Rollerball, Norman Jewison (1975)


Futur inaccessible (il n’aura jamais lieu).

Les guerres appartiennent au passé. Les maladies appartiennent au passé. Même les guerres corporatistes appartiennent au passé. Divisé en corporations qui ont remplacé les tribus et les pays, le monde vibre à l’unisson devant un jeu du cirque moderne, le Rollerball. Une piste circulaire, deux équipes, trois motos et une dizaines de joueurs en patins à roulettes par équipe, un point de marque et une balle en acier qui est tirée dans un rail le long de la piste circulaire à 200km/h, juste ce qu’il faut pour vous arracher le bras ou faire exploser une moto.

Jonathan E. de Houston, de la corporation Énergie, est le maître incontesté du Rollerball, il forme une équipe d’enfer avec Moonpie. La corporation Énergie fournit tout à Jonathan : un ranch où il se sent très bien, de jolies partenaires sexuelles dont il s’ennuie assez vite, des drogues. Et puis à la veille de la demi-finale contre Tokyo on lui demande de prendre sa retraite au cours d’une émission diffusée en mondiovision. Mais Jonathan adore le Rollerball et il n’est pas enclin à s’arrêter, surtout pas avant d’arriver en finale. La corporation essaye tout pour y parvenir et, de guerre lasse, change les règles du Rollerball espérant que Jonathan reste sur le carreau… comme tant d’autres.

1973 (dans notre passé cristallisé) : Les journaux français titrent  » Tout va être plus cher : la totalité de notre économie est touchée par la hausse du pétrole », c’est le premier choc pétrolier et, pour certains, certains seulement, il met fin à l’illusion d’une énergie illimitée et bon marché. D’une certaine façon, Rollerball a été accouché par ce premier choc pétrolier. Nous est montré une société de castes où les grands problèmes de 1973 (le pétrole cher, la guerre froide et ses menaces nucléaires) ont été réglés définitivement. Il y a d’un côté les travailleurs qui jouissent du confort moderne et de leur divertissement préféré, extrêmement brutal (quand le film commence le record de morts durant une seule partie est de neuf), et de l’autre les cadres qui ont non seulement un confort plus grand encore, mais les plus belles femmes, les plus belles maisons, mais aussi tiennent le monde (dans un poing) grâce au Rollerball dont ils raffolent bien évidemment.

Le film qui est excellent de bout en bout (mais évidemment très daté sur le plan esthétique) est porté par James Caan (qui nous a quittés mercredi 6 juillet 2022). Jonathan E. est un personnage pas très malin, obtus et volontiers brutal, pas forcement un brelan de qualités qu’on associe d’habitude au héros américain. C’est néanmoins un personnage attachant, car il refuse de se faire broyer par le système, car le spectateur n’est pas dupe : Jonathan E. est un prisonnier, voire un esclave puisque rien ne semble lui appartenir alors que lui appartient à une puissante corporation. C’est évidemment un Spartacus des temps futurs, à la différence qu’il ne ne va pas mener une révolte, mais juste dire « non » à titre individuel.

Après Squid Game la violence dans Rollerball semble presque anodine, pourtant je me souviens de l’impact qu’elle avait eu en France quand le film est passé pour la première fois à la télévision ; le lendemain, on ne parlait que de ça à mon école. Le monde se divisait alors en deux catégories : ceux avaient pu le voir et ceux qui n’avaient pas pu le voir. Ce n’est pas la violence du spectacle qui distingue Rollerball des autres films du même genre, mais bien le personnage de Jonathan E., à qui le confort ne suffit pas, mais qui va jouer sa rébellion dans les règles de ses oppresseurs, jusqu’au bout. Philosophiquement, il tient davantage du personnage de samouraï sur la voie du Bushido que du palimpseste de cow-boy texan.

Rollerball fait réfléchir et montre à quel point une société où les inégalités progressent (comme la nôtre) est une bombe à retardement. On peut décorréler lutte contre le réchauffement climatique et lutte contre les inégalités, la preuve nos hommes politiques font ça toute l’année (et pas seulement en France), et pourtant ces deux problèmes ne m’ont jamais semblé aussi liés.

‘Freedom is obedience, obedience is work, work is life’

Cette citation est tirée du très mauvais film australien Les Traqués de l’an 2000, Turkey shoot, 1982 qui n’aurait sans doute jamais vu le jour sans Rollerball. Comme d’habitude, préférez l’original (plus subtil) à la copie.

