Robot & Frank, Jake Schreier (2012)

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Ancien voleur de bijoux, Frank a des problèmes de mémoire. Il cherche son restaurant préféré et entre dans le magasin de savons et figurines qui l’a remplacé. Là il vole une babiole et se fait repérer, car ce n’est pas la première fois qu’il agit de la sorte. Frank ne fait pas vraiment le ménage et vit dans une petite maison à l’écart de la ville. Il flirte avec la bibliothécaire chaque fois qu’il va chercher un livre qu’il n’a pas lu déjà deux fois. Un jour le fils de Frank débarque avec un robot pour l’aider. Le vieil homme grommelle qu’il n’a pas besoin de ce truc, puis s’habitue à la présence de la machine, jusqu’au jour où il se rend compte que ce robot peut l’aider à autre chose que faire la vaisselle. Frank va alors se lancer dans ce qui risque bien d’être sa dernière aventure.

Robot & Frank est un film de science-fiction à petit budget servi par un casting quatre étoiles : Frank Langella, Susan Sarandon dans le rôle de la bibliothécaire, James Mardsen et Liv Tyler qui jouent les enfants de Frank. Le film est un petit bonbon acidulé, plein de sucre, mais avec un petit goût acide derrière. Ce n’est pas du grand cinéma, mais c’est du bon cinéma dans le sens où il arrive à nous proposer une comédie qui est aussi une réflexion sur la prise en charge des personnes âgées dépendantes et la place grandissante des robots dans notre société. Tout n’est pas parfait, les effets spéciaux sont au mieux cheap, le scénariste n’a pas pu s’empêcher de glisser un twist un peu gratuit, peu convaincant, mais l’ensemble se regarde avec grand plaisir.

A une époque où plus personne aux USA ne semble capable de tourner un film de science-fiction sans le farcir de fusillades et d’explosions, Robot & Frank fait figure de jolie exception.

Je conseille.

Les prédateurs, Tony Scott (1983)

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Miriam (Catherine Deneuve) et John (David Bowie) s’aiment depuis longtemps, très longtemps. Ce sont des vampires. Et c’est Miriam qui a fait de John le vampire qu’il est. Il sont unis par l’amour, la musique (lui au violoncelle, elle au piano) et le meurtre. Car il faut bien nourrir leur appétit pour le sang humain.
Un jour, John se met subitement à vieillir. Comme il ne comprend pas ce qui lui arrive, il s’adresse à une spécialiste du vieillissement, Sarah Roberts (Susan Sarandon). Mais Sarah ne s’intéresse pas à lui, et quand elle commence à comprendre qu’il y a peut-être quelque chose à creuser dans le cas de John, il est trop tard. En tous cas pour John…

Les Prédateurs, tiré du roman de Whitley « je me suis fait kidnapper et sodomiser par les extraterrestres » Strieber est le premier long métrage de Tony Scott, juste avant Top Gun, qu’il réalisera en 1986. C’est un film qui accumule les défauts, notamment des scènes érotiques inspirées de David Hamilton, assez clipesques, qui tangentent le ridicule (ou y sombrent carrément, question de goût). Néanmoins, ça reste un assez chouette film de vampires, au dénouement assez surprenant. Si Catherine Deneuve requiert à des doubles pour toutes les scènes érotiques, il n’en est rien de Susan Sarandon qui, comme on dit dans ces cas-là, donne de sa personne.

Un classique qui s’ouvre sur Bela Lugosi’s Dead de Bauhaus que, malheureusement, Tony Scott finit par saccager (pour en effet de mise en scène / montage tout sauf convaincant).

NB : Pour la première fois de sa carrière, Tony Scott utilisait The Flower duet (Lakmé) de Léo Delibes. Il réutilisera ce morceau dans True Romance, durant le face à face de légende (sur les Siciliens) qui oppose Dennis Hopper à Christopher Walken.

Light Sleeper, Paul Schrader (1992)

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John LeTour (Willem Dafoe) est un dealer. Pas le genre à battre le pavé au coin de la rue sous un réverbère à l’ampoule cassée à coups de pierre. John travaille pour Ann (Susan Sarandon, magnifique), une femme du New York huppé qui a fait une fortune modérée dans le trafic de drogue et entame sa reconversion (risquée) dans les cosmétiques. John livre la drogue dans les appartements, les boîtes de nuit, les bureaux des avocats. Il facture 200 dollars un gramme de coke qu’on trouve à 80 dollars dans la rue, mais justement tout le truc c’est qu’il vous empêche de frayer avec la racaille de la rue et les dangers qui gravitent autour. John ne dort pas bien, ne vit pas bien, ne se remet pas d’un mariage qui, placé sous le signe de l’addiction, a immanquablement sombré. Il écrit, consulte une voyante aux pouvoirs époustouflants. Alors qu’Ann prépare de plus en plus frontalement sa reconversion, John retombe sur son ex-femme Marianne, de passage à New York pour être proche de sa mère, hospitalisée en soins palliatifs. John se tient au carrefour de la vie, de l’amour et de la mort.

Light Sleeper souvent (abusivement) comparé à Taxi Driver (écrit aussi par Paul Schrader) est un film profond, riche, lent, tout sauf spectaculaire (n’attendez pas la fusillade pyrotechnique, elle n’arrivera jamais). On n’y croise globalement que des âmes en perdition. C’est un film qui ose aussi des choses intéressantes, comme la scène de sexe entre John et Marianne où pour la première fois de leur vie ils vont s’aimer physiquement sans la camisole de la drogue, sans le spectre de l’addiction – ce « singe perché sur l’épaule qui vous mange la cervelle ». Rédemption, sacrifice, culpabilité, symbolique chrétienne, Paul Schrader ne s’éloigne jamais vraiment de ses thèmes de prédilection (il n’est pas le scénariste de La dernière tentation du Christ pour rien !). Light Sleeper n’est pas son film le plus percutant, mais ça n’en reste pas moins un film franchement intéressant. On peut, sans trop se tromper, y voir les germes de l’excellent A tombeau ouvert.