Annihilation

Annihilation-Review

[Entre deux mises en fabrication pour Albin Michel Imaginaire, j’ai enfin trouvé le temps de regarder un film.]

Cinq femmes, dont une biologiste (Natalie Portman, plutôt convaincante en ancienne femme soldat) et une psychologue (Jennifer Jason Leigh, qui a pris un sacré coup de vieux), partent explorer la zone X, quelque part au sud des USA. La zone X est dangereuse, personne n’en revient vivant, ou alors comme par magie et transformé. C’est précisément ce qui est arrivé au mari de la biologiste.

Au départ, Annihilation d’Alex Garland (dont j’avais beaucoup aimé le Ex Machina – un des rares exemples de bonne SF pour adulte de ces dernières années) est un roman de Jeff VanderMeer que j’avais critiqué ici. Premier volume de la trilogie du Rempart Sud (j’ai lu le deuxième, mais n’ai jamais eu envie de lire le troisième). Cette trilogie a été un véritable phénomène éditorial ; pour ma part, j’y ai vu une espèce de Stalker floridien peu convaincant. Mais bon, peu importe, les livres ont été traduits dans des dizaines de langue et sont devenus un film.

La première chose qui frappe c’est qu’Annihilation est très librement adapté de la trilogie de VanderMeer. Le principe de base du roman (chaque personnage était appelé par son rôle : la biologiste, la psychologue, etc), ce principe n’a pas été retenu. Si certaines explications sont données sur le roman entre ce qui se passe entre la biologiste et son mari revenu de la zone X, elles manquent dans le film. A contrario certaines explications sur ce qui s’est passée dans le phare et la cavité sous le phare ont été ajoutées dans le film. Pourquoi pas, mais ça donne un film qui semble toujours à côté de ce qu’il veut raconter, qui n’a pas su choisir et possède des aspects de survival et des aspects de SF intelligente. Par ailleurs, j’ai été très déçu par les effets spéciaux qui sont très bons pour les scènes d’horreur (viscères exposées, visage arraché) et plutôt mauvais et moches pour les décors et les ambiances.

Annihilation est lent et plutôt ennuyeux. Il aurait pu être fascinant, si Alex Garland avait fait le choix de l’abstraction plutôt que celui de la démonstration prismatique.

 

Atomic Blonde, David Leicht (2017)

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Berlin juste avant la chute du Mur. L’espion anglais James Gasciogne est assassiné par l’espion russe Youri Bakhtine qui récupère une liste d’agents doubles, d’agents infiltrés, d’agents plus vraiment secrets, liste (planquée dans une montre) sur laquelle se trouve l’identité de Satchel, un agent double que l’Angleterre veut pendre haut et court pour haute-trahison. Lorraine Broughton (Charlize Theron) est envoyée à Berlin pour récupérer la liste à tout prix, et en option, démasquer Satchel. Dès son arrivée, le KGB attente à ses jours. Sa couverture a été grillée et elle soupçonne immédiatement David Percival (James McAvoy) l’agent anglais en poste à Berlin de l’avoir trahie. Dans le même mouvement, elle se rapproche, près très près, d’une agente française : Delphine Lassalle (Sofia Boutella) qui a quelques informations de valeur au sujet de ce paradoxal David Percival, qui fait tout pour passer pour un crétin égocentrique fini et serait peut-être à la place le meilleur espion de sa génération.

Atomic Blonde est une bonne surprise, c’est sans doute même mieux que ça. Je n’en attendais rien ou disons pas grand chose et voilà, je suis resté scotché de bout en bout. Charlize Theron fait un numéro absolument incroyable : à poil, nichons au vent (dès la première scène), en dessous coquins, habillée smart, habillée tueuse implacable, avec perruque, sans perruque. Elle est de quasiment de toutes les scènes et elle incarne une version féminine de James Bond particulièrement réussie. Elle picole comme James Bond (vodka on the rocks), cogne comme James Bond, tire comme James Bond, mais (et c’est là que les scénaristes ont été très malins) malgré ses talents de tueuse implacable elle ne baise pas comme James Bond (ancienne époque). Ses sentiments amoureux sont clairement son épine dans le pied, ce qui la rend fascinante et terriblement attachante. James McAvoy ne surprend pas, il reprend quasiment à l’expression près son rôle dans Ordure ! Aucune surprise donc de ce côté-là, mais il le fait avec le talent pyrotechnique qu’on lui connaît. C’est un espion complètement outré qui se prend pour une rockstar, passe son temps avec des putes, boit comme un trou, parle comme un charretier, fraye avec les punks / activistes qui vont faire tomber le mur. Tout ça ne l’empêchant pas d’avoir une certaine efficacité. C’est un peu le jumeau maléfique de Lorraine. Leur face à face est plutôt intéressant, il joue à la fois sur le registre pop (voire vulgaire : je t’e mettrai bien un petit coup, jolie blonde / dans tes rêves, gros con) et sur un registre plus cérébral (d’inspiration John Le Carré tout à fait limpide – d’ailleurs le film se paye le clin d’œil de luxe absolu en donnant à Toby Jones à peu près le même rôle qu’il avait dan La Taupe).

Doté d’un scénario vraiment convaincant, plein de trouvailles assez géniales (l’utilisation des chansons de la fin des années 80, du film Stalker, des citations de Machiavel, etc), Atomic Blonde dégueule littéralement de morceaux de bravoure :

  • la scène dans le cinéma où est projeté Stalker.
  • Les scènes de séduction puis d’amour entre Charlize Theron et Sofia Boutella.
  • La scène des parapluies.

Sans parler de quelques fusillades à la violence décomplexée et graphique (meurtre au pic à glace, relooking d’appartements est-allemand au sang et aux matières cérébrales).

Le film bénéficie d’un choix de chansons à la fois assez évident et en même temps éclairé : Cat people (putting out fire) David Bowie, 99 luftballoons de Nena, Cities in dust de Siouxie and the banshees, London Calling de The Clash, etc.

A l’heure où le moindre commentaire sexiste peut coûter très cher, je prends le risque et assume le ras du bitume : Atomic Blonde c’est James Bond avec des (petits) nichons. Et c’est délicieusement bon de jouir de cette inversion des codes habituels du film d’espion. Charlize Theron est incroyable (séductrice, intelligente, manipulatrice, physique), James McAvoy fait le boulot avec panache, Sofia Boutella est belle à croquer (surtout en moto) et le reste du casting assure grave : Toby Jones, John Goodman, Eddie Marsan…

A priori ce cocktail incongru d’action à gogo, de pop culture et d’espions cérébraux à la John le Carré n’aurait rien dû donner d’intéressant, mais voilà c’est la magie du cinéma  (le plus grand tour de prestidigitation qu’ait inventé le diable)…

Foncez ! C’est de la bombe !