Midnight mass, Mike Flanagan (2021)

… silent night…

Luc 11:11
Concept des Versets

Quel est parmi vous le père qui donnera une pierre à son fils, s’il lui demande du pain ? Ou, s’il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent au lieu d’un poisson ?


Crockett Island.

De nos jours.

L’île a été prospère, portée par la pêche, puis une marée noire a ruiné son économie. Bev Keane a pesé de tout son poids pour que les habitants acceptent les compensations de l’industrie pétrolière, mais le compte n’y est pas, et l’île n’a de cesse de se paupériser, de perdre ses habitants.

Fils de pêcheur, Riley Flynn revient au pays après une longue incarcération. Il a provoqué la mort d’une jeune fille en conduisant sous l’emprise de l’alcool.

Au même moment, un nouveau prêtre arrive à Crockett Island : Paul Hill, qui remplace monseigneur Pruitt, revenu très malade d’un voyage à Jérusalem payé par les fidèles de Crockett Island.

Alors que les premiers miracles ont lieu, suite à l’arrivée du prêtre Hill aux prêches enflammés, Riley, trop cartésien pour son bien, commence à poser les bonnes questions aux bonnes personnes.

Voilà une mini-série, 7 épisodes comme cela va de soi, que j’ai beaucoup aimée. Peut-être pas la plus spectaculaire du catalogue Netflix, mais clairement une des plus attachantes, grâce à sa galerie de personnages : le shériff musulman, le fils prodigue, le père pêcheur (Henry Thomas), la jeune métis en fauteuil roulant (double peine), le prêtre aveuglé par sa volonté de bien faire les choses, la grenouille de bénitier plus néfaste qu’une encéphalite spongiforme…

Midnight mass est une réussite de plus à porter au crédit de Mike Flanagan, le nouveau maître de l’horreur intelligente.

Severance, série TV de Ben Stiller

Souvent le diable se cache dans les détails…

Dans un futur très proche ou un présent parallèle, un procédé révolutionnaire – la dissociation – permet aux travailleurs de ne pas ramener leur travail à la maison et de ne pas ramener leurs soucis familiaux au travail.

Dans le service de Mark (Adam Scott, formidable de bout en bout), son mentor Petey a disparu et va être remplacé par Elly R. (Britt Lower, formidable, bis) qui vient tout juste de recevoir la puce intracérébrale qui permet la dissociation. Deux autres personnes complètent le service du Raffinement des Macrodatas : Dylan l’employé modèle et Irving, le fidèle employé à Lumon (John Turturro, surprenant). Toute la journée, ces quatre-là isolent des chiffres effrayants. C’est un peu comme ramasser des crottes, mais avec un ordinateur. Et s’ils ont réussi leur quota, ils ont droit à une animation de cinq minutes de danse, par exemple, ou un moment gaufres dans le Pavillon de la Perpétuité.

Cette dissociation n’est pratiquée que par l’entreprise Lumon qui ressemble à une secte familiale tordue, celle de la famille Kier (et là tu t’attends à voir apparaître Udo Kier à chaque épisode, c’est malin).

Soyons clair : je n’ai pas aimé Severance. Je me suis souvent ennuyé, mais suis allé au bout parce que je suis faible et parce que je voulais voir si tout ça menait à quelque chose. Arrivé à la fin de la première saison, j’ai l’impression que c’est du Lost / Damon Lindelof, c’est à dire qu’à chaque épisode on rajoute deux mystères / deux incongruités et qu’un épisode sur deux on résout quelque chose, histoire de faire croire qu’on sait où on va et que l’ensemble avance dans la bonne direction. Mais il y a au final tellement de pistes, de fausses pistes, de personnages perdus de vue et de cul-de-sac que le poisson est noyé et avec lui le spectateur qui s’intéresse au fond de la chose plus qu’à la forme. Parce que Severance c’est avant tout un exercice de forme, avec des architectures symétriques, des plans ultra-léchés, du mobilier blanc, des décors verts granny smith ou vert vomi tout droit sorti de L’Exorciste, des éclairages à la con, des couloirs trop étroits et j’en passe. De la poudre aux yeux. Alors oui les acteurs sont très bons (à l’exception notable de Patricia Arquette qui gigote à mon sens à l’autre bout du spectre), mais rien de tout ça ne fonctionne vraiment, c’est idiot, c’est absurde. Et la vérité, à mon sens, c’est que les scénaristes prennent vraiment les spectateurs pour des cons, en touillant leur café froid et en se grattant ostensiblement les couilles. Tout ça se contredit sans cesse, rebondit avec des trucs scénaristiques a priori flamboyants… mais en fait misérables quand on les regarde de trop près, trucs grossiers qui ne sont souvent là que pour déboucher sur une image, un plan, un cadrage top-moumoutte.

