Mr Robot – série télé (4 saisons)

Elliot Alderson travaille comme ingénieur informatique (en open space) chez Allsafe, où travaille aussi son amie d’enfance Angela Moss. Elliot est ingénieur le jour, cyberjusticier la nuit et drogué à peu près à temps complet. Comme tous les drogués, il se ment. Comme tous les malades mentaux, il ne peut pas guérir (et/ou composer avec son trouble psychique) tant qu’il n’a pas compris qu’elle est la nature de sa maladie. Elliot le Hacker a un ennemi juré, c’est Evil Corp (dont le logo rappelle le E de la marque Dell… qui a dû apprécier). Chez Evil corp, il va trouver un antagoniste à sa mesure : Tyrell Wellick. Et puis il y a cet inconnu (Christian Slater) qu’Elliot croise sans arrêt et qui porte sur ses épaules une drôle de veste démodée et sur laquelle a été cousu un écusson Mr Robot très années 80. Et si Mr Robot était en mesure de mettre Evil Corp à genoux ?

J’ai dû lutter plus d’un mois pour finir les quatre saisons de Mr Robot, rarement plus d’un épisode par jour. Je me suis entêté, car j’avais acheté le coffret blu-ray et que je voulais sans doute inconsciemment « optimiser » mon investissement. Arrivé au bout, je ne sais pas trop quoi en penser. Mes sentiments sont pour le moins contradictoires. J’ai aimé Rami Malek dans le rôle d’Elliot (il fait très bien l’halluciné aux yeux globuleux). Christian Slater m’a semblé convaincant, mais parfois aussi nonchalant/jm’enfoutiste. J’ai aimé, que dis-je adoré, Grace Gummer dans le rôle de l’agente du FBI Dominique DiPierro. J’ai détesté certains effets scénaristiques, certaines révélations bidon qui ne sont là que pour faire partir la série dans une nouvelle direction aussi improbable qu’inattendue. J’ai aimé le réalisme de certaines manipulations informatiques, l’utilisation de certains logiciels de notre monde, etc. Je me suis régalé à traquer les clins d’œil et autres easter eggs : Matrix bien sûr (Anderson/Alderson), Blade Runner (Tyrell), Johnny Mnemonic, 1984, Fight Club, Donnie Darko, Strange days, V pour vendetta, Star « je suis ton père » Wars et j’en passe. Il y en a un peu partout.

Et… Et… on arrive au gros problème de la série, à mon sens, mais un problème tout à fait subjectif : c’est qu’elle sacrifie très vite sa dimension politique passionnante (une série américaine qui parle d’anarchie, de redistribution des richesses, de surveillance globale, c’est quand même pas commun) pour la remplacer par tout un tas de considérations psychologiques, psychothérapeutiques qui débordent de traumatismes enfantins, de dédoublements de la personnalité et j’en passe. J’ai trouvé cette partie aussi lourdingue qu’irréaliste, et qui se contredisait sans cesse pour tout arranger (et qui contredit aussi ce qu’on sait des gens à personnalités multiples). C’est fabriqué ; j’ai eu l’impression qu’il n’y avait aucune empathie là-dessous, aucune sincérité, que c’était juste du substrat à rebondissements. Des trucs schizos-rigolos qui permettent aux scénaristes papotant autour de la machine à café d’avoir des « idées de dingue ».

Donc voilà, c’est une série intéressante, avec des choses formidables dedans, mais qui – à mon avis – ne remplit pas ses promesses et entourloupe bien trop souvent ses spectateurs.

Bohemian Rhapsody, Bryan Singer (2018)

bohemian

J’ai toujours eu du mal à comprendre Queen, ce groupe capable du meilleur (« Bohemian Rhapsody », « The show must go on ») comme du pire (« I want to break free »), sans même parler des dérives disco improbables (cela dit The doors, aussi, s’y sont risqués). Donc du rock de stade, parfois opéra, souvent pompier, parfois populaire, des paroles bien trouvées ou complètement bullshit (« We are the champions »). Autant j’arrive sans mal à écouter une chanson de temps en temps sur youtube, autant aucun album ne trouve vraiment grâce à mes yeux (à part peut-être Innuendo qui traîne quelque part sous la poussière et les coccinelles mortes – il est peut-être temps de faire un peu de rangement dans les CD).

Étonnamment le film de Bryan Singer Bohemian Rhapsody donne quelques pistes de compréhension. Même s’il n’échappe pas à certains raccourcis / passages obligés du biopic hollywoodien, il faut reconnaître qu’il touche sa cible sur le plan de l’émotion (notamment dans la scène où Freddie Mercury, qui se sait malade du sida, présente son ami Tim Hutton à ses parents) et du spectacle, l’impressionnante reconstitution de Live Aid / Wembley.

J’ai lu une critique qui disait que la plus grande faiblesse du film avait été d’avoir voulu faire un film « familial » ; alors certes le côté extravagant, décadent de Freddie Mercury est minimisé, mais de là à parler de film familial, il ne faut pas pousser. Même si on ne verra évidemment rien de la New Orleans party.

Bohemian Rhapsody est une bonne surprise, certains bloqueront sans doute sur la denture factice dont est affublé Rami Malek, mais dans la seconde partie du film, le côté prothèse dentaire semble moins proéminent et l’acteur incarne sans mal l’icone gay « cuir et moustache » qu’était devenu Freddie Mercury au crépuscule de sa vie. Je n’ai pas pu m’empêcher de regretter Sacha Baron Cohen ; il aurait sans doute fait un très bon Freddie Mercury. Dans un univers parallèle, c’est lui qui marche vers le succès et la mort devant la foule de Wembley.