The Tailor of Panama, John Boorman (2001)

Après une énième bévue, l’agent du MI6 Osnard (Pierce Brosnan) se fait sacquer et se retrouvé muté au Panama. A priori il n’y a rien à faire, c’est un poste-pantoufles (comprendre : putes low cost et alcool bon marché), à part surveiller le canal du même nom, enjeu stratégique s’il en est. Osnard cherche une tête de pont et la trouve en la personne de Harry (Geoffrey Rush) qui habille toutes les silhouettes qui comptent au Panama, truands, politiques, barbouze reconverties dans l’import-export, anciens révolutionnaires devenus alcooliques. Pour palper un peu de monnaie verte (dont il a fort besoin), Harry invente un complot sino-taiwanais pour s’emparer du canal du Panama. Amplifié par l’incompétence d’Osnard, le complot bidon devient une crise internationale majeure.

Je me suis régalé.

La collision, façon accident de voiture, du génie de John Le Carré et du talent de metteur en scène de John Boorman est totalement réjouissante. Pierce Brosnan, habitué aux rôles d’espion, 007 bien sûr, mais aussi The November Man (tout à fait correct), sans oublier le vieux beau de No Escape, s’en donne à cœur joie, aussi à l’aise dans les scènes mondaines que dans les scènes de bordel (la densité en « putes au mètre carré » du Panama à l’air tout à fait fascinante). Geoffrey Rush est « délicieux », désolé je ne trouve pas de meilleur adjectif : il est croustillant à cœur et tout sucre. Jamie Lee Curtis est impeccable, mais dans un registre sans surprise qui lui va bien au teint. Le reste du casting est tout à fait convaincant avec Brendan Gleeson (Braveherat), Catherine McCormack (Braveheart) et Harold Pinter dans le rôle d’Oncle Benny.

Boorman c’est le bien. The Tailor of Panama c’est super bien.

Bag of bones, Mick Garris (2011)

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Mike Noonan, écrivain à succès, se retrouve veuf du jour au lendemain. C’est d’autant plus dur que sa femme était enceinte au moment où elle a perdu la vie dans un accident de la circulation. On a toujours dit à Mike qu’il ne pouvait pas avoir d’enfants et il a du mal à imaginer que sa femme le trompait. Ce mystère, cette possible faute, le hante, s’ajoute à son deuil. Il finit par se convaincre que les réponses se trouvent dans la maison près du lac où sa femme se rendait parfois pour peindre. Mike emménage pour écrire son nouveau roman et commence à s’intéresser à la vie locale de Dark Score Lake, un endroit où a eu lieu un nombre statistiquement élevé de noyades d’enfants.

Bag of bones n’est pas le roman le plus connu de Stephen King. L’histoire est assez banale et sa résolution, bien que très kingienne, se révèle assez peu satisfaisante. Décevante.

Depuis 1992 et son médiocre La Nuit déchirée, Mick Garris met beaucoup d’énergie à massacrer l’œuvre de Stephen King en voulant l’adapter en téléfilms et longs métrages : Le Fléau, sa calamiteuse version de Shining, et j’en passe. Bag of bones n’est pas très réussi (cela dit, je l’ai trouvé moins mauvais que le Shining sus-cité que je n’ai jamais réussi à finir), Pierce Brosnan joue régulièrement à côté et on ne peut pas s’empêcher de se demander ce que Frank Darabont ou Rob Reiner auraient fait avec une telle histoire. Il y a quand même une ou deux choses réussies : tout ce qui tourne autour de l’arbre féminin (je ne spoile pas davantage), le personnage de Mattie Devore (incarnée par l’actrice australienne Melissa George, vue dans Triangle de Christopher Smith), le personnage de Sarah Tidwell (incarné par Anika Noni Rose).

Mick Garris n’a jamais su adapter Stephen King ; pitié, qu’on lui interdise de ré-essayer. Le monde ne manque pas de formidables réalisateurs. D’ailleurs Christopher Smith (pour n’en citer qu’un) vaut beaucoup plus que sa malingre réputation.

Spinning man, Simon Kaijser (2018)

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Evan Birch, un professeur de philosophie un peu trop populaire auprès de ses étudiants (Guy Pearce) est soupçonné d’être impliqué dans la disparition d’une jeune femme qu’il a peut-être connue, côtoyée. Il nie, il ne souvient pas vraiment de ce qu’il faisait ce jour-là, il devait aller chercher sa fille quelque part. Un policier (Pierce Brosnan) s’accroche à cette piste de façon qui peut sembler au départ exagérée. Et le professeur réagit mal : il refuse de laisser sa voiture être fouillé, il ne sait plus comment se comporter avec ses enfants, ses collègues, sa femme et une jeune étudiante (Alexandra Shipp, magnifique) avec qui, semble-t-il, il s’est passé quelque chose le semestre précédent. Quand le policier découvre des cheveux de la jeune disparue dans la voiture d’Evan (qu’il a faite saisir), puis que la famille Birch a déménagé cinq ans plus tôt à cause d’une liaison étudiante-professeur, combien de temps encore la vérité va-t-elle pouvoir rester cachée ?

Le film commence (assez) mal : Guy Pearce arrive au commissariat et demande au policier en charge de l’affaire de disparition s’il lui est déjà arrivé d’avoir des problèmes de mémoire. Cet easter egg qui renvoie au très bon film de Christopher Nolan Memento embarque sur une fausse piste en termes de tonalité générale, car au final Spinning man est un film priestien (de l’auteur anglais Christopher Priest) sur la mémoire, la validité des témoignages, etc. Le film s’appuie sur trois acteurs Guy Pearce (qu’on a connu meilleur, à mon sens), Pierce Brosnan (très bon) et Minnie Driver (extrêmement convaincante en femme trahie). C’est un film plutôt fin et subtil, rempli de philosophie, c’est assez rare pour être signalé. C’est aussi un film inconfortable ; ce qu’il dit sur le désir masculin, la tentation de la jeunesse, la monotonie du mariage, ces mariages qui ne tiennent que parce qu’il y a des enfants, est d’une terrible acuité.

La fin est particulièrement intéressante.

Le scénario est l’adaptation d’un roman de George Harrar, L’homme-toupie publié en 2006 à la Série Noire.