Severance critique sans doute le travail en open space, les bullshit jobs, les entreprises trop verticales, Apple, très bien, mais c’est fait avec une prétention des plus pénibles. Avec des artifices qui finisssent par autodétruire la charge (cette phrase est une phrase à la Severance ; si vous l’analysez vraiment vous verrez qu’elle ne veut rien dire et que pourtant vous comprenez ce qu’elle sous-entend).

Bon, comme je suis faible, voire très faible (je suis allé au bout de Lost, c’est dire mon manque de courage moral), je suis à peu près sûr que je vais regarder la deuxième saison de cette série que je n’ai pas aimée, histoire de vérifier que c’est bien du Damon Lindelof de mes deux… ou constater, contrit, qu’en fait je me suis fait avoir comme un bleu.

Faites-vous votre propre opinion. Soyez le vous qui est en vous.

PS : Que ce soit Apple qui diffuse cette série c’est : ou une preuve de leur cynisme absolu ou la preuve aveuglante que Ben Stiller est le plus grand génie de la télévision américaine depuis Bill Cosby.

La Baleine blanche des mers mortes – Wellenstein | Boiscommun

Blanc sur blanc, il n’y a plus d’espoir.

Les mers sont mortes.

Requins, baleines, murènes, raies, méduses, toute la vie aquatique est devenue un océan de fantômes.

A marée haute, ces spectres déferlent sur les rares survivants, les tuent ou les transforment en zombie. Durant l’un de ces événements terrifiants, le voyageur Bengale rencontre Chrysaora, la femme aux méduses. Alors qu’ils se protègent des fantômes, chacun ayant sa méthode, ils sont sauvés par les exorcistes de l’opéra Garnier. Ils vont alors comprendre pourquoi à chaque marée haute un concert est donné pour la baleine blanche des mers mortes.

Aurélie « Meat is murder » Wellenstein est une des autrices les plus attachantes de l’imaginaire français. J’aime chez elle son approche frontale de l’imaginaire, son engagement ardent et son sens de l’humour un brin tordu. La Baleine blanche des mers mortes est son premier scénario de bande-dessinée et, ma foi, je l’ai trouvé plutôt convaincant. Elle y revient dans l’univers de son roman Mers mortes (Scrinéo 2019, Pocket 2021) que (honte à moi) je n’ai pas lu. Elle condense en 53 planches une histoire dense qui aurait sans doute mérité un tout petit peu plus d’espace (64 planches ?), mais on connaît l’économie de la BD et 53 planches c’est déjà beaucoup/confortable. Je suis moins convaincu par le dessin d’Olivier Boiscommun qui m’a rappelé l’Adamov des Eaux de Mortelune… avec un petit truc en moins (la perversion sexuelle, sans doute). Cela dit, le dessin en BD c’est très subjectif, on est dans souvent dans le bête j »aime/j’aime pas. L’ensemble est très correct et l’album se lit avec plaisir.

On espère vite revoir Aurélie Wellenstein revenir à ce média avec peut-être un illustrateur plus proche de son univers.

The Black Phone, Scott Derrickson (2021)

Dring Dring

1978

Nord de Denver, Colorado.

Quatre enfants ont disparu. On a surnommé le coupable l’Attrapeur, mais personne ne sait qui il est, comment il opère, ce qu’il advient des enfants. Évidemment tout le monde craint le pire.

Finney, jeune lycéen, vit avec son père violent et alcoolique et sa sœur cadette, Gwen, qui fait des rêves prémonitoires. Finney connaît deux des adolescents qui ont disparu. Un jour, après les cours, il aide un magicien maladroit à ramasser ses courses tombées au sol. Pour le remercier l’inconnu lui propose de lui faire un tour de magie… Un peu plus tard, Finney se réveille dans un sous-sol insonorisé. Le voilà prisonnier de l’Attrapeur. Au mur, près du lit, se trouve un téléphone noir dont le fil a été coupé.

