui demande son numéro de téléphone et elle accepte. Plus tard, ils se retrouvent dans un bar, puis dans un lit. Ils décident ensuite de faire une virée à la campagne… qui ne va pas du tout mais alors pas du tout se passer comme prévu, pour Noa.
L’affiche du film spoliant frontalement son sujet, je vous le livre ici sans grand souci. Steve fait commerce de viande humaine (environ 30 000 dollars le repas). Il ne prélève sa matière première que sur des jeunes femmes (et il s’en expliquera ensuite). Loin d’être un psychopathe bas du front, Steve est une sorte de chirurgien esthète qui, par bien des aspects, évoque Mads Mikkelsen dans le rôle d’Hannibal Lecter.
Fresh est un film perturbant, à tel point que je me suis dit que ça faisait bien longtemps que je n’avais pas vu un film me mettre vraiment mal à l’aise. Le jeu de chat et de souris auxquels se livrent les deux protagonistes (très bien interprétés, l’un comme l’autre) autour de l’anthropophagie m’a rappelé Portier de nuit de Liliana Cavani (film éprouvant s’il en est) et Le Dernier Tango à Paris de Bernado Bertolucci, dont les conditions de tournage (on le sait maintenant) ne font honneur ni à son réalisateur ni à son acteur principal, Marlon Brando.
Bon, il y a fort à parier que Fresh ne restera pas dans l’histoire du cinéma comme un film majeur, mais il n’est pas inintéressant, loin de là. Mimi Cave, dont c’est le premier long-métrage sauf erreur de ma part, décrit en creux un monde viscéralement hideux où l’argent est plus fort que tout. Elle nous montre suffisamment de choses de ce monde occulte pour qu’il nous semble aussi possible que terrifiant… sans en faire trop, ce qui aurait fragilisé l’ensemble. Il y a beaucoup de non-dits, de choses qui reste dans l’ombre dans Fresh et ça fait du bien de voir une réalisatrice tenter ça de nos jours.
Une réalisatrice à suivre.
Photo de la réalisatrice trouvée sur son site mimicave.com
Un frère se rend avec une équipe de tournage dans un pays étranger (Amérique du sud, Caraïbes ?) pour retrouver sa sœur qui fait partie d’une communauté évangélique qui vit en autarcie. Dès le départ, les choses tournent mal : il y a des gardes armés et la présence du journaliste et du caméraman semble beaucoup déranger Father, le leader de la Paroisse de l’Éden. Paradoxalement, les gens ont l’air heureux et plutôt bien installés, il y a même une petite clinique.
Avant de voir ce film (que j’ai acheté à cause de son réalisateur) j’ignorais totalement qu’il « rejouait » de nos jours un fait divers de 1978 très célèbre, en intégrant internet, les téléphones portables, etc. Si vous ne voulez pas être spoliés, n’allez pas plus loin que ce paragraphe. Le film n’est pas terrible et ne vaut que par le long face à face entre Father (Gene Jones) et le journaliste new-yorkais (A.J. Bowen) venu l’interviewer sans y être invité. Il n’est pas tenu, c’est un found footage partiel/pataud qui trahit les règles du genre chaque fois que ça arrange le réalisateur. On n’est pas pris dans le truc parce que justement le truc ne fonctionne pas sur le plan technique et donc ne crée pas la sidération qu’il voudrait créer.
Peter est un petit garçon attachant. Sensible, timide, intelligent, il est la risée de ses camarades. Rien de plus normal.
Peter fait des cauchemars. Il entend une petite fille demander de l’aide. Une petite fille qui lui dit que ses parents (Anthony Starr et Lizzy Caplan) ne sont pas ce qu’ils semblent être. Hé ben, si y’a un trucs qui est sûr, c’est que ses parents sont weirdos, du genre carrément flippant.
J’ai presque envie de faire une critique éclair de ce chef d’œuvre de l’horreur contemporaine, une critique en piqué du style : « c’est vraiment un des pires trucs que j’ai jamais vus ». Après, je me suis rendu compte que plein de fans de films d’horreur l’ont adoré. Ah, ouais, ils avaient pris de la drogue avant ? Beaucoup ? Ce qui m’oblige à me remettre en question : les fans ont-ils tort, sont-ils camés à mort ou suis-je en train de me lasser de ces zillions de films d’horreur où les enfants sont la cible d’une méchante créature surnaturelle
Creusons la bête à la petite cuillère. Pour moi, rien ne va. Le scénario est écrit pour produire des effets sur le spectateur : dégoût, peur, sursaut, voire flatulence incontrôlée. Il n’est pas écrit pour être cohérent et/ou logique. Et en fait, à bien y réfléchir, l’histoire qu’on nous raconte n’a foutrement aucun sens (redéroulez-là en sens inverse, vous verrez). Anthony Starr joue mal, c’est bien la première fois que je le vois à côté de son rôle, Lizzy Caplan est trop bizarre (bon c’est pas forcément un reproche), mais elle en fait des tonnes dans la bizarrerie, genre mère flippée qui se ronge les ongles jusqu’aux aisselles. Et quand Miss Devine (l’institutrice de Peter) visite ses parents, ben normalement toute personne sensée se retrouve cinq minutes plus tard à téléphoner au shériff, aux services sociaux et pourquoi pas à la presse locale, tant qu’à faire.
J’y ai jamais cru, je ne suis jamais entré dans cette histoire, et une fois le secret éventé je me suis laissé glisser jusqu’à la fin sans vraiment m’intéresser à ce qui se passait à l’écran. Il y a plein de trucs qui m’ont fait glousser, notamment la scène où Anthony Star imite Jack Nicholson dans Shining. Bon le film a quand même une qualité que personne ne pourra lui retirer : il fait moins d’une heure et demie.
Un jour Gabriel se pointe à poil dans le quartier d’Aziraphale en cachant son entrejambe avec une boîte en carton. Notre ange préféré se rend vite compte que son ancien patron (?) archange n’a plus de mémoire et que tout le monde veut lui mettre la main dessus, depuis les cieux immaculés jusqu’aux dédales bureaucratiques de l’Enfer. Histoire de se donner un peu de temps, Azi concocte avec son démoniaque pote Rampa (aka Crowley en VO) un petit miracle de rien du tout qui va faire péter toutes les alarmes du Paradis. La chasse à l’archange est lancée.
Bon… ben… comment dire ça ? … je me suis fait suer durant les six épisodes et j’ai bien eu du mal à en venir à bout. L’histoire centrale (la disparition de Gabriel) n’a aucun intérêt, disons qu’elle sert de béquilles à trois histoires d’amour en parallèle et quelques flash-backs… dont un seul est vraiment réussi. Je ne vais pas spoilier, mais dans la bouilloire des histoires d’amour il y a en a une qui est évidente depuis la première saison. Globalement, j’ai trouvé l’écriture paresseuse. Quant à David Tennant… dire qu’il est en roue libre c’est totalement minimiser l’ampleur de la performance. C’est un peu Insaniac dans Small Soldiers.
Les acteurs s’amusent beaucoup, on aurait aimé s’amuser autant qu’eux.
Enfin, j’ai trouvé que c’était une série écrite pour la communauté LGBT, ça ne me pose pas de problème, c’est juste que là c’est vraiment très voyant… un peu comme Hagrid, rentrant à dos de monstre dans un magasin Swarovski, traversant trois vitrines tête la première et finissant par encastrer la vendeuse en sous-poids dans la trappe à gobelets de la machine à café.