Le gangster, le flic et l’assassin – Lee Won-Tae (2019)

The Gangster, the Cop, the Devil, affiche

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Jung est un flic incorruptible (ambitieux, aussi). Il sait que son supérieur a un accord avec la pègre locale, notamment celle des jeux d’argent illégaux. Il a un certain réseau en ligne de mire et compte bien leur en faire baver un max’. Dans sa ville, un tueur assassine des innocents, toujours de la même façon : il percute doucement leur voiture par l’arrière et au moment des constatations les cribles de coups de couteau. Un jour, l’assassin s’en prend à Jang, un gangster. Celui que Jung tient absolument à coffrer. Jang survit. Jang blesse son agresseur. Jang se promet de retrouver le tueur en série avant la police et de lui régler son compte une fois pour toutes. Jung, lui, promet de mettre cet assassin derrière les barreaux.

Plutôt fun, bien rythmé (on ne voit pas le temps passer) Le gangster, le flic et l’assassin ne restera pas dans les annales des grands polars coréens poisseux. On est très loin de l’ampleur scorsesienne de New World, de la tension quasi-insupportable de The chaser ou de la cruauté exacerbée du Flic aux hauts-talons. C’est un divertissement convaincant, avec des péripéties assez invraisemblables sur lesquelles, dans le feu de l’action, on jette un joli voile d’indulgence. Dans le rôle du gangster, Ma Dong-Seok est plus que convaincant ; pour tout dire : il déchire tout. Kim Moo-yul qui incarne le flic est une sorte de Mark Wahlberg sud-coréen (pas sûr que ce soit un compliment). Quant à l’assassin, il assassine, ce qui n’est pas forcément le rôle au spectre le plus large.

Plaisant.

Polar, Jonas Åkerlund (2018)

Polar-NEtflix

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Duncan Vizla est un tueur professionnel. Du genre à être payé un million de dollars par contrat. Il travaille pour Damoclès, une entreprise criminelle qui lui doit pas loin de huit millions de dollars de pension. Pour Duncan, l’heure de la retraite a sonné. Il a cinquante ans et chez Damoclès on part à la retraite à cinquante ans. C’est comme ça et la CGT n’a pas son mot à dire, pas plus que le MEDEF. Alors qu’il ne lui reste plus que quinze jours à tirer avant sa retraite effective, on lui demande de régler un dernier problème de cent trente kilos, viagra non compris : un tueur mexicain du nom de Pedro, qui a eu le bon goût de se planquer en Biélorussie. Avec l’aide d’une pute locale et de son gamin de huit ans environ, Duncan honore son contrat et s’aperçoit alors qu’il a été piégé.

Jonas Åkerlund est un réalisateur capable du pire et du encore plus pire que pire. C’est pas donné à tout le monde. Sa marque de fabrique : le mauvais goût totalement assumé. Du genre à filmer Johnny Knoxville avec une érection de vingt-trois centimètres, des filles réduites à leur popotin savamment écarté par la ficelle d’un string fluo ou à leur poitrine généreuse en pleine acrobatie aérienne. Outres les culs bombés et les nichons parfum quarante mégatonnes, il aime filmer le sang qui remonte dans l’aiguille juste avant un fix, les plaies ouvertes, les giclures de sang, les gens au crâne éclaté ou à l’œil arraché à la cuillère à pamplemousse. Généralement il filme ça – über-cool – comme un clip de gangsta rap faisant l’éloge du corps féminin ou une vidéo de Ramnstein sur l’éducation des petites filles. Blood, brains and boobs. On est très loin de Peter Greenaway ou de Stanley Kubrick. Même en étudiant sa filmo à la loupe ou à l’endoscope, il est vraiment très difficile de trouver un bon film. Jonas aime le poisseux, le visqueux et le répugnant ; ce qui peut vite devenir épuisant dans le cadre d’un long-métrage.

Mais bon, Jonas n’est pas infaillible, nul ne l’est à part mon maître à penser Laurent Wauquiez, et donner le rôle de Duncan Vizla à Mads Mikkelsen semble être, pour le moins, la meilleure idée de sa carrière (celle d’Åkerlund, pas celle de Wauquiez). Au programme : Duncan tue, Duncan bois, Duncan va aux putes, Duncan morfle, Duncan baise, Duncan loue un film, Duncan fait une bonne action, Duncan essaye de devenir humain, Duncan se fait trahir, Duncan morfle comme jamais, Duncan tue tout le monde. En résumé, Mads nous fait toute la palette, la totale. Avec le super bonus. La cerise sur le gâteau. Le cocktail au litchi en entrée et la gnôle avec la Viêt à poil fond du godet en digestif. Il y a plein de morts qui clignotent façon guirlande de bordel. C’est joli comme une ligne de coke sur le cul d’une black.

J’ai bien aimé. Ouais, vraiment. C’est un peu comme Sabotage de David Ayer : on sent que c’est foncièrement, irrémédiablement mauvais et en même temps c’est plutôt cool, ça glisse tout seul comme une bonne bière ambrée bien glacée.

Si vos enfants ont plus de dix-sept ans, n’hésitez pas à le regarder en famille, ils vont apprendre des trucs ; ça les changera de Squeezie et de La Casa de papel.

Man on high heels – Jang Jin (2014)

Man_On_High_Heels

Seoul.
De nos jours.
Ji-wook (Cha Seung-won) est un flic aux méthodes particulièrement violentes et douteuses. Couvert de cicatrices, les os rafistolés avec des plaques métalliques, il est surnommé « l’homme qui valait trois milliards » par ses collègues. Ji-wook, grand pour un Coréen, fin, tout en muscles, privilégie les couteaux aux armes à feu et quand il intervient quelque part… le sang gicle à flots. Mais Ji-wook a aussi un secret : il prend des hormones (son collègue croit à tort qu’il se drogue à l’héroïne) et s’apprête à changer de sexe.
Ayant pourtant démissionné pour vivre sa transformation dans le calme, Ji-wook va être rattrapé par sa dernière affaire.

Après une heure de film en faux rythme, un peu lancinante mais toujours intéressante, toutes les pièces de l’échiquier sont en place et la deuxième partie (qui s’ouvre avec un des pires meurtres de l’histoire du cinéma – autant être prévenu) atteint des sommets dans la tension, l’émotion, le tragique, le comique, l’horreur frontale.
C’est alors les montagnes russes, quasiment un enchaînement de « morceaux de bravoure » sans répit.

Si Man on high heels n’est pas exempt de petits défauts (des problèmes de raccord dans les scènes d’action notamment) on prend ce film dans la gueule jusqu’aux ultimes scènes, apparemment très douces, mais d’une ambiguïté indéniable.

Je l’avais déjà vu une fois, je l’ai revu cette semaine avec plaisir.