 » Putain il m’a grave fait flipper ce film « . Telle a été la conclusion ô combien sincère de mon fils de quatorze ans (bientôt quinze) qui est allé voir le film avec moi. Je confirme : il a sursauté cinq fois et même crié une fois. Je ne dirai pas que le film m’a fait grave flipper, mais dans le genre je l’ai trouvé très au-dessus du lot. La reconstitution des années 70 est convaincante, la mise en scène est très réussie, notamment les flash-backs et les rêves prémonitoires de Gwen. Ethan Hawke est impressionnant, mais on peut en dire autant de Jeremy Davies qui joue le père de Finney et Gwen (et ressemblera toujours à Charles Manson, quel que soit le film dans lequel il joue).

Si je devais pointer du doigt un défaut, et au final je pense que ce n’en est pas un : de la première minute à la dernière, on se croit dans un roman de Stephen King, alors que la nouvelle « Le Téléphone noire » est l’œuvre de son fils, Joe Hill. C’est tellement kingien qu’on frôle la caricature à un deux ou deux moments.

Le réalisateur, me semble-t-il, a voulu retrouver l’essence de films des années 70 devenus des classiques : Halloween, évidemment, mais aussi Massacre à la tronçonneuse. D’une certaine façon, il y est parvenu Et ce n’est pas la moindre de ses réussites.

Adlivun, Vincenzo Balzano

Disponible depuis le 4 février 2022.

1847.

Commandée par le capitaine Briggs, la Mary Celeste quitte le port de Douvres pour essayer de retrouver le HMS Terror et le HMS Erebus, vus pour la dernière fois deux ans plus tôt. Il y a une fortune à la clé. Cap donc vers le Grand Nord, les icebergs, les légendes inuits et les vaisseaux fantômes.

Adlivun est un drôle de mélange qui, il faut bien le reconnaître, ne fonctionne pas du tout, ou seulement le temps d’une image, d’une séquence. Le scénario, très faible, part dans tous les sens : légendes inuits, vaisseaux fantômes, récit presque lovecraftien, histoire de sirène, hommage à Moby Dick, hallucinations et j’en passe. Sans parler de la chute au parfum « méfie de toi de l’abysse, car l’abysse aussi regarde en toi » qui est d’un ridicule absolu. Certains délires graphiques avec des médecins de peste, notamment, ont vraiment peu de rapport avec le reste de l’histoire. Sinon, au diapason avec le scénario, les dialogues ne sont pas bons, ils sonnent faux.

On se consolera avec quelques planches magnifiques (elles ne le sont pas toutes, malheureusement), quelques images qui marquent, des aquarelles bleutées très fortes en termes d’ambiance fantastique. Au final, mélanger l’histoire de la Mary Celeste avec celle du HMS Terror se révèle une fausse bonne idée.

Un album tout à fait dispensable, mais je serais toutefois curieux de lire une BD de Vincenzo Balzano dotée d’un solide scénario. Ce dessinateur est promis à un bel avenir.

The Silent Sea – série de science-fiction coréenne


La Terre se meurt.

L’eau potable est devenue la plus précieuse des ressources.

Sur la Lune, dans une station abandonnée depuis six ans après un accident nucléaire qui a tué tout le monde, se trouve peut-être la solution au problème. Alors on envoie une mission à la recherche de mystérieux échantillons.

Bon alors là, je crois qu’on a un winner total. Seule mon immense perversité m’a permis d’aller au bout. Tout est ridicule : la préparation de la mission, le matériel utilisé, la nature du secret lunaire, les liens entre les personnages. Les flash-backs. L’hommage hyperlourdingue à Aliens (détecteur de mouvement, jeune survivante de sexe féminin). J’ai failli m’étouffer avec un bretzel (ce qui est très fort parce que je n’en mange jamais) à plusieurs reprises : la trachéotomie façon tuyau d’arrosage, la scène de l’ascenseur, la scène des plantes (une plante ça n’a pas besoin que d’eau, ça a aussi besoin de lumière et de nourriture), les emprunts aux films d’horreur japonais (la fille au longs cheveux noirs qui court au plafond, bon là elle circule plutôt sur les murs façon cafard cosmique). Je ne vous parle même pas de la gestion de la gravité lunaire et de l’eau qui prolifère (à friser ?). On a l’impression que c’est un enfant de huit ans qui a écrit le scénario après avoir mal digéré son kimchi.

Comment peut-on mettre des milliards de wons pour produire ça ?

C’est sans doute le plus grand mystère de The Silent Sea.

My Name – série policière coréenne

Ça c’est un couteau…

Alors qu’elle s’apprête à fêter son anniversaire toutes seule, Ji Woo reçoit la visite de son père qui appartient à une célèbre organisation criminelle coréenne. Il n’a pas le temps d’entrer dans l’appartement qu »il est abattu par un inconnu. Pour se venger du meurtrier, Ji Woo contacte Mu-Jin Choi, le charismatique chef de l’organisation dont son père était le bras droit et meilleur ami. Démarrant au plus bas de l’échelle criminelle, elle ne va pas tarder à monter les échelons, puis à intégrer la police.

Dans la série « si c’est coréen, c’est forcément bien », My Name rate une marche et se casse la gueule dans les escaliers non sans avoir mollement rebondi dans tous les sens le long de huit épisodes. Rien dans la série n’est original, tout est vu et revu. Pour l’intrigue générale, on pense aux Infiltrés de Scorsese, remake d’un film de Hong-Kong, Infernal affairs. On pense à l’immense New World, pour les combats à l’arme blanche ultraviolents et ses immenses flaques de sang. On pense à tout un tas de trucs qui fait de My Name une indigeste macédoine de polars asiatiques qui ne trouve jamais son ton ou son originalité. Huit épisodes pour raconter ce qui tenait très bien dans un film de deux heures, faut pas pousser. Sans parler de l’histoire d’amour ridicule qui finit par faire surface.

On peut s’en passer sans regret.

Lamb, Valdimar Jóhannsson (2021)

Regardez attentivement cette affiche et trouvez le détail incongru qui lui donne toute sa force, un indice : ce n’est pas la mocheté du pull de Noomi Rapace.

Maria et Ingvar possèdent une ferme en Islande, dans un coin paumé où ils élèvent des moutons (les paysages sont jolis, mais ça ressemble quand même à une vie de merde). Ils n’ont pas d’enfants et semblent s’être éloignés l’un de l’autre, comme si la routine, le travail avaient remplacé le désir, la joie. Maria passe son temps un bras enfoncé dans le vagin des brebis pour les aider à mettre bas. C’est un sale boulot, mais il faut bien que quelqu’un le fasse. Un jour elle délivre une brebis qui met bas une étrange créature hybride, une chimère. Maria en tombe immédiatement amoureuse et décide de l’appeler Ada et de l’élever comme sa fille.

Ce film m’a fait un drôle d’impression. Pour commencer on notera que même avec beaucoup d’indulgence c’est longuet, qu’il ne se passe pas grand chose, que les rares actions viennent plutôt au bout d’une bonne heure. Amputé de vingt minutes, le film aurait sans doute gagné en force. Ensuite, c’est joyeusement malsain et je comprends qu’on puisse être profondément troublé, voire perturbé, par le spectacle que nous propose Valdimar Jóhannsson. Et puis il y a cette fin, que j’ai trouvée grotesque comme certaines fins des premiers films de David Cronenberg. Grotesque peut-être pas dans le sens « totalement foiré », mais dans le sens « non, mais vous avez fumé quoi les gars ? »

Enfin, puisqu’il faut quand même prodiguer quelques remarques sexistes dans une époque où c’est devenu presque plus grave que de conduire un car scolaire bourré, je confesse mon amour presque inconditionnel pour Noomi Rapace. Qu’est-ce qu’elle est belle ! assise sur son tracteur ; quand elle enfonce son avant-bras droit dans le vagin dilaté d’une brebis ; quand elle étend son linge en portant un pull informe qu’on a sauvagement envie de lui enlever. Elle est étonnamment inquiétante, les tétons gonflés de désir (c’est fou les progrès accomplis en matière d’effets spéciaux ces dernières années), quand elle fait l’amour avec son mari, autre scène qui, juste à cause du contexte global, provoque un malaise certain. Pourtant on ne peut pas trouver plus légitime : un couple marié de longue date qui fait l’amour avec passion.

Donc Lamb est un film fantastique qui sort du lot, on peut sans doute le conseiller à ceux qui apprécient les films les plus malsains de David Cronenberg ou qui ont aimé le Antichrist de Lars Von Trier (que je n’ai pas critiqué sur ce blog, tiens je devrais penser à le faire…).